CHAPITRE XXXYII
1796- Le 25 ventôse ( 1 5 mars), je couchai à For- ^N ïv. tach.
Le 2G f 16 ) , je gagnai Sargiiemines.
Le 27 ( 17 ), je me dirigeai sm' Boiiguenon.
Le 28 ( 18 ) , j'allai à Plialzboiirg.
Le 29 ( 19 ) , je m'aclieminai vers Saverne, ville au pied des montagnes des Vosges. Je continuai ma route jusqu'à Wasselonne.
Le 5o ( 20 ) , j'arrivai à Strasbourg; j'employai le reste de la journée à parcourir la ville. Je montai à l'extrémité de la tour de la cathédrale, qui a 574 pieds de hauteur , et qui , ]>ar conséquent , est la plus considérable de l'Europe. J'y gravai, avec la pointe de mon sabre, mon nom, ainsi que l'année que j'y passai. Je vis, dans cette église , l'horloge qui passe pour im chef-d'œuvre de mécanique et d'astronomie.
Le i"" germinal (21 ), je me mis en chemin pour Molsheim, où était mon frère.
Je restai auprès de lui, tant dans son cantonnement qu'à ^Strasbourg. On me p^ara en subsistance, jusqu'au 5 ( 2:3 ) , dans là compagnie auxiliaire de la 91'''*' demi-brigade de ligne , dont il faisait partie. A Fétat-major , on m'expédia l'ordre pour
( 255 ) Witlicli, où devait se trouver le quartier-général i^gG. de rarmcc de Sambre et IMeuse. a?j iv.
J\ ous passâmes , mon irère et moi , ce peu de jours ou au café ou au spectacle ; enfin le plus agréablement possible. Sentant que nous ne pouvions rester plus long- temps ensemble, je me décidai à pai tir.
Le 5 ( 5>5 ) ^ je tne dirigeai sur Haguenau.
Le 6 ( aO ) , j'allai àNiderbronn.
Le 7 ( 27 ) , en me rendant à Bitche, il tomba de la neige en si grande abondance , que les sentiers et la route dans la forêt , en étaient couverts de plusiem^s pieds. A chaque instant, croyant marcher sur un terrain ferme, j'étais renversé tantôt dans un fossé, tantôt sur une pierre. Je suis tombé cent fois dans cette journée, m'affligeant de ma situation, ne trouvant âme qui vive pour m'indiqticx le chemin. Enfin la nuit étant très-sonibre , je fus inquiet sur mon sort. Je me figurais que j'allais seul , sans armes à feu , n'ayant que mon sabre, sans boire ni manger, rester exposé à l'injure du temps , à la voracité des animaux sauvages et carnassiers, tels que des loups, des sangliers , que l'on annonçait exister en grand nombre dans ces forêts montagneuses. Je souffrais de mes chutes , étant enveloppé d'une profonde obscvirité.
Cependant, à force de marcher, je parvins sur le haut d'une montagne 5 j'eus le bonheur d'apercevoir, entre des arbres , une faible lueur perpendiculairement sous moi , k une distance énorme 5 li 16
179^. je la perdis plusieurs fois de vue ; mais je faisais AN IV. toujours en sorte de la retrouver. Je n'eus d'autre ressource , pour m'en approcher , que de dégringoler de rocher en rocher, sans pouvoir me guider en aucune manière , à cause des ténèbres dont j'étais environné^ de la neige qui tombait par flocons. J'aurais dû me briser vingt fois les membres. Je parvins, à ii heures du soir, à la misérable chaumière dont j'avais remarqué la clarté. C'était Ja demeure d'un pauvre charbonnier , parlant allemand d'une manière rustique ^ que je comprenais à peine. Il fut aussi effrayé à mon aspect que j'étais étonné de me trouver dans son h abi talion (i). Je lui demandai à coucher ; il me répondit qu'il n'avait pas de lit pom* lui ; que , par la même raison, il n'y en avait pas pour moi. Je le priai de si bonne grâce , en lui dépeignant ma triste situation, qu'il me laissa entrer. Il eut ensuite, avec sa famille , une grande pitié de moi : car ma figure , mes mains , une partie de mes vêtements étaient ensanglantés. On se servait, dans ce triste réduit , de morceaux de sapin enflammés fixés au mur, en guise de chandelle. Cette pâle lueur, donnant à travers une fenêtre dont les carreaux étaient de papier, avait servi de guide à mes pas
(i) Je me rappelais le conte du petit Poucet; mais au lieu de trouver un ogre dans la maison , je craignais d'y rencontrer des voleurs dont on parlait beaucoup dans le pays. Je redoutais detre, comme Gil Blas dé Santillahe, dans un repaire de brigands, forcé de rester et de servir parmi eux.
( 25; ) incertains. Après beaucoup de questions , j'appris i;q6. que je m'étais cp;aré de trois lieues. C'était un bon- Ay iv. heur pour moi d'avoir g.igrsé cette cahute , dont on allait éteinche la lumière ; on ne l'avait gardée si tard que parce que c'était le dimanche. La grotte était la seule habitation de cette contrée ; si je ne l'avais pas trouvée, j'aurais été exposé k marcher toute la nuit sans découvrir le moindre asile.
Je fus , chez ces malheureux charbonniers . aussi bien que leur bon cœur et leur misèie le leur permettaient. Je mangeai des pommes de terre cuites dans un chaudron , avec un peu de sel pour assaisonnement. Je bus de l'eau Iraîche ; je couchai dans cette humble demeure , sur un lit de feuilles qui servaient de plumes. Quand le jour fut venu, ces bonnes gens me firent voir l'empreinte de mes pieds, la trace que j'avais laissée sur la neige pour arriver à celte caverne. Elle était adossée à une montagne à pic , qui semblait disposée à l'engloutir à chaque instant sous ses fragments. Je m'étais fait beaucoup de mal ', mais j'aurais dû en éprouver mille fois davantage, ou m'ensevehr sou^s la neige, dans les fentes des rochers.
Le 8 (28), le temps étant devenu beau, je suivis mon hôte qui connaissait le chemin , malgré qu'il se trouvât couvert. Il se transportait à Bitche pour ses affaires ; quand nous y fûmes arrivés, je lui payai à dîner avec plaisu-, et le remerciai sincèrement de l'hospitalité qu'il avait exercée en-
1796. vers moi. Dès qu'il m'eut quitté, je parcourus h AN IV. ville et les fortifications que les Français ont rendues célèbres, le •->.() brumaire an 2(17 novembre 1795), par leur vigoureuse défense contre les Prussiens.
Le 9 ('^9), je m'en allai à Sarguemines.
Le 10 ( 5o ) , je couchai k Sarbruc.
Le II (5i ) , je me dirigeai sur Sarre-Louis^ On me donna , k la municipalité , un billet pour loger dans un village , où je passai la nuit. Je ne fis de visite k qui que ce fût. Je négligeai de voir les connaissances que j'avais cultivées lors de mon séjour dans cette forteresse.
Le 12 ( i*^"" avril), je m'acheminai vers Hilbring.
Le 10 (2), je me mis en marche pour Sarbourg.
Le i4 ( 5 ) , j'arrivai k Trêves , où j'eus séjour, dont je profitai pour voir la ville qui est fort ancienne.
Le iG (5), je me rendis k Trarbach, où je restai dans une ferme.
Le 17 (6), je gagnai Witlich,* ma feuille de route fut continuée pour les lieux ci-après :
Le 18 ( 7 ), je passai la nuit k Polch.
Le 19 (8), étant k Coblentz, j'employai le temps que j'avais , k parcourir cette cité, k admirer la position redoutable du fort d'Ehrenbreistein^ qui était en face, au-delk du Pdiin (1).
Le 20 ( 9 ) , je logeai k Andernach.
Le 21 ( 10), k Bonn.
(1) Il a été démoli par les Français , en l'an 7 ( 1799) ; on le l'établit aujourd'hui.
Le 2-2 ( 1 1 ) , h Cologne. 1798,
Le ft3 ( 12 ) , à Neuss. a> iv.
Le 24 ( i5) , à Dusseldorf.
Le 2 3 (14)7 à Kaîsersvert, où était Fétatmajor du corps.
Le 26 ( 1 5 ) , j'arrivai à Raliiigen ; j'y rejoignis enfinla compagnie qui occupait ce lieu etHombert.
On m'envoya dans une ferme enviromiée de bois de haute futaie, à une lieue environ , chez un habitant fort riche, où je me trouvais pariaitement bien.
J'observai du changement dans le corps. J'appris que , le 29 pluviôse ( 18 février ) , la 9™^ demi-brigade avait été complétée par le i^' bataillon de la i49°^^ qui se trouvait dissoute. Elle était formée , de prime abord , du i^"^ bataillon de Conti^ 81™* de ligne; du 6"'^ de la Haute-Saône, et du 5°^' de l'Orne.
he printemps se faisant sentir , j'avais la douce satisfaction d'entendre le rossignol , de jouir pleinement des beautés de la nature et du développement de la végétation.
La fatigue que j'aA^ais éprouvée pendant les trois mois de route, me fît tomber malade. Je fus contraint , au grand chagrin de mon hôte , qui me connaissait à peine, d'aller à l'hôpital.
Le i*^"^ floréal ( 20 ) , j'arrivai à Dusseldorf, où je fus mis dans une salle vaste. Le lendemain j'éprouvai une fièvre considérable.
Le général Lefebvre, dans cet instant, vint visiter l'hospice j lorsqu'il fut en face de moij il me
1796. den^anda ce qne j'avais. Je lui répondis que c'ér A^ IV. tait \m trcmblemciit dans tous les membres. Il remarqua qu'au lieu d'un bonnet de nuit, un foulard me couvrait ia tête ; que je portais une chemise rayée de linge lin, et que ma redingote, que j'avais mise sur mon lit pour me tenir chaud, était d'un drap fort beau. Il s'adressa au directeur qui l'accompagnait, en lui reprochant de ne m'avoir pas placé dans la chambre des officiers. Je répondis au général que je n'avais pas ce grade ; que je servais comme caporal à la 9°^^ de ligne. Il répliqua que je paraissais fort soigné dans ma tenue , ce qui est une grande qualité pour un militaire , et il se retira.
Après quelques accès , je me sentis mieux. Ayant obtenu de sortir pour me promener, j'allai voir essayer de vieux canons de fonte, que l'on lirait à double charge. Plusieurs crevèrent sans occasioner de malheurs. Les canonniers prenaient des précautions en y mettant le feu avec des mèches d'amadou; ils se retiraient à l'écart, à une distance éloignée, avant que l'explosion eût lieu.
Le i5 (4 mai), étant convalescent, je retournai chez mon fermier de Ratingen, où je me rétablis en peu de temps.
Le 16 ( 5), il y eut une nouvelle organisation dans l'armée. Les numéros des corps d'infanterie furent tirés au sort. Par suite de cette fusion, de cet amalgame, la 9"'^ demi-brigade de ligne devint 105"'*^ de la même arme.
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L'ctat-major resta le même. 1^96.
La compagnie dont je faisais partie , tut la aî< iv, 4'"'' du S'"*" bataillon, commandée par le citoyen Colas, capitaine. J'étais immatriculé sous le numéro d'ordre 1877.
L'elTectii" du corps était de 4jOo8 hommes.
Dans les forets, aux environs de Dusseldorf, il existait des chevaux sauvages. Pour s'en emparer, on réunissait des troupes qui les traquaient dans les bois. Ces animaux se rassemblaient sur certains points. On les prenait au moyen de filets qu'on tendait pour arrêter leur course.
Le 7 prairial ( 26 ) , on prévint de se tenir prêt pour ouvrir la campagne (i).
(i) Voici les dates avec les lieux occupe's par une porr tion de la 9""* ou de la io5"^ deini-brigade , depuia mon départ de Wachtendonck pour l'hôpital , jusqu'à la veille de se mettre en route, afin de réunir les bataillons , le 7 prairial ( 26 mai ) :
Le 22 nivôse ( 12 jan\ner ) , quittant Tunisberg et Wachtendonck , on se rendit à Strump.
Le 24 ( 14 )j à Stralem.
Le 3o ( 20 ) , à Crevelt.
Le 1*' pluviôse (21 janvier ), à Dusseldorf et à Direndorf.
Le 29 (18 fe'vrier ) , la g"'^ fut compléte'e par le 1*" bataillon de la i^g"'".
Le 3o ( 19 ), on alla cantonner à Kaisersvert.
Le- 12 germinal ( i*' avril ) , à Ratingen.
Le 3o ( 19 ) , à Houihourg.
Le 16 floréal ( 5 mai j , la 9""* demi-brigade devint loS"" de ligne.
Le 7 prairial ( 26 ) , on reçut l'ordre de se placer |)rovisoirenieat dans le camp retranché de Dusseldorf^.