‹ HistoireChapitre 36 sur 117 · CHAPITRE XXXIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIl

1795. Le 19 fructidor (5 septembre), vers les 10 AN 111. lieures du soii', il fut laucé en l'air une fusée qui servit de signal aux troupes qui s'approchèrent du bord du Rhin pour le passer. Comme les Français et les Autrichiens avaient beaucoup do retranchements et d'artillerie , les pièces de canou firent un ièu si terrible, qu'on aurait pu croire que les eaux étaient embrasées. Les troupes de l'avant-garde de l'armée de Sambre et Meuse , commandées par le brave et intrépide général Lefehvre , commencèrent leur embarquement. La (V"" demi-l)rigade d'infanterie de ligne, avec beaucoup d'ordre , de calme , de silence , s'embarqua et passa le fleuve. Durant la traversée, il fut [)rescrit de ne pas faire feu, sous peine de la vie.

Les bateaux avant dérivé , abordèrent sans obstacle, vers les deux heures du matin, à Eickeikamp, entre Duisbourg et Dusseldorf , sur le pays de Beig. L'année prussienne était sur ses Umiies. Il fut rap[)ortc que l'officier de cette nation, voulant s'opposer au débarquement, le général Lefebvre lui répondit : « Je suis soldat; » je dois oLiéir à mon dief : le général Kléber est

( ^o5 ) » ici. » Et il ordonna à ses troupes de marcher, i^gl Comme nous passions par corps , il se trouva que an m. deux demi -brigades se rencontrèrent dans un bois durant une obscurité profonde, et firent feu l'une sur l'autre à portée de pistolet. Un tremblement de terre n'eût pas produit un elFet plus effravant. Les chefs, aussi courageux les uns que les autres, commandèrent la charge, la baïonnette en avant. Ils reconnurent à leur batterie, qu'ils se tuaient entre compatriotes. La méprise , toute meurtrière qu'elle était , ne dura pas longtemps. Nous poussâmes notre marche. Quand le jour vint éclairer les lieux que nous occupions , nous observâmes un grand ordre , de peur d'être surpris ou de tomber dans quel qu'embuscade. Voici le rapport qui en a été fait :

Au quartier - général , à Crevelt , le 20 fructitîor ( 6 septembre ).

Qillet , représentant du peuple près les armées

du Nord et de Sambre et Meuse , au Comité

dj salut public.

<( L'aile gauche de l'armée de Sambre et Meuse, 5) chers collègues , a forcé Je passage du Rhin » entre Duisbourg et Dusseldorf , en présence » d'une armée formidable, qui avrjt eu le temps » de se retrancher avec toutes les règles de )» l'art. L'armée ennemie a été mise en pleine » déroute, et maintenant nous sommes maîtres » de la totalité du duché de Berg.

» La citadelle de Dusseldorf a été prise d'as- » saut par le bataillon de grenadiers de la divi-

1795. » siôn du général Cliampionnet , commandé pat" Aw m, » le capitaine d'Iionnières , et la ville a capitulé » sur-le-champ.

» Cette expédition est cause que cette portion » de l'armée n\\ pu accepter la Constitution ; » mais que les royalistes ne triomphent pas de » ce retard : clés soldats cpii ont encore en main » la foudre avec laquelle ils ont si souvent frappé » les trônes et les soldats des Rois, ne souffriront » jamais qu'an nouveau tyran règne sur leur )) patrie. Au surplus , la Constitution sera pré- » sentée au premier moment où l'armée se trou- » vera en repos, et je puis vous assurer d'avance, » que ce jour sera pour elle un jour de Icte.

» On a pris sur l'ennemi beaucoup d'artillerie » et de munitions.

» Je vous adresserai, par le premier courrier, » le rapport officiel des généraux. Celte journée » ne doit pas être perdue pour l'histoire ; elle » mérite d'être placée à côté des victoires les phis » signalées de cette guerre : elle met le comble » à la £îloire de cette brave armée.

» La Convention nationale , après avoir en- » tendu la lecture de la dépêche du représentant » du peuple Gilîct, et le rapport de son comité de » salut public , décrète :

» L'armée de Sambre et Meuse ne cesse de » bien mériter de la Patrie.

» La dépêche de Gillet sera insérée au bulletin » de correspondance ; elle sera imprimée sur-le- » champ avec le présent décret, affichée à Paris

» dans les lieux accoutumés; envoyée, par des 179). » courriers extraordinaires, aux armées, aux dé- a> m. » partements et au camp sous Paris. »

Le 21 truclidor (7 septembre), la division, arrivée devant Dusseldorf , y séjourna pour réunir l'armée et faire prêter serment à la Constitution. Cet acte (i) fut signé par tous les individus qui savaient lire et écrire.

Le 22 ( 8 ) , pendant que l'mfanterie signait la Constitution, la cavalerie battait deux escadrons du corps émigré français de Bussy-Rohan , et les ' jetait dans Oppladen.

Cette légion ennemie avait un pantalon avec une veste gris-de-fer ; les manches , qui ne dépassaient pas les coudes , étaient terminées par \m bourrelet en poil; les avant-bras étaient rouges jusqu'aux poignets.

La division eut chaque jour quelques escarmouches jusqu'à Siegbom-g (Siegeberg).

Le 27 ( 10 ) , l'araiée impériale voulut, à BlankenlDerg , défendre deux redoutes qu'elle fut obligée d'abandonner aux Français, qui les prirent de torce ; ils y trouvèrent une pièce de 1 3 et un obusier.

Le 28 (14)7 lîi division se transporta sur Ukerath.

Le 29 (i5), elle se rendit à Altenkirchcn ,

(i) La commission chargée de présenter la nouvelle Constitution , avait fait son rapport au corps législatif, dans la séance du 5 messidor ( 25 juin ).

xngS. OÙ renncmi, favorisé par une montagne, fit un Av m. peu de résistance.

Le 5o ( i {) ) , elle marcha vers Dillembourg , où elle séjourna.

Le 2'"^ jour complémentaire ( 18 septembre) , elle bivouaqua entre Herbora et Wetzlar,

Le 5 (1.9), Favant- garde s'empara, dans la direction de cette dernière ville, de beaucoup d'effets d'habillement des Autrichiens , que l'on distribua le 5 (21). Ayant besoin de linge, je reçus une chemise que je portai , mais qui était si dure, que je fus obligé de la laisser le lendemain , ayant les membres écorchés par son frottement.

^^ IV. Le 1^"^ vendémiaire (aS septembre), la division traversa Wetzlar pour se tx-ansporter à Butzbach.

Le bataillon auquel j'appartenais , étant chargé d'escorter le parc d'ai-tillerie , marchait à quelr que distance des dernières voitures. On vit, avec autant de surprise que d'effroi, une fumée épaisse s'élever dans l'atmosphère ; on entendit , en même temps, une forte détonation; de sorte que l'accident, arrivé au milieu du convoi, se communiqua à deux caissons en avant et à autant en arrière. Les charretiers de ceux plus éloignés prirent la fuite en franchissant les fossés de la grande route , et gagnèrent la plaine. Par cette précaution , ils parvinrent à garantir le reste des munitions d'une explosion presqu'inévitable. Les chevaux des cinq attelages brûlés , plusieurs

tommes employés au parc, furent victimes de i;^^. ce malheur. Il n'arriva aucun événement aux >k iv. troupes de Tescorte. On ne put savoii- de quelle manière le feu avait pris.

Sur la route et auprès de Butzbach, il y avait des fourches patibulaires, auxquelles se trouvait im pendu. J'appris que cet homme, coutelier de son état, avait fait mourir sa femme en lui plongeant , pendant son sommeil, sous le sein gauche, une pointe longue et fort acérée , qu'il avait forgée exprès , et dont elle était morte sans que l'on s'aperçût de sa blessure. S'étant remarié quelque temps après , il en ût autant a sa seconde femme, qu'il eut l'aipxle beaucoup regretter. Enfin il convola à un troisième mariage ; mais cette nouvelle épouse s'étant douté de son cruel dessein , se défendit et appela à son secours. Le mari fut arrêté et jugé ; il déclara ses fautes ; reçut , ]iar le supplice du gibet, le châtiment dû à ses crimes. Ce genre de peine avait quelque chose de bien hideux : car on voyait des corbeaux , des oiseaux de proie voltiger autour du cadavre, et lui arracher des lambeaux de chair.

Le 2 vendémiaire ( 24 septembre) , le convoi arriva à Fridberg. Le bataillon rejoignit la demibrigade. J'allai voir dans cette ville une superbe saline. La division faisait des prisonniers, et recueillait chaque jour le fruit des avantages qu'elle remportait sur l'ennemi.

Voici le rapport dressé à cette occasion :

( 210 ) irqS* Haiiau, le 6™* jour complémentaire (22 septemb.),

Av iv. u Hier les Français sont entrés à Friclbei-c. » A Ulmstadt , ils ont surpris les Antrichiens » qui Y avaient nn hôpital. Les malades , ainsi » qu'une grande quantité de lits , sont tombés en » leur pouvoir. »

Le 0 (25), la division continua sa marche en passant devant Franctort.

Un officier supérieur prussien vint, avec son état-major, voir défiler les troupes. Il faisait, au général Lefcbvrc qui raccompagnait , l'éloge de la belle tenue, de la bonne santé des militaires après ime route aussi rapide que fatigante. Il profitait de toutes les circonstances favorables, pour en dire des choses flatteuses et agréables.

Le 4 ( 2^ ) ) ^^ division s'approcha du Mein {Mapi).

Le 5 (27), elle se rendit vis-à-vis de Hœchst, où elle bivouaqua siu' le côté droit de la rivière.

Voici le rapport de la route depuis le passage du Rhin :

Cologne, le 5 vendémiaire (2^ septembre).

« Après que, le 19 fructidor (5 septembre) , » le général Jourdan, se fut mis en marche sin* » cinq colonnes pour se poxter sur la Lalni , » dont une paj- Wetzlar, la deuxième pai- Weil- » bourg, la troisième par Limbourg, la quatrième » par Dietz , la cinquième par Nassau , les Autri- » chiens abandonnèrent tous leurs postes sur la w rive gauche de cette rivière.

» Le 2 (^4)5 ^e général Joiirdan était en pos- t^g'î, »> session do tout le Rliingau , et on aitciidait am iv. » tons les jours la rcunioji avec le général Pichc- » gin , dans les environs de Franciort. »

Pendant qne nons étions devant cette ville, dont j'avais entendu parler avantageusement , l'envie de la voir me vint à l'idée.

Le 16 (8 octobre ) , j'obtins du chef de brigade , ainsi que du général Lefebvre , la permission d'y aller avec deux de mes camarades, dont l'un avait son épouse avec lui.

Le 1 7 ( 9 ) , nous partîmes et nous arrivâmes à environ dix heures. En entrant, un soldat de la garde de la porte nous conduisit chez le gouverneur, qui retint notre ordre. Nous parcourûmes avec notre pUi'.iton toute la ville , qui était neutre. Les Prussiens en faisaient le service avec la milice bourgeoise.

jVous revînmes chez le Efouverncur chercher

notre permission. Apres avoir reconduit le soldat à son poste, nous lui donnâmes quelques pièces de monnaie, et nous retournâmes au camp (i).

(i) Voici les dates avec les lieux occupés par une portiou de la 9"" demi-brigade, depuis le passage du Khin, le 19 fructidor ( 5 septembre ), jusqu'au 19 vendcmiciire ( 1 1 octobre ) , que le corps était devant le Mein , en face de Francfort :

Le 19 fructidor ( 5 septembre ) , passant le Rhin, pour aller :

Le 21 ( H )^ à Hurseim , où Ton eut séjour.

Le 23 ( 9 ) , ayant marcîié toute la journée, on ne fit que cinq lieues.

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