CHAPITRE XXXYIIL
»79^» Le 8 prairial (27 mai), nous partîmes de AJN IV. nos cantomiements pour nous rassembler dans les ouvrages construits en avant de la capitale du duché de Berg.
Le fermier chez qui je logeais , et qui me portait do raffection , avait rempli mon bidon de bonne eau-de-vie.
Le 1 1 ( 5o ) , nous gagnâmes Oppladen.
Le 12 (5i), nous passâmes la Wupper , rivière qui servait de limite. Celait le jour de la rupture de l'armistice qui avait été dénoncé par les Autrichiens, le 2 prairial (21 mai) , dix jours avant de recommencer les hostilités.
Le i5 prairial ( i^*" juin ) , la division du général Lefebvre , formant Tavant-garde , attaquait l'ennemi de front , le poussait devant elle dans la direction d'Ukerath.
Le 3"'*" bataillon de la loS'"'^ , commandé par le citoyen Bonnemaille , se dirigea sur la gauche de Siegbourg. Il passa au château de Bensberg, en continuant une marche forcée , sans avoir eu occasion de brûler une amorce. Le soir on plaça des gardes. Je commandai un peloton de huit hommes pour surveiller les derrières du
camp, par où des fuyards ennemis pouvaient 1^96. tourner leurs pas. an iv.
Le i4 prairial (a juin) , vers trois heures du matin, à Faube du jour, ayant été recouuaître les alentours du poste , je distribuai tous mes hommes en faction. Un instant après nous vîmes, en sortant du bois , dans le lointain , un grenadier hongrois. J'allai seul à sa rencontre , voulant avoir Fliomieur de le tuer ou de le prendre moimême.
Au moment que je l'ajustais, il mit son bonnet au bout de sa canne , l'éleva en l'air , en me criant qu'il se rendait : c'était un sergent. Je m'en approchai ; il me dit que , pendant la bataille de la veille , il avait sous ses ordres i4 individus , lui compris 5 que , cherchant à gagner son régiment, la marche précipitée de l'armée française l'avait empêché de l'atteindre , et que , s'étant échappé par ce chemin , ses hommes étaient restés dans une maison où il devait les trouver. Je ^l'accompagnai et vis 12 militaires d'élite , avec un caporal , d'une grandeur colossale : je leur enjoignis de me suivre. L'un d'eux parut témoigner de la répugnance. Le sousofficier le réprimanda ; et , comme je ne comprenais pas le hongrois , il me répéta les mêmes paroles en allemand. Sentant que la fermeté était le seul parti à prendre : < audaces Jovtuna ju- » vat (i), » je saisis le fusil de celui qui pa-
(i) Le bonheur favorise les intre'pides.
l'jgG. raissait le plus miuin. En ayant arraché la pierre, AMv. j'ouvris le bassinet, je jetai la poudre; j'ôtai la baïonnette que j'introduisis dans le fourreau, et lui présentai ensuite son arme : j'en lis autant à tous, prescrivant au sergent de les faire mettre .sur deux rangs. Nous nous acheminâmes vers mon poste : y étant parvenus , j'envoyai \ni soldat annoncer ma capture au chei de bataillon, en lui demandant un piquet pour servir d'escorte. Celui qui était chargé de cette mission , s'amusa à boire. A 5 heures, j'entendis rappeler ; comme j'avais l'ordre de rentrer au premier coup de baguette , je commençai ma route; les prisonniers jnarchant alignés , les crosses de fusil en l'air , deux hommes de la garde en avant, quatre derrière, un autre et moi sur les flancs. Quand nous parûmes à portée de fusil , le factionnaire qui voyait plus d'Autrichiens que de Français, crut qu'ils nous avaient pris , et , comme nous débusquions d'un bois, s'imagina que nous étions en tête d'une colonne qui voulait attaquer le camp. Il se disposa à faire feu. Prévoyant son dessein, je m'avançai vivement pom- m'expliquer ; il nous laissa approcher. Le commandant à qui j'adressai mon rapport, n'étant pas prévenu de mon retour, quoique j'eusse eu la précaution de lui en donner avis, allait me punir de ce que ces ennemis n'étaient pas désarmés. Je lui représentai que j'avais envoyé un exprès pour l'en informer, et que , n'ayant que 8 hommes, les étrangers étant t4, ma troupe eût été chargée d'armes, de sorte
( 245 ) qu'elle n'aurait pu se défendre si le cas Fcùt i;c)6. exii^é. Trouvant mon raisonnement juste , il an iv. me renvova h la compagnie , en me félicitant de mon exactitude et de mon intelligence à remplir mes devoirs. Il m'assiu-a qu'il saisirait la première occasion de me procurer de Tavancement. Nous partîmes de suite du bivouac , et nous marchâmes toute la journée.
Le i5 prairial (5 juin), le o^^^ bataillon détnclié rejoignit les i*""^ et 2"'^ de la io5"^*^, qui n'avaient pas quitte la division.
Voici le rapport qui a été fait de l'entrée en campagne :
Les 12 et i3 prairial (3i mai et i'"'' juin) , bataille de Siegbourg (Siegherg).
Message du directoire executif , relatif aux victoires remportées par l'armée de Samhre et Meuse.
« Citoyens législateurs , » L'armée de Sambre et Meuse a ouvert la camj> pagne , comme celle d'Italie , par des succès » éclatants sur les deux rives du Rhin.
» Le corps d'armée, sous les ordres du gé- » néral Kléber, situé sur la rive droite du Rhin, >» s'est porté le 12 ( 5i ) sur la Sieg.
» Le i5 ( i^^'juin), il a attacpié l'Autrichien, » et l'a complètement battu. L'ennemi a été M obligé d'abandonner toutes ses positions sur » cette rivière , et s'est retiré précipitamment sur » Altenkirchen , où l'on est à sa poursuite.
i^g6. » On lui a pris ou tué 2,4oo Iiorames. Tout
AK IV. » son état-major a été fait prisonnier. Le cli-
» rectoire fera connaître, par la voie des jour-
» naux, toutes les actions d'éclat par lesquelles
M les républicains se sont distingués. »
Au quartier-général de Siegberg {Siegbourg) , le i6 prairial (4 juin).
Le gênerai de division Kléber , commandant l'aile gauche de r armée de Samhre et Meuse y au général en chef Jourdcm,
« Je t'ai rendu compte dans ma dernière dé- » pêche , mon cher camarade , cjue le 12 ( o i ) > » le corps d'armée s'était porté dans la position )) entre Portz et le château de Bensberg , ce qui » faisait sept grandes lieues de marche.
» Ce même jour, le général Lefebvre eut deux » petites affaires d'avant-postes, l'une dans les » montagnes aux environs de Bensberg; l'autre » sur l'Acher , entre Troisdorf et l'Obmar : nous » eûmes quelques blessés.
)» Le i5 ( i*^' ji^iin), à 4 heures du matin , le » corps d'armée se mit en marche sur deux co- » lonnes : l'avant-gai'de , aux ordres du général » Lefebvre, avait ordre de forcer le passage de » l'Acher , en avant de Troisdorf , à l'Obmar » et à Lourath ; d'enlever Siegberg , et de re- » monter ensuite la rive droite de la Sieg pour » prendre une position vers lîappenschosa , afin » d'être le lendemain à même de passer la Sieg » au-dessus de Blankembourg , pour attaquer d(2
>j i'eveis la position d'Ukeralh, en cas que l'en-'- i-q6. » nemi Yorilùt y tenir. a> iv»
» Une partie île ravant-garde du général Le^ )) febvre , charge les ennemis jusqu'aux portes » de Siegberg , s'empare immédiatement après » de la Tille et du pont sur la Sieg, quoique » défendus par l'artillerie.
» La seconde division , aux ordres du géné^ » rai Colaud , coupe en deux le corps qui déj> lendait la Sieg , et en jette une partie contre )' le Rhin : mais comme la canonnade était vive » du côté de Siegbci'g , il se dirige conformé^ » ment à son ordre , de Hufe sur Busdorf , afin » de soutenir l'avant-garde du général Lcicbvre, » et se contente de laisser deux bataillons po^iu' » observer le petit corps ennemi qu'il laisse sur )) les derrières , et qui ne tarde pas à se reti- » rer par la route du Rhin sur l'Inte.
» Je fis passer la Sieg , au gué , à la cava- » lerie du général Lefebvre, commandée par le » général d'Hautpoult , afin de poursuivre l'en- » nemi : à cette cavalerie vint se joindre aus- » sitôt celle de là division du général Colaud, à )» la tête de laquelle se trouvait les adjudants- » généraux Ney et Ormancey. On avance , et n partout la cavalerie autrichienne , quoique » bien supérieure en nombre, cède le terrain. )) Alors le i^' régiment de chasseurs , commandé » par le chef d'escadron Richepanse, en atteint n une partie à la hauteur d'HénelT, et, dans ce vil- >i lage , il ordonne la charge et en fait un carnage
( .is )
1796. » horiii)le. Ce coraraandaiit a donné, dans cette Aw IV. » action, des preuves du plus grand sang-tïoid » au milieu des dangers, et d'iaie intrépide aun dace. En poursuivant la cavalerie , il tombe » sur un poste d'infanterie, fait faire halte à ses » chasseurs, ordonne le feu de peloton, et en » chassant l'ennemi , il fait vaincre aussi l'obs- » tacle qu'on voulait mettre à sa poursuite.
» Enfin les Autrichiens , partout vaincus , se » retirent avec précipitation , et vont se jeter » dans la formidable position d'Ukerath. Une » forte marche et quati-e hein^es de couiljat ne » me permirent point de laisser poursuivre da- » vantage ; et d'autant moins encore que cette ^ »> position , inattaquable de front , exigeait de » grands détours pour la tourner par ses flancs ; » ainsi , l'infanterie de l'avant-garde du général » Lefebvre, continuant sa route toujours sur la » rive droite de la Sieg , passa la nuit à la po- » sition d'Happenschosa, et la division du gé- » néral Colaud sur les hauteurs en avant de Bus- » dorf.
» Les noms de tous les officiers et soldats , » qui ont eu occasion de se distinguer dans » cette journée , ne m'étant pas encore connus , » je les ferai adresser dans le jour au général » Ernouf, mon chef d'état-major.
» Signé Kléber. »
Le i5 prairial (5 juin) , les troupes de l'avantgarde furent réunies, après des marches forcées, sans qu'elles parussent fatiguées. Elles étaient
( A9 ) enflammées des succès remportés depuis la re- i-cfi. prise des hostilités. Elles semblaient animées de an iv. l 'ardeur de combattre , et laissaient présager que la première affaire serait pour les Français une victoire signalée (i).
(i) Voici les dates avec les lieux occupés par une portion de la 105""% depuis son arrive'e auprès de Dusseldorf , le 8 prairial ( 2^ mai ) , jusqu'au jour de la réunion du corps, le i5 ( 3 juin ) :
Le 8 { 1'] ) , arrivant au camp pour se rendre ensuite.
Le n ( 2o ) , à Oppladen.
Le i3 ( 1^' juin), sur la gauche de Siegbourg ( Sieg* berg ) ; on passa au château de Binsberg.
Le 1 4 ( 2 ) , on marcha dans la même direction.
Le i5 ( 3 ) , la demi-brigade réunie, rejoignit la di" vision campée au-dessus de la Wiedbach.
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