C^TL^ET-BE
De nombreuses oiYrandes étaient annoncées à Metz de divers points de la France : dons en nature, comprenant tout ce qui peut être utile aux ambulances, vivres et conserves, vins généreux, sucre, confitures, objets de pansement; nous savions aussi que nos voisins du Luxembourg s'apprêtaient à nous apporter leur généreux concours. Mais l'investissement de la place ne permit point à ces précieuses ressources d'arriver à temps jusqu'à nous. L'intendance, prise au dépourvu, et il n'en pouvait être autrement, n'avait que ses approvisionnements normaux, suffisant tout au plus à satisfaire aux nécessités de la première heure. La ville n'avait donc à compter que sur elle, mais la municipalité savait qu'elle pouvait, sans crainte, s'adresser à une cité qui tiendrait à justifier, une fois encore, son surnom de Metz la charitable. Une souscription fut ouverte par ses soins, un comité s'organisa pour recevoir les fonds et rendre compte de leur emploi. En peu de jours,
il lui fut versé la somme de 87899 fr. 05 c, représentant Toffrande du riche et le sou du pauvre, le superflu et les privations imposées à la famille.
Un comité de dames se formait en même temps, pour recevoir et administrer les dons en nature, qui, arrivant de toutes parts, nécessitèrent bientôt l'ouverture de magasins spéciaux, placés sous la surveillance et la gestion des femmes ; toutes, à quelque niveau social qu'elles appartinssent, s'acquittèrent de cette tâche avec un entrain et un dévouement admirables. Le commerçant offrait des produits de son négoce ; substances alimentaires, vins, linge ; les ménages ouvraient et dépouillaient leurs armoires et plus d'un se priva de réserves qui lui eussent été bien utiles dans les rigueurs du blocus; l'humble ouvrière puisait dans sa modeste garde-robe, sans songer aux atteintes du prochain hiver. Ces dons devinrent, . en peu de jours, tellement abondants que les ateliers organisés dans ce but arrivaient à peine à mettre en œuvre le linge qui leur était apporté pour la confection des bandes, compresses, charpie, suivant les indications du médecin. Les magasins de la bienfaisance regorgeaient, il semblait qu'on eût apporté en tout une folle prodigalité, et cependant ils furent encore insuffisants pour les immenses besoins à satisfaire et qui dépassèrent de si loin les prévisions .
Ces ateliers fonctionnaient d'un travail incessant, sans trêve ni repos, parce que le temps pressait, les événements marchaient, les blessés affluaient. Aussi, les magasins à peine empUs étaient-ils vides, pour s'emplir de nouveau et se vider encore ' ; mais
» L'empressement et le zèle des dames ouvrières furent si grands,
no BIENFAISANCE DE LA POPULATION.
un jour ils se vidèrent pour ne plus se remplir, et la charité patriotique étant épuisée, Metz n'eut plus de soutien que dans la charité étrangère, qui ne lui fit pas défaut, nous l'avons vu, dès le rétabUssement des communications.
Tandis que des femmes, oubliant le soin de leur intérieur, consacraient leurs journées à l'œuvre des magasins et des ateliers, d'autres, organisées en comités dans chacune des cinq sections, sous la direction d'une présidente nommée par elles, parcouraient la ville en quête de secours , qu'elles répartissaient, avec une touchante sollicitude, entre les nécessiteux des ambulances.
De nombreuses distributrices portaient ainsi aux blessés le bien-être sous toutes les formes : objets de couchage, amélioration de régime, tabac, moyens de distraction, non moins précieux aux convalescents, tels que livres moraux et amusants, cartes à jouer,
qu*il sortit, en moins de six semaines, de Toufreir-magasin de rhôtel de ville, 70000 compresses, 20000 bandes, etc. L'ambulance du Polygone, qui, dans le principe, devait seule exister, reçut, bien avant qu'aucun blessé y fût transporté, c'est-à-dire avant le 14 août, i 660 chemises^ 30775 compresses, i28il bandes, 4 018 serviettes, 1 317 bandages de corps, 1313 moucboirs, 501 draps, 367 coussins pour les amputés, iOOO taies d'oreiller et 12 grandes caisses de charpie. Tous ces objets, confectionnés par les dames des sections, sous la surveillance des cinq dames présidentes, étaient envoyés à l'ouvroir de l'hôtel de ville, sous la responsabilité d'une dame garde-magasin, qui en faisait tenir un compte exact par ses deux aides, qui procédaient aussi à l'emballage de caisses assorties de bandes, compresses, charpie, chemises, mouchoirs, etc. Ces caisses étaient immédiatement expédiées, suivant les besoins, dans les différentes ambulances. C'est à l'initiative de ces dames qu'on dut l'organisation des lingeries particulières des ambulances de la caserne du génie, de Goislin, du Fort-Moselle et du Saulcy, etc. (Note communiquée par M"» Polonus.)
^ BIENFAISANCE DE LA POPULATION. iH
jeux de dames, de lotos % etc. Tous les magasins de la ville furent, dans ce but, fouillés et dévalisés. Une œuvre dont Futilité fut appréciée par un grand nombre de blessés avant et après Tinvestissement, était celle des secrétaires : des femmes, surtout des jeunes filles, quelques jeunes gens, couraient les ambulances, munis de papier, de plumes et d'encre, et recevaient les confidences de ces malheureux pour leurs familles inquiètes d'un long silence. Souvent l'expression élégante du secrétaire ne faisait que rendre une pensée confusément exprimée, et la pauvre mère, tremblante d'émotion à la réception de cette lettre, s'étonnait que son garçon eût acquis tant d'esprit au régiment... — Que de fois, hélas,
* Qui n'a vu les soldats réunis autour du loto ne saurait comprendre tout le charme qu'ils trouvent à ce jeu, qui trône sans rival dans les hôpitaux militaires. Par un beau soleil d'été vous manquerez rarement de voir, dans l'angle ombragé de la cour, un cercle attentif à la parole vibrante d'une sorte d'imprésario, vieux soldat souvent affublé d'un sobriquet malsonnant : c'est le loto, son banquier, ses joueurs, sa galerie. A chaque numéro répond une qualification que n'avouerait pas toujours l'Académie française et dont une mère permettrait rarement raudiùon à sa fille. De ces appellations, les unes sont traditionnellement connues, et nul n'oserait y toucher ; d'autres sont dues à l'imagination fertile et vagabonde do crieur; mais rien n'est plus étrange que le contraste entre ces expressions burlesques et l'attention digne et calme du banquier et de l'auditoire. Thérèse ma sœur (13), les deux bossus (33), bout-ci bout^là (69), excitent sans doute l'admiration, mais ne provoquent pas, parmi les joueurs, l'ombre d'un sourire. Ils restent graves et austères, car la situation est poignante d'émotions, le jeu est intéressé. La galerie seule, subjuguée par tant de verve, rit et applaudit. — On me pardonnera, j'espère, d'avoir un instant quitté le ton sérieux pour soulever ce petit coin des mœurs militaires ; mais le loto est vraiment un auxiliaire du médecin ; en occupant agréablement de longues et misérables journées, il est le souverain préservatif de la nostalgie d'hôpital.
ces tristes missives furent-elles les dernières nouvelles d'un être bien-aimé !
Et cette œuvre, organisée par un petit nombre de femmes après la capitulation, que j'appellerai Œuvre des prisonniers, je ne saurais la passer sous silence, quoiqu'elle ne touche qu'indirectement au service des ambulances. Quelques personnes, que chacun a remarquées , assistaient religieusement à chaque départ de convois de prisonniers de guerre, leur apportant du pain, du vin, un peu d'argent, des vêtements, des couvertures, tout, en un mot, ce qu'elles pouvaient obtenir de la bienfaisance publique ou des sociétés internationales de secours.
Mais là ne s'arrêtait point le dévouement des femmes. La force et l'énergie jointes, chez ce sexe , à une exquise sensibilité, n'ont jamais paru avec plus d'éclat qu'en ces terribles circonstances. Chez les femmes, le cœur a opéré des miracles et transformé, en quelque sorte, leur nature. Des mains, habituées à chiffonner le velours et la soie, ne craignaient pas le contact des plaies les plus hideuses, les plus repoussantes ; la délicatesse de l'odorat se révoltait à peine des fétides et malsaines odeurs de la suppuration et de la gangrène. Émues, désolées par les cris ou les déchirantes expressions de la douleur, elles ne cédaient point à cette trop légitime émotion, et savaient la dompter pour se livrer tout entières à leur œuvre sublime de sœurs de charité. Telle femme qui, dans sa vie privée, ne saurait, sans défaillance, assister à la mort du plus humble animal, vivait, avec un calme apparent, au milieu des plus atroces scènes de douleur.
La grande dame, l'ouvrière, la femme âgée, la jeune fille se coudoyaient dans cette œuvre de haute
bienfaisance, et le sourire de Tune apprenait à l'autre qu'elles étaient égales dans la tache qu'elles se partageaient.
Au premier bruit d'un engagement, au premier grondement d'un canon lointain ; alors qu'on pressentait, à boyi droit, l'insuffisance immédiate des secours officiels et avant l'arrivée des premiers blessés, les anges gardiens étaient à leur poste, apportant bouillon, vins généreux et cordiaux, linge et charpie, et ces mille douceurs que ne dédaigne pas le plus rude soldat. L'insuffisance numérique des médecins, à quelque degré que s'élevât leur zèle, n'aurait pu permettre, après les grandes affaires, d'assurer à tous les blessés les secours nécessaires ; mais les femmes leur prêtèrent un concours efficace et bien souvent le médecin arrivant près d'un blessé qu'il voyait pour la première fois, trouvait tout disposé pour l'examen préalable de la blessure, les vêtements enlevés, les plaies lavées, des aides incelligents et attentifs pour les pansements simples. Quelques femmes, habituées aux travaux délicats des mains, acquirent bientôt, dans cet art, une remarquable habileté et plus d'une, aujourd'liui, ne le céderait point au praticien le plus exercé, pour ces menus soins dont l'importance est si grande.
Dans les ambulances, les femmes se divisaient entr'elles les chambres, les tentes, de telle sorte qu'elles fussent généralement deux à donner leurs soins à un nombre déterminé de malades, qu'elles connaissaient, auxquels elles s'attachaient, et qui s'attachaient à elles.
Si, chez beaucoup , ce zèle fut éphémère, s'il se ralentit insensiblement, soit à rapproche du mauvais temps , soit en présence de maladies réputées
il»
contagieuses, chez quelques femmes, d'un courage à toute épreuve, cet ardent amour de Thumanité n'eut d'autre terme que la mort ou la guérison des blessés qu'elles suivaient encore, avec l'intérêt de la pensée, jusqu'au sein de leurs familles.
Cette inconstance des secours ofQcieux est-elle signalée par moi comme un reproche à l'adresse de la population? Non, certes. Elle est dans l'ordre des choses; partout et toujours il en a été ainsi dans cette horrible guerre ; partout et toujours il en sera de même. Un brave, blessé en présentant noblement son front à Tennemi, inspire de l'intérêt, éveille un sentiment chevaleresque qui peut s'élever jusqu'à l'enthousiasme. Un malheureux dysentérique n'appelle que la pitié, pourquoi ne dirais-je pas le dégoût? Il est d'un réalisme en vérité peu séduisant.
Ce mot de réalisme me ramène tout naturellement aux réalités de la vie. Ces femmes, qui prodiguaient leur temps aux ambulances, étaient des mères de famille, dont le ménage restait en souffrance pendant leurs longues heures d'éloignement; c'étaient aussi des ouvrières, qui pouvaient bien acheter par quelques privations le bonheur de faire du bien, mais qui avaient besoin de leur travail pour échapper à la misère, à la faim.
Nous devons, enfin, rappeler que la population a compté plus d*une victime du dévouement. En faut-il davantage pour ralentir le zèle des personnes qui m* Horit point retenues par le devoir professionnel?
l,(*A U'wuuiy, qui ont, jusqu'au bout, poursuivi leur lîWir; béri/îVo](; , furent les plus méritantes, sans doutr, rnain il faut admettre qu'elles pouvaient , à \rur ^mVî, (lis[K)sr;r(l'im temps dont elles étaient maî-
Après avoir payé un juste tribut d'éloges au dévouement des femmes , celles qui se sont le plus particulièrement consacrées au soin des blessés, me permettront bien, j'espère, quelques conseils dictés par une vieille expérience et par mon désir de voir tant de zèle porter tous ses fruits.
L'amour des pansements, si j'ose m'exprimer ainsi, fut poussé trop loin, et, chez quelques personnes, il dégénéra en une sorte de fanatisme irréfléchi et nuisible. Une tache de sang, de suppuration, sur un bandage d'ailleurs irréprochablement établi, une douleur, même légère, accusée vers le siège de la blessure, constituaient, pour ces personnes, l'urgente indication d'un pansement, qu'elles s'empressaient de faire par esprit de compassion. Cela s'est passé non- seulement à Metz, mais sur tous les points où la bienfaisance publique s'est appliquée à nos pauvres blessés. Partout le même excès de zèle a produit quelques accidents regrettables.
Il est un principe qu'on ne saurait trop répéter aux gens du monde, que les circonstances amènent à partager les travaux de notre métier, c'est que les pansements les plus rares sont, C7i général, les meilleurs. Les plaies souffrent toujours beaucoup au contact de l'air; il faut donc, le plus possible, leur épargner ce contact. Quand un pansement a été bien fait, après une blessure, une opération, qu'il est solidement établi et qu'il ne se présente pas d'indication que le médecin seul peut apprécier, il doit rester en place sans être renouvelé, deux, trois jours et môme davantage. Loin de là, les blessés étaient indistinctement pansés deux et plusieurs fois dans la journée, le plus souvent par des mains différentes, les dernières personnes ignorant ce qui avait
été fait avant elles. Nous savons que les malades se prêtent volontiers à ces manipulations fréquentes, pendant lesquelles on les plaint, on leur adresse des paroles de consolation, utiles au moral, peut-être, mais assurément fort inutiles au physique, après lesquelles, enfin, on leur laisse parfois des marques palpables de l'intérêt qu'ils inspirent.
Qui de nous n'a souvent entendu des plaintes de cette nature ? « Docteur, tel blessé n'a pas été pansé aujourd'hui ! » Plainte à laquelle je manquais rarement de répondre : « Tant mieux, madame. » Plus d'une fois, alors, on m'accusait d'inhumanité, accusation que, d'ailleurs, je ne pouvais accepter comme sérieuse. Les gens du monde, hommes ou femmes, ne sont vraiment aptes à faire que les pansements simples, et toujours sous la direction du médecin. Comment une personne étrangère à l'art de guérir saura- 1- elle apprécier si cette plaie, blafarde et sanieuse, a besoin d'être stimulée, si l'inflammation qui envahit celle-là a besoin d'être modérée ou activée, car un certain degré d'inflammation est nécessaire à la guérison? Qui peut, sinon le médecin, décider si une plaie doit être pansée à sec (avec de la charpie seulement), et c'est le cas le plus fréquent, ou s'il faut y ajouter soit du cérat, soit tel autre médicament topique ? A propos de cérat, dirai-je l'incroyable abus qui en a été fait, notamment à l'Esplanade, où une personne était occupée, du matin au soir, à préparer des compresses enduites de ce précieux agent. Eh bien, l'usage du cérat est le plus souvent nuisible ; en tous cas il ne doit être employé qu'en couche extrêmement mince, et non en couche épaisse, comme on ne manquait pas de le faire. Le cérat n'a guère d'autre fonction à remplir
que celle d'un corps gras s'opposant à l'adhérence de la charpie ou des linges à la plaie. Il peut être, à ce titre, utile sur une plaie fraîche qu'on aurait intérêt à voir souvent ; mais lorsque celle-ci est en pleine suppuration, le cérat est au moins inutile, car Tadhérence n'est point à craindre ; d'ailleurs on la rompt facilement à l'aide de quelques lotions ou irrigations d'eau tiède. Il n'a d'autre résultat que d'obliger à renouveler plus souvent le pansement, parce que du jour au lendemain, surtout pendant les chaleurs, il contracte dos propriétés irritantes, il rancit.
En thèse générale, un blessé ne doit point être pansé avant la visite du médecin; pour éviter des pertes de temps, si regrettables dans les instants de presse, la personne chargée du pansement doit se borner, en attendant la visite, à découvrir la plaie, la laver, puis la recouvrir d'un linge sec et propre, pour éviter le contact prolongé de l'air. Un rapide coup d'œil suffit alors au médecin pour prescrire le mode de pansement et son degré de fréquence. Tel est, dans les hôpitaux, le rôle des aides.
Rappelons qu'un bandage bien fait doit présenter deux qualités indispensables : la légèreté et la solidité.
Un pansement lourd, chargé de plus de linge et de charpie qu'il n'est nécessaire, fatigue le blessé, échauffe la plaie et la dispose à l'inflammation. Un pansement non solide se dérange aisément et oblige à de fréquents renouvellements, toujours fâcheux, ainsi que nous l'avons établi. Il faut, pour arriver à ces deux conditions, une main exercée, et les femmes y sont parfaitement aptes ; mais ces qualités exigent une habitude qui rend les premiers essais dangereux, quand ils se font sans méthode.
C'est seulement en se conformant à ces simples préceptes que plusieurs femmes nous ont rendu de véritables services. Mais combien aussi ne s'y conformaient pas ! Combien croyaient que plus elles entassaient fréquemment de linge, de charpie et de cérat sur une plaie, mieux celle-ci devait guérir. Aussi que de mécomptes de ce seul fait !
En résumé, nous ne saurions, sans ingratitude, méconnaître les services que les femmes ont rendus à nos blessés. Mais aussi nous ne pouvons que déplorer, chez un trop grand nombre, l'absence de toute règle, de tout principe, dans ces soins prodigués d'ailleurs avec un dévouement si absolu.
Les lignes suivantes, empruntées à un livre écrit par une femme, quelques jours avant notre funeste guerre, complète avec éloquence les considérations dans lesquelles nous venons d'entrer :
« La place des femmes est marquée partout où il y a des victimes à soulager; elle est donc marquée sur le théâtre de la guerre. Il faut auprès des soldats malades des hommes capables, robustes, énergiques et dévoués; mais des gardes-malades femmes sont nécessaires aussi. Dans un hôpital bien dirigé, leur activité se développe sous toutes ses faces et toutes leurs aptitudes sont mises en jeu. Leur présence met un frein à la grossièreté, elles entretiennent la propreté mieux que personne, supportent les veilles mieux que les infirmiers. Un auteur bien connu dit que les femmes donnent, quand il le faut, l'exemple du courage et l'exemple plus difficile de la résignation.
» A l'homme de courir bravement jusque sous le canon ennemi pour ramasser le blessé ; au chirurgien, fidèle à son poste d'honneur, de bander les
plaies; aux femmes de veiller avec mie tendre et active sollicitude sur les patients, pendant des jours, des semaines, peut-être des mois de souffrances ; à elles de préparer des objets destinés à leur soulagement ; à elles de les encourager par de bonnes paroles et de donner à leurs familles les nouvelles si impatiemment attendues.
» Ainsi, l'activité spéciale de la femme vient compléter celle de l'homme, sans la remplacer ni la gêner en rien, chacun reste dans son rôle... * »
Oui, ce sont bien là les véritables attributions de la femme, et des milliers de voix béniront son nom si elle sait en comprendre toute la grandeur et se renfermer dans les hmites qu'elles lui imposent.
Le 17 août, après la journée de Gravelotte, le commandant supérieur faisait, par affiche , appel au patriotisme des habitants , réclamant leur concours pour l'organisation immédiate de nombreuses ambulances, les engageant même à recevoir chez eux des blessés. Pour diminuer aux gens peu aisés la charge qui allait leur incomber, il accordait une indemnité de 2 francs par jour à qui la réclamerait, pour chaque blessé recueilli et entretenu.
Conformément à cet avis, de nombreux habitants s'étaient rendus aux portes par lesquelles pouvaient arriver les blessés. N'écoutant que la voix de l'humanité, sans calculer leurs ressources et leurs moyens d'action , ils s'emparaient indistinctement des premiers qui se présentaient , ou choisissaient ceux qui leur semblaient le plus gravement atteints, comme étant les plus dignes d'intérêt.
» La mission des femmes en temps de guerre, par M""« William Monod. Paris, 4870, in-12.
Cette hospitalité devait, cependant, entraîner de graves désordres, causer des embarras sérieux aux habitants trop zélés et nuire aux blessés eux-mêmes. Le maire, en sa double qualité de magistrat et de médecin, ne s'y était pas trompé et, lorsque, le jour même, il communiquait au Conseil municipal cette affiche, justifiée par Timminence des besoins, il faisait ressortir les inconvénients qui résulteraient de la dissémination des blessés, c C'est une mesure, disait-il, à laquelle il ne faut recourir que lorsque tous les moyens de concentration seront épuisés. » Il proposait, en conséquence , de rechercher par la ville tous les locaux dans lesquels on pourrait organiser des ambulances. Pour obvier, autant que possible, à Tabandon médical dans lequel bon nombre de ces malheureux allaient se trouver en raison de leur dissémination, il engageait , par une nouvelle affiche, les personnes qui voulaient recevoir des blessés, à les choisir dans les hôpitaux et ambulances, sur Vavis des médecins traitants, au lieu d'aller les ramasser à l'aventure. Il est certain que les médecins, civils ou militaires, retenus par les obligations d'un service régulier extrêmement lourd, ne pouvaient se livrer à cette clientèle morcelée. La difficulté était bientôt arrivée à ce point que les médecins de l'armée, trahis par leur uniforme, étaient à chaque pas arrêtés dans les rues et invariablement taxés d'inhumanité lorsqu'ils refusaient de se rendre à ces demandes multipliées, auxquelles ils ne pouvaient accéder qu'au détriment de leur service d'ambulance. Mais , insensiblement , cette situation se régularisa. Beaucoup d'habitants, comprenant que leurs blessés manquaient des soins nécessaires, les firent admettre dans les ambulances en échange
d'hommes moins gravement atteints et pouvant se contenter de soins légers, pouvant même aller se faire panser à la plus voisine ambulance. Cette régularisation ne fut cependant jamais que partielle , habitants et blessés s'attachaient souvent l'un à l'autre, et ces considérations de sympathie prévalaient sur toute autre. Indépendamment du point de vue médical, qui ne comprend aussi l'inconvénient militaire et administratif de cette dissémination des blessés échappant à tout contrôle ? C'est en vain que leurs corps les cherchent et les réclament ; ils sont bien chez le bourgeois y ils y restent, et, quel qu'en soit le motif, le bourgeois les garde.
Peu à peu les substances alimentaires subirent un eirchérissement tel que l'indemnité journalière de 2 francs devint de beaucoup insuffisante. Alors surgirent de toutes parts les demandes de réintégration des malades dans les ambulances ; mais les places y devenaient de plus en plus rares, et l'on ne pouvait accueillir ces légitimes réclamations qu'avec mesure, seulement en faveur des plus nécessiteux. C'était une nouvelle source d'embarras.
N'oublions pas d'accorder au corps enseignant, aux corporations religieuses, au clergé, la part qui leur revient dans ce mouvement de haute bienfaisance, à quelque communion qu'ils appartiennent.
Le personnel du lycée , sous l'impulsion de son chef, fut admirable. Toutes les écoles s'ouvrirent aux malades, tandis que les instituteurs, privés de locaux disponibles, payaient de leur personne, en offrant aux médecins un concours aussi dévoué qu'intelligent. Toutes les maisons religieuses, même les maisons cloîtrées de femmes^ étaient transformées en ambulances où la charité chrétienne se manifestait
avec ampleur. Les prêtres , non contents d'exercer près des blessés leur saint ministère , ne reculaient pas devant le rôle subalterne d'infirmiers * , qu'ils partageaient souvent avec des laïques de distinction, comme avec de simples ouvriers. Ces humbles, mais utiles fonctions, étaient ainsi relevées aux yeux de ceux qui les exerçaient par profession.
* Le service des infirmiers a toujours laissé beaucoup à désirer. Les infirmiers militaires, retenus pendant le siège par les liens de la discipline , firent généralement un bon service ; après la capitulation, ils désertèrent à l'envi l'un de Tautre, pour rentrer en France ; on put à peine en conserver quelques-uns. Mais, dès Torigine, ils étaient en nombre insuffisant et Ton avait dû recourir à des auxiliaires, pris au hasard dans les bas-fonds de la population et qui songeaient plus à l'intérêt de leurs familles qu'à l'intérêt de leurs malades. Les femmes mercenaires valaient mieux, sans être, cependant, à l'abri de tout reproche. Les gardes mobiles, empbyés comme infirmiers, ne connaissaient rien à ce métier et s'en acquittaient avec une répugnance marquée.
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