CHAPITRE XXXV
1796. Le 21 nivôse ( 1 1 janvier ) , je rerns une lettre AK IV. de mon père qui m'annonçait l'arrivée de mon frère aine, et l'enchantement où se trouvait la tamille de posséder un eniant que l'on avait pleure, l'ayant cru tué au massacre de Francfort. Je prjs la résolution daller participer au plaisir que chacun éprouvait de cet heureux retour; mais il était délendu de donner des congés ou des permissions, sous quelque prétexte que ce lût. Je nie vis donc dans la nécessité de feindre ma ma^ ladie.
Le 24 ( 14 ) , j'obtins un billet d'hôpital.
Le 2 5 ( i5 ) , on me conduisit à Kempen , où existait une ambulance; mais, comme il n'y avait pas de place, on m'évacua sur Venloo , où j'arrivai le soir au moment que l'on venait de fermer les portes.
M'étant rendu dans un village auprès de cette forteresse, je me présentai au bourgmestre, qui me donna un billet de logement.
Le 26 ( ifi) , je me mis en route. Lorsqu'il y avait des villes ou des villages à travers, qu'il était possible d'en faire le tour, je ne craignais
( "^"^1 ) pas de marcher une ou deux lieues de plus pour i-oG. éviter d'y entrer , afin de me garantir à l'oeil sur- a.n n-. veillant de la gendarmerie. J'en agis de même pour laisser derrière moi Ruremonde. ^ oulant traverser la Roër, je suivis le bord jusqu'à ce que j'eusse rencontré mi bateau. Un pâtre me transporta de l'autre côté de la rivière. Je continuai mon chemin et allai coucher auprès de Susteren.
Le 27 nivôse ( 17 janvier) , ayant laissé Beck à ma droite, ainsi que Maëstricht , je me dirigeai sur Liège. Je m'acheminai rapidement sur la route de Dinant que j'avais déjà parcourue.
Le 28 (18), j'évitai Fraineux. Je m'arrêtai dans des fermes écartées pom- boire et manger. Je passai la nuit dans les environs d'Havellangen.
Le 29 ( 19 ) , je continuai vers Eraptines, et me transportai du côté de Dinant, que je laissai à droite. J'arrivai à un moulin sur la Meuse, entre cette ville et Givet, où je trouvai im paysan qui me passa au-delà de la rivière. Je fis le tour de Charlemont, que je vis à gauche. Je logeai dans une ferme isolée.
Le 5o ( 20) , je pris route dans la direction de Fumai et de Rocroij je tournai autour de ces deux places.
De Rocroi , dont je connaissais le chemin , je m'acheminai vers Maubert- Fontaine.
Le i*^' pluviôse (21 janvier) , j'allai d'Aubenton à Rosoi, où je mangeai chez mon ancien
1-96. pâtissier, qui me fît bon accueil; je coiidiai dans MIS IV. une maison isolée , à cinq lieues emiron de cet endroit.
Le 2 ( 22 ) , en suivant la route que j'avais parcourue en 1 792 , je me rendis à JN'eucIiàtel et me dirigeai sur Pieims.
\ J'arrivai chez mon père à 8 heures du soir, au
moment que Ton allait se mettre à table. C'était le jour de la Saiut-Vincent , fête des pays vignobles. Mon père avait réuni quelques amis. Mes vêtements, presque en lambeaux, firent une impression profonde sur l'esprit des assistants.
L'armée était alors dans un grand dénuement. Après avoLi* changé de hardes, je ne pensai plus à la fatigue du voyage que je venais de faire (i). Après le souper, je pris part à la danse, et j'y restai jusqu'au lendemain à 6 heures du matin.
Je fus enchanté de letrouver mon frère que je n'avais pas vu depuis six ans. Il me témoigna beaucoup d'amitié, et le regret qu'il avait éprouvé de ce que nous ne nous étions pas rejoints à notre passage à Maastricht (2).
La gendaj'mcrie , informée de mon retour , l'étant déjà de celui de mon frère , fit prévenir
(i) J'avais parcouru 92 lieues de poste ; mais à cause des détours , des circuits , j'estimai avoir franclii un espace de 120 lieues en 8 jours; ce qui portait à i5 lieues environ chaque jouinée , en hiver , qui est beaucoup pour un pie'ton.
(2) Comme il a e'té dit page 196, ligne 10.
mon père que nous devions nous rendre à Par- i -qg.
moe.