‹ Histoire médicale du blocus de MetzChapitre 20 sur 56 · OFFICIEL ET OFFICIEUX · texte numérisé non relu

OFFICIEL ET OFFICIEUX

Les guerres modernes, avec leurs grands moyens de destruction, ont démontré Finsuffisance numérique du personnel de santé militaire dans toutes les armées. Le blocus de Metz Ta surabondamment établi, quoique le tiers de Teffectif du corps fût réuni dans la place ou dans l'enceinte du camp retranché. Mais il faut reconnaître qu'il n'est guère affecté normalement au traitement des malades et blessés que la moitié du personnel, l'autre moitié, dans le service régimentaire, étant plutôt destiné à constater les maladies qu'à les traiter. Les médecins militaires furent donc insuffisants pendant le blocus, mais ils furent exubérants après la capitulation, alors que l'effectif médical des corps de troupes était devenu disponible pour les ambulances.

Etablissons nettement la situation. Les médecins attachés à l'hôpital militaire et quelques médecins de régiments, restés dans la place, ne pouvaient

assurer le service dès que l'armée eavoya sur Metz ses malades et blessés, et qu'il fallut ouvrir les premières ambulances. L'investissement ne permettant point de renforcer ce personnel par des appels du dehors, il fallut, avec l'effectif médical de l'armée du Rhin, satisfaire, autant que possible, aux exigences croissant chaque jour; le service de la place dut réclamer, près du commandant en chef, l'envoi de médecins appartenant aux ambulances divisionnaires. Celles-ci furent supprimées et le personnel en fut versé aux hôpitaux de Metz, moins une partie laissée à chaque corps d'armée pour y constituer une ambulance de quartier général. Cette mesure était excellente, mais elle fut parcimonieuse pour la place et laissa trop de médecins aux quartiers généraux, où ils n'avaient guère d'autre utilité que celle qui pouvait naître des événements, utilité qui ne devint jamais effective, du moins pour la plupart.

Aussi, malgré ce renfort, les services ne furent bientôt plus assurés. Chaque médecin avait jusqu'à 250 à 300 blessés à traiter, souvent sans aides ; la matinée tout entière était consacrée aux visites et pansements, l'après-midi aux opérations, et combien de malheureux ne purent subir, en temps opportun, une opération qui, seule, pouvait les sauver.

Dans les corps de ligne il y avait un ou deux médecins, dans les corps de la garde ils étaient deux ou trois. Il est évident que, partout, un seul suffisait, sans être extrêmement chargé de besogne. On verra, dans ma correspondance, combien j'ai demandé, avec instances et prières, l'adoption de cette mesure. Accordée en principe, elle n'a été que très-imparfaitement exécutée, et plusieurs régiments ont conservé leurs trois médecins.

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L'ordre fut donné, un jour, de renforcer le personnel de la place par des médecins empruntés aux quartiers généraux et aux corps de troupes. Lorsque le service fut bien installé sur cette nouvelle base, un contre-ordre, en vue d'un mouvement possible, nous retira ce secours qui nous était si nécessaire et nous désorganisa de nouveau.

Cependant de nombreux médecins venaient des camps m'ofîrir leurs services que j'acceptais d'abord, que je dus refuser ensuite, un colonel de la garde ayant défendu à un médecin -major placé sous ses ordres de cumuler un service aux ambulances avec son service régimentaire.

J'avais demandé qu'au moins on envoyât, entre midi et cinq heures, un certain nombre de médecins pour venir en aide à leurs camarades dans le service des pansements. Ce fut accordé, mais je n'eus pas lieu de m'en féliciter. Ces médecins, pleins de zèle et d'entrain, ne demandaient qu'à être utiles ; mais à l'heure qui leur était assignée les médecins traitants avaient terminé le service du matin; ils tombaient donc au milieu de blessés à eux inconnus , ne savaient qui voir, ni par où commencer. Ils étaient obligés d'employer des infirmiers déjà fatigués et qui devaient se réserver pour le service du soir. C'était un vrai désordre, sans utilité réelle; je dus reconnaître moimême que cette mesure était inefficace et prier le commandement de la rapporter.

Cependant la population de Metz, voyant de tous côtés l'uniforme des médecins militaires, pendant une partie de la journée, ne comprenait pas qu'on put se plaindre de leur pénurie, et portait, contre le corps entier, des accusations aussi désobligeantes qu'injustes. — (c Vous vous plaignez de manquer de

l!2() SERVICE MÉDICAL.

médecins, me disait-on chaque jour, les rues en sont pleines ; les cafés en regorgent ; pourquoi ne les employez-vous pas? » Et moi de répondre:

« C'est vrai, mais la plus grande partie de ces médecins ne sont point sous mes ordres; ils appartiennent à l'armée, dont le personnel est distinct de celui de la place; j^ne puis en disposer. D'ailleurs, ils n'entrent en ville qu'après avoir accompli leurs obligations au camp ; leur service terminé rien ne ne les y retient ; ils viennent ici, non chercher des distractions, mais se réunir et, comme tous les autres officiers, échapper aux misères de la tente. Isolés, sans famille, sans abris, que voulez -vous qu'ils fassent, qu'ils deviennent, en dehors du temps consacré au soin de leurs malades? Et puis, il importe de faire observer que sous le titre de médecins on comprend beaucoup de pharmaciens dont l'uniforme n'en diffère que par une nuance inconnue du plus grand nombre, et dont les attributions sont, malheureusement, entièrement distinctes. En ce qui concerne les médecins attachés à la place, on les voit battre la villes fréquenter les lieux publics, dans le temps qui n'est pas consacré à leur laborieux service, de onze heures à deux heures et dans la soirée; heureux qu'ils sont d'échapper quelques instants à l'infection de Thôpital. Aux autres heures de la journée, pas un n'est aperçLi. » Ces explications étaient toujours bien saisies et bien acceptées, mais je ne pouvais les donner à chacun et ces pauvres médecins militaires étaient accusés de paresse et de mauvais vouloir, alors qu'ils succombaient à la tache.

Il était donc possible de renforcer le service médical de Metz ; que fallait-Il pour cela ? L'unilé

SEUVICK MÉDICAL. 127

(l'action. Un chef médical unique pour l'armée et la place, libre, responsable de ses actes envers le commandement seul, connaissant de tous les besoins, pouvant de la sorte équilibrer les secours.

Cependant , l'obligation de laisser encore un nombreux personnel aux corps d'armée n'aurait pas permis de couvrir entièrement le déficit, et des secours étrangei^s eussent toujours été nécessaires jusqu'au moment de la capitulation, qui fit entrer à Metz des médecins militaires bien au delà des besoins.

Les médecins civils, dont plusieurs étaient venus de divers points du département, et même de l'étranger, offrirent avec empressement leur concours, sans que ceux de la ville attendissent qu'on le leur imposât, suivant le droit de l'état de siège. Le service de prescriptions était dès lors assuré, mais celui de l'exécution ne l'était pas ; la population, les femmes surtout, y pourvurent avec ardeur, on le sait. Nous pûmes ainsi faire face à tout, si nous ne tenons compte de quelques irrégularités, de quelques retards.

Mais cet exposé rapide fait voir la nécessité d'organiser le service de santé militaire de telle sorte qu'il puisse se suffire à lui-même dans toutes les situations de paix et de guerre, sans avoir rien à emprunter aux éventualités de la charité publique. L'État a contracté envers le soldat blessé et infirme une dette de conscience ; ce n'est point à la charité à l'acquitter; c'est à lui, à lui seul qu'appartient ce soin. Le mot' charité que je viens de prononcer et qu'on a si souvent employé dans cette guerre, est inacceptable. C'est un droit formel pour le soldat malade ou blessé, de recevoir largement tous les • soins que comporte sa situation. En les lui accordant

personne ne lui fait charité, et le gouvernement qui n'a pas su prévoir cet ordre de besoins, et a réduit ses défenseurs à l'assistance publique, assume sur lui la plus lourde responsabilité. Eh bien! l'insuffisance du service de santé, conséquence d'une organisation vicieuse signalée depuis longtemps, sous toutes les formes et par les voies les plus autorisées, constatée partout durant la dernière guerre, constitue l'une des fautes qu'on est en droit de reprocher au régime déchu. Espérons que cette dure leçon portera ses fruits.

Que serions-nous devenus si la guerre s'était portée sur le sol étranger, où nous n'aurions pu recourir à l'élément civil , femmes et médecins ? Que deviendrions-nous dans toute guerre lointaine ?

Il faut donc, je le répète, que le corps de santé militaire trouve en lui tous ses movens d'action; il ne doit compter que comme un accessoire, un appoint, sur la bienfaisance privée, qui peut faire défaut et, de sa nature même, est inconstante.

Le personnel médico-militaire à Metz n'a pu suffire à sa tache ; cependant le tiers de son cadre d'effectif était dans l'enceinte de la ville ou sous ses murs. Que restait-il donc pour les autres armées, si l'on en déduit les médecins attachés à l'Algérie et ceux que le service retenait dans certains postes éloignés des mouvements militaires, dans tout le Midi, par exemple? Insuffisance partout! Partout nécessité de recourir à l'élément civil bénévole.

Cette situation, chacun le reconnaît aujourd'hui, quoiqu'un peu tard , appelle d'urgentes réformes. Mais je reconnais aussi qu'en temps de paix, c'est-àdire en temps normal, on ne peut entretenir des légions de médecins militaires, dont l'instruction

et rintelligence, restant sans emploi, ne pourraient que s'affaiblir. Quand deux ou trois médecins suffisent au service d'un régiment, on ne saurait en mettre six et même davantage pour arriver au nombreux personnel réclamé par l'état de guerre. Ce serait grever le trésor, sans bénéfice pour l'armée, sans bénéfice pour le corps de santé, qui verrait ses forces vives s'atrophier dans l'inaction. A chaque position dans l'armée doit correspondre une fonction effective ; les non-valeurs n'y peuvent être tolérées.

Le personnel sanitaire de l'armée, dont le cadre complet compte 1147 médecins et 159 pharmaciens», est suffisant pour le temps de paix, y eùt-il même des lacunes dans l'effectif, ainsi qu'il arrive presque toujours. Il faut donc trouver une combinaison qui vienne, en temps de guerre, renforcer ce personnel, sans difficultés de recrutement, sans secousses, sans embarras à craindre après le retour à la paix. Ce problème a toujours été facile à résoudre, si Ton avait bien voulu en chercher la solution, mais il le serait surtout par le service obligatoire. Il suffit pour cela qu'une disposition législative astreigne chaque médecin civil, éventuellement et suivant les besoins, au service médical de l'armée, à titre auxiliaire, pendant un nombre d'années indéterminé après sa réception au grade de docteur (Je dis indéterminé parce qu'il reste naturellement soumis à des conditions dont on ne peut prévoir ni fixer le retour). Telle guerre forcerait à lever tous les jeunes praticiens ayant un an d'exercice , telle autre, deux ou trois ans. Mais cette obligation serait certainement allégée par le concours de médecins civils plus anciens, qui viendraient en certain nombre offrir

leurs services, en se soumettant temporairement aux exigences de la vie militaire *.

Les uns et les autres seraient admis dans le grade occupé par la moyenne de leurs contemporains au doctorat.

L'ancienneté de réception me semble une base plus équitable que Tâge ; ce serait, d'ailleurs, un stimulant : les élèves travailleraient mieux pour arriver plus vite et être plus tôt exonérés du service.

Mais on ne saurait imposer à la médecine civile cette lourde charge du service médical des armées en temps de guerre, sans lui concéder quelques avantages en échange. Accordez aux médecins, par exemple, l'exemption de la patente * tant qu'ils sont virtuellement soumis au service militaire ; qu'ils soient définitivement exemptés de cet impôt lorsqu'ils auraient rendu des services effectifs ; que les positions médicales dont le gouvernement dispose dans l'ordre civil leur soient réservées.

Quelles attributions pourraient être confiées aux médecins civils que recommande un grand nom ou une situation médicale élevée, professeurs des écoles, par exemple, et qui offriraient leurs services ? Voici à ce sujet une note empruntée à M. L. Lefort ' :

^ Dans la guerre entre la Saxe et la Prusse les médecins civils qui offraiîsnt leur concours d'hospitaliers volontaires prenaient l'engagement, vis-à-vis du médecin en chef de Tarmée, de servir pendant toute la durée de la guerre. Rs recevaient ses ordres et touchaient la même solde que les médecins militaires.

' La patente des médecins est un impôt prélevé sur le travail du cœur et de Tintelligence, travail qui, bien souvent, s'applique gratuitement au bénéfice de la société. Cet impôt est subi plutôt qu'accepté et soulève les plaintes les plus fondées.

* Du service de santé dans les armées nouvelles {Revue des DeiiX'Mondes, le»" novembre i87i).

(( II est des médecins civils dont la présence aux armées est d'une incontestable utilité, mais qu'il serait impossible de placer sous les ordres des médecins militaires ; nous voulons parler des illustrations de la médecine civile. La Prusse seule, jusqu'à présent. Ta compris, et a su résoudre d'une manière heureuse la difficulté de leur incorporation en temps de guerre. Les célébrités chirurgicales de la Prusse, MM. Langenbeck, Bardeleben, Wilms, Middeldorpff, Wagner, etc., figurent avec le grade de médecin général, et sous le titre de chirurgiens consultants, dans l'état-major des armées en campagne ; leur rôle consiste à éclairer de leurs conseils les médecins militaires qui croient devoir recourir à leur expérience dans les cas difficiles, si fréquents à la guerre ».

Je ne sais, en vérité, si ces attributions peuvent avoir un sons pratique bien rigoureux. Un tel consultant, à Metz, serait resté presque sans emploi, malgré le grand nombre, à cause peut-être, du grand nombre de cas graves et difficiles. Ces cas exigeant, le plus souvent, une détermination immédiate, le temps aurait manqué d'avertir le chirurgien consultant, qui, d'ailleurs, n'aurait pu donner ses avis où ils eussent pu être utiles à un môme instant et sur des points différents.

Mais voici où la grande expérience de ces hommes éminents trouverait d'utiles applications.

Dans les camps et ambulances improvisés, les conditions hygiéniques laissent partout à désirer^ et une inspection hygiénique permanente pourrait conjurer ou du moins atténuer les épidémies, toujours menaçantes dans ces grands rassemblements d'hommes et d'animaux. Chaque médecin de corps de

troupes peut assurément veiller à l'hygiène de son propre cantonnement, mais leur mobilité est un obstacle, et, d'ailleurs, il importerait de soumettre celte partie du service à une vue d'ensemble qu'un médecin centralisateur peut seul embrasser ; connaissant les besoins généraux et particuliers , lui seul est en mesure de soumettre au commandement les moyens les plus efficaces pour satisfaire aux exigences nées de situations diverses. La notoriété d'un médecin illustre et, jusqu'à un certain point, son indépendance au point de vue militaire, assureraient toujours à sa personne et à ses avis un accueil favorable.

Plusieurs armées ont, comme institution permanente, des médecins inspecteurs de l'hygiène des camps et se félicitent des résultats dus à cette institution. Citons particulièrement l'armée anglaise et les Etats-Unis d'Amérique qui lui durent, en grande partie, d'échapper à toute influence épidémique, dans le cours de la guerre de sécession.

Tous les médecins de l'armée étant docteurs peuvent être , sans exception, considérés comme médecins traitants. Il en serait de même de tous les docteurs auxiliaires. En ce qui concerne le service d'exécution, il serait tout entier aux mains d'étrangers à la médecine militaire proprement dite *.

Les élèves des facultés, des écoles préparatoires, et, dans un ordre inférieur, les infirmiers de visite fourniraient amplement à tous les besoins pour une guerre lointaine, aussi bien que pour une guerre

* n serait désirable que les jeunes pharmaciens militaires reçussent une éducation professionnelle qui leur jiermîl de concourir au service des pansements après une bataille, an lieu de rester dans une inaction qui leur pèse.

intérieure. Le servi(îe obligatoire serait, pour les étudiants, plus agréable dans les rangs subalternes de la médecine militaire que dans les rangs des soldats; tous accepteraient, rechercheraient même cette différence de position avec d'autant plus d'empressement qu'ils ne perdraient pas de vue leurs études médicales ; ce qui leur manquerait en théorie serait compensé par la pratique.

Le service obligatoire rendrait inutile la création d'une nouvelle école de médecine militaire * ; l'école d'application du Val-de-Gràce serait seule nécessaire, pour la connaissance plus approfondie de l'hygiène et des maladies spécialement militaires , ainsi que pour l'étude des dispositions administratives qui nous régissent et qu'aucun de nous ne doit ignorer.

Le recrutement du corps de santé se ferait dans de bonnes conditions, parmi ces élèves qu'on aurait le temps d'étudier à loisir durant leur stage de conscription. On n'admettrait, à titre définitif, que des sujets connus et bien appréciés.

« N'est-il point remarquable, dit M. Lefort, qu'à une époque où toutes les carrières sont encombrées, où les candidats se pressent en foule aux concours de Saint-Cyr et de l'École polytechnique, la chirurgie militaire ne parvienne pas à compléter ses cadres, même en admettant tous les candidats admissibles,

* En considérant les beaux résultats obtenus à Técole du service de santé de Strasbourg, jo verrais cette suppression avec regret. Il n'a été possible que depuis la guerre d'apprécier par comparaison la valeur scientifique de nos jeunes médecins. Aux examens pour le doctorat, qu'ils soutiennent maintenant devant la faculté de médecine de Paris, on a pu constater que les élèves militaires soutiennent toute comparaison avec les élèves civils les plus distingués de cette faculté.

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même en faisant appel à la besoigneuse anxiété des parents pauvres, même en donnant des bourses et demi-bourses aux quatre cinquièmes des élèves ? »

Quoi qu'en dise ce médecin distingué, ce ne sont pas seulement les déshérités de la fortune qui tournent leurs yeux vers la médecine militaire ; pour beaucoup aussi c'est une carrière de prédilection. L'exemple qu'il emprunte aux écoles est peu concluant. Ainsi à Saint-Cyr et à l'École polytechnique on n'exige qu'un baccalauréat; pour la médecine en général, et pour la médecine militaire en particulier, on exigO' les deux diplômes, chez des sujets de dixhuit à vingt ans. Il faut donc exclure des candidats possibles tous les jeunes gens qui ne présentent pas ce double titre académique. Supprimez l'un des deux baccalauréats et le nombre des concurrents s'accroîtra notablement. En ce qui concerne les bourses, ce n'est pas plus fondé. A ces deux écoles on concède largement des bourses et demi-bourses à tous les élèves dont les parents ne peuvent acquitter le prix de la pension. Dans un Étal démocratique comme le nôtre ilest évident que les questions de fortune ne doivent interdire les carrières publiques à aucun de ceux qui ont l'intelligence nécessaire pour y arriver.

Notons encore que dans ces écoles la duréedes études est de deux ans ; qu'elle était de quatre ans à l'école de Strasbourg. Quatre ans de casernement pour des jeunes gens qui viennent de subir neuf ans de collège !

Ensuite il n'est pas juste de dire qu'on prend tout ce qui se présente, ni même tout ce qui est admissible. Depuis quelques années moitié environ des candidats est refusée. J'en prends à témoins tous les professeurs du Val-de-Gràce chargés, à tour de rôle, de procéder, à Paris et en province, aux examens

d'admission. Qu'une meilleure organisation, donnant une plus large satisfaction à la dignité de l'homme, soit accordée au personnel de santé, il n'est pas douteux que le recrutement n'y gagne encore en élévation , ce qui est désirable ; mais tel qu'il est, il suffit aux besoins normaux du corps.

Je n'ignore pas que les vides qui se forment chaque année ne sont jamais entièrement comblés. Comme on vient de le voir, ils pourraient l'être. Mais il se présentait, jusqu'ici, un obstacle d'une autre nature : c'est que les locaux et les moyens d'instruction de l'école de Strasbourg ne permettaient pas d'y admettre un nombre d'élèves plus considérable, le chiffre habituel, qui dépasse 300, étant déjà trop élevé.

Le dégoût s'empare d'un grand nombre de médecins militaires dans le cours de leur carrière; c'est vrai, et il importerait qu'une organisation, basée sur nos aspirations et sur les nécessités de la guerre, imprimât à chacun l'amour d'un métier qui aura toujours, quoi qu'il arrive, plus à donner au dévouement qu'à demander à l'ambition. Mais s'ensuit-il que les démissions y fassent, chaque année, des lacunes nombreuses? Non. Bien que plus fréquentes que dans d'autres carrières, ce qui s'expliquerait par la double voie ouverte à l'activité médicale, — civile et militaire, — elles n'atteignent pas, cependant, des proportions inquiétantes et elles portent, presqu'exclusivement, sur les grades inférieurs * , c'est-à-dire

* Depuis le i^ janvier 1870 le corps de santé a eu les démissions suivantes :

Médecins aides-majors de |ro classe, 7, j d'après l'Annuaire spécial — — de 2<> -^ 4, i de ce corps.

Ce chiffre est certes peu élevé, si Ton considère les sujets de mécontentement du corps.

sur des hommes qu'il est facile de remplacer. Ce sont, le plus souvent, je le sais, des têtes de promotion, des jeunes gens promettant des hommes distingués, éminents peut-être, que perd sans retour la médecine militaire. Tout en regrettant ces sujets d'élite qui s'éloignent de nous, je dois dire que le service y perd moins qu'on ne pense. Ce qu'il faut surtout, dans notre carrière comme dans beaucoup d'autres, c'est une moyenne d'intelligence élevée, sans un caput mortuum d'incapacité. Il n'est pas de services qui ne puissent être accomplis par cette bonne moyenne, et l'on ne trouverait pas assez de hauts emplois pour satisfaire à un grand nombre d'intelligences d'élite. De là naîtraient des embarras, des hommes se croyant déclassés, jetant autour d'eux leurs doléances, semant l'insubordination. A quelques supériorités ouvrons les bras, mais ne désirons pas qu'elles nous encombrent.

Dira-t-on que le corps s'affaiblit par les retraites anticipées? Ce n'est guère plus juste. La grande majorité des médecins ne quittent l'armée que par limite d'âge.

Il n'en est pas moins un point dominant : c'est qu'on reste sans goût, après quelques années de service, dans une carrière où l'on ne trouve aucune des satisfactions que réclament l'intelligence, le travail et le dévouement.

Le plan d'organisation du service médical de l'armée, que nous venons d'esquisser à grands traits, élèverait ce service au-dessus des éventualités qui le laissent à la merci d'un bon vouloir qui, je le reconnais, fait rarement défaut dans les grandes circonstances, mais qui se ralentit avec le calme des situations et ne peut inspirer qu'une confiance réservée.

SKUVICE MÉDICAL. i'M

Les médecins civils posent des conditions, veulent servir à leur lieu et à leur hf;ure ; de chefs, il n'en reconnaissent pas , sinon parfois un chef à leur choix, aussi indépendant qu'eux. Avec un tel esprit, point de centralisation possible, point de vue d'ensemble, connaissance imparfaite des besoins généraux. Chacun, je le sais, fait de son mieux, mais chacun se refuse à rendre compte de ses actes. Peut-on reprocher cette manière d'être aux médecins civils? Non certes, ils ont le droit d'agir ainsi, puisqu'aucune disposition légale ou réglementaire ne fixe leurs devoirs et leurs attributions, ou plutôt, puisqu'ils n'ont généralement de devoirs que ceux qu'ils s'imposent; mais le service en souffre.

Le zèle officieux des médecins n'est pas moins inconstant que l'élan des populations. Quand ils sont restés quelque temps éloignés des soins de leurs intérêts, que la famille en souffre, ils éprouvent le besoin de rentrer en eux-mêmes, dans la régularité de leur vie, et les en faire sortir n'est plus chose facile; et puis les épidémies qui frappent les armées n'épargnent pas non plus leurs clients, et l'on ne saurait demander aux médecins Tabandon volontaire de leurs propres malades pour doimer leurs soins à des malades que doit couvrir la sollicitude de l'État. Aussi, que de nouveaux besoins surgissent, le vide se fait; ceux qui ont quitté la place n'y reviennent plus ; ceux qui y sont à demeure sont absorbés par d'autres soins. Ceci n'est point une stérile généralité. Lorsqu'il ne restait plus à Metz qu'un millier de malades, dont moitié recevaient les soins des ambulance internationales, j'avais un grand désir de rapatrier tous les médecins militaires, dont la présence pouvait être si utile aux armées de l'intérieur. Je fis

un nouvel appel aux médecins civils : deux y répondirent. Partout il en sera de même tant que la situation ne sera pas fixée sur des bases légales, tant qu'il ne s'agira pas, non d'un service à rendre, mais d'un service à accomplir.

a Les travaux récents entrepris autour de la place de Metz et sa situation près de la frontière où allait se porter le premier effort de la guerre, désignaient à Tavance notre ville comme un centre important d'opérations. La question des ambulances devait, naturellement, y tenir une grande place. C'est à elle, en effet, que se rapportent les premiers rapports de l'administration militaire avec la municipalité messine. Prise au dépourvu, cette administration chercha, dès le début, à se décharger, sur la ville, de la responsabilité que lui imposait une tâche dont elle était loin, cependant, de prévoir alors l'étendue et la gravité.

' Ces considérations générales sont textuellement empruntées à la publication du Conseil municipal de Metz, 2* édition, page 71 et suivantes.

liO HÙPITAL-X ET AMBLLAXCES,

» Le 23 juillet, M. le Maire annonçait au Constiil municipal que, peu de jours avant, l'intendant général de l'armée avait proposé à l'administration des hospices civils de Metz de prendre sous sa direction l'hôpital militaire et les services hospitaliers qu'il pourrait être nécessaire d'organiser. Malgré son vif désir de venir en aide à l'administration militaire, et après lui avoir fait toutes les offres qui pouvaient témoigner de ce désir, la commission des hospices avait déclaré qu'il lui était impossible de suffire à une pareille entreprise. Sur son refus , l'intendant général s'adressait à l'Administration municipale, et demandait à la ville de se charger de l'organisation et de la gestion des hôpitaux temporaires nécessaires aux malades et aux blessés de l'armée, et de la gestion de l'hôpital militaire, dont le personnel actuel serait retii'é. La ville choisirait les médecins , les sœurs (si elle désirait en avoir), le personnel, l'administration, les infuTniers; elle fournirait les locuux, les médicaments, les aliments, elle entrerait en jouissance de tout' le matériel de l'hôpital militaire; l'administration de la guerre lui procurerait, en totalité ou en partie, le matériel nécessaire à ces hôpitaux temporaires. Le but principal de cette mesure était de rendre disponible le personnel attaché à l'hôpital mihtaire de Metz, afin de le porter sur les points où l'appelle l'intérêt de l'armée.

» Telle était la situation proposée à notre ville. Le Maire ajoutait qu'afm d'éclairer le Conseil et avant de provoquer à ce sujet une délibération, il jugeait utile de lui communiquer tes conclusions auxquelles s'était aiTêté le Conseil central d'hygiène, devant lequel la question avait été posée et mûrement étudiée, en s'appuyanl de l'autorité de toutes

HÔPITAUX ET AMBULANCKS. i41

les personnes compétentes que ce Conseil avait pensé convenable de s'adjoindre '.

» La délibération du Conseil municipal manifeste le bon vouloir le plus empressé de prêter à l'administration militaire tout le concours possible, mais en même temps Tintention bien arrêtée de ne pas s'engager dans des voies complètement inconnues.

Accepter la direction absolue des services hospitaliers avec le personnel restreint de médecins civils dont on pouvait disposer, c'était, comme on le faisait observer, se substituer à l'administration militaire pour une mission qui, en raison des connaissances spéciales qu'elle exige et de l'autorité qu'elle suppose, ne peut être remplie que par elle; c'était désorganiser, au moment même des plus pressants besoins, riiôpital militaire qui est un centre tout créé, et, en exposant les malades à de graves dangers , assumer sur soi la plus lourde des responsabilités *. ^

» Pour sortir de l'ordre des généralités et définir nettement l'action que la ville entendait exercer, le Conseil adoptait, à Tunanimité, les résolutions suivantes :

» i^ La ville ne peut consentir à prendre la direc-

' Voir plus loin le procès-verbal de cette séance, 22 juillet.

- Ou ne saurait rien ajouter à cet exposé si pratique et si lucide pour montrer combien la pro}>osition de M. l'intendant général de Taruiée était, non-seulement inacceptable, mais encore en opposition avec les besoins réels ou présumables de la situation. C'était un expédient pour se tirer d'affaire, rien de plus, car il est évident (pie quelques oificiers de santé et d'administration attachés à i'bôpîial mililaire n'étaient qu'un appoint numérique bien insignifiant au nombreux peibonncl attaché à l'armée du Rhin, et qui pouvait s'accroître, suivant les besoins, d'envois de l'intérieur, pris dans le personnel d'iiôpilaux éloignés du théâtre de la guerre.

tion de l'hôpital militaire, à entreprendre la création et la gestion des hôpitaux temporaires, en un mot, à se substituer d'une manière absolue à l'administration militaire pour l'organisation du service administratif et médical de ces hôpitaux.

» 2« Ne pouvant accepter cette substitution, à raison de la responsabilité qui pèserait sur elle, sans avoir les ressources nécessaires pour y faire face et dans l'intérêt même des malades, la cité offre, d'ailleurs, à l'administration militaire tout son concours.

» 3^ A cet effet, et préalablement à toute autre mesure, d'après l'avis exprimé par le chef du service médical militaire, au sein du Conseil central d'hygiène, le Conseil municipal propose, au nom de la ville, de faire immédiatement construire, à l'extérieur, un baraquement pour 2 000 lits , si ce système a l'approbation de l'autorité militaire et sous la réserve du compte ultérieur à établir avec l'État pour cette avance, dont l'évaluation approximative s'élève au chiffre de 160000 francs. Pour la réalisation éventuelle de ce projet, le Conseil ouvre un crédit de 160000 francs, à inscrire au budget supplémentaire de l'exercice 1870.

» 4p Le Conseil municipal déclare qu'il y a lieu de nommer une commission qui devra, de concert avec l'Administration municipale, rechercher d'urgence les divers moyens de donner à l'administration militaire le concours le plus efficace.

)> Les suggestions de l'administration militaire ne manquèrent pas pour faire revenir le Conseil des conclusions qu'il venait de voter et pour obtenir de lui que la ville se chargeât, sous sa responsabilité, de l'ensemble des services hospitaliers. Le Conseil

sut garder, jusqu'au bout, l'attitude qu'il avait prise dus la séance du 23 juillet, et que les événements ne devaient que trop tôt justifier. Déçue dans ses espérances, mais conservant encore quelque pensée de les voir se réaliser, l'intendance opposait un silence prolongé aux propositions réitérées que lui adressait la ville d'organiser une ambulance dans un baraquement extérieur. Vainement on objectait que le temps pressait, qu'il était indispensable de faire sur-le-champ les acquisitions nécessaires pour les divers services de cette ambulance; qu'il fallait la pourvoir d'un personnel suffisant et s'occuper immédiatement des constructions : les lettres restaient sans réponse. Enfin, dans la séance du 27 juillet, le Conseil municipal, après avoir convoqué et consulté les médecins et pharmaciens civils de la ville, qui avaient tous promis leur concours, confirmait sa première délibération et persistait dans sa résolution de ne prendre à sa charge que la création et l'administration d'une ambulance qui pourrait recevoir 2050 malades et qui serait construite en dehors de la ville. L'intendance militaire, ainsi mise en demeure, dut accepter cette proposition, qu'elle consacra par un traité formel passé avec la ville de Metz, l'Etat se portant garant des avances faites par la ville pour l'établissement et la gestion de l'hôpital temporaire du Polygone.

» L'intendance militaire, grâce à l'arrangement qu'elle venait de prendre, et aux diverses installations que, de son côté, elle avait pu réaliser, allait disposer à Metz de 4000 lits environ, nombre qui lui paraissait suffisant ', puisqu'elle comptait répartir à l'in-

' C'étaifaussi Timpression de M. le docteur Oulmont, médecin des

térieur du pays et dans différents centres tous les Ijlessés qui pourraient être transportés au dehors. Dans le seul département de la Moselle, les offres dont elle pensait profiter et qui lui étaient venues d'un grand nombre de communes, atteignaient le chiffre de 5000 lits, sans comprendre ceux que pourraient fournir les villes de Sarreguemines, de Longwy, de Bitche, de Thionville et de Metz. »

L'investissement de la place ne permit point d'uliliser ces offres, qui tournèrent au bénéfice de nos ennemis, et les événements rendirent tout à fait insuffisantes les prévisions de l'administration militaire. Toutes les casernes durent être converties en ambulances, chacune d'elles renfermant de 1000 à 2000 blessés. Les magasins de l'État, les établissements publics, palais de justice, séminaires, lycée, etc., furent occupés par des malades, jusqu'à quelques centaines. Des associations privées, telles que la loge maçonnique, la société de Saint-Vincentde-Paul, les congrégations religieuses, l'école protestante, l'école Israélite, renfermaient 40, 20, 400 malades; enfin, la plupart des maisons particulières donnèrent asile à des blessés, par unités ou en faible nombre. Metz ne fut plus, en un mot, qu'une vaste ambulance.

chemins de fer de TEsl, chargé à ce titre par le ministre des travaux publics d'organiser des ambulances dans notre région. Après s'être rendu compte des dispositions prises à Metz et avoir visité les premières baraques construites au Polygone, M. Oulmont disait au Maire que sa présence dans notre ville était désormais inutile, et que tout y avait été prévu. (Les événements ont prouvé que la présence d'un médecin organisateur était loin d'y être inutile.)

Êtâblissattanti régi» gratuitement.

Maison de Bouteiller (rue Marchant). M. de feouteiller, membre du Conseil municipal, a libéralement entretenu, du 25 août jusqu'au 15 novembre, de 10 à 17 blessés, presque tous officiers. Une sœur de la maternité était adjointe, pour les soins à donner, aux personnes de la famille.

Hôtel de la Préfecture. Ambulance organisée par les soins de M. Paul Odent, préfet, et de M™« Odent; placée sous la direction administrative de M. Provost, secrétaire général. On n'admit dans cette ambulance que des officiers, qui y trouvèrent des conditions exceptionnelles d'installation, les salons ayant été convertis en salles de malades. Du 20 août au 25 octobre elle en reçut de 16 à 18. Gérée d'abord gratuitement, elle le fut pour le compte de l'intendance pendant les quinze derniers jours.

Évéché. Organisée par les soins de M^»" Dupont-des>^ Loges, dans deux salles de l'évêché, sous la direction de M. l'abbé Germain , vicaire général, secondé par des ecclésiastiques et des soeurs de l'Espérance. Le matériel fut, en partie, foiu*ni par des personnes du voisinage. Cette ambulance reçut, du 20 août au mois de novembre, de 27 à 33 malades. « Ils y étaient pourvus de tout aux frais de Ms*" l'Évéque, qui ne cx)nsentit à recevoir de l'intendance que les rations de pain et de viande, plus de quinze jours après la création de l'ambulance ».

Maison A. Geisler. Organisée par les soins de M. Geisler et de sa famille, qui ont pourvu, à leurs frais, à l'entretien de 15 à 17 malades, du commencement de septembre à la fin de décembre. Le»

146 itôPITAUX ET AMBULANCES.

soins ont été surtout donnés et les pansements faits par une domestique de la maison qui, bien que prussienne, a montré le plus grand dévouement à nos blessés. Une sœur de TEspérance venait à son aide dans les cas difficiles. — Ce qui distingue surtout cette ambulance, c'est qu'étant placée sur le chemin de la gare, elle a pu servir d'asile à quelques blessés trop malades au moment du départ, ou aux malheureux amputés qui, n'ayant pu trouver de place au chemin de fer, apuraient été souvent forcés, sans cet hospitalier refuge, de faire un long trajet, par les temps rigoureux, pour retourner à l'ambulance qu'ils venaient de quitter.

fitablissements gérés par le commandement.

Caserne d'infanterie du fort Moselle. Un médecin. Long bâtiment isolé, à deux étages, à une bonne exposition (S. 0.), s'ouvrant, par sa façade principale, sur une vaste place aboutissant à la Moiselie et, pai' l'autre façade, sur un large chemin de ronde longeant le rempart. Cette caserne n'a point été convertie en ambulance proprement dite; on en a fait le dépôt des convalescents. Le chiffre maximum de ceux-ci s'est élevé jusqu'à 1391 (le 10 octobre).

Les hommes y étaient aussi mal installés que possible, sans lits, le plus souvent même sans paille ni couvertures; ce fut un sujet constant de réclamations. Le médecin traitant y organisa une petite infirmerie de vingt-trois lits, dans laquelle étaient admis les convalescents tombant accidentellement malades. On n'y eut aucun décès à déplorer quoique, trop souvent, la destination de ce dépôt étant mal comprise, on y eût envoyé non des convalescents, mais de véri-

tables malades qiii ne pouvaient y trouver les soins nécessaires et qu'on devait évacuer aussitôt sur une ambulance. Le commandement et l'administration des hommes du dépôt étaient exercés par un capitaine retraité.

Ouvert du 27 août au mois de novembre.

Magasins de la gare. Deux médecins. Le 1^** septembre M. le Commandant supérieur mit à la disposition des bataillons de Metz les difiérentes salles et magasins de la gare Serpenoise pour y recevoir leurs malades et surtout leurs malingres. La destination de cette ambulance était analogue à celle du dépôt des convalescents du fort Moselle ; on y reçut cependant, en général, des cas plus graves, surtout des rechutes parmi les hommes qui, sortis des hôpitaux, étaient aux bataillons de Metz, Des officiers étaient chargés spécialement de la surveillance et un poste y assurait le maintien de l'ordre. Quant aux infirmiers, devant l'impossibilité de s'en procurer du dehors, on dut les choisir dans l'établissement même, parmi les hommes les plus valides.

Cette ambulance fut plusieurs fois bouleversée par l'arrivée de trains de marchandises, qu'on remisait dans les hangars où les malades étaient couchés sur la paille. Le 31 octobre, notamment, on a dû les réunir tous à la hâte dans un seul hangar trop étroit pour les contenir et rendant le service médical désormais impossible.

Établiiiementi adminUtréi diractoment par Tinteiidaiicè

mUitaira.

Hôpital militaire. Dix -huit médecins d'abord, douze ensuite. Ce grand et bel établissement, trop connu pour qu'il soit utile d*en faire la description, offrait, pour les malades d'une garnison de 8 à 10000 hommes, les conditions hygiéniques les plu^ favorables : salles vastes et élevées, ventilation facile, large espacement des lits; personnel médical et administratif nombreux; pharmacie abondamment pourvue, prescriptions de l'hygiène spéciale des hô^ pitaux rigoureusement observées, Six cents lits y étaient disposés de telle sorte que chaque malade y jouissait d'un cube d'air en rapport avec ses besoins physiologiques, bien au delà des mesquines proportions fixées par d'anciens règlements, fort heureusement tombés en désuétude. Mais il ne pouvait^ évidemment, suffire aux éventualités d'une guerre? redoutable. Il fallut, dés les premiers événements, augmenter, dans chaque salle, le nombre des lits; on les porta au chiffre de 830. Les malades s'y trouvaient naturellement dans des conditions moins bonnes, mais encore convenables. On dut, de plus, élever des tentes * dans les cours et préaux. Dés lors l'établissement se trouva dans des conditions de salubrité médiocres; les miasmes du dehors se mêlant aux miasmes du dedans, il devint impossible de soumettre l'aération à un calcul même approximatif. Ces conditions étaient, cependant, et restèrent meilleures que

* Le chiffre des malades sous tente a été partout Variable, parce qu'on en mettait de un à quatre ou même six sous chacune d'eiles, suivant la gravité de leur état et les exigences du moment.

dans tous les établissements temporaires ouverts dans le cours de la campagne et qui, pour la plupart, n'avaient pas été créés dans un but hospitalier. C'est à l'hôpital militaire que les résultats ont été, en général, le plus satisfaisants, mais avec une moindre différence qu'on aurait pu l'espérer.

Le médecin en chef, M. Ehrmann , lutta de tout son pouvoir contre l'extension donnée à l'hôpital, extension qui le menaçait des suites funestes de l'encombrement, et Ton tint compte, dans une certaine mesure, de son énergique résistance ; mais partout les chefs de service faisaient entendre de pareilles et légitimes doléances, et l'inexorable nécessité forçait à passer outre. Mieux valait ouvrir à nos blessés un asile défectueux que leur refuser tout asile.

Quoi qu'il en soit, l'hôpital militaire fut un des points sur lesquels oji dirigea de préférence les blessés le plus gravement atteints, en raison des ressources plus grandes qu'il offrait pour un bon traitement.

Le 25 août, cet établissement renfermait :

Dans ses bâtiments . . 759 malades ou blessés. Sous les tentes .... 277 —

Répartis ainsi :

T». , ( Officiers 99 „.. i Officiers

^^^^^^^ \ Soldats 835 ^^^^'^^^^ î Soldats 402

Ce chiffre varia peu durant toute la campagne, les lits vacants étant immédiatement occupés.

Fermé comme hôpital français le 27 décembre, les malades ^ restant à cette époquo furent évacués

et il ne fonctionna plus que comme lazarelh prussien.

Aucune personne étrangère au service militaire ne prêta son concours à cet établissement.

Caserne d'artillerie du fort Moselle. De dix à douze et jusqu'à dix-huit médecins.

Vieux bâtiment quadrilataire, dont un des grands côtés s'étend le long de la Moselle ; l'autre, contigu aux magasins dont nous allons parler. Fort mal disposé pour un établissement hospitalier. Escaliers étroits et roides, conduisant aux chambres des deux étages. Celles-ci, dont les murs auraient besoin d'être rafraîchis, sont médiocrement aérées. Le rez-dechaussée est occupé par des écuries. Cependant, remplacement de cette caserne , près d'un grand cours d'eau, loin des centres d'habitation, contrebalance les inconvénients de sa disposition intérieure,

Le chiffre de lits disponibles , d'abord de 4 100 (déjà trop rapprochés), a été porté successivement à 1800, en y comprenant deux rangées de tentes dans la cour et l'installation de lits aux greniers. Là, plus qu'ailleurs peut-être , il a été difficile, à un moment donné, d'éviter le mélange des blessés et des fiévreux, les premiers dominant d'abord, les seconds ensuite. Les effets de cette promiscuité et de l'encombrement s'y sont fait douloureusement sentir. On n'y a traité que deux officiers.

Les médecins militaires y ont fait presqu'exclusivement le service. Il n'y a eu d'exception que pour deux médecins de l'ambulance internationale retenue prisonnière à Gravelotte.

Les dames de Metz y ont été plus rares que sur d'autres points, ce qu'il faut attribuer surtout à l'é-

loignement du centre de la ville; mais quelques femmes de diverses sociétés internationales y ont donné des soins aux malades.

Magasins d'artillerie du fort Moselle, Sept et huit médecins. Ces magasins ne sont que de vastes hangars quadrilatères, ouverts par leur face interne sur une cour de médiocre dimension. On a dû les clore à la hâte par des planches mal jointes et faire, sur les faces extérieures, des ouvertures nécessaires à réclairage et à la circulation de Tair. Ils sont surmontés de greniers dont on a percé la toiture dans le même but. Comme installation d'été c'eût été passable, mais dès les premiers froids , la position des malades y devint intolérable. Cet établissement ne reçut que des fiévreux , point d'officiers. Les typhoïques et typhiques y étaient réunis dans un compartiment distinct.

On y dressa successivement, au fur et à mesure des progrès de l'installation, de 600 à 1020 lits, qui furent occupés, au maximum , par 1000 malades (le 16 octobre).

Les femmes n'y firent que de rares apparitions. Il est vrai qu'il n'y avait point de pansements à faire.

La mortalité y a été assez élevés; ce que l'on peut attribuer : 1° à la destination spéciale de cet établissement (fiévreux et notamment typhoïques) ; 2<> au froid dû à l'insuBisance des abris.

Magasin à blé du fort Moselle, Trois médecins. Vaste magasin composé d'un rez-de-chaussée élevé et d'un étage, formant chacun une salle unique, sans cloisons ni compartiments. La situation de ce bâtiment est favorable, près de la Moselle ; exposé au nord-est et sud-ouest par ses deux faces principales, l'une d'elles ouvrant sur une rue peu fréquentée,

Tautre sur les remparts et la campagne. Les fenêtres, fort nombreuses, manquaient de croisées, et, par conséquent, de vitres. Il fallut condamner quelquesunes de ces ouvertures, garnir les autres en prévision dos froids qui arrivaient, car cette ambulance ne fut ouverte que dans les premiers jours d'octobre, alors que la diminution rapide des approvisionnements en blé laissait disponible ce magasin et celui de la Citadelle.

On y disposa 500 lits, improvisés avec des brancards et des paillasses. Cette ambulance ne reçut que des fiévreux et compta jusqu'à 491 malades (le 31 octobre). Le 23 novembre il en restait 97, qui furent évacués ce même jour, et l'ambulance fut supprimée. Il en était temps : les malades y souffraient beaucoup du froid. Elle ne reçut pas d'officiers. — Quelques femmes dévouées y prêtèrent leur concours.

Caserne d'artillerie de Chambière. De six à douze médecins. De toutes nos casernes-ambulances, celleci est, assurément, la plus mauvaise. Elle se compose de deux bâtiments allongés, à deux étages, séparés par une cour ouverte à ses deux extrémités. Chacun d'eux prend jour sur la cour par l'une de ses faces ; les deux faces opposées s'ouvrent, l'une sur une seconde cour qui s'étend entre le bâtiment et le rempart; l'autre sur une rue étroite, mal tenue, encombrée de fumiers. Les rez-de-chaussée sont occupés par des écuries et quelques dépendances. La disposition intérieure est analogue à celle du quartier d'artillerie du fort Moselle, par conséquent mauvaise.

Sur la cour voisine du rempart, s'élève un troisième bâtiment isolé, non symétrique aux précédents, et d'une capacité bien moindre; Un des grands bâtiment»

et ce dernier ont été d'abord employés pour des malades; ils renfermaient ensemble 1300 lits. Le bâtiment intermédiaire était occupé par des troupes de garde mobile. Mauvais voisinage pour les uns et les autres.

Les malades ont oscillé entre 800 et un maximum de 1221 (le 5 septembre), dont 910 blessés et 311 fiévreux. La proportion respective de ces deux catégories a été, jusqu'au 26 septembre, en faveur des blessés; à partir de cette époque les seconds l'ont emporté.

Le 8 novembre, le troisième bâtiment (côté A) fut accordé à Tadministration, et l'on put y installer 800 lits, qui ne reçurent guère que des fiévreux.

Le chiffire maximum des malades réunis dans les trois bâtiments de Chambière s'est élevé à 1634 (le 12 octobre). On n'y a point traité d'officiers. Les femmes de la ville y sont venues en petit nombre. Cette ambulance, par sa mauvaise installation, est celle qui a provoqué le plus de plaintes de la part des médecins traitants.

Ambulance du Saulcy. Huit et dix médecins.

Nous aurons tant à dire plus loin sur cette ambulance^ que nous ne toucherons ici que les points principaux la concernant.

Quelques jours après la bataille de Gravelotte, l'intendance de Metz est prévenue que 800 blessés environ, retenus jusqu'alors chez l'ennemi, vont arriver dans la journée même, et qu'il faut immédiatement pourvoir à leur installation. L'Ile du Saulcy, en raison de son éloignement de la ville, parut le lieu le plus convenable pour abriter ces blessés, qui n'avaient reçu que des soins insuffisants et arrivaient dans le plus fâcheux état ; le commande

dément donna Tordre d'y disposer une ambulance. La rapidité avec laquelle cette mesure dut être exécutée ne permit pas, dès l'abord, d'y apporter tous les soins nécessaires; beaucoup de choses utiles, indispensables même, firent défaut pendant les premiers jours; mais tout s'organisa, et bientôt les blessés ne furent pas moins bien au Saulcy que dans les autres ambulances. Celle-ci n'en eut pas moins, pendant toute sa durée, une réputation aussi mauvaise qu'imméritée. Ce discrédit trouve plusieurs explications. D'abord, l'état désolant des blessés, dont les plaies présentaient, chez tous, un aspect hideux, et faisaient craindre au public l'invasion d'affections épidémiques; la direction, mal appréciée, des vents dominants; le bruit sans fondement que le Saulcy devait recevoir surtout les affections contagieuses ; de là ces craintes exagérées dont l'expression eut de longs échos dans la ville * .

Cette ambulance comprenait : 1® deux baraques en mauvais état, à la partie la plus élevée de l'île. La pluie y pénétrait de tous côtés, jusqu'à ce qu'on les eut couvertes de larges toiles ou prélarts empruntés au magasin de fourrages situé à peu de distance ; 2° une série de tentes irrégulièrement placées sur le sol incliné de l'île; cette irrégularité était due, en partie, à la présence de nombreux bois de construction, en partie aussi à la rapidité avec laquelle on les avait élevées; 3° enfin un terrain plan, drainé, servant de manège à l'École d'application.

On a reproché cet emplacement sans songer qu'on

' L*eniplacement du Saulcy n'a point été choisi par moi ; je n'ai même pas été consulté sur ce choix. Mais si l'on m^avait demandé mon avis, je l'aurais certainement donné favorable.

HÔPITAUX Et AMBULANCES. 155

n'avait pas le choix. « Pourquoi, a-t-on dit, n'avoir pas donné la préférence aux jardins situés au voisinage et dépendant de la poudrerie ? » Par la raison bien simple que le sol d'un jardin est un sol défoncé, presque toujours humide, boueux aux moindres pluies; que le terrain en question n'est point incliné, comme celui qui recevait une partie des tentes, ni drainé, comme celui du manège. Il est vraiment trop facile de trouver mal ce que l'on n'a pas fait.

Cet ensemble contenait de 1000 à 1100 places. Le premier jour on ne reçut que 230 blessés au lieu de 800 annoncés, mais le nombre s'en éleva chaque jour pour arriver, le 7 octobre, à un maximum de 1047 malades, 130 blessés, 917 fiévreux. Les premiers fiévreux y sont arrivés le 7 septembre et, depuis, ils l'ont toujours emporté de beaucoup sur le chiffre des blessés.

Cette ambulance, devenue inhabitable par la mauvaise saison, fut fermée le 20 novembre, sans avoir cessé, pendant toute sa durée, d'être l'objet d'ardentes polémiques entre ses détracteurs et ses défenseurs.

Manufacture de taboues. Six et sept médecins militaires, deux médecins civils. Grand et magnifique bâtiment, neuf, à peine terminé; dans un quartier isolé, loin de toute industrie insalubre. Peu de travaux d'appropriation suffiraient pour en faire im fort bon hôpital, avec toutes ses dépendances. Les salles du premier et du deuxième étage sont spacieuses, bien aérées, pouvant contenir chacune jusqu'à 30 et 40 malades. Il n'en est point ainsi du rez-de-chaussée, qui n'avait été construit que pour servir de magasins ; fenêtres fort élevées au-dessus du sol, éclairant mal, aérant plus mal encore.

On y reçut indistinctement des blessés et des fié-

vreux; cependant le chiffre des premiers remporta sur celui des seconds jusqu'au 15 septembre. Dès le lendemain, 16, on comptait 306 blessés, 443 fiévreux; la différence, dès lors, s'est accentuée chaque Jour davantage, le rez-de-chaussée fut exclusivement réservé à ceux-ci. Lorsque les salles de l'hôpital militaire, destinées aux varioleux, furent pleines, on ouvrit ici deux salles pour cette catégorie de malades.

L'ensemble de ces salles contenait, pendant le mois d'août et le commencement de septembre, entre 600 et 800 malades. Plus tard on fut successivement obligé de resserrer les lits et Ton arriva au chiffre de 1000. Puis on construisit un baraquement (fort médiocre) dans une cour extérieure et l'on éleva des tentes dans la cour intérieure, tout cela au grand, désespoii^ et en dépit des réclamations incessantes du médecin en chef de l'établissement qui dut, comme chacun, subir la loi de nécessité. Toutes ces ressources permirent d'abriter un maximum de 1400 malades. On y traita quelques officiers, qui ne dépassèrent jamais le chiffre 7.

Les malades n'y reçurent guère que les soins du personnel officiel : médecins, administrateurs, sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ; l'établissement étant clos, à l'instar de tous les hôpitaux militaires, les femmes du dehors et les étrangers n'y parurent que rarement. Leurs soins y étaient, du reste, moins utiles qu'ailleurs, en raison de l'organisation, relativement bonne, de cette ambulance.

Des établissements gérés par l'administration de la guerre, celui-ci resta le dernier ouvert; depuis le milieu, d'août 1870 il fonctionna jusqu'à la fin de mars 1871. Au fur et à mesure de la fermeture de^

HÔPlTAtJX ET AMBULANCES. l57

autres ambulances, par suite de la diminution des malades, les restants étaient dirigés sur celle-ci.

Caserne du Génie. Chiffre variable, mais relativement élevé, de médecins civils et militaires.

De toutes les casernes, celle du Génie présentait les conditions les plus favorables pour l'installation d'une ambulance. Située sur un point dominant, à l'une des extrémités de la ville, isolée de toutes constructions étrangères, bien exposée à tous les vents, sinon ceux d'ouest, dont elle est abritée, elle offre, en outre, une excellente disposition intérieure, et peu de travaux d'appropriation seraient nécessaires pour en faire un bon hôpital. Cette caserne se compose d'une vaste cour quadrilatère, occupée par des bâtiments sur trois de ses côtés ; le quatrième, regardant la ville, est fermé par une grille en fer ; les bâtiments formant ailes sont à deux étages et un rez-de-chaussée, occupés chacun par une série de chambres, s'ouvrant par deux croisées à l'opposite l'une de l'autre, et séparées entr'elles par des murs incomplets qui permettent à l'air de circuler librement dans toutes les directions.

J'avais, dès l'origine, demandé la cession de cette caserne au service des ambulances. Le commandement fit quelque résistance, se basant sur la nécessité de conserver un abri casemate aux troupes qui auraient le plus à souffrir d'un siège, et, par suite, auraient le plus besoin de repos. Ce motif, quelque respectable fût-il, ne prévalut pas, cependant, et le 24 août, sur 969 lits disponibles, 947 étaient occupés par des malades, dont 13 officiers.

Depuis quelques jours la 1™ ambulance volontaire française s'était installée dans le bâtiment central, mais elle le quitta bientôt pour prendre possession

158 HÔPITAUX ET AMB€L.ANeES.

d'un nouveau local, où nous la retrouverons. Après la capitulation, ce même bâtiment central fut de nouveau abandonné par nous et cédé à l'ambulance internationale anglaise.

L'espacement des lits, d'abord convenable, fut défavorablement modifié; comme ailleurs, on s'encombra, et on dressa quelques tentes dans la cour. Le nombre de lits fut élevé de 969 à 1299, et le chiffre des malades atteignit un maximum de 1222 (le 31 août).

D'importantes annexes furent rattachées à cette ambulance : i^ le magasin à blé de la Citadelle, placé dans des conditions analogues au magasin à blé du Fort-Moselle, dont nous avons déjà parlé; 2<^ deux vastes salles du rez-de-chaussée de l'arsenal d'artillerie, mal éclairées, fort mal aérées, difficiles à chauffer, d'une contenance de 600 lits. La contenance totale de ces divers locaux, la caserne comprise, s'éleva à 1 844 lits occupés.

L'ambulance du Génie fut une de celles où le service médical fut toujours le plus largement assuré. Cette apparente préférence mérite explication. Plusieurs médecins civils, formant entr'eux une sorte d'association, s'étaient réservé le service de l'aile droite, et comme la plupart avaient d'autres occupations nécessitant l'emploi de la plus grande partie de leur temps, chacun ne se chargeait que d'un nombre fort restreint de blessés. Quant à l'aile gauche, servie par des médecins militaires, elle dut se suffire avec un personnel plus limité; d'ailleurs, dans les instants de besoin, les uns et les autres se prêtaient un mutuel secours. Il est, cependant, une circonstance qui fit penser qu'un bien plus grand nombre de médecins militaires était effectivement

HÔPITAyX ET AMBULANCES. 159

attaché à cette ambulance. Après la capitulation, les médecins désignés pour rentrer en France étaient de préférence placés pour ordre * à la caserne du génie, depuis le moment où ils avaient quitté leur service jusqu'à celui du départ.

Le dévouement des femmes vint largement en aide dans cette ambulance.

Esplanade et jardin de Bouf fiers. De six à huit médecins*

Le 15 août, notre belle promenade de l'Esplanade se couvrait de tentes et présentait l'aspect d'un camp> Le l®*" septembre on les étendait au jardin de Boufflers. Ces deux ambulances n'en formaient en réalité qu'une, par leur contiguïté ; cependant, en raison du grand nombre de malades qui y étaient rassemblés, et pour faciliter l'exécution du service, on avait attribué à chacune d'elles un personnel et un matériel distincts, tant au point de vue médical qu'au point de vue administratif. Deux cuisines sous abris en planches avaient été élevées; les pharmacies, magasins et autres dépendances étaient sous tentes-

L'Esplanade proprement dite eut une importance numérique bien supérieure à celle du jardin de Boufflers, puisqu'elle compta jusqu'à 1673 malades, (le 26 août), tandis qu'ils ne dépassèrent pas 535 dans cette dernière (le 6 octobre). A l'Esplanade, depuis la date indiquée , les malades diminuèrent successivement, mais avec lenteur et quelques alternatives d'augmentation.

Ces deux ambulances étaient surtout destinées

• Disposition nécessaire pour toucher leurs rations de vivres, celles des ordonnances et les rations de fourrages.

aux blessés; on reçut, cependant, à rEsplahade, déd fiévreux dès le premier jour. Le chiffre de ceux-ci atteignit 160 (le 2 septembre) et tomba graduellement à 48, pour se relever tout à coup à 210, par une évacuation qu'elle reçut en commun avec sa voisine (le 6 octobre). Dans celle^i, les malades, jusqu'à cette date, n'avaient pas dépassé 434 (8 septembre) ; c'est alors qu'ils atteignirent le chiffre déjà indiqué de 535, qui baissa rapidement sans se relever.

A l'Esplanade, les malades étaient d'abord couchés sur la paille, deux, quatre et jusqu'à six sous chaque tente, suivant leur degré de maladie, et suivant les nécessités du moment ; mais ce qui aggravait cette situation, c'est que les tentes se remplis* saient parfois de soldats maraudeurs qui, ayant échappé à toute surveillance et à toute autorité, venaient s'y glisser pendant la nuit , pour déguerpir dès l'aube et recommencer leur vie de vagabondage. La paille était changée aussi souvent que le permettaient les nécessités économiques ; mais elle devint si rare qu'il fallut bien la laisser infectée, sans pouvoir la remplacer, sinon à de longs intervalles. Puis, on plaça deux couchettes en fer par tente. Pour Boufïlers on fit confectionner de petites couchettes en bois.

Les tentes s'infectèrent assez vite, malgré l'excel* lente exposition de l'Esplanade et du jardin de Boufflers; il eût été urgent de les déplacer, mais l'espace ne permettait de le faire que très-imparfaitement. Nous avons, chaque fois que nous l'avons pu, profité d'une diminution passagère des malades pour en abattre quelques-unes, sauf à les relever ensuite, suivant les besoins. Les mauvais temps et le froid pénétrant sous les tentes^ contraignirent à

HdPITAUK ET AMBULANCES. 1(H

supprimer cette double ambulance dans les premiers jours de novembre.

C'est, sans contredit, à TËsplanade et à Boufflers que la charité et le dévouement de la population se sont manifestés avec le plus d'édat. Des dames veillaient aux cuisines, confectionnaient du linge et de la charpie dans le kiosque de la musique, transformé en ouvroir ; hommes et femmes rivalisaient de zèle pour seconder les médecins dans une tâche qui, souvent, dépassait leurs forces.

Caserne CoisUn. De dix à treize médecins. La caserne de Cmslin, vaste bâtiment quadrilatère, situé dans un quartier populeuic, entouré de rues étroites, habité par une classe peu soucieuse des exigences de l'hygiène, et dans de mauvaises conditions pour un établissement sanitaire. Une suite d'escaliers partant de la cour aboutissent â des chambres de médiocre grandeur, séparées en deux parties par des demi-murs qui apportent un obstacle à la libre circulation de l'air, malgré les fenêtres opposées pratiquées l'une sur la cour, l'autre sur l'une des rues voisines. Notre choix ne se serait jamais porté sur cet établissement, mais il fallait subir la nécessité et l'armée ne pouvait encore songer à emprunter des locaux à l'administration civile, comme elle dut le faire plus tard.

Ouverte précipitamment le 14 août, pendant la bataille de Borny, cette caserne reçut le plus grand nombre des blessés de cette affaire, avant d'avoir même un commencement d'installation. Ils furent couchés sur les lits de troupes ; on improvisa une marmitô^ pour faire du bouillon aux plus nécessiteux ; l'administration fournit les médicaments indispensables; la bienfaisance privée fit le reste.

Les journées du 45, du 16 et du 17 furent consa-^ crées aux pansements indispensables et aux opérations les plus urgentes; horrible besogne à laquelle le personnel ne put qu'imparfaitement suffu^e, malgré un travail incessant, sans perte d'un instant. Une pièce du rez-de-chaussée avait été transformée ep chambre de garde et en salle d'opérations, dans laquelle s'entassaient, en monceaux, à la fin de I9 journée, des débris informes de membres mutilés. Je vois encore ces brancards se suivant à la file, apportant aux opérateurs ces malheureux à l'air calme et résigné, qui attendaient avec anxiété l'instant douloureux de leur déUvrance. Ces trois journées laisseront dans ma vie un sinistre souvenir.

Le chiffre des lits qui, pour cette nouvelle destination de la caserne^ n'eût pas dû dépasser 600, s'é^ levait à 1226, nombre fixé abusivement pour les hommes valides. Dès le premier jour, 1066 étaient occupés, mais les décès firent tomber le chiffre des blessés à 790! (le 2 octobre) le3 sorties étaient, en effet, jusque-là, presque nulles. Cette ambulance ne reçut qu'un très-petit nombre d'officiers.

Les affections internes firent bientôt invasion; il fallut recevoir tous les malades qui se présentaient. De nouveaux lits furent ajoutés, des tentes dressées dans la cour; le 21 octobre, l'ambulance pouvait abriter 1445 malades: Cependant tous les lits ne furent pas occupés, par la nécessité d'en conserver deux à un GerjLain nombre de blessés ; le maximum s'éleva à 1327 (le 25 octobre), pour n'entrer en décroissance sensible qu'après le départ du premier convoi de prisonniers et du premier convoi de con- , vale§cents rapatriés. Jusque Jà, que de victimes de la promiscuité des fiévreux et des blessés ! Sur le

ohiffire de 1327 les blessés comptaient pour 490, Jes fiévreux pour 837. C'est à partir du 14 octobre que la proportion de ceux-ci l'emporta, d'une manière constante, sur celle des premiers.

Cette caserne est un des établissements où les femmes nous ont prêté le concours le plus empressé ; quelques-unes, modèles de dévouement calme, réfléchi, waiment utile, sont, jusqu'à la fin, restées fidèles aux malades de Coislin.

fitablitMoiants an régie ppnr la compta da rintendance.

Hôpital civil de Bon-Secours. Un certain nombre de malades civils (femmes), traités dans cet établissement, avaient été dirigés sur l'hôpital Saint-Nicolas, pour laisser des places disponibles aux blessés de l'armée.

On y a poçu, du 13 août à la fin de novembre, un chiffre variable de 50 à 180 blessés. Mais l'occupation de l'hôpital fut, à plusieurs reprises, le motif de plaintes ou plutôt de réclamations de l'Administration municipale, demandant avec instance son évacuation par les militaires pour faire place aux malades de la classe pamTe, fort nombreux, et qui n'avaient aucun moyen de se faire soigner à domicile. Il a été fait droit à ces demandes légitimes dès que les circonstances l'ont permis.

Collège de Saint-Clémcnt (établissement des Pères Jésuites). Ambulance organisée et dirigée par les Pères et autres personnes de la maison; installée dans le pensionnat des élèves. Cette ambulance reçut de 100 à 150 malades, dont 31 officiers, presque tous blessés. Ouverte le ^6 août, elle a fonctionné jusqu'au 26 novembre, époque à laquelle ses derniers malades

164 HÔPITAUX ET AMBUUVNCES.

ont été évacuép, les officiers sur TÉcole d'application , les hommes de troupe sur les ambulances de Chambière.

Lycée. Deux et trois médecins. Les malades étaient bien installés dans les dortoirs des élèves, sous la prévoyante administration de M. Roguet, proviseur. Des dames de rétablissement et du quartier y prodiguaient leurs bons soins et des dons charitables. On pouvait disposer de 200 lits, et les malades atteignirent exceptionnellement cette limite extrême (du 3 au 5 septembre). Le chiffre minimum, jusqu'au Jour de l'évacuation, ne s'abaissa pas au-dessous de 131. On n'y reçut guère que des blessés.

Cette ambulance est restée ouverte du 26 août jusqu'au mois de novembre, malgré les réclamations du proviseur, désirant la voir évacuée dés le l®"" octobre, afin d'assainir les locaux avant la rentrée des élèves.

Presbytère de Saint-Simon. Cette ambulance, orga» nisée par les soins et sous la direction de M. l'abbé Humbert, curé de la paroisse Saint-Simon, dans ses appartements du rez-de-chaussée et du premier étage, secondé par M. l'abbé Médinger, son vicaire; resta ouverte du 17 août au 16 février. Elle reçut, dans cet intervalle, 23 officiers et 8 hommes de troupes. Régie pour le compte de l'intendance jusqu'à la fin d'octobre, toute la dépense d'entretien, depuis cette époque, fut uniquement supportée par le digne et honorable curé, qui a su se concilier la reconnaissance, le respect et l'affection de tous ceux auxquels il a consacré son temps et sa fortune * ,

' Cet excellent prêtre est allé, après la fermeture ^é son ambulance, jusqu'au fond de la Bretagne*, conduire les restes mortels

Salle Foulon (rue Chambière). Petite ambulance organisée par MM. Yacca et Saint-Jacques, dans une salle de bals publics. Elle a reçu, des commencements de septembre jusqu'au mois de novembre, de 35 à 45 malades.

Maison Marner (rue des Pères -Saint- Georges). Organisée et dirigée par les dames Mamer, dans les salles et dépendances de leur pensionnat de jeunes filles. A reçu de 10 à 25 malades du 25 août au i^^ octobre.

École de Sainte-Chrétienne (rue Saint-Vincent). Organisée et dirigée par les religieuses de la maison. A reçu, du 20 août au mois de novembre, de 50 à 60 malades.

Maison de SainteSlandine (rue Saint -Marcel). Organisée et dirigée par le R. P. Thro, secondé par le personnel de l'établissement. Du 20 août au 22 septembre a reçu de 15 à 20 malades.

Maison Strauss (rue du Pont-des -Morts). Organisée et dirigée par M. Strauss, médecin principal d'armée en retraite. Moyenne de 15 malades, du 25 août au 20 octobre.

École et direction d'artillerie. Quelques chambres, seulement, de ce vaste bâtiment, furent mises à la disposition des blessés, le tout contenant 115 lits. C'est le chiffre le plus élevé que les malades aient atteint ; mais, en général, il resta plusieurs lits disponibles. On n'y trsdta qu'un officier.

Une dame de l'établissement se voua tout entière à cette œuvre, présida à l'organisation et" à la

d'un officier mort à Metz et que sa famille réclamait. Il a ramené, cl« la même province^ une dame de notre pays, qui venait dV mourir loin des siens.

lSS6 HÔPITAUX Et AMBULANCES.

direction du service. Cette ambulance, ouverte le 18 août, a fonctionné jusqu'au 24 novembre. On fut assez heureux pour y éviter Tencombrement, ou du moins un encombrement excessif.

Écoles centrales. Ambulance organisée sous la direction de M. Thiriet, agent général des écoles, secondé par quelques personnes du voisinage. Les locaux étaient favorablement disposés. Du 17 août au 24 novembre elle reçut de 36 à 120 malades ou blessés.

Bureau de bienfaisance. Organisée par MM. Daunoy, administrateur du bureau, et M. de Tinseàu, délégué, secondés par des sœurs de Saint-Vincént-de-Paul et quelques dames du voisinage.

Ouverte du 15 août au 10 décenibi*e. Cependant, dès le 2 octobre, l'administration du bureau de bienfaisance était obligée, en présence des nécessités de la classe pauvre, de diminuer la fixation maxima de l'ambulance, et de l'abaisser de 105 à 80 lits. Cette diminution s'est faite par extinction j au fur et à mesure de la sortie des malades et blessés.

Ambulance en régie pour le compte de Fintendance.

Wagons. Trois médecins. Les malades affluaient, mais les ambulances étaient encombrées de blessures légères , ne demandant que quelques soins , et de malingres trop faibles pour reprendre aucun service, ne réclamant plus qu'une alimentation réparatrice , si l'on avait pu la leur procurer. — Un nombre considérable de wagons couvrait les gares et la voie qui relie l'une à l'autre * . M. Dietz, l'habile ingé-

* Wagons à marchandises et non à voyageurs. Ils coilvenaienl, idu restc,>niieux pouk* Tusage auquel on les a appliqués;

nieur de la Compagnie de l'Est, offrit de mettre cette importante ressource à la disposition du service des ambulances. Cette offre fut immédiatement acceptée, non que les wagons pussent faire pour les malades un abri désirable, mais parce qu'ils étaient, du moins, un pis-aller qu'on ne pouvait dédaigner. Je proposai de les laisser sur la voie; ils n'auraient pas contribué à contaminer l'air de la ville, n'auraient pas augmenté, dans une énorme proportion, cette accumulation de malades sur un point circonscrit, résultant des ambulances de la caserne du génie, de l'Esplanade, du jardin de Boufflers, de l'École d'application, du palais de justice, sans parler des ambulances particulières existant dans le voisinage. Des motifs stratégiques ne permirent pas d'accueillir cette proposition. Il fût décidé que les wagons seraient amenés sur la place Royale, et disposés en rangées successives sous forme de rues, parallèlement à la grille de la caserne. Mais ces wagons exigeaient un aménagement particulier pour les adapter à leur nouvelle destination. J'aurais voulu d'abord qu'on reliât entr'eUx tous ceux d'une même rangée, par une suite de planches au niveau de l'entrée, pour permettre une circulation facile derTun à l'autre ; c'eût été singulièrement faciliter le service, chose importante dans des circonstances où chacun a besoin de ménager ses forces pour les faire durer davantage. On dépensa autant à faire un escalier pour monter à chacun d'eux, sans les relier. Je proposai d'étendi*e amplement sur le plancher de la paille, sur laquelle on pourrait, à volonté, placer des paillasses, des matelas et même des lits. On préféra superposer, a chacune des extrémités du wagon, deux hamacs, bien suspendus, et placés deux par

deux, côte à oôte. On pouvait donc loger huit malades par wagon. Une fois installés, ils y étaient bien, mais il était difficile d'utiliser ces hamacs pour des hommes atteints de blessures aux membres, surtout aux membres inférieurs; la liberté des mouvements était nécessaire pour y monter et en descendre^ Mais cette disposition présentait un autre inconvé* nient: c'est que les malades placés à Tétage inférieur étaient exposés à être atteints par les déjections de ceux d'en haut. Ces inconvénients étaient, du reste, atténués par le choix même des malades, qui de^ vaient être dispos et aptes à se servir de leurs membres.

D'une manière générale, les wagons offrent un défaut contre lequel je vois peu de remède. Frappés par le soleil, ils s'échauffent au point de devenir presqu'inhabitables. La planche unique qui les sépare de l'extérieur n'offre contre la chaleur qu'une protection insuffisante ; par le froid, l'air y pénétrant de tous côtés en rend encore le séjour insupportable. Aussi, fut-on obligé de les abandonner de bonne heure, au grand contentement de leurs habitants.

En résumé, les wagons nous ont rendu des services, parce que nous n'avions pas le choix des moyens, mais c'est assurément un fort mauvais mode d'ambulance.

Le service de l'administration, qui s'était installé dans des wagons ou sous de vastes prélarts, est resté tout entier aux mains des employés de la ligne, qui s'en sont parfaitement acquittés, sous l'énergique impulsion de M. Dietz. On a trouvé, parmi ces hommes dévoués, d'intelligents infirmiers.

Le maximum de malades s'est élevé jusqu'à 1565 (le 10 octobre), il ne tomba jamais au-dessous de

914, dans les derniers jours de cette ambulance , qui fut évacuée vers le milieu de novembre.

Palais de justice. Trois , puis deux médecins. L'exercice de la justice étant resté suspendu pendant le blocus, M. Darnis, premier Président de la Cour impériale, eut la belle pensée d'ouvrir une ambulance dans certains locaux disponibles du palais. L'organisation en fut confiée aux femmes des magistrats , et la magistrature couvrit, par une souscription de 10000 francs, la plus grande partie des dépenses d'entretien. L'administration en fut confiée à M. Cotelle, conseiller. Malheureusement les vestibules, qui avaient été , pour une partie , convertis en salles de blessés, étaient froids, et dès les premiers mauvais jours on dut songer à l'évacuation, qui ne fut retardée que par l'encombrement des autres établissements. D'autre part, M. le premier Président avait à coeur de reconstituer les services de la justice aussitôt après la levée du blocus, et le 29 octobre il me faisait, demander dix ou douze lits disponibles, soit à l'hôpital militaire, soit dans l'une des casernes-ambulances, en faveur des blessés réclamant encore des soins particuliers, les autres pouvant être admis au dépôt des convalescents.

Du 17 août au 5 novembre, on y reçut de 100 à 158 blessés, dont plusieurs officiers.

École d'application de Vartillerie et du génie. Cinq, puis trois médecins. Tout le bâtiment destiné au casernement et à l'infirmerie des élèves fut converti en ambulance pour les jofficiers. (Quelques soldats, gravement blessés, y furent exceptionnellement admis^)

Le casernement comprend une série de chambres à d^ux lits, quelques-unes à un lit, réparties dans

cinq divisions distinctes du bâtiment, desservies par autant d'escaliers, et disposées en un rez-de-chaussée et trois étages. L'infirmerie était composée, outre les pièces destinées au service, de quatre chambres contenant de deux à quatre lits.

La gestion de Tambulance fut confiée à l'infirmière de l'École, même après qu'on y eût attaché un officier d'administration comptable. Cette ambulance fut une de celles où là bienfaisance publique et privée fut le plus remarquable; les objets de pansement, les vins généreux, les médicaments utiles, y furent toujours au niveau des besoins. Si l'alimentation, là comme ailleurs, laissa beaucoup à désirer dans les jours qui précédèrent la capitulation, on ne peut en accuser que les événements.

L'ambulance de l'Ecole fut presqu'exclusivement occupée par des blessés. Le chiffre le plus élevé auquel elle ait atteint est de 88 officiers, 7 soldats, total 95. Elle pouvait disposer de 120 lits, mais deux lits étaient nécessaires à plusieurs officiers blessés.

Maison de la Régence (rue Serpenoise, 10). Organisée par MM. Doizy et Mariette, dans un local fourni par la Société chorale de Sainte-Cécile. 12 lits, du 20 août au 22 novembre.

Maison Thiriet (rue Tête-d'Or, 12). Mêmes organisateurs. Gérée gratuitement par quelques personnes du quartier pendant les dix premiers jours. 13 lits, du 17 août au 10 octobre.

École Friedland (place de ce nom). Organisée par M. Feuilletaine , instituteur communal et quelques personnes du voisinage. A reçu 25 malades du 20 août au 21 novembre. Évacuée à cette date, sur l'ambulance Coisliu, par ordre d'un médecin prussien.

HÔPITAUX ET AMBULANCEtS. 171

Dispemaire. Trois, puis deux médecins. J'extrais la note suivante d'un rapport adressé, le 20 août, par M. le médecin-major de première classe Bécœur, à M. le médecin en chef de Tarmée (baron Larrey), et à moi-même quelques jours plus tard.

€ La retraite de l'armée sur Verdun m'ayant laissé à Metz dans l'impossibilité de rejoindre le 5® corps, auquel j'appartenais, je m'empressai d'offrir mes services à M. le médecin principal Grellois, alors chargé de la direction médicale de l'ambulance Coislin; mais le 17 août un convoi de 6000 blessés fut annoncé, et l\)n se mit en hâte à la recherche de locaux pour recevoir ces blessés. Le personnel médical était insuffisant et chacun dut user de son initiative personnelle pour venir au secours de l'administration aux abois et à bout de ressources.

» Je résolus de me mettre de mon plein gré à la tête d'une ambulance que je créerais ; il n'y avait pas à réfléchir : il fallait agir promptement. Je m'adjoignis un collaborateur des plus zélés et des plus instrtifts, M. Pinchard, médecin aide-major de première classe.

» J'en prévins M. Grellois et, avec son assentiment, je me rendis au Dispensaire municipal, dirigé par des sœurs et pouvant contenir de 70 à 80 lits. Chemin faisant je rencontrai de nombreux blessés, errant à l'aventure, qui sur des cacolets, qui sur des voitures de toutes sortes, et je les dirigeai sur l'établissement. J'y trouvai un vénérable médecin, M. Dufourq, âgé de soixante-douze ans, qui m'accueillit avec la meilleure grâce et me laissa prendre la direction du ■service.

)» Il fallait tout créer : le linge et les instruments manquaient; mais avec le concours des bonnes

sœurs et de quelques personnes dévouées de la ville, tout s*organîsa rapidement : les lits furent disposés et s'emplirent de blessés. On apporta du linge ; nous nous procurâmes quelques instruments, et, dans les vingt-quatre heures, tous furent pansés, toutes les opérations urgentes furent pratiquées. »

Plus tard, Taffluence des malades obligea, là comme ailleurs, à resserrer les lits. Le 8 septembre on les portait de 78 à 85 ; le 15 octobre il était élevé à 100. L'effectif des malades, tous blessés , suivait naturellement cette progression. Du minimum 53, il est successivement monté à 100, dont 5 officiers.

Évacuée le 26 novembre.

École Mazelle, Organisée par M. Salmon, conseiller municipal, secondé par des directrices de salles d'asile et des institutrices municipales. A reçu, du 17 août au 15 novembre, de 39 à 107 malades, répartis dans toutes les chambres de la maison. Évacuée sur Coislin par ordre d'un médecin prussien.

ÈcoU de la Crrève. Organisée par M. Salmon et des sœurs de Sainte-Chrétienne. A reçu de 28 à 83 malades du 17 août au 15 novembre.

£tabli88ement8 régit à forfait.

École protestante. M. Brulfer, instituteur à l'école protestante, a bien voulu m' adresser un rapport sur l'ambulance établie dans ce local. J'en extrais les passages suivants :

« Dès les premiers jours qui suivirent la déclaration de guerre, les membres de notre Église pensèrent ne pouvoir rester étrangers au mouvement généreux qui se manifestait à Metz en faveur des blessés. Il fut alors décidé qu'une ambulance serait établie dans

notre sallQ d'école , et, aussitôt des personnes charitables mirent à notre disposition des lits et objets de couchage, tandis qu'une souscription nous permettait de couvrir les premiers frais d'installation. En même temps un atelier fut organisé au temple même, et des dames y préparèrent le linge et la charpie dont on prévoyait le besoin.

}» Le lendemain de la bataille de Gravelotte , les blessés, qui affluaient à Metz, vinrent occuper les 14 lits dont nous pouvions disposer. Cependant, au spectacle de tant de maux, des femmes étaient spontanément accourues et furent les infirmières les plus dévouées. Elles furent, pendant deux mois, les pansements les plus délicats et les plus difficiles.

}) Tous les remèdes prescrits par les médecins ont été pris dans les meilleures pharmacies de la ville ; nous n'avons reculé devant aucune dépense pour procurer à nos malades ce qui était nécessaire à leur rétablissement, — bismuth, sulfate de quinine, vin de quinquina, vin de Bordeaux, etc. Nous avons pu leur donner, à chaque repas, un potage, de la Viande, des légumes et du vin ».

Cet établissement a été fermé au milieu de novembre.

Maison de M. Vabbé Risse (rue de la Fonderie). Ambulance organisée dans les bâtiments de la Société des jeunes ouvriers, par M. l'abbé Risse, directeur de cette Société, avec le concours du personnel de la maison et de quelques dames du voisinage. La disposition intérieure du local laissait à désirer. Une sorte de vestibule, entièrement ouverte d'un côté, était transformée en salle de malades, qui n'y étaient pas suffisamment à l'abri du froid et de l'humidité. On n'y plaçait, d'ailleurs, que les affections les plus

légères. Les autres chambres, au contraire, péchaient par défaut d'aération ; mais les soins assidus dont on entourait les malades contre-balançaient l'efTet de ces dispositions locales. Du 14 août au 15 novembre on y reçut de 40 à 45 malades.

Maison du Bon-Pastetir. Organisée par les religieuses et le personnel de la maison. Du 20 août au 20 octobre on y reçut de 40 à 50 malades.

Maison de la Maternité. Organisée par les religieuses de la maison. Du 20 août jusque vers le milieu d'octobre a reçu de 15 à 25 malades.

Couvent de la Visitation (maison cloîtrée). Organisée par les religieuses de la maison. A reçu, du 16 août jusqu'au 21 novembre, de 20 à 58 malades. Évacuée par ordre d'un médecin prussien.

Écoles Israélites. Organisées en ambulance par les soins de M. Bloch, ancien instituteur, avec l'assistance de voisins charitables.

Hospice Israélite. L'administration de cet établissement a mis 20 lits à la disposition des blessés, sans distinction de culte. A reçu des malades ^e l'armée du 16 août à la fin d'octobre.

Maison des Orphelins. Organisée par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, attachées à la maison. Du 20 août au 20 octobre a reçu de 25 à 35 malades.

Maison des Orphelines. Orgd^isée par les religieuses de l'établissement. A reçu, du 20 août au 2 octobre, environ le même nombre de malades que la précédente.

École Normale. Organisée par M. Goulet, directeur de l'École, assisté d'élèves- maîtres. A reçu, du 18 août au commencement d'octobre, de 30 à 40 malades.

Écoles des Frères (rue Taison). Organisée par Iç

personnel de la maison. Â reçu 15 i^alades du 20 août au commenceinent d'octobre,

Ligue de V Enseignement (place de Chambre).

Organisée par M. Yacca et les membres de la Ligue. A reçu, du 20 août au 20 octobre, de 10 à 18 malade? ou blessés.

Maison Fizaine{rue Nexirue). Même organisateur, aidé de quelques dames du voisinage. Destinép surtout à des convalescents ou des blessés légèrement atteints; en a reçu de 25 à 30 depuis la fin de septembre jusqu'aux premiers jours de novembre.

Maison particulière (rue des Roches). Organisée par M. Pagel. A reçu de 10 à 15 ifnalades depuis la fin d'^ût jusqu'à la fin de septembre,

Maisor^ particulière (rue Serpenoise, 9). Organisée par quelqpues dames du quartier, dans un appartement inhabité. A reçu de 17 à 30 malades, entre le 17 août et la fin d'octobre.

Maison particulière (rue de la Chèvre, 19).

Organisée par M. Yacca et les membres de la Loge maçonnique des Amis de la Vérité. De 12 à 14 malades, du ^ août à la fin d'octobre.

École de Sainte-Chrétienne (rue Taison). Organisée par les religieuses de Saiute-Chréti^nne. A reçu de 20 à 40 malades, du 17 ^oût ^u ^ octobre.

Loge maçonnique (rue de la Fontaine). Organisée par MM. Vacca, Saint-Jacques et quelques dames. A reçu de 12 à 15 pialades, du 21 août au 24 novembre.

Grand séminaire. Organisée par le personnel de l'établissement et des sœurs de Sainte-Chrétiemie. A reçu, du 20 août au milieu de novembre, de 50 à 70 malades, presque tous officiers, installés dans les dortoirs des séminaristes.

Hospice Saïnl-Nicolas. L'administration des hospices avait mis à la disposition de l'armée un chiffre de lits qui s'éleva jusqu'à 120. Cet établissement eut beaucoup à souffrir de l'encombrement qui justifia, pour son évacuation par les militaires blessés^ les mêmes plaintes que Bon-Secours.

Maison Moreau (rue Mazelle). Organisée par M. Moreau et sa famille. A reçu 45 malades, de la (in de septembre au 21 novembre, jour de son évacuation, par ordre d'un médecin prussien.

Couvent du Sacré-Cœur. Organisée par les religieuses de la maison avec l'aide de quelques autres personnes. A reçu 40 à 60 blessés, très-bien installés, du 16 août jusque dans le courant de novembre.

Maison Georges (rempart Serpenoise). Organisée par M. Georges, secondé par sa famille et quelques voisins. A reçu de 15 à 18 malades entre le 20 août et le 8 novembre.

Maison des sœurs de VEspérance (rue Châtillon). Organisée par les dames de la maison. 10 malades, du 20 août jusqu'au mois de novembre.

Maison de Sainte-Chrétienne (rue Saint-Gengoulf). Cette ambulance a été ouverte le 17 août 1870. Évacuée le 17 août 1871, moins un blessé et son infirmier, qui ne sont partis que le 16 octobre. Pendant toute sa durée, cette ambulance a reçu 360 malades. Les deax tiers environ y ont séjourné sept à huit mois.

Pendant huit mois l'effectif s'est maintenu à 100 malades. 12 officiers y ont été soignés. Il n'y a eu de iiévreux que pendant le blocus et leur chiffre n'a jamais dépassé 20.

Tous les prisonniers malades rentrant d'Allemagne et passant à la gare de Metz, purent, d'après l'autorisation demandée par une dame de la ville, et ac-

HÔPITAUX Et AMBULANCEi^. Ml

corJéo par M. le Gouverneur avec le plus louable empressement, s'arrêter jusqu'au lendemain à celte première étape encore si française pour eux , et s'y reposer des fatigues et des souffrances d'un voyage de quatre à cinq jours, effectué par les chaleurs les plus accablantes dans des wagons à bestiaux ou à marchandises. Quel spectacle navrant offrait ce bataillon d'éclopés, pâles, hâves, presque en hail*lons, suivant une femme munie du laisser-passer oi'dinaire ! Tous ces malheureux , au nombre de 50 à 70 à chaque convoi, se rendaient, les plus malades en voiture , les autres se traînant péni*blement , de la gare au couvent où les attendaient, avec les soins empressés des admirables religieuses, le souper reconfortant et le lit blanc dont ils étaient privés depuis si longtemps.

Du 11 au 23 mars le reste des blessés français, soignés à la manufacture de tabacs , furent évacués sur Sainte-Chrétienne qui, à dater de cette époque, est restée Tunique ambulance française à Metz. Cependant Un capitaine (M. Lebrun) est resté à l'École d'application jusqu'au 11 avril, jour oii il est venu aussi à Sainte -Chrétienne. Le 12 juin cette maison a reçu encore, par ordre du médecin en chef prussien, trois hommes du pénitencier, fiévreux. Pour consacrer son caractère international, elle a hospitalisé aussi 5 blessés prussiens.

Maison Claudin (34, rue de la Chèvre). Organisée par MM. Doizy, Mariotte et Paquant et des personnes de leurs familles. A reçu de 15 à 18 malades, du 19 août au 21 novembre.

Maison de Saint-^Vincent-de-Paul (rue des Parmentiers). Organisée par les membres du conseil de l'œuvre, sous la direction de MM. de Faullrier et

178 HOPITAUX Et AlkïBULANCES.

Le Mercier. A reçu de 10 à 20 malades, du 17 ^oût au 8 octobre.

Ambnlanco du Polygone.

On sait dans quelles conditions fut décidée la création, par la municipalité de Metz, d'un vaste baraquement, à proximité de la ville, pouvant abriter environ 2000 malades, avec les dépendances néces-» saires à tous les services d'un grand établissement hospitalier.

Après quelqu'indécision sur l'emplacement le plus convenable, on se décida pour le polygone d'artillerie, situé au nord-est de la ville, dans l'Ile Chambièrci formée par deux bras de la Moselle. C'est un terrain d'alluvion, dans lequel des sondages à une faible profondeur atteignent facilement la nappe deî^ eaux d'infiltration de la rivière *.

La construction de ces baraques fut confiée à M. Demoget, architecte de la ville, qui fit marcher les travaux avec une remarquable activité et une entente parfaite des exigences de l'œuvre. S'inspirant des constructions temporaires si habilement exécutées, dans le même but, aux États-Unis d'Amérique pendant la guerre de sécession, il choisit, parmi les divers modèles décrits et figurés dans la sixième circulaire du surgeon gênerai office *, celui qui lui parut le mieux approprié aux dispositions locales. Il se fixa sur l'hôpital général de Lincoln et en adopta

' Plusieurs personnes (entr'aulres M. Méry et moi) auraient préféré la plaine du Ban-Saint-Martin ^ pour plusieurs motifs qu'il est inutile de développer ici^ mais que l'expérience semble avoir sanctionnés.

» Washington, |cr novembre 1865.

HOPITAUX ET AMBULANCF^. 179

le plan, sauf quelques modifications pour les baraques destinées aux malades; il disposa dans un autre ordre les accessoires et dépendances, mais sans ma-difier bien sensiblement Tensemble *.

Les pavillons des blessés, dit M. Dcmoget, au lieu d'être posés parallèletnent à la bissectrice de l'angle^ comme àThôpital Lincoln, étaientlégèrementinclinés, de manière à former une espèce d'épi. Cette disposition facilitait la circulation de Tair entre les pavillons et donnait un angle moins aigu pour le raccord ïivec le passage couvert. Ces pavillons, espacés entre eux de 8 mètres % étaient parallèles les uns aux autres, imbriqués d'un seul côté et sur la moitié de leur longueur, pour éviter, autant que possible, que Tair vicié de l'un ne fût porté sur l'autre. L'aération inlérieufe était ménagée par des châssis mobiles et garnis de vitres, disposés verticalement dans la toiture. Celle-ci était en planches ^, qui se disjoignirent par la sécheresse et formèrent de nombreuses gouttières, qui incommodaient fortement les malades.

Les pavillons étaient au nombre de 30, contenant chacun 50 lits ^ Pour compléter ce chitîre, l'empla-

* M. Dcmoget a publié un livre important sur Tambulance du Polygone-, au point de vue architectural. — In-S», Paris > Alfred Cerf, 1871;

' Les Américains veulent 40 mètres de séparation entre les baraques.

^ M. Deraoget conseille les couvertures en zinc ou en carton bitumé, ce qui n'entraîne pas une dépense considérable. On peut alors chauffer les salles, surtout en les faisant plâtrer à l'intérieur jusqu'à la hauteur éen fenêtres.

^ En Amérique les baraques étaient disposées pour 60 lits. En Allemagne on s'arrête à 50. La proportion de SO me parait la )»lus convenable. Cependant, si Ton considère que nos règlements admettent un infirmier pour 48 malades^ les baraques pourraient

cément ayant été coupé pendant la construction par une route militaire, on fut obligé d'en disposer cinq vers la base du triangle.

Le long de chaque baraque régnait un fossé de 30 centimètres de profondeur sur 40 centimètres de largeur, pour recevoir les eaux pluviales. Sous les planchers, élevés de 50 centimètres au-dessus du sol, on avait, comme préservatif de Thumidité, étendu une couche de crasse de forge.

Chacune des baraques, longue de 52 mètres et large de 7 mètres, était ouverte à chaque extrémité par une porte de 2 mètres de largeur. Deux cabinets avaient été réservés aux extrémités : i^ pour le médecin traitant ; 2® pour la sœur ; 3® pour Tinlirmiermajor; 4» pour servir de dépôt. D^s toiles cirées étaient étendues sous les lits.

Une salle avait été aménagée pour recevoir les officiers, et une autre, construite avec un soin particulier, était destinée aux amputés ou aux hommes atteints des blessures les plus graves.

Les latrines constituent toujours, dansTinstallation des hôpitaux, l'une des difficultés les plus sérieuses. Trop rapprochées des salles, elles les infectent, à moins de soins constants qu'il est souvent difïîcile d'obtenir de gens peu soucieux de l'hygiène ; trop éloignées, elles exposent à des refroidissements les malades qui s'y rendent. Voici ce qui a été fait au

être à 36 ou 48 lits, c'est-à-dire pour trois ou quatre infirmiers. Ce dernier chiffre me semblerait préférable au premier. Chaque lit doit occuper, en y comprenant l'espace iride de chaque côté, une largeur de S mètres, ce qui donne à la baraque une longueur égale au nombre de lits, ceux-ci étant disposés sur deux rangs, sans comprendre dans cette longueur l'espace réservé aux cabinets placés à chaque extrémité.

Polygone de Metz. Chaque baraque avait à son extrémité, à 5 mètres au delà, et dans le même axe, son cabinet d'aisances couvert, composé de quatre loges (trois suffiraient). Quatre cuvettes, réunies vers le centre, venaient se déverser dans un large entonnoir mobile en zinc, aboutissant à une tinette, que Ton transportait au moyen d'un traîneau par le côté incliné de la fosse préparée à cet effet. Le plancher des loges était recouvert d'un béton en ciment de Vassy, disposé, au moyen d'une pente assez prononcée, pour faciliter l'écoulement des liquides vers la cuvette. Le bas des cloisons était goudronné jusqu'à la hauteur d'un mètre. (Il serait préférable, dit M. Demoget, de le garnir de zinc.) Un écran, placé en avant, masquait l'entrée des loges. Les lieux étaient lavés chaque jour avec une solution de chlorure de chaux ; les tinettes étaient désinfectées par le sulfate de fer (4 kilog. pour 10 litres d'eau).

Pour les malades qui ne pouvaient quitter la salle, des chaises percées étaient disposées dans le cabinetdépôt.

Les malades affluant avant que les baraques fussent terminées, on les installait provisoirement sous des planches disposées en arc-boutant, garnies d'une couche de paille et qui n'étaient qu'un préservatif bien insuffisant contre les intempéries. Ces abris, qui permirent de loger 500 hommes pendant plus de quinze jours, reçurent des soldats, en raison de leur forme, le nom pittoresque de bonnets dç police.

Les bâtiments destinés aux services administratifs et offrant tout ce qu'on peut demander à un hôpital permanent, étaient groupés au centre. Le lavage se faisait hors de réUiblissement. Ces bâtiments étaient

182 lIÔriTAUX ET AMBULANCtS.

yeliés aux salles de blessés par de longues galeries couvertes en zinc, qui servaient de promenoirs et d'abris contre la pluie.

Les matériaux employés dans cette construction, les planches notamment, avaient les dimensions courantes du commerce, ce qui permettait l'achat et la revente dans les conditions les plus avantageuses et donnait une économie de temps non moins précieuse *.

Les constructions, commencées le 27 juillet, étaient terminées le 1*^"^ septembre.

Mais remplacement du Polygone ne tint pas ce qu'il avait promis, ou plutôt ce qu'on s'en était promis. Le terrain, sablonneux à la superficie, est argileux à une faible profondeur ; les pluies l'eurent bientôt défoncé , et formèrent une boue épaisse ou liquide, qui rendait le parcours de la plaine extrê-» mement difficile, sinon impossible ; les eaux « enva-» hissaient l'enceinte elle-même, et, séjournant dans les parties basses, occasionnaient des troubles graves dans le service '. »

* Un proverbe dit : < P^rte de temps, perle d'ar^^ent. m En lempa ordinaire ce proverbe est vrai, maia en guerre il ne Test plus ; il reste au-dessous de la vérité^ car une avance de quelques jours peut sauver la vie à des milliers d*in4ividiis. Aussi, Tarchitecte ou ringénieur chargé de la construction (l'un hôpital temporaire doitil bien se pénétrer de ce principe et chercher par tous les moyens possibles à diminuer la main-d'œuvre en employant les matériaux tels qu'ils se trouvent dans le commerce ,^ et à la simplifier pour qu'elle puisse être faite par tous les ouvriers de bâtiment. Inutile d'ajouter que toute espèce de luxe doit être bannie de ces sortes de constructions, on ne doit rechercher que le bien et surtout l'utile. Du reste, la symétrie du plan et la grandeur de l'ensemble donneront toujours un aspect agréable, et si l'hôpital a une certaine étendue, cet aspect deviendra imposant (Oemoget, 1. c, p. 04).

'' A la suite d'une de cos pluies torrentielles, la cuisine fut envahie

Un grand rassemblement d'hommes et de chevaux (toute la cavalerie de la garde) remplissant tout l'espace de l'île non occupé par l'ambulance, vint augmenter , dans une large mesure , ces fâcheuses dispositions naturelles, et le Polygone ne fut bientôt plus qu'un large cloaque, dans lequel les malades n'osaient et ne pouvaient s'aventurer. Ajoutons-y les émanations animales résultant de cette agglomération, ainsi que le voisinage immédiat d'un vaste cimetière dans lequel le sol était incessamment bouleversé, et nous comprendrons que l'ambulance, édifiée pendant la belle saison , dans de bonnes conditions hygiéniques apparentes, se soit trouvée, les mauvais temps venus, dans une déplorable situation.

Elle comptait, au 26 août, 1882 blessés, dont 30 officiers.

Le 3 septembre ce chiffre avait atteint son maximum, 2218 blessés, dont 42 officiers. (Ce chiffre n'a pu être atteint qu'en augmentant le nombre de lits dans les salles, qu'en encombrant, ici comme partout ailleurs.)

Les premiers fiévreux y furent reçus le 15 septembre au nombre de 226, dont 1 officier. Cette catégorie de malades n'a jamais dépassé le chiffre de 682 (le l*^*" octobre), alors que l'établissement comptait encore 776 blessés, dont 29 officiers. Cette ambulance , dont l'évacuation avait commencé quelques jours avant sa clôture, fut fermée le 27 novembre.

On verra plus loin (correspondance) quelles diffi-

et la sœur qui en avait ia direction, pour assurer la distribution du soir aux malades , dut y s^^journer assez longtemps, ayant de l'eau jusqu'à mi-jambe. Elle y contracta une fluxion de poitrine, dont elle mourut peu de jours après. {Le Blocus de Metz, p. 105.)

184 HÔPITAUX ET AMBLLANCES.

cultes souleva Fenvoi de fiévreux au Polygone , administrateurs et médecins déclarant que cet établissement n'avait été créé qu'en vue des blessé^. Il m'a toujours paru qu*à l'instar des autres, il avait été créé en vue de tous les besoins.

Ses conditions topographiques depuis la concentration de troupes et de chevaux dans son voisinage , circonstance malheureuse qu'on ne pouvait prévoii* lorsqu'on fit choix de ce terrain, y furent une cause active de mortalité.

Les administrateurs improvisés et volontaires de cette ambulance firent preuve d'un grand dévouement en acceptant ces pénibles et délicates fonctions auxquelles leurs travaux habituels ne les avaient pas préparés. A ce titre, MM. Emile Michel, Noblot et Emile Sturel ont droit à une mention toute spéciale ; ils ont, assurément, bien mérité du pays. Mais nous ne pouvons omettre de dire qu'elle dut, plus que toute autre, fonctionner dans de bonnes conditions relatives, grâce à un personnel dispensé avec un luxo inconnu partout ailleurs. Médecins S pharmaciens, sœurs de charité, employés divers, s'élevaient au chiffre respectable de 300 personnes, auxquelles il faut ajouter les dames, en grand nombre, qui venaient

< « M. le docteur Isnard , ancien médecin principal des armées » officier de la Légion d'honneur, membre de la Société de chirurgie, ancien professeur à Thôpital militaire d'instruction de Metz, avait dirigé le service médical des ambulances de Brescia pendant la campagne d'Italie. Cet habile praticien, bien connu par ses travaux dans le monde chirurgical, fut désigné à l'unanimité par les médecins de Metz , réunis à l'hôtel de ville, comme médecin en chef de l'ambulance du Polygone. Il dirigea ce service depuis le Iw août jusqu'au 28 novembre avec un talent et un zèle au-dessus de tout éJogo, cl faillit être viclime de son dévouement. Aussi, après l'éva- Gtialion do l'arribulancc les médecins traitants et leurs aides, en

HÔI'ITAUX ET AMi3CLANCi:S. 185

y prodiguer leurs soins*. Mais cette ambulance était la chose de la ville, et les habitants, le Conseil municipal en tête, tenaient à honneur de la placer, de la maintenir dans des conditions dignes de la noble cité. Nulle part l'assistance privée ne se montra si généreuse '.

Si la centralisation eût été effective plutôt que nominale, en ce qui concerne cet établissement, entre les mains de l'intendance et du médecin en chef, une plus équitable répartition du personnel et des douceurs matérielles eût été faite, à son détriment sans doute, mais à l'avantage de beaucoup de nos pauvres déshérités de certaines ambulances. Tous n'avaient-ils pas des droits égaux ?

reconnaissance des services rendus par M. Isnard , se réunirent pour offrir un souvenir de reconnaissance à leur mafire vénéré. » (Demoget, 1. c, p. 230.)

Je suis heureux de m'associer à cet éloge si mérilé, et d'exprimer mes sentiments d'affection envers Tun de mes plus anciens et de mes meilleurs camarades. Nous avons franchi ensemble une grande partie des étapes de notre carrière.

' Un omnibus spécial amenait deux fois par jour, de la ville à rhôpital et de Thôpital à la ville, aux heures du service, les médecins et autres personnes attachés à Tambulance.

' Les dépenses de construction se sont élevées i 163000 fr. 1 c, sur lesquels il faut déduire 80000 francs pour la revente des matériaux. Il reste net 83000 francs.

Les sommes dépensées pour le matériel , les appointements et gages du personnel, la nourriture des malades, des sœurs, des infirmiers, s'élèvent i 99il43 francs (jusqu'au 30 novembre). Total 377 ié% francs.

Ce total eût été, certes, moins élevé si l'on avait pu opposer une digue salutaire aux dilapidations d'un personnel subalterne qu'on n'avait eu ni le temps ni les moyens de choisir et sur lequel administrateurs et médecins ne pouvaient exercer qu'une surveillance inefficace, dans un établissement mal clos et ouvert à tout venant.

Montiifmj. Le deuxième corps d'armée avait établi son ambulance à Mondgny. Âpres la capitulation elle passa au service médical et administratif de la place.

dette ambulance était disséminée en un certain nombre de petits établissements (sous l'active surveillance de M. Didion, maire de la commune), dont le centre administratif était à la vermicellerie.

Le 20 novembre les Prussiens ordonnèrent l'évacuation de ces divers établissements, pour y placer leurs propres malades, moins la vermicellerie, où se trouvait encore un petit nombre de blessés. Quelques jours après on y reçut les convalescents de variole, dans rétablissement des papiers peints.

A la date précitée il restait encore à Montigny 251 malades, suivant les registres de l'administration ; nit^ûs ce chiffre était exagéré en fait, parce qu'il comprenait une vingtaine d*oCQciers ou soldats partis pour Franco à leurs risques et périls et qui figuraient encore sur les listes de l'officier comptable.

A partir du 1" décembre , le service médico-chirurgical do Montigny fut complètement assuré par les médecins prussiens, sans qu'aucun avis en eût été donné ni à l'administration firançaise ni au médecin en chef.

Petit séminaire. Ambulance gérée pour le compte de l'intendance par le supérieur, avec l'aide des ecclésiastiques de la maison, des élèves et des sœurs de Sainte-Chrétienne. Les premiers malades (officiers) y furent reçus dès le 6 août et la maison fut occupée par des malades ou blessés jusqu'au 6 mars 1871.

On y reçut 170 officiers et 300 soldats.

Sacré-Coeur. On reçut dans cette maison religieuse, sous la direction de M™« la Supérieure, environ

HÔPITAUX ET AMBULANCKS. 187

100 blessés dans les dortoirs des élèves. Mais dans les premiers jours d'octobre, M. le médecin principal Marmy reconnut qu'une des salles était infectée , et qu'on ne pouvait plus y recevoir de malades. En conséquence de cette déclaration, M™<^ la Supérieure demanda qu'on réduisit les lits au nombre de 46. Consulté à cet égard, je proposai d'accueillir favorablement cette demande et reconnus l'urgence d'évacuer le dortoir, comme premier moyen efficace à opposer à l'infection. « On ne saurait, ajoutai-je, admettre de nouveau des jeunes filles dans ce dortoir sans l'avoir, au préalable, soumis à de puissants moyens de désinfection. >

Devant-leS'Ponts. Le comité de la souscription française en Angleterre avait mis à ma disposition, par l'entremise de son secrétaire, M. Pierrard, une somme de 2500 francs, comme expression « de sa sympathie pour les victimes de la guerre dans notre malheureuse ville. »

Jo trouvai immédiatement l'emploi d'une partie de cette somme en faveur des malades évacués sur Pont-à-Mousson et que j'avais été voir, le lendemain de leur arrivée dans cette ville, pour m'assurer par moi-même des secours qu'ils pourraient y trouver.

Cependant une personne habitant les environs de Metz, avait ouvert sa maison à quelques infirmes, qu'elle se disposait à garder jusqu'à ce que les événements leur permissent de rentrer en France. La somme restant, que je mis à sa disposition, lui donna les moyens d'élever à vingt le chiffre de ses infirmes, choisis surtout parmi des amputés qui, bien que convalescents, étaient hors d'état de supporter un voyage et ne pouvaient, sans danger, prolonger leur séjour dans les ambulances.

Les frais d'installation, de nourriture, de chauCFage, furent, en grande partie, couverts par cette somme, à laquelle il convient d'ajouter 80 francs, don volontaire à l'œuvre, de M. le médecin principal Fuzier, et de 50 francs remis par un officier blessé (anonyme) à M. Richon, son médecin; enfin les libéralités de la Société britannique lui vinrent largement en aide. Une bonne alimentation, l'emploi des toniques, des chambres bien chauffées et de bons vêtements (donnés par cette Société), mirent ces infirmes en état de rentrer en France complètement rétablis, après un séjour de trois mois à la campagne.

Chaque jour des pauvres et des vieillards de la commune venaient prendre leur part aux repas des malades. Après le départ de ceux-ci, quelques vêtements excédants et les objets de literie furent distribués à vingt-quatre indigents, sur une liste dressée par le maire.

Le compte détaillé de l'emploi des fonds alloués par la Société française en Angleterre fut envoyé au comité, qui donna son approbation entière à tout ce qui avait été fait.

Ambulances des corps d'armée. Comme le quatrième corps d'armée l'avait fait à Montigny, les autres corps avaient établi des ambulances au centre de leurs cantonnements : à Longeville, à Vallières, à Plantières, à Saint-Julien, à Woippy. Ces ambulances étaient sous tentes ou disséminées entre plusieurs établissements ou maisons particulières. Durant tout le cours du blocus elles évacuaient leurs malades sur Metz lorsque ceux-ci dépassaient la limite de leurs moyens d'action ou à la veille présumée de mouvements militaires.

Ambulances Yolontaires internationales.

Ambulance anglaise. Celte ambulance fut ouverte vers la fin de novembre, sous la direction du docteur Webb, dans le pavillon de la caserne du génie, où elle s'était installée dans de bonnes conditions de confort, puisant aux riches magasins de la Société britannique; elle dut, plus tard, quitter ce local pour le rendre au service militaire prussien. Ses blessés furent évacués, en partie, sur la manufacture de tabacs, en partie à la maison de Sainte -Chrétienne (rue Saint-Gengoulf), où les médecins anglais y continuèrent encore, un mois environ, leurs bons soins aux malades dont ils avaient commencé le traitement.

Ambulance belge. Arrivée quelque temps après la capitulation, TAssociation belge, représentée par M. Van Hinsbergh, prit à son compte l'ambulance de Sainte-Chrétienne, rue Saint-Gengoulf, dans les premiers jours du mois de novembre jusqu'au 1®^ avril 1871. Maximum habituel de 86 malades. (Voir cette ambulance, page 176.)

Nous ne saurions refuser à M. Van Hinsbergh un rang distingué parmi les bienfaiteurs de nos malheureux blessés, auxquels il a rendu des services de toute nature. Il fit un voyage en Silésie pour porter des secours à nos prisonniers en proie à la variole, et y contracta cette maladie. Il accompagna lui-même à Nancy la dernière évacuation de nos blessés, partis de son ambulance.

Ambulances hollandaises. Deux ambulances ont été installées, dans d'excellentes conditions, par les soins du comité hollandais, sous la direction du

liX) nÙPlTACX ET AMBULANCES.

colonel Maschcck: l'une aU jardin Fabert, Tauti^ô ilaiiî* l*liotel de M. de Gargan. Elles contenaient une moyenne de 80 blessés, presque tous gravement atteints. On ne saurait trouver plus de dévouement que celui dont a fait preuve tout le personnel de ces ambulances envers nos blessés. Chiffre de malades : do 90 à 106.

Ambulance française, La première ambulance de la Société de secours se composait de quatre chirurgiens, dix aides chirurgiens (internes des hôpitaux ou docteurs en médecine), de douze sous-aides (étudiants en médecine), d'un comptable, d'un aide-complable, de deux aumôniers catholiques et d'un pasteui* protestant. Plus, soixante infirmiers, cinq ouvriers et des conducteurs d'attelage.

Cette ambulance fut installée d'abord à la caserne du génie, où elle reçut ses premiers blessés, après la bataille de Borny, dans des lits qu'elle trouva tout préparés à cet effet. Elle dut, quelque temps après, céder la moitié de sa place à un service dirigé par les médecins de la ville, puis moitié de ce qui lui restait pour y organiser une ambulance militaire. Ainsi dépossédée, elle se réfugia au jardin Fabert, dans le kiosque des concerts, où elle put se créer une installation convenable. Ce changement ne s'était opéré qu'après la bataille de Gravelotte. L'ambulance volontaire reçut dii*ectement peu de malades^ mais on la pourvut de cas graves choisis parmi les blessés en traitement à l'Esplanade et au Saulcy. C'est à cette gravité que M. Lefort attribue surtout leur très-grande mortalité. Assurément, la mortalité est en raison de la gravité des blessures, mais il faut y voir aussi l'influence générale, qui, partout, a été meurtrière»

Cependant) le nombre des malades était liors de proportion avec le chiffre des médecins^) et M. Lefort m'offrit le concours de quelques-uns d'entr'eux. Deux chirurgiens furent chargés d'un service à la caserne Chambière, un à Coiâlin, un quatrième a fait, pendant tout le temps, le service de Tambulance de récole israélite.

Cette ambulance volontaire fut, par ordre du comité central, et malgré l'avis de M. Lefort, licenciée à Metz et son matériel vendu à vil prix.

Trois médecins de la troisième ambulance, prisonnière à Gravelotte, arrivèrent à Metz dans les premiers jours du blocus ; on refusa de les admettre à la première ambulance, par cette considération que leur sauf-conduit, visé pour les avant-postes prussiens, les obligeait au retour dans les lignes allemandes , et qu'il était à craindre que ce manque de parole ne nuisit à leurs collègues prisonniers. Cependant, mû par un autre ordre de considérations, je leur assignai, sur leur demande, un service dans nos établissements militaires.

On a dit que les ambulanceâ volontaires recevaient mauvais accueil des médecins militaires et que la mésintelligence régnait entre les deux personnels. J'ignore ce qui a pu se passer aux autres armées. A Metz, nos rapports ont été excellents, tant avec l'ambulance française qu'avec les ambulances étrangères, chacun de nous s'entr' aidant autant que les circonstances le permettaient;

Cependant, d'après mon opinion dés longtemps arrêtée, et d'ailleurs conforme à celle que M. Lefort exprime dans son remarquable article de la Revue des Deux-Mondes, les ambulances volontaires sont loin de rendre des services proportionnés aux dé-

[9^2 llÙPItAUX ET AMBULAXCEfi.

penses qu'elles entraînent ^ et sont, au milieu île l'armée, une source d'embarras.

Ces associations sont d'une incontestable utilité comme intermédiaires actifs et dévoués entre la bienfaisance publique et privée et les blessés. Quant au personnel médical dont elles disposent, elles ont ce fâcheux résultat de détourner du service ofliciel des sujets d'élite qui seraient venus offrir à la médecine militaire le concours de leur science et de leur patriotisme, en acceptant toutes les obligations inhérentes à ce service. Dans une armée, tous les combattants volontaires sont sous les ordres du général en chef) et il est nécesssdre qu'il en soit ainsi. Il faut, de même, que les médecins volontaires consentent u recevoir des ordres du médecin en chef. C'est à cette condition seule qu'ils peuvent être utiles sans augmenter les impedimenta de l'armée, tant que le service officiel ne sera point constitué de manière à se suffire à lui-même.

Conclusion: Il ne faut plus d'ambulances volontaires.

Évacuations sur des établissements étrangers. 80 blessés, environ, choisis parmi les plus gravement atteints, furent dirigés, avec l'assentiment de l'administration , sur l'hôpital de Neuwied % pour y être soignés aux frais de Sa Majesté l'Impératrice de Russie.

L'hôpital de Liège reçut aussi un certain nombre de blessés de Metz (200 environ), choisis dans les

* La Société fi'ançaise de secours avait consacré 100000 francs à Metz.

' Neuivied est une petite ville sur les bords du Rhin, à quelques lieues de Goblentz.

deux armées, M. Heuschling m'avait été adressé dans ce but.

Évacuations sur plusieurs places françaises. Plusieui*s milliers de malades et convalescents ont été évacués, après la capitulation, sur les places de Pont-à-Mousson, Nancy, Lunéville, Toul, qui avaient disposé personnel et locaux pour les recevoir et les traiter. Je les ai visités à Pont-à-Mousson ; ils étaient bien installés au quartier de cavalerie , et bien qu'épuisée par les réquisitions, la population leur â prodigué de bons soins.

M. le comte de Ludre , de Nancy, voulut bien se charger, à ses frais, d'une dizaine de blessés de Metz, qu'il me demandait de lui choisir dans les infirmes et surtout parmi les enfants de la Lorraine. Je désignai plusieurs officiers. Installés à la campagne , au château de M. de Ludre , ils y reçurent les soins les plus complets et les plus empressés.

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