CHAPITRE XXXYI
1796, Le 20 pluviôse ( 9 février ) , nous nous mîmes AN IV. en route avec deux autres jeunes gens , en pas-, sant par Aï.
Le 21 ( 10 ) , nous déjeunâmes à Mareuil. Nous nous acheminâmes vers Chàlons-sur-Marne.
Le 2 '2 (11), mon père se présenta chez le commandant de la gendarmerie, qui fit obtenir une feuille de route à chacun de nous en partiel Jier.
Le 25(12), nous allâmes saluer M. Collardeau, chez qui j'avais été à Arras; il demeurait alors à Châlons, où il était garde-magasin des fourrages. Il nous accueillit fort bien. Dans celte journée, nous nous rendîmes à Courtisols.
Le 24 ( i5 ), nous gagnâmes Sainte-Ménéhould, où nous eûmes séjour; nous mangeâmes à déjeuner des pieds de mouton.
Le 26 ( 1 5 ) , nous vîmes fabriquer des bouteilles en passant aux Islettes, qui est une verrerie renommée. Nous nous dirigeâmes vers Clerniont-en-,Argonne , et fîmes des visites à des propriétaires pour qui nous avions des lettres de recommanda tion .
Le 27 ( 16 ) , nous nous transportâmes sur Ver-
dnn, où nous laissâmes un de nos camarades au 1^96. 20'"^ iTgiuicnt de chasseurs à cheval. an iv.
Les 28 et 29 ( 17 et 18 ), nous eûmes séjour , pendant lequel nous nous promenâmes dans la \ille, en mangeant des dragées qui ont de la réputation.
Le 5o ( 19), nous nous transportâmes àEtain.
Le i*"^ ventôse (5^0) , à Brici.
Le 2 ( 2 1 ) , nous nous mîmes en route de grand malin.
En chemin , notre camarade nous dit que son sommeil avait été troublé toute la nuit; que sans cesse il voyait des poissons morts autour de lui.
Mon frère interpréta ce songe, en Texpliquant ainsi : « Avant 24 heures, il arrivera à notre ami » quelque fâcheuse catastrophe. » Je me mis à rire du ton persuasif avec lequel mon frère assurait son interprétation , la regardant comme une plaisanterie. 11 me conjura de bien prendre garde à ce qu'il disait , parce qu'il serait homme k en faire un pari.
En anivant à Metz , nous allâmes à la maison commune pour avoirTétape. Notre surprise fut grande , quand nous entendîmes que l'on appelait un soldat pour conduire notre compagnon de voyage en prison , le secrétaire ayant cru remarquer que l'écriture de sa feuille de route était altérée. Nous priâmes, mon frère et moi, pour qu'on le laissât en liberté ; nous ne pûmes rien obtenir. Lorsque nous fûmes au logement , mon frère me rappela la conversation du matin, eu
,^r)6. me disant que souvent les rêves sont le pronostic jkx IV. (les malheurs ou accidents qui nous sont réservés dans un laps de temps peu éloigné , quelquefois même dans le jour même C[ui les suit.
Le 5 ventôse ( 22 ) , nous eûmes séjour, pendant lequel nous parcourûmes la ville dans ses moindres détails. Nous nous présentâmes pour voir le prisonnier ; il nous fut impossible de parvenir jusqu'à lui.
Le 4 ( 20 ) , ayant réfléchi toute la nuit à cette détention, je fis mes adieux à mon frère, qui parlit ensuite pour sa garnison.
Je pris le chemin de Thionville; je me présentai au général qui commandait la place. Il me donna l'autorisation de me rendre à la municipalité, où je reçus l'ordre afin d'aller à Strasbourg. Le 5 ( 24 ) , je m'acheminai vers Kédange. Le 6 (25), je me transportai à Sarre-Libre (Sarre-Louis) ; j'y arrivai malade, et j'entrai à l'hôpital pour me rétablh\
Le 22 ( 12 mars ) , je reçus mon exéat. Voici la copie de mon billet de sortie : « 9*^ demi-hrigade d infanterie de ligne. » Le citoyen Médard Bonnart , caporal audit )) régiment , natif de Dameri, district d'Epernai, » département de la Marne, entré le 6 ventôse » ( 25 lévrier ) de Tan 4 de la rc])u]jîique fran- » çaise, une et indivisible, à riiùj)ital de Sarre - » Libre, est sorti cejourd'iiui 22 dudit (12 mars >. 1796).
» 5/^eïoucAS.
» Le dénommé ci-dessus, resté à l'hôpital seize 1790. » jours, doit toucher du payeur 2 liv. 8 sous. a> iv«
)» ^ u, le commissaire des guerres.
» iS7g7z^' Vie VILLE.
» Le directeur dudit hôpital. Signé Del Avo'^rE.n
Un ami de mon père , qui demeurait dans ce chef-lieu d'arrondissement , me fit entrer dans le 7'"^ régiment d'artillerie à cheval; mais quelques jours après, ayant senti que le service de ce corps était trop pénible pour moi , je demandai à rejoindre la 9"'^ denii-brigaele.
Voici Texti'ait du titre qui m'a été délivré : « ]N^ ooç) de Venregistî'ement. — G journées de
marche , sur le pied de 5 lieues de poste.