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PHARMACEUTIQUES ET CHIRURGICAUX

Vin.

Les médicaments les plus essentiels tirent défaut peu de temps après Touverture du blocus. On était même sur le point de manqpier de chloroforme ; l'hôpital militaire était épuisé ; les pharmacies civiles étaient sur le point de l'être. Heureusement, l'armée d'investissement autorisa l'entrée dans la place de ce précieux agent, qui put, grâce aux étrangers, satisfaire à tous nos besoins.

Le pharmacien en chef de l'hôpital miUtaire , M. Leprieur, avait adressé, avant qu'on prévît la guerre , sa demande annuelle de médicaments à la pharmacie centrale, et cette demande était faite avec ampleur. On crut quelque temps que le blocus n'avait pas permis l'arrivée de cet approvisionnement ; mais un jour on trouva à la gare, parmi les marchandises amoncelées, le wagon qui le contenait. Ce fut une heureuse découverte, quoiqu'elle fût encore

insuffisante pour nous mener justiu'à Tissuo do lu situation.

Cependant, au milieu de cette pénurie croissant chaque jour et qui amenait quelques médecins à déclarer leur service impossible, un certain nombre de fourgons de pharmacie restaient à Tarmée intacts, et, plus tard, étaient ramenés en France intacts. Ignorait-on leur existence ? A qui la faute, à qui la responsabilité ? De par les règlements, cette responsabilité incombe à Tintendance seule. Mais, dans le cas actuel, il serait peu difficile, je crois, de l'exonérer, du moins pour une grande part. Toujours l'absence d'une direction unique, effective.

Au début de la guerre , un brasseur de la ville (M. Sée) avait offert de livrer, dans des conditions avantageuses, de grandes quantités de malt, pour le service des hôpitaux et ambulances. On sait que le malt est de l'orge incomplètement germée, la germination ayant été arrêtée dès que le développement de la diastase est arrivé à son maximum ; c'est à lui surtout que sont dues les propriétés nutritives et toniques de la bière. Cette substance, employée eu tisane, nous aurait donc rendu des services, mais, malgré l'avis favorable émis par M. le sous-intendant et par moi, le malt ne figurant pas dans la nomenclature du formulaire des hôpitaux militaires, il ne put être donné suite à cette demande.

Les transports étaient tellement difficiles après la capitulation, que cette situation précaire dura quelque temps encore. Les Allemands devaient fournir les médicaments à nos ambulances, puisque nous avions cessé d'être en relations avec la France, incapable d'ailleurs de venir à notre aide. Mais pour eux aussi, les embarras étaient grands. Le 23 novembre, j'ôcri-

vais à ce sujet la lettre suivante à M. le médecin en chef prussien :

« Le service pharmaceutique est en souffrance; les médicaments les plus indispensables manquent dans toutes les ambulances et, sans la générosité de certaines sociétés internationales, ils manqueraient depuis longtemps déjà. La liste de nos besoins vous a été remise dans les commencements de ce mois, et j'appelle de nouveau votre attention sur cet objet, digne de toute votre sollicitude. »

Le même jour je recevais une réponse que je faisais, en ces termes, connaître à M. Jeannel, pharmacien en chef de nos ambulances :

« MM. les pharmaciens militaires sont autorisés à se pourvoir, par la voie du commerce, de tous les médicaments qui leur sont utiles. Le remboursement en sera fait aux fournisseurs par Tintendance prussienne. Beaucoup de médicaments portés sur la liste remise à M. d'Arrest sont inconnus ou inusités en Prusse, où le formulaire militaire diffère beaucoup du nôtre. »

Mais cette ressource fut presqu'illusoire, et notre position ne s'améliora que lorsque les transports furent devenus plus faciles. L'administration prussienne fournit alors amplement à toutes nos nécessités.

Les désinfectants, dont on avait un si grand besoin et dont on usait si largement partout, notamment l'acide phénique, les chlorures et le sulfate de fer, ne nous manquèrent pas, heureusement. Le service du génie put nous procurer de grandes quantités de coaltar, et la Société britannique de secours mit en abondance à notre disposition une substance connue en Angleterre sous le nom de mudie's town agricuU

tural and marine desinfectant, dont nous ignorons la composition, mais dont Taction paraît fort énergique pour la désinfection des matières organiques. Le camphre (poudre, solution alcoolique) fut souvent employé dans les pansements, avec des résultats douteux.

M. Jeannel a fait, dans la salle des manœuvres de l'École d'application, une conférence fort appréciée par son nombreux auditoire, sur les désinfectants, leur mode d'action et leur emploi. Les médecins et les personnes consacrées, par esprit de bienfaisance, aux soins des blessés, ont pu puiser, près de l'éloquent conférencier, d'utiles et pratiques enseignements * .

' M. Jeannel s*est acquis des droits particuliers à la reconnaissance de la population, en organisant, à Metz , une poste aéronautique. Bien que ce genre de service soit étranger à Tobjet de mes recherches, je ne puis résister au désir de reproduire un extrait du rapport adressé par cet officier de santé au ministre de la guerre, le 4 janvier 1871 :

Monsieur le Ministre,

€ Le 3 septembre j*ai obtenu de M. le général Jarras, chef d'étatmajor général, Tautorisation de construire et de lancer un nombre illimité de petits aérostats destinés à emporter des correspondances. Après différents essais infructueux j'ai réussi à fabriquer, au moyen de papier à calquer (dit papier végétal) , des ballons de 500 litres de capacité environ. Le papier était soigneusement enduit sur les deux faces d'un vernis de collodion riciné.

Le poids de chaque lettre ayant été réduit à i décigramme environ, j'ai envoyé, du 5 au i 5 septembre, quatorze petiU uéiostats qui ont emporté en tout trois mille dépêches ; lorsque le temps était favorable, j'en lançais jusqu'à trois par jour.

Chaque paquet, enveloppé de papier collodionné, portait l'avis suivant : La personne qui trouvera le présent paquet est instamtnent priée de mettre à la poste les dépêches qu'il contient.

Le prix de revient de chaque petit aérostat n'était que de 42 à

Les instruments de chirurgie n'ont pas fait entièrement défaut , mais il eût été bien désirable qu'on pût donner à chaque grande ambulance deux boites à amputation et une à chaque établissement de moindre importance. Beaucoup d'opérations, remises au lendemain et même au surlendemain, eussent pu être faites en temps opportun et sauver la vie à plus d'un blessé. Mais la plupart des grandes ambulances n'en avait qu'une ; les moyennes et petites en manquaient. Il fallait, de la sorte, ou transporter d'un établissement à un autre les blessés à opérer, ou se transporter près d'eux avec l'appareil instrumental. Dans le premier cas , dérangement fâcheux pour le patient; dans le second, perte de temps fort préjudiciable pendant les jours qui suivaient une bataille.

Cependant, l'arsenal chirurgical de l'hôpital militaire avait été vidé ' ; les ressources, bien bornées,

14 francs. La somme totale des dépenses, en comprenant les frais d'expériences préliminaires, ne s'est élevée qu*à 350 francs.

Le génie militaire s'étant occupé d'organiser en grand, à partir du 46 septembre, un service de poste aéronautique, celui que j'avais organisé, avec des moyens fort restreints, est devenu inutile. D'ailleurs, la provision de papier végétal que j'avais pu faire chez les papetiers de Metz était épuisée et il m'aurait fallu inventer, sur de nouveaux frais, de nouveaux moyens de contention pour l'hydrogène.

J'ai été aidé, dans tonte cette opération, par M. Vidau, pharmacien aide-major, et par M* le capitaine de l'ex-garde impériale Marchant, qui m'a prêté le plus utile concours. Enfin, je dois à la justice de dire que l'idée de ce mode de correspondance m'a été suggéré, dans une conversation familière, par M. Papillon, médecin aide-major de première classe.

D'après des renseignements certains, sept de mes petits aérostats au moins, sur le nombre total de quatorze, ont porté à destination les lettres dont ils étaient chargés. >

* Une ambulance de l'armée avait fait la demande d'une boîte no i6

du commerce avaient été mises en réquisition ; enfin, on avait usé des boites des caissons et disposé d'un certain nombre de trousses régimentaires.

La Compagnie des chemins de fer de TEst avait offert une trentaine de boites de secours ; mais elles ne renfermaient pas de couteaux à amputation et ne nous rendirent que de faibles services.

Le linge n'a jamais manqué , grâce au travail incessant des femmes; mais on a éprouvé, pour le lavage, des difficultés insurmontables. Le linge lavé, draps, chemises, etc., restait d'une malpropreté écœurante ; il fallait, cependant, le distribuer aux malades.

La charpie, sans faire absolument défaut, a cependant demandé quelqu'économie dans son emploi.

La note suivante m'a été, à ce sujet, communiquée par M. le médecin-major Vézien; elle est susceptible d'utiles applications :

« On peut économiser une très-grande quantité de charpie en appliquant simplement, comme le font les Anglais, une éponge sur certames plaies qui donnent une suppuration très-abondante. Il suffit d'enlever assez fréquemment l'éponge, de la laver, de la presser et de la remettre en place. Ce mode de pansement a été employé avec succès à l'École d'artillerie, particulièrement pour des plaies de poitrine

de la nomenclature et d^une boîte à résection. M. l'intendant en chef répondit qu'il ne pouvait songer à pourvoir chaque ambulance d'instruments de chirurgie autres que ceux des caissons, mais que MM. les médecins pourraient s'entendre avec ceux de l'hôpital de Metz pour des pré/s d'instruments, en vue des opérations, et que toutes facilités seraient accordées à cet égard.

Toujours l'incompétence administrative dans les questions techniques. Ces prêts de l'hôpital étaient simplement impossibles.

et du genou qui donnaient une quantité énorme de suppuration. Non-seulement il économise la charpie, mais encore le linge, et, ce qui est souvent précieux, le temps du chirurgien ».

On peut aussi remplacer la charpie par Vétoupe, pas au contact des plaies, mais pour matelasser les grands pansements qui consomment d'énormes quantités de charpie. Ce mode de pansement avait été employé avec avantage à Tarmée d'Orient; il l'a été dans quelques ambulances, à Metz.

SEtOBRS BBS AUX ASSOCUTIONS INtERNATIOMUS.

Association luxembourgeoise. Dans les derniers jours du blocus, les magasins publics étaient vides, on le sait, et transformés en ambulances. On craignait, avec quelque raison, que la capitulation, trop tardive, ne nous permit pas d'attendre, l'arrivée des premiers secours que le vainqueur nous devait. Mais à peine les communications étaient-elles rétablies avec l'extérieur, qu'on vit arriver un immense chariot sous la conduite d'un prêtre luxembourgeois, qui nous apportait des secours dont les ambulances devaient surtout profiter. Arrivé dans la soirée, après la fermeture des portes, ce digne ecclésiastique coucha au poste extérieur, afin de pouvoir pénétrer en ville dès leur ouverture. D'autres envois suivirent, mais j'ai le regret de n'avoir aucun renseignement sur la manière dont ces envois se sont organisés et effectués *.

'*J*aYais écris au consul de France à Luxembourg pour obtenir de lui Us renseignements que je désirais. Je n'en ai reçu aucune

d02 SECOURS DUS AUX ASSOCIATIONS.

Association belge. La Belgique nous fit de fréquents envois. Le 2 novembre, M. L. Geelhand, Tun des vice -présidents de TAssociation, venu de Bruxelles, accompagné d'une dame dont je regrette d'ignorer le nom , se rendait avec moi à la gare pour reconnaître et faire décharger un wagon arrivé depuis deux jours et égaré au milieu de la multitude de wagons encombrant la voie. Le 20 du même mois, cet honorable philanthrope m'écrivait pour m'annoncer de nouveaux colis, expédiés à mon adresse du dépôt central du jardin botanique de Bruxelles. C'était toujours une grosse et laborieuse affaire que de retrouver les colis et d'obtenir leur délivrance au milieu de ces marchandises affluant de toutes parts et s'élevant en monceaux sur les quais.

Cette Association avait envoyé à Metz un de ses membres pour la représenter, et le nom de M. Van Hinsbergh est destiné à laisser, parmi nous, de longs et sympathiques souvenirs. C'est lui qui, depuis son arrivée, reçut, conserva et distribua les envois; mais la Belgique ayant ouvert elle-même une ambulance , ses dons furent désormais exclusivement réservés à celle-ci.

Les membres du Comité de Liège n'ont pas voulu laisser à la métropole tout le mérite des bonnes œuvres. Ils nous ont fait aussi de nombreux envois, sous la direction active de MM. Heuschling etThuillier. Leurs secours se sont portés, de préférence, sur les habitants nécessiteux des villages ruinés par la guerre et sur les blessés se rendant en captivité .

réponse, ce qui me fait supposer que ce poste est vacant ou que ma lettre n'est pas parvenue.

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