CHRONIQUE LOCALE
Un certain nombre des médecins militaires restés dans la ville de Metz après la capitulation , ont adressé au médecin en chef des hôpitaux et ambulances la lettre suivante :
« Monsieur le Médecin en chef,
» D'après lef^ termes de la Convention de Genève (art. 4), le matériel des ambulances de guerre est inviolable ; s'il vient à tomber entre les mains de l'ennemi, il doit être restitué à la nation à laquelle il appartient. Cependant l'administration militaire française a laissé, depuis la capitulation, l'armée prussienne s'emparer d'une grande partie du maté-
LA CONVENTION DE GENÈVE. 22i^
liel de nos ambulances. Les fonctionnaires de Tintendance militaire , auxquels incombait le devoir de faire respecter la Convention, n'ont fait, parait-il, aucune tentative pour s'opposer à une violation aussi flagrante.
» En conséquence, les soussignés, médecins militaires, ont l'honneur de vous prier de vouloir bien faire tous vos efforts pour que la Convention de Genève soit strictement et rigoureusement observée.
» Veuillez agréer. Monsieur le Médecin en chef, l'assurance de notre respectueuse considération. »
(Suivent soixante signatures,)
Un des signataires fait suivre cette lettre des réflexions suivantes :
« Le corps de santé militaire est loin d'ignorer que cette revendication est en dehors de ses attributions légales; aussi ne s'est- il décidé à en prendre l'initiative qu'après avoir constaté, non sans un douloureux étonnement, que l'administration militaire de l'armée de Metz, avait manqué, sous ce rapport, à tous ses devoirs.
» Aussitôt que la capitulation fut décidée, l'intendance aurait dû faire réimir sur un seul point et inventorier tous les caissons de chirurgie et de pharmacie, les voitures d'ambulance, les petites voitures Masson, les cacolets, les cantines régimentaires de chirurgie, les sacs et sacoches d'ambulance. Tout ce matériel est neutralisé par la Convention de Genève.
» Elle aurait dû faire réunir tous les chevaux et mulets servant au transport de ce matériel ; au besoin en compléter l'effectif.
» Elle aurait dû conserver tous les harnachements.
» Elle aurait dû conserver tout le personnel (con-
2tii LA CONVENTION DE GENÈVE.
ducteurs, sous-officiers et officiers du train) nécessaires pour les soins à donner aux chevaux et mulets aussi bien que pour reconduire le matériel aux avant - postes de Tarmée française , ainsi que la
chose est prévue et stipulée dans la Convention de Genève.
s> Elle aurait dû faire dresser un état exact de tout le personnel neutralisé par la Convention, en y comprenant, ainsi que cela s'est pratiqué, pendant toute la durée de la campagne dans l'armée prussienne, les soldats-ordonnances des officiers de santé, les porte-sacs des régiments d'infanterie et portesacoches des régiments de cavalerie et d'artillerie.
» L'intendance n'a rien fait de tout cela : les caissons et voitures d'ambulance ont été abandonnés, pour la plupart, de côté et d'autre, sur les places publiques, où les prussiens s'en sont emparés pour les faire servir à leurs transports, sans même prendre la peine de faire effacer le signe distinctif de la neutralité; les chevaux et mulets ont été, sans exception, livrés à l'armée prussienne ou abandonnés dans les rues ; qui voulait les prendre pouvait s'en emparer.
» Les harnachements ont été pillés ou perdus. Les soldats du train sont retournés dans lem*s foyers munis de sauf-conduits délivrés par les autorités prussiennes, sans que l'intendance s'en inquiétât.
» Les porte-sacs et porte-sacoches des régiments sont partis comme prisonniers; on n'a jamais eu l'air de se douter, dans l'armée française, qu'ils devaient être neutralisés.
» Quant aux soldats-ordonnances des officiers de santé, ce n'est qu'à la dernière heure, et seulement sur des renseignements donnés par les Prussiens
eux-mêmes que Tiatendance s'est décidée à la porter sur les contrôles du personnel neutralisé.
» On n'avait d'ailleurs pas de brassards pour eux ; ils devaient s'en procurer comme ils le pourraient.
j» Déjà au début de la guerre, il semblait que pour l'intendance la Convention de Genève fût passée à l'état de lettre morte : pas une seule voiture d'ambulance ne portait le signe de la neutralité ; personne n'avait de brassard, on avait oublié d'en distribuer. Il a fallu que des médecins fussent pris avec leur ambulance à Spikeren et que les Prussiens manifestassent leur étonnement de les voir sans brassards, pour que l'intendance eût l'idée qu'il pourrait bien être utile de leur en faire délivrer.
» Dans les graves circonstances où nous sommes placés, il faut que chacun porte la responsabilité de ses actes ; il est bon que l'on sache comment chacun a fait son devoir.
» P. S. Dans l'intérêt de la vérité, nous devons ajouter qu'au moment où la protestation ci-dessus a été présentée à M. le Médecin en chef, ce dernier venait de faire la même réclamation à l'autorité prussienne. » .
M. l'Intendant militaire jugeait opportun de faire la réponse suivante, par l'organe du même journal, à la date du 8 décembre. (V. correspondance, n° 72.)
« Monsieur le Directeur,
» En vertu des instructions ministérielles, les autorités militaires ne doivent répondre aux articles publiés dans les journaux sans une autorisation ; comme il ne m'est pas possible de l'obtenir, et que je ne puis laisser passer un article publié dans le Courrier de la Moselle du 16 novembre, que vous
reproduisez dans votre numéro du 7 de ce mois, je vous prie d'insérer la réponse suivante :
» Au moment de la capitulation de Frescaty, dont l'intendance n'a pas à discuter les conditions, il n'existait, appartenant à la place, aucun moyen de trsœisport, ni aucime fraction du corps des équipages militsdres.
» Le matériel de l'armée, il est vrai, a été conduit et déposé par fractions sur différentes places de Metz, devant l'hôpital et sur les glacis; mais l'inventaire réclamé, le 16 novembre, par MM. les officiers de santé, est en cours d'exécution depuis le 29 octobre ; ainsi leur zèle est en retard de quinze jours. Nous ne pouvions, d'ailleurs, réclamer les chevaux, puisqu'ils avaient été mangés, ou qu'ils étaient morts de faim.
]» Ces faits, qui peuvent être ignorés par le corps de santé militaire, toujours porté à attaquer l'administration, réfutent une partie des accusations portées par l'un des signataires de la lettre.
» Quant à l'observation qui concerne l'exécution de la Convention de Genève, je dirai que je ne l'ai pas perdue de vue, et que, le 7 novembre, je m'en entretenais avec M. le Général président de la commission de remise du matériel, qui me donnait l'assurance que l'inventaire était en cours d'exécution, et que M. le Général pinissien reconnaissait la neutralité, et, par conséquent, la revendication par le gouvernement français. Il fallait se contenter de cette déclaration, puisque les moyens de transport manquaient pour conduire le matériel aux avantpostes, et que nous ne pouvions exiger de l'armée prussienne qu'elle nous fournisse les chevaux.
n Le 15 novembre , et contrairement à tout prin-
cipe militaire, une association anonyme a voulu s'organiser pour créer une ambulance volontaire de Metz. C'est probablement cette réunion de médecins qui a publié l'article du Courrier' du 16. Je ne la connais que par une circulaire anonyme qu'elle a lancée le 15, et non par ses actes «
» Je ne répondrai pas à tous les alinéas de la lettre anonyme publiée par vous ; je répondrai seulement qu'il existe, dans la sous -intendance chargée du service des hôpitaux et à l'intendance militaire, des contrôles de neutralité, et qu'on a distribué des brassards, avec des numéros correspondant à ces contrôles, à tout le personnel permanent, et même aux auxiliaires. Quant à l'armée, on avait fait un tel abus des brassards, qu'avant la capitulation on a dû les retirer pour en distribuer d'autres, mais seulement au personnel des ambulances versé dans Metz* Il est possible que quelques soldatsordonnances, appartenant à la garde ou aux troupes de ligne, n'en aient pas reçu, mais rien dans la Convention de Genève ne dit qu'ils y ont droit; l'autorité prussienne ne le reconnaît pas, et leur refuse d'ailleurs la neutralité.
» En résumé , dans la situation résultant de l'occupation par l'ennemi, on ne peut que signaler les faits qui se produisent; c'est ce que l'intendance militaire de Metz fait. Quant à la manière dont chacun accomplit son devoir, je ferai observer à l'auteur des réflexions que, lorsque j'ai des plamtes à porter sur les officiers de santé et leur subordination, c'est à M. le Médecin en chef que je m'adresse, et non aux journaux.
» Recevez, etc. »
M. Bruneau, médecin-major de première classe,
î228 LA CONVENTION Dll GENÈVK.
qui avait pris la direction du service des ambulances après mon départ, m'écrivait à Bordeaux, à la date du 25 janvier, une lettre dont j'extrais le passage suivant : « Je suis président de la Commission pour la restitution du matériel des ambulances. Je serai fort heureux d'attacher mon nom à cette Commission, car on nous rend pour un million de matériel : 81 voitures d'ambulance chargées, les omnibus, les prolonges à brancards, enfin 100 voitures à quatre roues, plus 134 voitures Masson; toutes les cantines régimeutaires, les sacs et sacoches qu'on a pu trouver; enfin, les mulets qui restent à Metz. Samedi prochain aura lieu la clôture des conférences et le matériel sera dirigé sur Arlon pour être remis, à Lille, à l'administration de la guerre. »
Ainsi s'est terminée cette question qui, on vient de le voir, a soulevé d'acres discussions.
Article 5.
Les habitants du pays qui porteront secours aux blessés seront respectés et demeureront libres.
Les généraux des puissances belligérantes auront pour mission de prévenir les habitants de Vappel fait à leur humanité et de la neutralité qui en sera la conséquence.
Tout blessé recueilli et soigné dans une maison y servira de sauvegarde. L'habitant qui aura recueilli chez lui des blessés sera dispensé du logement des troupes, ainsi que d'une partie des contributions de guerre qui seraient imposées.
Cet article me paraît peu réfléchi. Il est manifeste qu'en présence de promesses aussi séduisantes il n'est pas un habitant d'un pays envahi par la guerre
qui n'ouvre largement ses portes aux blessés, ce qui rend ces promesses illusoires. Dans nos campagnes les blessés étaient partout; en ville il était peu de maisons qui n'en eussent quelques-uns ; je ne sache pas, cependant, qu'aucune immunité ait été accordée aux uns ou aux autres. Les logements militaires, non-seulement du fait des Allemands, mais du fait de la municipalité, ont été uniformément répartis, sans s'inquiéter si les habitants avaient ou non recueilli des blessés. Il ne pouvait, en vérité, en être autrement. On ne s'opposera jamais à ce que des belligérants éludent parfois la Convention lorsqu'elle est évidemment contraire à leurs intérêts. Or, un intérêt de premier ordre, pour une arm.ée, c'est de trouver à se loger.
Article 6.
Les militaires blessés ou malades seront recueilUs et soignés, à quelque nation qu'ils appartiennent.
Les commandants en chef agiront la faculté de remettre immédiatement aux avant-postes ennemis les militaires ennemis blessés pendant le combat, lorsque les circonstances le permettront et du consentement des deux partis^
Seront renvoyés dans leur pays ceux qui, après guérison, seront reconnue incapables de servir.
Les autres pourront également être renvoyés, à la condition de ne pas reprendre les armes pendant la durée de la guerre.
Les évacuations, avec le personnel qui les dirige, seront couvertes par une neutralité absolue.
A Toccasion de cet article, M. Fuzier m'adressa les réflexions suivantes :
b230 LA CONVENTION DK GENÈVE.
« Ainsi, d'après ces deux derniers alinéas, tous nos malades et blessés des hôpitaux et ambulances de Metz peuvent être libres et renvoyés dans leurs foyers; les uns, parce que, blessés ou fiévreux, ils sont incapables de servir; les autres, parce qu'ils peuvent, s'ils le désirent, promettre de ne pas reprendre les armes pendant la durée de la guerre.
» Pour ma part, je regarderai donc comme une violation flagrante de la Convention de Genève et devant appeler une protestation immédiate, tout envoi en captivité, par les Prussiens, d'un Français, si celui-ci est reconnu incapable de servir ou si, guéri et capable de servir de nouveau, il promet de ne plus reprendre les armes pendant la durée de la guerre,
» Vous serez, j'espère, comme par le passé, dans une question si grave, le défenseur actif des intérêts de nos malades. »
Sans doute, dans les désignations faites par les Prussiens de malades ou blessés à envoyer en Allemagne, il y avait de touchants intérêts à défendre, et je n'ai pas manqué d'en saisir les représentants de l'autorité prussienne. Mais mon honorable collègue n'avait pas suffisamment remarqué que l'article sur lequel il s'appuie dit simplement : pourront et non devront , ce qui laisse aux chefs d'armée la faculté d'agir dans le sens qui leur convient. Il eût été plus près de la vérité en s'appuyant de préférence sur l'article 5 additionnel, ainsi conçu :
Par extension de Varticle 6 de la Convention, il est stipulé que, sous la réserve des officiers dont la possession importerait au sort des armes et dans les limites fixées par le deuxième paragraphe de cet article, les blessés tombés entre les mains de V ennemi, lors même qu'ils ne seraient pas reconnus incapables
de servir, devront être renvoyés dans leur pays après leur guérison ou plus tôt si faire se peut, d la condition toutefois de ne pas reprendre les armes pendant la durée de la guerre.
Mais pour être entièrement dans le vrai, il convient d'ajouter que ces articles additionnels ne sont que des projets du comité international à la conférence diplomatique de Genève en octobre 1868. C'est ainsi, je pense, que la Prusse a dû les considérer.
Si je suis bien informé, cette question aurait été agitée à Frescaty, dans la discussion des clauses de la capitulation. Le commandant en chef de l'armée allemande aurait déclaré accepter complètement la parole des officiers, mais ne pouvoir se contenter de la même garantie à l'égard des soldats ^
Ne voit-on pas, d'ailleurs, quel abus on pourrait faire de cet article 6 s'il était absolument obligatoire. Il suffirait, malade ou non, qu'un militaire figurât dans une ambulance, à un jour donné, pour jouir du bénéfice de la neutralité.
Quelle source féconde de maladies simulées, supposées ou provoquées t
Je ne saurais donc voir une violation de la Convention de Genève dans le fait de l'envoi, en Allemagne, de malades et blessés guéris. Peut-être, seulement, serait- on en droit de reprocher aux vainqueurs d'avoir apporté trop de sévérité dans les désignations qu'ils ont été appelés à faire.
I Ce n'est point aux soldats qu'il faudrait^ en ce cas, demander un engagement d'honneur de ne plus porter les armes pendant la durée de la guerre, mais bien aux gouvernements eux-emômes, ainsi que la proposition en avait été faite à. la conférence de Wurtzbourg {7% août i863).
232 LA CONVKNTIOX DP: GENÈVK.
Article 7.
Un drapeau distinctif et uniforme sera adopté pour les hôpitaux, les ambulances et les évacuations, H devra être, en toute circonstance, accompagné du drapeau national.
Un brassard sera également admis pour le personnel neutralisé y mais la délivrance en sera laissée à Vautorité militaire.
Le drapeau et le brassard * porteront croix rouge sur fond blanc.
Le drapeau et le brassard ne sont pas toujours des garanties suffisantes; on l'a vu quelquefois pendant la dernière guerre. Cependant un signe distinctif des neutres est évidemment indispensable. Lorsqu'une ville assiégée, lorsqu'un village attaqué sont hérissés de drapeaux blancs à croix rouge, on doit reconnaître que leur efficacité est en raison inverse de leur multiplicité. De même en est-il pour les brassards; ils n'ont de valeur réelle qu à la condition d'être déli\Tés avec sobriété et discernement.
Nous avons vu , tout à l'heure , que les médecins se plaignaient qu'on eût refusé des brassards à leurs ordonnances. Nous avons vu aussi la réponse de M. l'Intendant divisionnaire à cette plainte. De part et d'autre on était dans le vrai, M. l'Intendant disait, avec raison : ce On avait fait, à V armée, un tel abus de brassards qu'avant la capitulation on a dû les
* Nous avons vu des brassards de fantaisie, sur lesquels on avait cherché à donner à la croix des formes variées et plus ou moins élégantes. Il n'est pas inutile de rappeler que la croix suisse, adoptée pour ces insignes, a une forme bien déterminée. Elle se compose de la juxtaposition de cinq carrés égaux.
retirer pour en distribuer (TautreSy mais seulement au personnel des ambulances versé à Metz. »
Il est incontestable qu'on en a fait un grand abus, non-seulement à l'égard de l'armée , mais encore à l'égard de la population civile. Cet abus a jeté plus d'une fois le désordre dans le service des ambulances, en accréditant des personnes indignes; mais il ne venait pas de la France seulement ; les sociétés internationales étrangères avaient quelquefois à leur suite des personnes attirées par les motifs les moins charitables, résultat inévitable d'une levée de personnel subalterne faite à la hâte et sans moyens suflQsants de contrôle. Aussi reconnut-on la nécessité de réprimer cet abus, mais par une fâcheuse réaction on en vint à refuser le brassard à des personnes y ayant réellement droit et dignes de le porter. Les médecins n'en obtinrent qu'avec beaucoup de peine pour leurs soldats-ordonnances et je reçus de nombreuses plaintes à cet égard. Il n'y eut d'ailleurs, sur ce point, qu'une indécision de quelques jours, après la capitulation.
Les articles 8, 9, iO n'offrent pour nous aucun intérêt.
-«fit'
Ces exti-aits ne comprennent que des lettres offrant un intérêt relatif à l'un des points généraux de la situation ou une question spéciale de quelque importance. J'ai évité de reproduire toutes celles qui avaient trait seulement à des intérêts personnels ; j*ai cru devoir aussi, par esprit de conciliation, laisser dans l'ombre un certain nombre de lettres adressées à l'autorité allemande ou à ses délégués, et qui n'auraient d'autre résultat que de rappeler des débats irritants, dont les uns et les autres doivent chercher l'oubli.
Quelques points de cette correspondance font, je le sais, double emploi avec des sujets traités dans le cours de ce volume, sous la même forme ou sous une forme différente. J'ai cru, cependant, devoir les conserver : les uns, parce qu'ils établissent l'ordre de succession des faits; d'autres, parce qu'ils font ressortir les difficultés sans cesse renaissantes et les efforts de chacun pour les surmonter; d'autres,
enfin, parce qu'ils constituent, en quelque sorte, un ensemble de pièces justificatives.
Monsieur Pérot, sous-intendant militaire,
1) — 21 AOUT. Nous avons, ce matin, visité ensemble l'ambulance établie au Saulcy pour 800 blessés. L'hospitalisation sous la tente offre des avantages au point de vue nosocomial, à la condition de pouvoir souvent déplacer et même remplacer les tentes; mais sous notre climat variable ces abris présentent le grave inconvénient de subir l'influence des moindres variations atmosphériques. Les blessés redoutent le froid, et les premières pluies arrivant on doit s'attendre à un abaissement notable de la température. Le lieu du campement n'est pas mal choisi, mais je dois appeler votre attention sur un dépôt d'immondices qui offre une large surface à l'évaporation et dont les miasmes, se mêlant aux miasmes dégagés par les blessés, pourraient développer des accidents ou, tout au moins, contribuer à leur développement. Une corvée prise parmi les hommes du bataillon stationné sur ce point ne pourrait-elle pas couvrir cette surface d'une couche de terre suffisante pour la soustraire au contact de l'air? Il est urgent que des feuillées soient établies sur-le-champ. Quelques lits seraient indispensables pour les officiers et les blessés spéciaux. Il convient de séparer les officiers des soldats et, s'ils ne sont pas dirigés sur d'autres établissements, l'hôpital militaire ou TÉcole d'application ou, mieux encore, le grand séminaire, de leur réserver un nombre suffisant de tentes, en avant de la ligne, à raison de deux officiers par tente.
Je me suis ensuite rendu à la manufacture de
tabacs. Le premier étage et le rez-de-chaussée sont occupés par des malades placés dans des conditions bien différentes. L'étage constitue un bon hôpital, bien aéré ; les lits , quoique trop rapprochés pour les conditions normales, offrent, cependant, un espacement convenable. Des latrines provisoires, placées dans les corridors, auraient besoin d'être enfermées par quelques planches. — Le rez-dechaussée manque d'air; les malades y sont entassés sur la paille dans un espace tout à fait insuffisant. Ce point appelle toute la sollicitude de l'administration. Les fourneaux des bains, placés dans une petite cour voisine des salles, envoient au premier étage une fumée très-incommode qui oblige à fermer les croisées.
J'ai vu le Lycée. Les blessés, couchés dans les dortoirs des élèves, sont dans de bonnes conditions. On y manque d'instruments, mais les opérations nécessaires pourraient être faites à la manufacture de tabacs, qui en est voisine.
J'ai vu toutes les casernes, et toutes présentent de grandes ressemblances dans leur disposition intérieure. Ce sont de détestables hôpitaux , tellement encombrés de lits, qu'on doit s'attendre à de grands malheurs si Ton n'y apporte un prompt remède, en diminuant de moitié le nombre des blessés qui y sont traités*. Je n'exagère peut-être pas en disant que, dans quelques jours, pas un amputé n'y guérira *. Déjà quelques apparences de pourriture d'hôpital se manifestent. Que faire dans de semblables conditions ? Étendre le baraquement du Polygone et
' Loin de diminuer, on a dû augmenter partout.
* Ces sombres prévisions ne se sont que trop réalisées.
EXTRAITS DK LA CORRKSPÛNDANCK OFFICIKLLE. 2o7
y déverser le trop plein des casernes. Ce baraquement est cependant, lui-même, un mauvais hôpital ; les malades y ont froid la nuit et bientôt ils y auront froid toute la journée. On a proposé de prendre quelques églises , c'est une ressource extrême. Les asiles du culte sont situés dans les centres principaux de population et l'on peut craindre d'infecter leur voisinage. L'aération est difficile et les miasmes s'accumulent dans les parties inférieures ; ces édifices sont froids et humides ; l'organisation des services y est difficile. Je ne saurais, sans protester, accepter les écuries qui ont été proposées aussi. Les wagons disponibles pourraient être utilisés, mais il serait indispensable de les relier entr'eux par des planches courant sur l'un des côtés et rendant possible l'exécution du service.
J'ai visité l'école d'artillerie. Bonne installation, mais trop de lits, beaucoup trop même. Le hangar qui en dépend poun-ait recevoir convenablement 55 blessés.
A Montigny, les officiers placés au séminaire sont dans d'excellentes conditions ; il serait désirable que toutes les places disponibles (90) fussent, jusqu'à concurrence des besoins à satisfaire, occupées par des officiers jusqu'ici mal installés ^
Au Sacré-Cœur (même village), 98 lits sur 100 sont occupés. Les blessés y sont fort bien. — Quelques-uns, 19, je crois, sont placés dans d'assez bonnes conditions à l'école communale. Un certain
* Plusieurs officiers hésitaient i se rendre à Montigny, parce que deux projectiles prussiens étaient tombés dans le village, non loin du séminaire. On n'eut, cependant, de ce fait, aucun malheur à déplorer.
238 p:xtraits de la correspondance officielle.
nombre sont, enfin, dispersés chez les habitants de Montigny. En général, les blessés traités dans ce village ne sont pas gravement atteints.
Je suis prêt à faire évacuer sur France, si les circonstances le permettent, le nombre de malades qui serait demandé par l'administration '.
Monsieur le Général de division commandant supérieur de la place de Metz.
2) — 23 AOUT. J'ai l'honneur de vous informer que, malgré le secours bien nécessaire que nous avons reçu de trente-deux médecins des ambulances poui' les blessés réunis dans la place de Metz, le service médico-chirurgical est loin d'être assuré, et J'ai la douleur de vous dire que bien des blessés mourront faute d'avoir pu être opérés en temps opportun. Le personnel médical se multiplie, chacun passe tous les jours huit et dix heures, plus même, d'ans les hôpitaux, succombant à un travail écrasant; j'en citerais qui sont restés deux et trois jours sans se coucher. Pendant ce temps on voit en ville de nombreux médecins de corps de troupes sans service et qui accepteraient avec empressement un ordre du commandement qui leur permit de rester ici. Ne fussent-ils avec neus que trois ou quatre jours ils nous rendraient d'inestimables services. Je vous en conjure, mon général, au nom de nos malheureux blessés, provoquez l'ordre de laisser à Metz, tant que les opérations militaires le permettront, tous les médecins disponibles, dans les quartiers généraux et corps de troupes.
* Les circonstances ne l'ont jpoint permis.
Le chiffre actuel des blessés dépasse il 000, et si bon nombre d'entr'eux n'exige aucun soin médical, il en est bon nombre aussi près desquels le médecin doit passer une demi-heure ou une heure. Que peuvent faire soixante-dix ou quatre-vingts médecins, parmi lesquels plusieurs praticiens civils, ne pouvant se charger que d'un nombre restreint de*malades? Les visites commencent à six heures et ne se terminent Jamais avant midi. Dans la plupart des établissements ce temps est insuffisant pour voir tous les blessés et les panser convenablement. Plusieurs sont déjà frappés de gangrène faute d'opération nécessaire. Les après-midi sont consacrées à ces opérations, mais on ne peut en faire qu'un nombre limité, parce que chaque établissement ne possède, généralement , qu'une boîte à amputation * et que plusieurs, qui en sont complètement dépourvus, sont obligés de faire transporter les blessés sur une autre ambulance mieux approvisionnée d'instruments. On peut encore remédier à ce grave inconvénient en réunissant à Metz un certain nombre de trousses régimentaires, qu'on trouve à chaque bataillon.
Je vous en supplie de nouveau, mon général, il y a urgence ; réclamez du personnel ; vous seul pouvez nous venir en aide dans ces cruelles conditions.
Monsieur le général de Vercly, commandant
la subdivision.
3) — 24 AOUT. Toutes les conditions d'hygiène indispensables dans la situation terrible que nous
* Nous pûmes, ultérieurement, nous en procurer que]([ues-unes de plus.
traversons sont l'objet de mes constantes préoccupations; tout en recommandant la plus stricte économie dans l'emploi de la paille, matière qui devient rare et pourrait nous manquer, je recommande aussi de renouveler celle des malades couchés sous la tente, à TEsplanade, au Polygone, au Saulcy, et maintenant fort de Tordre que vous avez donné, j'y insisterai danvantage encore.
J'ai déjà appelé l'attention de M. le sous-intendant militaire Pérot sur la nécessité de faire établir des feuillées. Il a dû s'en occuper.
Monsieur le Sotis-Intendant militaire.
4) — 24 AOUT. Je dois appeler votre attention sur les wagons mis à la disposition du service des ambulances. Je ne veux pas revenir sur les conditions qu'ils présentent et qui pourraient nuire à l'exécution du service. Nous en avons suffisamment causé et nous sommes d'accord sur le remède à y apporter. Mais je vais toucher un point plus important encore, celui de l'emplacement de ces wagons. Voilà, dans un espace fort circonscrit, un effroyable entassement de blessés: caserne du Génie, École d'application. Esplanade, jardin Boufflers, Palais de justice, wagons ; c'est une grave menace pour ce quartier. Ne pourraiton pas laisser ceux-ci sur la voie , hors de la vUle , sur l'espace qui sépare les deux gares , tout en respectant les besoins de la défense et d'autres nécessités ?
Je suis stupéfait de Tordre que j'ai reçu de renvoyer dix médecins! Où les prendre, puisqu'ils sont partout insuffisants? La force humaine a des limites et, pour le service médical qui fonctionne à Metz, ces limites
sont atteintes. On veut rétablir le service régimontaire à raison d'un médecin par corps ; mais le service de deux corps par un médecin serait bien peu de chose, comparé à celui des ambulances de Metz.
Note de M. le fious-intendant Pérot au médecin
en chef,
4 bis) — 24 AOUT. J'ai prié M. Tlntendant divi* sionnaire de provoquer toutes les mesures que vous avez demandées par vos rapports et que M. le Général commandant supérieur jugera pouvoir être prises. Comme vous, je déplore vivement Tencombrement des -casernes, mais pouvons- nous y porter remède, puisque tous les locaux disponibles sont occupés et tous à peu près aussi encombrés les uns que les autres? Nous recevons des blessés, des malades en nombre énorme, et nous ne pouvons les évacuer. Faut-il mettre en plein champ ce qui excède le nombre que les établissements peuvent normalement recevoir ?
M. le Général commandant supérieur a donné Tordre (qui s'exécute) de faire amener les wagons disponibles sur la place Royale pour les organiser en hôpitaux. Peut-être, s'il n'y a pas de nouvelle affaire, pourrons-nous ainsi désencombrer un peu. J'ai demandé de les faire relier entr'eux par des planches, ainsi que vous l'avez indiqué. La plupart, sinon la totalité, sont munis de hamacs; je viens d'examiner si ce mode de couchage est plus convenable que la paille ; on peut mettre huit hommes par wagon avec les hamacs, et seulement six sur le plancher des wagons. Je tâcherai, si vous voulez
bien me donner votre avis, de rendre cette installation la moins défectueuse possible *.
Monsieur le Médecin en chef de V ambulance de...,
CIRCULAIRE
6) — 26 AOUT. En exécution des ordres de M. le Général commandant supérieur de la place, tous les militaires blessés, recueillis chez les particuliers, seront soumis à la visite de médecins militaires, dans un certain nombre de centres, parmi lesquels figure l'établissement que vous dirigez. Veuillez, à cet effet, désigner trois officiers de santé, peu importe de quel grade. Cette opération se fera à midi pour ne pas entraver le service régulier de l'ambulance, mais le jour n'est point encore fixé ; les médecins que vous aurez désignés l'apprendront par des affiches apposées en ville et destinées à prévenir les habitants. Chacun d'eux sera assisté d'un garde mobile, secrétaire, chargé d'inscrire ses décisions. Cette visite aura pour objet de constater : l® si l'homme est assez gravement blessé pour entrer à l'hôpital (cette entrée serait immédiate et d'urgence) ; 2° s'il peut, sans inconvénients, rester dans la maison où il est soigné; 3<* s'il doit être dirigé sur le dépôt des convalescents; 4P enfin, s'il est complètement rétabli et peut être envoyé au dépôt des isolés. Des états spéciaux seront dressés, à cet effet, par les soins de M. le sous-intendant Pérot.
1 On sait que j'aurais préféré la paille aux hamacs, mais j'ai accepté Tinstallalion, que j'ai trouvée toute faite. 11 y avait d'ailleurs avantage, je le reconnais, à économiser la paille qui devait, plus tard, nous faire défaut.
KXTRAITS DE LA CORRF.SPONbANTt': OÏ^FICIELLE. ^43
Monsieur le Médecin en chef de V ambulance de , , ,
CIRCULAIRE
6) — 26 AOUT. Un grand nombre de gardes mobiles employés en qualité d'infirmiers se déclarent incapables de rendre aucun service dans les hôpitaux, alléguant une mauvaise constitution physique, qui les a fait renvoyer de l'année active. Ces hommes étant un embarras, veuillez les faire visiter et signaler à M. l'officier comptable ceux qui seraient reconnus impropres au service hospitalier.
Mo'nsieur le Soits-Intendant militaire.
7) — ^Je n'ai rien à vous signaler, sinon la pénurie croissante de médecins, que vous connaissez d'ail*leurs aussi bien que moi. Il n'y a plus un service complètement assuré , sinon celui de l'hôpital militaire. Je m'étais adressé à M. le pharmacien inspecteur, en le priant de mettre à la disposition du service médico-chirurgical un certain nombre de jeunes pharmaciens aides-majors, pour concourir aux pansements ; il m'a exprimé son regret de ne pouvoir accéder à cette demande, en raison de la faiblesse numérique de son personnel •.
Je n'approuve nullement la disposition des hom-
> n est certain que le nombre des pharnoaciens aUachés aux ambulances de la place était bien juste suffisant. Mais à quoi servaient donc les pharmaciens de tout grade attachés aux quartiers généraux des corps d'armée ? Ils nous eussent, avec un grand empressement, prêté leur concours, au Heu de végéter dans Finaction des camps.
mes superposés dans les wagons ; les déjections de toute nature tomberont des malades supérieurs sur ceux qui seront placés au bas. De la paille sur le plancher serait la disposition la plus simple et la meilleure.
Monsieur le Général tommandant la subdivision.
8) — 27 AOUT. (J'appelle son attention sur l'état de malpropreté de la place Royale et sur la nécessité de remédier à cette situation.)
Monsieur le Général de division commandant
supérieur.
9) — 38 AOUT. J'ai la satisfaction de vous faire savoir <pie les conditions sanitaires de la place s'améliorent. L'état général des blessés est plus satisfaisant qu'on eût osé l'espérer. Ils diminuent, par mortalité, il est vrai, mais surtout par de nombreuses sorties des hôpitaux, et le vide qui se fait dans leurs rangs permettra, je l'espère, de conjurer les accidents redoutables qui nous menacent et ont même déjà commencé à sévir. Dans quelques établissements les amputations réussissent bien; dans d'autres on est moins heureux. Iol pourriture d'hôpital, complication grave, parsdt un peu partout, mais on arrive presque toujours à en limiter les progrès. Nous avons observé aussi un certain nombre de cas de tétanos, mais cette complication est indépendante de l'état d'agglomération. Je reçois, de chaque hôpital ou ambulance, im bulletin journalier sur lequel figure la mention suivante : « Situation générale des blessés et malades». Sur tous cette mention est, depuis quelques jours,
ÊXTkÀlTS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE. 245
résumée par les mots satisfaisante, ùssez bonne, bonne, très-honne. Cette dernière indication est de ia caserne d'artillerie du fort Moselle.
Il n'y a nulle part imminence d'affections internes épidémiques, malgré l'existence de quelques fièvres typhoïdes et de dysenteries, les unes et les autres légères. Ces affections sont, d'ailleurs, de provenances diverses et peu sont nées sur place.
L'ambulance du Saulcy est, jusqu'à présent, celle qui présente les plus fâcheuses conditions. D'abord, parce qu'elle a reçu, à son origine, un grand nombre de blessés fort gravement atteints et renvoyés par l'ennemi, chez lequel ils n'avaient reçu que des soins insuffisants; ensuite, parce que cette ambulance, éloignée de la ville, est, en partie, privée des soins que prodiguent les femmes dans d'autres établissements plus privilégiés. Aussi, toute mon attention se porte-t-elle de préférence sur cette pauvre ambulance délaissée et pourtant si digne d'intérêt; c'est surtout en sa faveur que je sollicite la bienfaisance publique qui s'exerce, à Metz, avec une si grande activité. S'il était possible de diriger cette bienfaisance, combien ne serait-elle pas appliquée plus utilement !
Hier matin j'ai parcouru tous les établissements hospitaliers de la ville pour m'assurer des besoins de personnel dans chacun d'eux, en offrant le concours des médecins de régiment, de midià cinq heures. Dans quelques-uns, le service commençant à cinq heures du matin, est terminé pour midi; un secours étranger n'y est pas nécessaire, les contre-visites se faisant de deux à cinq heures par les médecins mêmes de chaque établissement. Dans d'autres le service des pansements est, en quelque sorte, permanent et lo
concours des médecins de régiment y a été fort bien accueilli.
J'ai réuni tout ce personnel de renfort sur la place dû Saulcy et il s'est trouvé dépasser de beaucoup nos besoins à cette époque de la journée. Douze médecins, répartis dans les grandes ambulances dû Saulcy, du Fort, de Chambière et de Coislin, nous ont suffi pour assurer complètement le service du jour. Je compte donner aujourd'hui quelqu'assiette à ce service supplémentaire.
J'ai déjà appelé l'attention du commandement, de Tadministration , de la municipalité, sur l'extrême malpropreté des places sur lesquelles séjournent voitures et chevaux. Ne pourrait- on pas employer au nettoyage les conducteurs de voitures eux-mêmes, ces hommes restant inoccupés une grande partie du jour!
Un certain nombre de blessés avaient été recueillis dans diverses maisons mal famées; j'ai fait visiter par un médecin tous les mauvais lieux qui m'avaient été signalés. Accompagné de deux agents de police il a prononcé la sortie de tous ces hommes, en dépit de nombreuses protestations de part et d'autre.
P. S. Neuf heures du matin. J'arrive du Saulcy où tout s'organise. Deux dames s'étaient plaintes à moi, hier, du manque de tisane pour les malades. J'ai pu m'assurer du peu de fondement de cette plainte. Le pharmacien -major de cette ambulance est en mesure de satisfaire à toutes les prescriptions des médecins, mais il ne peut, ainsi que je l'avais demandé, donner à discrétion les boissons médicamenteuses, Tcau de riz, par exemple, parce que les contenants lui manquent encore. L'agitation à vide Ao quelques personnes est vraiment un bien grand
embarras ; à leurs yeux tout est mal , tout est à faire et elles ont remède à tout. Rien n'arrête leur imagination; rien ne l'égaie, sinon leur bon vouloir ot leur inexpérience.
Monsieur le Général de divmon commandant
supérieur,
10) — 29 AOUT. Hier, dans l'après^-midi, j'ai reçu la visite de deux dames, que je n'ai point l'honneur de connaître, qui même, je crois, sont étrangères à la ville, et qui se présentaient en votre nom. Elles venaient de visiter l'ambulance du Saulcy et exprimaient, avec l'accent d'une vive douleur, combien il était cruel de voir de malheureux blessés dans une aussi profonde détresse. La pluie les avait inondés de toutes parts; la paille sur laquelle ils reposent nageait dans l'eau et la boue ; ces infortunés se plaignaient amèrement qu'on les eût ramenés des prisons de l'ennemi, où ils étaient, du moins, abrités, etc.... Je fus ému du discours animé, expressif, convaincu de ces dames, et quoiqu'ayant visité l'ambulance du Saulcy dans la matinée, je m'empressai d'y retourner, et priai M. le sousintendant Pérot de m'accompagner. Je craignais d'avoir mal vu, de n'avoir pas suffisamment interrogé les blessés sur leurs besoins et leurs désirs; bref, j'arrivai avec la pensée de me trouver au milieu d'une scène de désordre et de désolation. Combien nous fûmes agréablement surpris, M. Pérot et moi, de rencontrer une situation toute différente ! Pas une goutte d'eau n'avait pénétré dans les tentes, pas un brin de paille n'était mouillé, pas un malade ne se plaignait. Nous en avons interrogé un grand
nombre, couchés, levés, se promenant; leurs réponses ont été unanimes : — ils n'avaient rien à réclamer, étaient bien couchés (comme on peut l'être sur la paille), sur une paille fraîche et abondante. Un seul a demandé une couche un peu plus épaisse sous ses épaules ; il a été fait droit immédiatement à ses modestes prétentions.
On ne peut méconnaître les grands services rendus à nos blessés par les femmes de toute condition et, pour ma part, je leur en ai une bien vive reconnaissance; mais aussi que d'ennuis nous causent les écarts de sensibilité de quelques personnes dont le zèle n'a souvent d'autre résultat que celui de paralyser nos efforts.
Deux mots encore sur cette ambulance. L'administration militaire et quelques particuliers s'occupent à la doter d'un certain nombre de lits. Les secours médicaux et pharmaceutiques y sont, dès aujourd'hui, complètement assurés.
L'ambulance s'étend près du bras flottable de la Moselle, et c'est précisément cette portion de la rivière qui alimente d'eau une grande partie de la ville. Des immondices de toute nature y étaient jetées, et la population, connaissant ce fait, s'en serait naturellement alarmée. Mais j'ai appelé, sur ce point, l'attention de l'administration et des ordres formels ont été donnés en conséquence; un factionnaire a même été placé aux abords de la rivière.
La tâche qui m'est confiée est lourde à remplir, mon général, mais je ne saurais m'en plaindre. Je rencontre un concours si bienveillant et si empressé dans le commandement et dans l'administration, que j'ai la certitude de trouver toutes mes propositions favorablement accueillies, tout fait suivant ma de-
mande, dans la limite du possible et des exigences de la situation. On ne m'aceusera pas d'être un ami exagéré de l'intendance militaire, dont j'ai toujours combattu la domination sur notre corps ; cependant, en voyant ses efforts, son immense désir de bien faire, malgré des obstacles sans cesse renaissants, je ne puis m'empêcher d'aimer et d'estimer les fonctionnaires avec lesquels je suis en contact et qui, ainsi que moi, savent mettre de côté toute rivalité de corps pour consacrer toutes nos forces vives au bien des blessés.
Permettez -moi aussi, mon général, de vous exprimer combien je trouve de zèle et de dévouement chez les médecins militaires. Quelque dur soit le travail qui leur est imposé, ils l'accomplissent sans murmures, sans observation, toujours prêts à tout, à chaque instant du jour et de la nuit.
Les médecins civils qui concourent avec les médecins militaires à l'exécution du service sont, généralement, animés du zèle le plus louable et ont des droits incontestables à la reconnaissance de l'arniée.
Plusieurs médecins étrangers, belges et luxembourgeois, étaient venus obligeamment nous offrir leur concours ; ils nous étaient fort utiles, lorsque ces derniers prirent la résolution subite de se retirer. J'en ignore le motif; toujours est-il que leur défection nous cause quelqu'embarras. Nous leur devons, cependant, le témoignage de notre gratitude pour l'assistance qu'ils nous ont prêtée dans les moments les plus difficiles.
J'avais demandé à la Société internationale française de mettre trois médecins à ma disposition pour compléter le service de la caserne de Chambière.
^TjO extraits de la correspondance officielle.
On avait gracieusement répondu à ma demande ; ces messieurs sont venus un jour et ii'ont plus reparu ' . Leur concours nous a donc été plus nuisible qu'utile. C'est une institution qui ne rendra jamais les services qu'elle promet tant qu'elle voudra agir isolément, sans se fondre avec le service de santé militaire et se soumettre à ses exigences, pendant la durée de la guerre.
Monsieur le Général commandant la subdivision.
11) — 29 AOUT. Conformément à votre invitation je me suis rendu hier à l'École normale, où j'ai trouvé nos blessés bien installés et dans une bonne situation. Les soins ne leur manquent pas ; M. H. est un médecin civil intelligent et instruit, mais il n'est pas opérateur, et, sous ce rapport; il y avait réellement à désirer. J'ai chargé M. Vézien, médecinmajor de première classe à l'ambulance de l'école d'artillerie, de passer à cet établissement, de s'entendre avec M. H. et de lui prêter son concours chaque fois qu'il pourra lui être utile.
Monsieur le Général commandant supérieur.
12) — 1er SEPTEMBRE. Le Conseil central d'hygiène et de salubrité publique a tenu hier une séance consacrée à l'examen des conditions hygiéniques de l'ambulance du Saulcy , tant au point de vue de l'ambulance elle-même que de l'influence fâcheuse qu'elle pourrait exercer sur la ville. Il m'a été facile
* Il y cul un malentendu dont on me donna l'explication. Ces messieurs revinrent quelques jours après.
EXTRAITS UK LA COIUIESPONDANGK OFFICIELLE. 251
de démontrer que cet établissement temporaire est aujourd'hui au niveau de tous les autres, que Tassiette en est, sinon parfaite, du moins convenable, et que les malades y reçoivent les mêmes soins que partout ailleurs. Il ne m'a pas été plus difficile d'établir qu'on ne peut redouter aucune influence pernicieuse sur la ville, ni en raison de la direction habituelle des vents, ni en raison de l'eau de la Moselle qui pourrait être contaminée par les détritus de l'établissement ; la défense de jeter les immondices dans ce bras de la rivière peut être inefficace, mais il suffirait de garnir la bande latérale de cette portion du cours d'eau par une simple ligne de deux ou trois fils de fer maintenus, de distance en distance, par quelques poteaux. L'exécution de cette mesui^e appartenant au service du génie, je n'ai pas à m'en occuper davantage. En résumé, mon général, je ne verrais aucune utilité à déplacer l'ambulance du Saulcy, comme sembleraient le désirer quelques personnes mal informées ; il n'y a qu'à l'améliorer dans quelques détails.
Je me suis préoccupé de rechercher de nouveaux locaux propres à l'établissement d'une ambulance en vue de besoins éventuels. J'ai visité les magasins d'artillerie de la place Saint-Thiébault ; ils ne sont nullement convenables ; l'air et la lumière y manqueraient, et ils sont encombrés d'un matériel dont le déplacement exigerait un travail considérable. On pourrait cependant, au besoin, dresser une trentaine de tentes dans les cours et préaux.
J'ai visité également les magasins et hangars de l'artillerie situés derrière l'hôpital militaire et la caserne d'artillerie du fort Moselle. Ici les conditions sont bien plus favorables: le hangar contigu à l'hô-
2r>!2 EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE.
pital renfermerait aisément 300 lits, avec une bonne aération; il suffirait de clore avec des planches le côté ouvert. Les magasins contigus à la caserne sont immenses, mais ils ne pourraient être affectés à cette destination qu'à la condition d'y percer quelques ouvertures pour les aérer et les éclairer.
L'état de nos blessés s'améliore chaque jour ; cependant, malgré de nombreuses sorties, le mouvement des malades ne diminue pas sensiblement. C'est qu'il s'opère une transformation des blessés en fiévreux, et ceux-ci, sans dépasser une proportion prévue , s'accentuent chaque jour davantage. Les maladies dominantes sont la dysenterie et la fièvre typhoïde, généralement de gravité moyenne et entraînant jusqu'aujourd'hui peu de décès. L'hôpital militaire renferme une salle de 48 lits destinés aux varioleux; cette salle étant remplie et aucun local nouveau ne pouvant leur être affecté dans cet établissement, les malades de cette catégorie sont maintenant dirigés sur la manufacture de tabacs, où une salle de 82 lits leur est réservée. Espérons que cette limite ne sera pas atteinte et surtout pas dépassée.
Tous les services sont bien installés et tout fonctionne d'une manière à peu près satisfaisante. Mais le personnel médical est partout insuffisant et les soins dus aux malades ne sont assurés que par des expédients, au jour le jour. Ainsi, les médecins des corps de troupes nous ont manqué hier et il en est résulté quelque souffrance. Mais le zèle supplée au nombre, et je suis heureux de donner des ordres à des hommes qui les exécutent avec un entrain qui ne se dément jamais.
Je fais opérer depuis hier le recensement des
blessés soignés dans les maisons particulières. Deux médecins font ce service dans chacune des cinq sections de la ville.
Ali même.
43) — 2 SEPTEMBRE. J'ai eu l'honneur d'appeler hier votre attention sur l'insuffisance numérique des médecins militaires. Heureusement le nombre des blessés reçus dans cette journée a été fort inférieur à celui sur lequel on pouvait compter. Il s'élève à 4600 inscrits environ, mais un certain nombre a bien pu se glisser sous les tentes de l'Esplanade et échapper au contrôle de l'administration. Les premiers secours n'ont pu leur être accordés que par des efforts extraordinaires et en dédoublant des services déjà mal assurés. La situation est donc extrêmement tendue et, dans les rapports journaliers qui m'arrivent, je vois partout des demandes de personnel. Il y a, je crois, mon général, un moyen facile de pourvoir à ces légitimes exigences. Lorsque M. le Maréchal commandant en chef ordonna que le personnel des ambulances actives serait mis à la disposition du service médical de la place, il réserva un certain nombre de médecins pour les grouper aux ambulances des quartiers généraux. Ces messieurs n'y rendent aucun service et même, pendant les deux dernières journées, ils n'ont point été utilisés ; je le tiens de plusieurs d'entr'eux qui se plaignent amèrement de leur inaction. Si un nouvel ordre mettait à ma disposition un certain nombre de ces médecins ils seraient accueillis comme une Providence ; ce que je réclame surtout ce sont des aides-majors, des panseurfi; les chefs de service nous font beaucoup
moins défaut. M. le Maréchal avait reconnu la niècessite de conserver un médecin par corps de troupes; je sais cependant que, dans quelques-uns, ils sont deux et même trois (le 81^ par exemple). Là encore serait une précieuse ressource, et je ne doute pas que les médecins -majors de deuxième classe ou aides-majors ne puissent s'élever à vingt, peut-être trente. Je suis loin de rejeter le concours de médecins d'un grade plus élevé, mais je le réclame moins en raison de quelques difficultés hiérarchiques qu'il pourrait soulever. Les médecins que j'ai placés à la tête des différents services ont accompli leur tâche au milieu des plus grandes difficultés et avec les plus grands efforts ; lorsqu'ils assurent encore le service pour l'avenir, je croirais mal récompenser ces excellents serviteurs en leur superposant des collègues qui, par leur grade ou leur ancienneté, auraient la primauté sur eux. Je dois reconnaître, cependant, que plusieurs médecins d'un grade élevé sont venus m'offrir leur concours spontané, en déclarant qu'ils ne soulèveraient jamais aucune question de cette nature et accepteraient, sans observation, tel service que j'aurais à leur confier, sans s'inquiéter de la position relative du chef de l'établissement. Mais ces situations irrégulières ne peuvent être imposées, elles ne peuvent être qu'un acte de bon vouloir et d'abnégation.
Au même.
14) — 4 SEPTEMBRE. J'ai la satisfaction de vous faire savoir que notre état sanitaire est aussi bon que possible. Chez les blessés qui n'étaient pas mortellement atteints les plaies ont une tendance
manifeste à la cicatrisation. La poumture d'hôpital complique encore beaucoup d'amputations ; toutefois ce grave accident diminue plutôt qu'il n'augmente, excepté dans la partie basse du Saulcy où le chef du service, M. Baudouin, se plaint d'une aggravation. Cette ambulance est cependant, aujourd'hui, dans de bonnes conditions; grâce à un bon système de drainage les pluies violentes, telles qu'une averse tombée hier, n'incommodent point les malades sous leurs tentes. Le tétanos ne fait que quelques victimes, disséminées un peu partout.
Les fièvres typhoïdes augmentent , mais dans une faible proportion, toujours d'une gravité moyenne. Les dysenteries sont stationnaires.
1/état d'encombrement de nos hôpitaux et ambulances permet difficilement d'isoler les fiévreux et les blessés; cependant, nous y parvenons peu à peu, et j'espère que dans quelques jours cette opération, si importante pour les uns et les autres, sera terminée. Les wagons, recevant les blessures légères, faciliteront cette séparation.
Quatre médecins aides-majors de l'ambulance du quartier général du 3« corps, sans service, sont venus hier, spontanément, se mettre à ma disposition. J'ai assigné un poste à chacun d'eux, en attendant que cette situation soit confirmée par le commandement.
Le secours aux blessés et malades est, dès à présent, assuré, du moins à peu près ; mais il est bien désirable que nos pauvres médecins puissent prendre quelque repos ; il en est peu d'entr'eux qui aient pu se déshabiller depuis quinze jours et quelques-uns tombent déjà malades. Ils ne se plaignent pas, mais un peu d'assistance serait nécessaire et j'espère qu'à défaut d'ordres, d'autres ambulances de l'armée imi-
teront le bon exemple donné par celle du 3^ corps ot par celle du 2<^, qui assure le service à Montigny, sous rimpulsion de son chef si dévoué, M. Mariny.
Monsieur le docteur Isnard.
15) — 4 SEPTEMBRE. — Veuillez, je vous prie, me faire connaître les noms de MM. les médecins civils qui vous sembleraient le plus justifier une distinction honorifique. Fort limité dans le nombre des propositions à établir, je ne puis donc promettre satisfaction complète à vos désirs, mais je demanderai le plus possible, et il ne dépendra pas de moi que les plus anciens et les plus méritants de nos collaborateurs ne reçoivent la récompense due à leur zèle et à leur dévouement.
Monsieur le Général commandant supérieur.
16) — 5 SEPTEMBRE. Demain s'ouvre une nouvelle ambulance de 600 lits, qui pourra s'élever à 1200, dans les magasins d'artillerie du fort Moselle. De graves accidents résultent déjà de l'accumulation, dans un même établissement, de fiévreux (dysentériques et typhoïques) et de blessés ; dans quelques ambulances la pourriture d'hôpital fait de grands ravages, notamment à la caserne d'artillerie du Fort et à Coislin. Il me semble donc indispensable de consacrer exclusivement la nouvelle ambulance aux fiévreux; les salles de blessés seront ainsi désencombrées et mises à l'abri des miasmes dysentériques ; mais il m'est absolument impossible de pourvoir au personnel médical de cet établissement; partout où je serais tenté de prendre des médecins on m'en
demande. Grand nombre d'entr'eux sont à bout de forces; la moitié sont atteints de diarrhée miasmatiques et succombent à la peine. Le secours des médecins de midi à cinq heures est presqu'illusoire. Je renouvelle avec instance ma demande de médecins de régiment, partout où ils sont deux ou trois ; tous les régiments de la garde sont dans ce cas, et d'autres encore Ml me faut, de toute nécessité, trois médecinsmajors et trois aides, pour assurer le service des magasins du Fort, qui auront peut-être demain 600 malades et bien plus dans quelques jours. On se figure difficilement, mon général, combien est pénible la visite de 150 à 200 malades couchés smla paille, alors qu'il faut, pour chacun d'eux, se baisser jusqu'à terre. C'est accablant, et il faut la surexcitation du moment pour résister à un tel labeur biquotidien, sans trêve ni repos.
Je demande avec prières, mon général, dix médecins, qui peuvent nous être fournis par les quartiers généraux et les régiments; six pour la nouvelle ambulance, quatre pour remplacer ceux que la maladie rend momentanément indisponibles. Douze seraient bien utiles, mais je renferme ma demande dans ce qui est rigoureusement indispensable *.
* La uécessité d'une centralisation médicale, avec toute autorité
du chef Bur son personnel, n*est-elle pas rendue évidente par ces
demandes incessantes que je suis obligé de faire, et toujours sans succès?
^ J*ai dit ailleurs que M. le Général commandant supérieur de la
place m'accordait libéralement tout ce que je demandais dans le
bien du service; mais le personnel médical de Tarmce active n'était
pas sous ses ordres. l\ ne pouvait que transmettre mes demandes
à M. le Maréchal commandant en chef.
Monsieur David de Lestrade, médecin en chef
à Coidin.
17) — 7 SEPTEMBRE. J'apprécie la justesse de vos observations au sujet de la réunion des blessés et des fiévreux dans un même établissement, et notamment dans le vôtre, où les conditions de salubrité sont si mauvaises. Cette question me préoccupe depuis longtemps, et j'y avais trouvé un remède, mais je crains que ce ne soit encore qu'une mesure imparfaite. Les magasins du fort Moselle (artillerie) pouvant contenir 1 200 lits, sont destinés aux fiévreux et s'ouvriront aujourd'hui, je pense. Mais voilà que les affections internes, nosocomiales et autres, se développent partout avec une grande intensité, et bientôt cette nouvelle ambulance sera remplie. Il faudra bien, alors, recommencer ce mélange de fiévreux et de blessés, à moins que ceux-ci, venant à diminuer notablement, puissent être concentrés sur deux ou trois points spéciaux. Mais arrive une nouvelle affaire, sur laquelle nous devons compter, et toute prévision est renversée. Nous sommes dans le provisoire, au jour le jour; tout ce qu'il est possible de faire est d'atténuer les inconvénients de la situation. Gardez donc vos fiévreux, en les isolant le mieux possible; pendant quelques jours, au moins, on pourra ne plus vous en envoyer, mais je ne puis répondre d'un avenir plus éloigné.
Monsieur le Général commandant supérieur.
18) — 7 SEPTEMBRE. J'ai l'honneur de vous informer qu'hier et aujourd'hui j'ai donné des ordres écrits et verbaux à tous les médecins chefs de service
pour*révacuation : 1^ sur les wagons de l'Esplanade, dans de très-larges proportions, des blessés en voie de guérison et n'exigeant plus que des soins légers^ tels que ceux que peut donner une femme ou une personne étrangère à l'art de guérir ; 2® sur le dépôt des convalescents tous ceux qui n'exigent plus aucun soin particulier, aucun pansement, mais n'ont pas encore la force nécessaire pour reprendre leur service. Le médecin chargé de ce dépôt y a installé une infirmerie de 18 à 20 lits, destinés à recevoir quelques cas exceptionnels d'affections internes ou externes. Pour les convalescents proprement dits, il fait chaque jour la visite de moitié du dépôt, afin de désigner les hommes qui peuvent être dirigés sur le bataillon de Metz *.
Monsieur le Commandant supérieur au médecin
en chef
19) — 8 SEPTEMBRE. Je Tcçois de S. Exe. M. le Maréchal commandant en chef la lettre ci-après :
« La situation de l'ambulance du Saulcy a été déjà l'objet d'une discussion au sein du Conseil municipsd de Metz; par suite de différentes circonstances, les conditions sanitaires y laisseraient à désirer, et Ton y aurait vu se manifester quelques cas de pourriture d'hôpital*
j» Il importe de tenir compte de ces premiers symptômes, dont le développement pourrait avoir les plus
* Go bataillon était composé de tous les hommes isolés, et, généralement, de ceux qui étiiient sortis guéris des hôpitaux ou ambulances et en état de reprendre leur service.
t20<) EXTRAITS DK LA COUKESPONDANCE OFFICIELLE.
graves conséquences, et, à cet effet, j'ai pensé que l(îs dispositions suivantes pourraient être prises :
» 4^ Ne plus recevoir de malades à Tile du Saulcy ;
y> 2p Disséminer les fiévreux qui s'y trouvent dans les autres ambulances ;
» 3^ N'y conserver que les blessés, que l'on répartirait dans les tentes les mieux situées, afin de les sortir des bas-fonds existant dans le campement;
» 4P Développer le baraquement du Polygone, afin de compenser la perte résultant de l'abandon partiel du Saulcy ».
Je vous prie , mon cher Docteur, de vouloir bien me faire connaître votre avis sur la suite qu'il convient de donner à ces diverses mesures.
Monsieur le Commandant supérieur.
19 bis) — 8 SEPTEMBRE. Daus mes rapports précédents j'ai eu l'honneur de vous rendre compte de la situation de nos divers établissements hospitaliers, et, notamment, de l'ambulance du Saulcy, qui a soulevé dans la ville les plus vives appréhensions , et qui, cependant, n'est pas dans des conditions plus défavorables qu'aucune autre. 11 ne sera pas inutile, je pense, pour répondre à la dépêche de S. Exe. M. le Maréchal commandant en chef, de reprendre en quelques mots l'historique de cette ambulance, si violemment et si injustement attaquée.
Lorsque les blessés prisonniers, après l'affaire de Gravelotte et Rezonville, nous furent rendus, on nous apprit que ces hommes, depuis plusieurs jours au pouvoir de l'ennemi, n'y avaient reçu que des soins insuffisants et arrivaient dans un état déplorable. Le commandement, Tadministration et le ser-
vice de santé jugèrent opportun de ne point mêler ces blessés avec les autres , déjà en traitement et dans une situation relativement favorable. Le point le plus isolé se trouvait à l'île du Saulcy et l'administration reçut l'ordre d'y faire élever des tentes pour recevoir 800 blessés. Cette mesure fut prise avec la précipitation inséparable de semblables nécessités, mais si l'on put adresser quelques reproches à la régularité du campement, on n'eut rien de sérieux à objecter à la situation en elle-même et au choix des emplacements. L'ile du Saulcy s'étend entre deux bras de la Moselle et forme un plan légèrement incliné, jusqu'au centre, qui constitue seul un bas-fond. Les tentes sont étagées sur ce plan, mais contrariées dans leur symétrie par un dépôt de bois de construction; quant au fond, qui sert de manège à l'École d'application, le sol en est drainé, de telle sorte qu'il est à l'abri , sinon pour quelques averses torrentielles, des eaux stagnantes et de l'humidité. Sur l'une et l'autre partie les tentes sont installées dans des conditions au moins très-passables. La pensée première de l'administration, s'appuyant sur mon avis motivé, était de consacrer cette ambulance aux maladies qui pourraient offrir un caractère infectieux ; l'éloignement des centres de population indiquait cette destination. Cependant, cette idée ne reçut qu'un très-faible commencement d'exécution. Aucun varioleux n'y fut envoyé, au contraire; quelques cas (trois ou quatre) développés sur place, furent dirigés sur la manufacture de tabacs. On y envoya, il est vrai, quelques dysentériques, alors qu'il s'en déclarait dans tous les hôpitaux et que là, plus qu'ailleurs, on pouvait compter sur leur rétabHssement à l'aide d'un air saliibre et incessarn-
ment renouvelé par le voisinage de deux masses d'eaux courantes. — Cependant , un membre du Conseil municipal, habitant le quartier de la ville le plus voisin du Saulcy, s'émut de cette situation : il invoqua la direction habituelle des vents, qui devaient apporter sur la ville les miasmes délétères du Saulcy; il invoqua le voisinage du cours d'eau, qui sert en ce moment à Talimentation de la ville et que souillaient les impuretés de l'ambulance. Sous l'empire de ces préoccupations il lut une note critique au Conseil municipal, demandant la suppression immédiate de cet établissement, ou demandant, au moins, qu'on changeât sa destination. Il sut faire partager ses appréhensions à ses collègues. — Le commandement et l'administration en tinrent un large compte : il fut décidé que cette ambulance n'aurait aucune affectation spéciale, et recevrait indifféremment, comme tous les autres établissements, des fiévreux et des blessés ; qu'il n'y serait point admis de varioleux. — Le mobilier, trèsdéfectueux d'abord , se compléta bientôt ; les secours médicaux et pharmaceutiques se régularisèrent et rhonorable adversaire de cette ambulance voulut bien reconnaître lui-même qu'il n'aurait point lu son rapport au Conseil municipal si la situation eût été aussi convenable dès l'abord ; il laissa tomber toute réclamation.
Il est vrai que la pourriture d'hôpital règne au Saulcy; j'ai déjà eu l'honneur, mon général, de vous en rendre compte. Tout le premier, je redoute les conséquences de cette funeste complication qui attaque les blessés après et même avant les grandes opérations; mais elle règne presque partout aujourd'hui, là peut-être moins qu'ailleurs. Ce qu'il faut
pour la conjurer, c'est Tespacement, la dissémination, et cette condition indispensable il n'est pas en notre pouvoir de la réaliser.
Qu'il me soitpenmis de répondre quelques mots au sujet des dispositions prescrites par M. le Maréchal :
d<» Il serait regrettable de ne plus recevoir de malades au Saulcy, parce qu'ils y sont aussi bien que dans les meilleures ambulances, mieux que dans quelques-unes ;
2<»0n ne saurait, sans danger, disséminer les fiévreux qui s'y trouvent, par le motif que je viens d'indiquer et parce que les fiévreux étant nombreux déjà partout, ceux-ci ne pourraient que compliquer la situation, déjà critique, dus autres établissements ;
3® Il est difficile de choisir les tentes où l'on placerait les blessés, attendu que toutes sont remplies ; cependant, j'ai prescrit hier au médecin en chef, M. Baudouin, d'établir sur le point élevé de nouvelles tentes, exclusivement réservées aux opérés ;
A9 II y aurait danger à développer le baraquement du Polygone , qui renferme déjà 2000 malades , et dont tout le sol est contaminé par 10000 chevaux et des hommes en plus grand nombre.
Monsieur Ehrmann , médecin en chef de V hôpital
militaire,
20) — 9 SEPTEMBRE. M. le sous-intendant militaire Pérot me fait savoir que des nécessités de service l'obligent à enlever à l'hôpital militaire trois infirmiers de visite (un sergent, un premier et un deuxième soldat), pour les placer à l'ambulance de fiévreux des magasins d'artillerie. Je le regrette, mais l'ad-
ministration et moi sommes réduits à ne vivre que d'expédients *.
Monsieur le Commandant supérieur.
21) — 9 SEPTEMBRE. J'avais eu l'honneur de vous rendre compte verbalement delà situation de M. le médecin-major de première classe Despers, chef de l'ambulance du Saulcy, atteint d'accidents cholériques graves dans la nuit du 5 au 6. J'avais dû l'envoyer cZ't^rgence au petit séminaire de Montigny. Dans le bulletin journalier d'hier, M. Baudouin, son successeur, me faisait savoir qu'un malade de son service présentait les mêmes symptômes. Dans ma visite de ce matin à la caserne Coislin , j'ai appris que deux cas analogues, suivis de mort, s'étaient présentés hier à cette ambulance. J'ai prescrit immédiatement à M. Baudouin d'isoler son malade, en faisant dresser pour lui seul une tente à la partie supérieure du campement et d'agir de même à l'égard des autres malades qui pourraient présenter des symptômes au moins douteux. Je lui ai prescrit également, ainsi qu'à M. de Lestrade, de Coislin, la plus entière discrétion. Ces messieurs s'abstiendront scrupuleusement, eux et leurs subordonnés, de prononcer aucun mot susceptible d'éveiller des craintes parmi les malades et dans la population; ils ne doivent rendre compte qu'à moi de ce qu'ils observeraient sous ce
* J*ai rapporté cette lettre, fort insignifiante en elle-même, pour montrer une des inconséquences du règlement sur le service de santé en campagne, qui place tout le personnel médicalsous les ordres d'un médecin en chef et n'accorde pas à celui-ci l'autorité nécessaire pour la répartition des infirmiers de visite qui , cependant, appartiennent essentiellement au service médical.
rapport. Pour moi, mon général, je n'en rendrai compte qu'à vous et à M. l'intendant.
Cette menace d'invasion d'un nouveau fléau ne me semble pas encore redoutable; chez M. Despers ce n'était qu'une conséquence de fatigues extrêmes, combinées avec le séjour dans un lieu contaminé par des miasmes délétères ; chez les autres, ce n'étaient guère que les symptômes ultimes de la dysenterie. Mais cette opinion rassurante sur ce point de notre situation sanitaire n'entraîne pas moins l'obligation d'une surveillance active et de tous les instants.
L'ambulance des magasins du Fort étant exclusivement destinée aux fiévreux, devra surtout attirer notre attention et je vais prescrire d'y réserver un local distinct pour tous les malades qui réclameraient une observation particulière.
Sur plusieurs points, la pourriture d'hôpital n'augmente pas. J'ai visité ce matin cinq petites ambulances, d'une contenance de 20 à 100 blessés ; cette funeste complication n'a paru dans aucune. Preuve bien évidente qu'on l'éviterait si l'on pouvait j^ disséminer les blessés et les éloigner des dysentériques et autres infectieux.
On remarque dans les grands établissements beaucoup d'états typhoïdes qui ne sont ni le typhus, ni la fièvre typhoïde, mais quelque chose tenant de l'un et de l'autre.
Note à M. Pérot, sous-intendant militaire.
22) — 9 SEPTEMBRE. (J'appelle son attention sur l'insuffisance de la ration de viande, notamment chez les blessés des wagons, plutôt convalescents que
malades. Il serait à désirer que cette ration pût être portée de 300 à 400 grammes pour ces hommes, qui ont à réparer de grandes pertes causées par la fatigue, la misère et d'abondantes suppurations. Les malades ne sont généralement pas assez couverts, surtout pendant la nuit. Deux couvertures seraient nécessaires sous les tentes et dans quelques ambulances ; une couverture et un couvre-pieds dans les établissements les plus favorisés.)
Au même.
23) — 11 SEPTEMBRE. Le mouvcmcnt des fiévreux s'accentue chaque jour davantage; l'ambulance des magasins d'artillerie du fort Moselle s'est remplie en quelques jours ; nous sommes dans la fâcheuse nécessité de placer fiévreux et blessés dans les mêmes établissements, au grand détriment des uns et des autres. Nous ne pouvons sortir d'embarras que par l'occupation de nouveaux locaux suffisamment vastes pour faire face aux besoins prévus et à prévoir. L'aile droite de la caserne de Chambière offrant les mêmes conditions que l'aile gauche, déjà transformée en ambulance, pourrait être facilement appropriée à cette nouvelle destination et recevoir environ 600 malades. Ce bâtiment est occupé par la garde mobile, mais ce corps pourrait, sans inconvénient, être caserne dans les casemates du front Saint-Vincent, que j'ai visitées avec M. le colonel du génie Salençon ; elles sont vastes, suffisamment aérées et convenables pour des hommes valides. Faites donc, je vous prie, la demande au commandement de la cession temporaire de ce bâtiment à l'administration. Il y a urgence ; je considère une solution immédiate comme nécessaire.
Circulaire à MM. les Médecins en chef de service.
24) — 13 SEPTEMBRE. Les difficultés de la situation ne permettant pas d'affecter des établissements distincts au traitement des blessés et des fiévreux, MM. les Médecins chargés de la direction du service médico - chirurgical des diverses ambulances sont instamment priés de les tenir séparés et, autant que possible, éloignés les uns des autres. Ils veilleront, avec la plus scrupuleuse attention, à ce que leurs subordonnés se conforment à cette prescription, dont l'importance ne saurait échapper à personne. Les efforts de l'administration et les miens tendent à faire disparaître cette regrettable situation, cause trop fréquente de mortalité chez les blessés, à la suite des grandes opérations.
Monsieur le Sous-Intendant au médecin en chef.
25) — 13 SEPTEMBRE. Je reçois de MM. les administrateurs du Polygone une lettre dont j'extrais les passages suivants :
« Par son installation, le Polygone paraît destiné à soigner surtout les blessés graves, et, à part quelques exceptions, nous croyons, sur l'avis des médecins, qu'il conviendrait de ne pas envoyer de fiévreux à nos ambulances.
» L'impossibilité d'entretenir un service régulier sous nos baraquements en forme d'A ^ , était à peu près complète. L'inondation les avait envahis lors de ces dernières pluies, et nos malades y étaient
1 Dits vulgairement bonnets de police.
208 EXTRAITS DE LA r.OKRKSPONDAXCE OFFICIELLE.
iittéraleineiit dans l'eau ; Tobscurité y était complète, la surveillance impossible, et, à côté des malades blessés grièvement qu'il a fallu y admettre, dans des moments urgents, il se glissait un personnel de traînards qui esquivaient la visite du médecin et gagnaient la ville ; notre matériel disparaissait, malgré toutes les recommandations faites aux surveillants. Nous avons donc reconnu la nécessité de faire évacuer ces baraquements en forme d'A, et, profitant de ce que ces jours derniers ne nous ont plus amené de blessés, nous avons, ce matin, réparti dans nos salles, quittes à les encombrer un peu provisoirement, tous ces baraquements, sauf un seul, qui ont été immédiatement démolis; la paille en a été brûlée, et il y avait urgence à le faire, car elle était dans un état de pourriture et d'infection inquiétant pour le reste de nos ambulances. Nous sommes donc, pour le moment, un peu au dépourvu, et nos baraques étant pleines, il nous serait impossible de dépasser le chiflFre de 1800, auquel nous sommes aujourd'hui réduits, puisque ce chiffre comporte 72 malades pour une baraque qui ne devait en contenir que 50, le nombre de ces baraques étant en ce moment de 25.
» Mais on a immédiatement utilisé les matériaux des baraquements en A démolis, pour construire de nouvelles baraques, qui seront au nombre de 5. Dès demain nous aurons à l'œuvre vingt charpentiers et d'ici à douze jours, environ, ces cinq nouvelles baraques étant construites, nous serons en mesure d'2j)riter en tout 2000 malades. La difficulté des soins et de l'approvisionnement à la distance où nous sommes de la ville, rendrait impossible et dangereux un chiffre plus élevé.
j> M. le docteur Isnard insiste pour que, jusqu'à
rachèvement complet de ces cinq baraques, les fiévreux soient dirigés sur un autre hôpital ^ . »
Nous avons, vous le savez, près de 3500 fiévreux à Metz; les ambulances des corps campés autour de la ville en contiennent environ 600 qui peuvent nous arriver d'un moment à l'autre. L'embarras pour placer les fiévreux renaît chaque matin. Je vous prierai donc , Monsieur le médecin en chef, de vouloir bien examiner s'il ne serait pas plus à propos de demander au Polygone l'évacuation d'un certain nombre de blessés, pour les remplacer par des fiévreux, que de placer tous ces derniers dans l'intérieur de la ville. Mon intention serait, dès que j'aurai reçu votre réponse, d'en conférer avec l'autorité municipale , car la cité a évidemment un grand intérêt dans cette importante question. Je vous prierai donc de me faire connaître, le plus tôt possible, les mesures que vous jugerez devoir être prises.
Monsieur Pérot, sous-intendant militaire.
25 bis) — 13 SEPTEMBRE. J'ai eu l'honneur de signaler plusieurs fois, au commandement et à l'administration, les immenses dangers, pour la population et pour les malades eux-mêmes, de l'accumulation, dans un étroit espace, d'un grand ilombre de blessés et notamment de la réunion, dans un même établissement, surtout dans une même salle, de fiévreux et de blessés. D'un commun accord, vous et
* Toujours le résultat «rune absence de centralisation effective. Chacun ne voit qu'un coin du tableau. Qu'on me passe cette citation vulgaire : c Chacun prêche pour sa paroisse. »
moi avions demandé au commandement la cession temporaire d'un bâtiment de la caserne Chambière ; des considérations que nous n'avons point à apprécier n'ont pas permis de donner une suite favorable à cette demande. Je serais, cependant, tout disposé à insister auprès de M. le Général commandant supérieur pour le prier de revenir sur cette décision, si cette caserne offrait réellement de bonnes conditions de salubrité; mais il est loin d'en être ainsi, et j'abandonne volontiers mes instances. Il faut, cependant, apporter un prompt remède à une situation qui compromet, à un haut degré, la vie de nos blessés. Dans tous les établissements où Ton place des fiévreux au voisinage des blessés, les plaies en voie de guérison deviennent immédiatement blafardes, sanieuses, l'appétit se perd, la langue se charge , la lièvre se déclare et la mort est le terme trop fréquent de cette série d'accidents morbides. Évacuer sur les autres établissements les blessés traités dans une des casernes-ambulances, ou à la manufacture de tabacs, pour les remplacer par des fiévreux, voilà la première solution qui s'offre à l'esprit. Mais l'exécution en présente bien des difficultés. La plupart des casernes constituent de détestables hôpitaux et les fiévreux, non moins que les blessés , ont besoin d'espace et d'air pur ; l'approvisionnement pharmaceutique fait en vue des blessés, serait à renouveler en vue des fiévreux ; le transport des blessés, dans la période actuelle de suppuration, serait extrêmement préjudiciable à beaucoup d'entre eux; le personnel choisi pour des besoins chirurgicaux aurait à subir de nombreuses modifications; enfin les médecins, attachés à leurs blessés, à leurs opérés, ne verraient point, sans un extrême dé-
plaisir, sans chagrin même, enlever à leurs soins ces malheureux auxquels ils portent un si vif intérêt.
Les casernes placées dans les quartiers populeux de la ville ne sauraient être affectées au service exclusif des fiévreux ; il conviendrait plutôt de faii-e disparaître ceux qui y sont traités. Je place en première ligne la caserne Coislin. La caserne du génie, voisine d'un grand centre de blessés , ne convient pas davantage, convient peut-être moins encore. L'hôpital militaire a diverses destinations bien distinctes ; on ne saurait lui donner une affectation spéciale. Les deux casernes d'artillerie et la manufacture de tabacs renferment un trop grand nombre de blessés pour qu'on puisse avec raison songer à les évacuer, pour les motifs énoncés plus haut. Voici donc nos ressources pour assiu*er la position dans les limites du possible. — L'ambulance des magasins du Fort renferme déjà 600 fiévreux ; dans quelques jours on pourra disposer de 400 nouvelles places ; total 1 000. L'ambulance du Polygone, plus spécialement destinée aux blessés, jusqu'à ce jom*, devrait progressivement changer de destination, en partie du moins ; l'isolement des baraques permet, sans inconvénient grave, d'en consacrer à volonté aux blessés et aux fiévreux. L'éloignement de la ville et, comme on l'a déjà fait valoir, la direction habituelle des vents met la population à l'abri des affections contagieuses qui pourraient être dirigées sur cette ambulance ou s'y développer. Le service médical serait parfaitement approprié pour le traitement des maladies internes, plusieurs médecins ne se livrant qu'accidentellement à la chirurgie; il en est de même du nombreux personnel phai'-
maceu tique et des approvisionnements médicamenteux.
Cinq nouvelles baraques sont en construction et pourront abriter 250 malades de plus ; l'ambulance du Polygone n'a fait, jusqu'à ce jour, que peu ou point d'évacuations sur les wagons et, en suivant dans cette voie les autres ambulances, il n'est pas douteux qu'elle n'arrive promptement à se créer 250 places. Nous trouvons donc 500 places nouvelles pour les fiévreux , qui pourraient être utilisées avant quelques jours, et si quelques-uns de MM. les médecins du Polygone voulaient ne traiter que des fiévreux dans leurs baraques, en évacuant leurs blessés sur les services voisins, on se créerait des ressources suffisantes pour assurer l'isolement complet des fiévreux, dont le nombre ne peut qu'augmenter, tandis que celui des blessés est en décroissance.
Note à M. Pérot, sous-intendant militaire.
26) — 44 SEPTEMBRE. Les étudiants en médecine, étrangers à Metz, requis dans nos ambulances, se plaignent, avec raison, de l'exiguïté de leur traitement, qui les met dans l'impossibilité de satisfaire à leurs plus légitimes engagements.
J'appuie de toutes mes forces cette réclamation, parce que les conditions dans lesquelles nous sommes placés sont sans précédents, et qu'à l'époque où les réquisitions avaient été faites il était impossible de prévoir le prix élevé qu'atteignent aujourd'hui les denrées alimentaires ainsi que les objets de première nécessité; parce que ces jeunes gens ne peuvent, en raison du blocus, recevoir aucun secours de leurs
familles. Le traitement de ces élèves est infériem* aux gages des infirmiers civils et des hommes de peine ; telle n'a pas été, certainement, l'intention du ministre.
On ne saurait laisser dans cette situation, voisine de la misère, des hommes intelligents et dévoués, venus spontanément nous offrir leur concours dans ces circonstances difficiles, et dont le zèle ne s'est pas un instant ralenti. Le moyen le plus simple de faire accueil à leurs modestes prétentions serait de les considérer comme docteurs en médecine, puisqu'ils en remplissent effectivement les fonctions, et que tels d'entr'eux assurent à eux seuls, dans de petites ambulances, l'exécution de tout le service médico- chirurgical (entr' autres l'ambulance de la place de la Grève).
Monsieur le Procureur général.
27) — 45 SEPTEMBRE. J'ai vivement regretté d'être absent lorsque vous m'avez fait l'honneur de vous présenter chez moi. Mon secrétaire m'a fait part de l'objet de votre visite, et, si j'ai bien compris ses explications, vous considérez comme urgente l'évacuation des malades et blessés de l'ambulance du Saulcy sur l'ambulance du Polygone. Je vois là, M. le Procureur général, une preuve manifeste de votre sollicitude pour nos malheureux défenseurs et je vous en exprime en leur nom ma sincère reconnaissance. Mais je crains d'y voir aussi que, dans votre pensée, les hommes préposés à la garde de ces précieux intérêts ne se préoccupent pas suffisamment de la mission qu'ils ont à remplir. Des personnes étrangères doivent, ainsi, leur montrer ce qui saute aux
yeux de tous, sans qu eux-mêmes s'en aperçoivent. Telle est, cependant, M. le Procureur général, la seule explication possible de votre démarche, d'ailleurs si bienveillante pour nos blessés. Nous n'avons tous, dans nos attributions respectives, qu'une seule pensée, un seul désir: faire du bien, faire le plus de bien possible ; atténuer, dans la mesure de nos forces, sinon de notre volonté, les maux inséparables de la guerre. J'espère qu'à cet égard personne ne saurait élever un doute. J'arrive à la question de l'ambulance du Saulcy, que vous proposez d'abandonner et que, pour moi, je suis d'avis de maintenir, en dépit des clameurs qui, depuis l'origine, se sont élevées contre cette pauvre ambulance. Les blessés, sans être bien, n'y sont pas plus mal qu'ils ne seraient ailleurs; ils sont mieux, notamment, que ceux installés dans les casernes , dont personne ne songe à provoquer l'abandon. L'ambulance occupe un espace dégagé d'habitations, entouré d'un double cours d'eau qui tend à purifier l'atmosphère ambiante. Par le beau temps ils ont autour d'eux une promenade dont ils usent largement quand leur santé le permet. Ils reçoivent enfin les soins les plus intelligents, les plus assidus, les plus complets; le matériel de TétabUssement suffit à tous leurs besoins urgents. Mais voici la grosse objection : quand il pleut ces malheureux sont inondés, vivent dans l'eau et la boue. Une distinction est ici nécessaire. L'ambulance incriminée comprend trois parties distinctes: 40 les baraques ou hangars, dans lesquelles la pluie tombait abondamment il y a quelques jours encore, au grand détriment des blessés. Mais de vastes prélarts ont été étendus sur les toiles et les côtés; elles sont aujourd'hui complètement étanches ; 2" les tentes
EXTRAITS DE LA CORRESPONbANCE OtTlCIELLE. 275
placées à la partie supérieure et s'étageant jusqu'au fond ; elles sont parfaitement à Tabri de la pluie ; l'eau trouve, dans les rigoles creusées au voisinage, un écoulement facile et le sol se dessèche bientôt; 3^ les tentes placées sur le terrain du manège; ici les conditions sont différentes : le sol est parfaitement drainé et, par les pluies modérées, l'écoulement de l'eau est facile, tandis que par les averses torren* tielles les drains s'obstruent et l'eau coule à travers les tentes. Mais cette situation regrettable est rare et toujours passagère. D'ailleurs les malades ont des lits qui les isolent complètement du sol mouillé. — De tout cela, puis-je conclure que tout soit pour le mieux dans la meilleure des ambulances? Loin de là, et je suis le premier à reconnaître et déplorer tous les inconvénients de la situation. Mais comment ^'y remédier? Où trouver un nouvel emplacement pour 1000 blessés, alors que la ville entière n'est plus qu'un grand hôpital? Vous m'avez, il est vrai, M. le Procureur général, indiqué l'ambulance du Polygone où se trouveraient, en ce moment, 500 Hts disponibles. La première réponse, qui pourrait dispenser des autres, est que ces vacances n'existent réellement pas ; l'administration du Polygone nous a officiellement invité hier à n'y point envoyer d'entrants, faute de place. — Mais y eût-il des lits disponibles je me garderais bien de proposer d'y déverser l'ambulance du Saulcy. Nous cherchons partout à diminuer le nombre de lits occupés dans chaque établissement ; c'est le meilleur remède à opposer à la pourriture d'hôpital, au typhus, etc.; je serais donc heureux de voir les malades diminuer au Polygone. Et puis, M. le Procureur général, vous n'avez donc pas vu que les malades y sont moins bien enooi^e qu'au
ti76 KXTBAITS DK LA CORRKSPONDANCE OFFICIELLE.
Saulcy. Il pleut dans toutes les baraques et les malheureux, s'en plaignent amèrement. Le sol argileux du Polygone se dessèche difficilement; il y règne une boue épaisse, imprégnée de miasmes animaux, qui résisté aux rayons passagers du soleil et s'oppose à toute promenade au dehors des baraques; enfin tout le terrain de cette plaine est contaminé par 10000 chevaux et un nombre plus considérable d'hommes, dont les excrétions, de diverses natures, font un vaste foyer d'infection. Transporter des blessés à travers la ville, pour les faire passer de conditions médiocres dans des conditions non moins médiocres, serait une faute ; mieux vaut s'en tenir à la situation actuelle * *
Note cm sous-inlendant militaire.
28) — 16 SEPTEMBRE. Lo nombre des malades ayant considérablement diminué à l'ambulance de l'Esplanade, il serait désirable qu'on pût abattre un certain nombre de tentes inoccupées pour assainir le terrain sur lequel elles sont élevées, sauf à les rétablir si de nouveaux besoins venaient à surgir.
Note au même.
29) — 10 SEPTEMBRE. J'ai fait peser en ma présence, ce matin, un certain nombre de pains de 3 kilog. à l'ambulance des wagons et à celle de l'Esplanade. Il manquait à chacun, au minimum.
* M. le Procureur général me fit une réponse trop Halteuse pour que je puisse la reproduire. Cet honorable et bienveillant magistrat accepte pleinement les explications que je lui donne.
KXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE Ol'KIClEI.LE. 277
200 grammes; sur l'un d'eux le déficit s'élevait à 450 grammes. M. Dietz, aux wagons, et M. l'Officier comptable, à l'Esplanade, assistaient à cette opération ot ont constaté, avec moi, le déficit indiqué.
Noie au même.
30) — 20 SEPTEMBRE. (Demande que du café soit distribué, chaque matin, aux infirmiers, avant Theure (lu service.)
Xole au même.
31) — 21 SEPTE.MBRE. Lcs tcntcs do l'Esplanade et du jardin Boufflers commencent à être infectées. 11 y a urgence à déplacer toutes celles qui peuvent l'être, non pour réoccuper des points antérieurement occupés, mais pour choisir des points nouveaux, dans la limite du possible. — Je signale l'extrême malpropreté qui règne à Tentour des tentes. Les détritus de toute nature devraient être incessamment enlevés au lieu d'y séjourner pendant plusieurs heures. De ce côté-là, aussi, il y a urgence. Nous n'avons pas encore d'épidémies déclarées, mais le typhus me paraît imminent, et c'est un malheur qu'il faut, à tout prix, conjurer.
Ali même.
32) — 22 SEPTEMBRE. L'emploi des désinfectants constitue l'un des points de l'hygiène les plus importants de la situation. Il faut en user le plus largement, sous toutes les formes possibles ; il faut désinfecter les salles, les tentes, les latrines, les baquets, les vases de nuit. C'est de nécessité absohio
278 EXTRAITS DK LA COHnESPONDANCK OFFiCIKLLE.
si nous voulons conjurer les épidémies imminentes. J'ai déjà appelé votre attention sur la suie; je viens aujourd'hui vous proposer l'emploi d'une autre substance également peu coûteuse, et qui doit se trouver abondamment à Metz; je veux parler du tan (proposé par M. Leplat) en usage dans Tune des industries les plus développées de notre ville. Il serait avantageux d'on étendre une couche sur le sol des tentes et môme sm* l'emplacement des tentes abattues , notamment aux ambulances de l'Esplanade et du Saulcy, qui subissent déjà Tinfluence de rinfection et nous menacent sérieusemenL
Au même.
33) — 23 SEPTEMBRE. J'ai Thonneur de vous transmettre un dossier de propositions pour l'admission ou l'avancement dans la Légion d'honneur. Il n'a pas dépendu de moi de donner à cette liste une moindre étendue. En ce qui concerne la croix d'officier, surtout, ce n'est, pour le plus grand nombre, que le renouvellement de propositions déjà faites à l'armée du Rhin et, après les remarquables services que nos camarades ont rendus et rendent encore, je ne pouvais, sans grande injustice, songer à les exclure. Pour la croix de chevalier, je pourrais m'excuser près de M. le Maréchal d'avoir compris dans cette liste des médecins trop jeunes, sortis depuis peu des écoles; mais ce sont des sujets d'un mérite hors ligne, destinés à honorer et honorant déjà la médecine militaire , admirables dans leur manière de servir. Quelle que soit, à leur égard, la décision de M. le Commandant en chef^ je me féliciterai d'avoir donné cette marque d'estime et de
sympathie à ces jeunes et vaillants collaborateurs , dont la science et le dévouement sont si hautement appréciés par ceux qui les voient à l'œuvre depuis l'ouverture des hostilités.
Au rédacteur du Vœu national*.
34) — 23 SEPTEMBRE. J' évite avec soin de mêler mon nom aux débats de la presse; jie crois utile-, cependant, par dérogation à mes principes, de rectifier un fait qui n'est point rapporté suivant l'exacte vérité , dans votre article du 23 , intitulé : Tribune politique et signé Un habitant de Longevillei
Il y est dit, à propos de plusieurs médecins de la troisième ambulance internationale (retenue prisonnière à Gravelotte) : « ils s'empressèrent de
mettref leur cœur et leur personne à la disposition de l'administration de Metz , et Rapprends qu'après plusieurs tentatives, ils viennent d'obtenic de M. le docteur Grellois l'autorisation de soigner 800 malades au fort Moselle. »
La vérité est que trois médecins et élèves de la ti'oisième ambulance internationale se présentèrent à moi et m'offrirent leurs services, que je vcl empressai d'accepter. S'ils avaient fait ailleurs quelques tentatives, il n'est pas surprenant qu'elles soient restées infructueuses, puisque j'ai seul mission de répartir le personnel médical dans les hôpitaux et ambulances, mais j'ignore complètement si ces tentatives ont été faites. Il n'est pas vrai de dire que j'ai accordé à ces messieurs l'autorisation de soigner 800 malades au fort Moselle. J'ai attaché deux d'entr'eux à l'ambulance des magasins d'artillerie du Fort, contenant 800 malades, à peu près, mais
*i80 EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE.
pourvue d'un nombre suffisant de médecins pour assurer Texécution du service, en voyant chacun 150 fiévreux. La gracieuse intervention de ces messieurs a permis de faire une répartition du service mieux en rapport avec les besoins réels, mais il y a loin de là aux 800 malades que je les aurais autorisés à soigner. Le troisième médecin a été attaché à Tambulance de la caserne d'artillerie du Fort pour concourir, avec le personnel militaire de cet établissement, aux opét^tions et aux pansements des blessés. M. Tabbé X... et deux infirmiers, échappés également de Tambulance prisonnière, le secondent dans celte dernière tâche.
Monsieur le Général commandant supérieur.
35) — 23 SEPTEMBRE. J'ai la satisfaction de vous faire connaître qu'une amélioration sensible se manifeste dans rétat sanitaire de la place de Metz, au point de vue de la gravité des maladies. Des dysentériques nombreux sont entrés dans les diverses ambulances, mais la plupart guérissent promptement, sous l'influence d'un traitement approprié et de conditions hygiéniques moins mauvaises.
La diarrhée prédomine toujours et je suis tout disposé à croire, avec quelques-uns de nos chefs de service, que cette affection est due, en grande partie, à la fsdble quantité de sel dans les aliments. La physiologie peut donner une explication satisfaisante de ce rapport remarquable.
Les affections typhoïdes, qui régnent à peu près également partout, entraînent proportionnellement plus de décès que les précédentes, mais elles montrent une tendance incontestable à diminuer. Je n'ai
point encore observé le typhus, quoique quelques médecins aient cru en reconnaître les caractères. Chez la plupart des malades c'est un état intermédiaire entre la fièvre typhoïde et le typhus, mais moins meurtrier que chacune de ces affections.
Beaucoup d'amputés en voie de guérison ont succombé et succombent chaque jour aux maladies intermittentes que je viens de signaler, affections abdominales et typhoïdes.
La pourriture d'hôpital diminue par suite de la diminution des blessés, qui laisse de nombreux lits vacants.
La rareté du sel m'inspire une nouvelle crainte, c'est le développement du scorbut, causé par l'absence, dans le sang, d'un agent chimique qui contribue à sa plasticité. Quelques cas de scorbut ont été signalés dans les camps ; je n'en connais pas encore à Metz. Mais jouirons -nous longtemps de cette immunité? — J'avais compté sur la source chlorurée sodique de Belle-Croix, mais il est difficile d'en tirer un parti bien sérieux. Cette eau contient une certaine proportion de sulfate calcaire (09^,28 par litre) et de sulfate de soude (09"', 19) qui la rend d'une digestion difficile, peu propre à la cuisson des légumes et donne à la soupe un goût désagréable ; on signale des diarrhées partout où elle est employée. Cette observation, toutefois, mériterait confirmation, car on en rencontre aussi où elle n'est pas en usage. Dans les conditions actuelles il semble, d'ailleurs, impossible d'en faire l'évaporation en grand ; ce ne peut être qu'une opération de laboratoire, tout à fait insuffisante. D'autre part, on ne trouve plus à Metz les agents chimiques nécessaires pour en extraire le chlorure de sodium à peu près pur.
Notre état sanitaire est favorisé par un temps magnifique, qui permet de faire partout une large aération, en ouvrant les croisées ou soulevant les tentes. C'est une heureuse circonstance, car la plupart de ces dernières sont infectées, et leur déplacement est presqu'impossible. Si le froid arrivait et obligeait à renfermer les malades, la situation se compliquerait de nouveau.
Les ambulances des quartiers généraux fonctionnent partout et conservent un grand nombre de malades, notamment celle du 3® corps, qui en compte environ 800 à Plantières et à Vallières. Les autres corps sont beaucoup plus favorisés. Cette mesure est , sans nul doute , fort avantageuse , mais que deviendrions-nous , dans le cas où l'armée, faisant un mouvement, nous reverserait ses malades et reprendrait partie de ses médecins? Je puis , heureusement, toujours compter sur le zèle infatigable de mes collaborateurs.
L'ambulance des magasins du Fort, qui renferme aujourd'hui 764 malades (diairhées et états typhoïdes), fonctionne convenablement, mais il y fait très-froid la nuit. Il serait bien désirable que le génie terminât les clôtures intérieures en planches qu'il a commencées, le salut de beaucoup de malheureux y est attaché. Combien il est regrettable de ne pouvoir augmenter le nombre des couvertures, au moins pour les cas les plus graves.
Monsieur le Maréchal commandant en chef.
36) — 24 SEPTEMBRE. (Rapport détaillé sur la situation sanitaire de la place de Metz. Ce rapport
n'est, en grande partie, que la reproduction du précédent.)
Note d M. le Sous-Intendant militaire.
37) — 25 SEPTEMBRE. (J'exprime de nouveau le besoin de deux couvertures à chaque malade des tentes, des wagons, des magasins d'artillerie; d'une couverture et d'un couvre-pieds à ceux des hôpitaux et des casernes.)
Mo7isieur le Général commandant supérieur.
38) — 26 SEPTEMBRE. La mesure en voie d'exécution relative aux blessés recueillis chez les habitants présente de grandes difficultés. J'étais, il y a quelques jours, assailli de demandes tendant à provoquer la sortie des blessés ; aujourd'hui, ce sont des plaintes nombreuses sur la rigueur d'une mesiu'e nuisible à beaucoup de soldats dont la guérison n'est pas complète. — Les uns et les autres ont raison. C'est une lourde charge, pour les gens peu aisés, de pourvoir, avec une indemnité de 2 francs par jour, à tous les besoins d'un blessé; leur subsistance étant à euxmêmes mal assurée, ils ne peuvent convenablement assurer celle de leurs pensionnaires. Dans la classe aisée ou riche, au contraire, cette situation est plus rarement considérée comme une charge; beaucoup de familles se sont attachées à leurs blessés, et elles considèrent, avec quelque raison, la guérison comme leur œuvre ; dans ces familles on est disposé à traiter d'inhumain tout ordre qui les priverait de la joie de voir compléter une cure heureusement commencée.
Une seule solution me paraît possible. Prévenir
t2Si KXTHAITS DK LA COURESPONDANCK OFFICFELLE.
les liabitants qu'à partir du l®"" octobre rindemnité de 2 francs ne sera plus perçue et qu'ils sont tenus, d'ici i cette époque , de remettre leurs blessés à la disposition de Tautorité militaire. Pour cette dernière condition une exception serait établie en faveur des personnes qui exprimeraient le désir de continuer leurs soins aux blessés traités chez elles, sous la réserve qu'un médecin militaire serait appelé , quand le commandement le jugerait opportun^ à s'assurer de la position de ces blessés et à prescrire leur sortie dès qu'ils seraient guéris. Chacun, je pense, souscrirait à ces conditions, et satisfaction serait ainsi donnée aux bons sentiments des habitants, aux blessés euxmêmes et aux intérêts de l'armée.
il/, le Maire de Metz au médecin en chef.
39) — 29 SEPTEMBRE. En raison de l'extension (lue prennent, dans les quartiers populeux de la ville la variole et la dysenterie, j'ai l'honneur de vous prier de faire constater, par une inspection, le nombre des soldats blessés qui, de Bon-Secours et Saint-Nicolas, pourraient être évacués sur d'autres ambulances.
Nous sommes dans une position très-critique , malgré une mesure fort rigoureuse qui n'autorise l'admission que des malades indigents arrivés à une période ultime.
Monsieur le Maire de Metz,
39 bis) — 30 SEPTEMBRE. M. le médecin-major de première classe Vézien est allé, par mon ordre,
EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE. t285
visiter les hôpitaux civils de Saint-Nicolas et de Bon-Secours.
Le premier de ces établissements renferme 59 blessés; 12 à 15 sont atteints de blessures .graves, la plupart des autres pourront être guéris d'ici à une quinzaine de jours.
A Bon-Secours il y a 120 blessés et 2 fiévreux ; la proportion des blessures légères est un peu plus forte ici qu'à Saint-Nicolas.
Dans ces conditions, je pense qu'on pourrait, sans inconvénient, évacuer, dès à présent, la plupart des militaires traités dans ces deux établissements.
MM. les Médecins chargés de la direction de chacun de ces services, pourraient, suivant les cas, prescrire l'évacuation, soit sur d'autres ambulances, soit dans les wagons de la place Royale, pour ceux qui ne réclament qu'un pansement simple et facile , soit au dépôt des convalescents, pour ceux qui ne réclament plus aucun traitement.
Il serait, toutefois, convenable de conserver encore les blessés qui ne pourraient être déplacés sans danger. Il appartient à MM. les Médecins traitants d'apprécier la situation de chacun d'eux.
Monsieur le Général commandant siipérienr.
40) — 1^^ OCTOBRE. Conformément à vos ordres, je viens de visiter l'ambulance du Lycée, dont M. le Proviseur demande l'évacuation, en vue d'assainir les locaux occupés par nos blessés, avant d'y admettre les élèves. Sur les 133 malades qui occupent cet établissement, un certain nombre, peu gravement atteints ou près d'entrer en convalescence , peuvent être admis à l'ambulance des wagons ; la plus grande
partie peut être dirigée sur toute autre ambulance ; enfin, 25 blessés environ , fractures ou amputations, sont dans une situation telle qu'on ne saurait songer à les déplacer. M. le Proviseur les conservera volontiers. Dans ces conditions, rien ne s'oppose à ce que révacuation se fasse lundi prochain.
Bien que l'ambulance du Lycée ait été, à peu près, exempte de maladies infectieuses, ce serait commettre une grave imprudence que d'admettre des enfants dans les dortoirs sans que ceux-ci aient été préalablement assainis. J'ai conseillé à M. le Proviseur de laisser ces locaux ouverts pendant plusieurs jours, d'y faire d'abondantes fumigations chlorurées, puis ensuite de passer une couche de vernis sur les panneaux peints, de changer les papiers - tentures , de laver et savonner les parquets avant d'y passer un nouvel enduit.
Nous devons nous attendre à une demande d'évacuation de la plupart des établissements d'instruction. Ce sera, pour l'administration et le service de santé, une nouvelle source d'embarras et de dangers ; plus que jamais la continuation du beau temps nous sera nécessaire; le moindre encombrement serait fatal si le froid survenait. Je sais aussi que bon nombre d'ambulances particulières demandent la sortie de leurs blessés; elles demandent, au moins, qu'on n'en envoie point de nouveaux. La cherté des subsistances et la difficulté de se procurer les objets de première nécessité, rendent suffisamment compte de ce désir.
Au même, — A Monsieur Vlntendant militaire,
44) — 2 OCTOBRE. J'ai fait, ce matin, une visite aux principales ambulances, spécialement au point de vue des affections typhoïdes et typhiques; j'ai acquis la triste certitude, après Texamen attentif d'un assez grand nombre de malades, que le typhus proprement dit, avec ses symptômes caractéristiques, a fait invasion dans la place de Metz et tend à se répandre dans la population. Indécis d'abord, je ne conserve aucun doute aujourd'hui, et si la maladie ne constitue pas encore une véritable épidémie, nous devons cependant nous attendre, d'un jour à l'autre, à lui voir prendre de formidables proportions.
Déjà l'agglomération n'est plus une condition indispensable. Ainsi, un officier traité à l'ambulance du Dispensaire, dans des conditions relativement bonnes, sans encombrement, a été pris de typhus bien déterminé , auquel il a succombé en deux jours. Dans ces conditions, cependant, le point essentiel est de ne pas accumuler les malades en trop grand nombre dans les mêmes hôpitaux, dans les mêmes salles; de respecter, plus que jamais, la spécialisation des fiévreux et blessés, d'éviter tout contact entre les uns et les autres ; de desserrer les lits, même où ils ne semblent pas trop rapprochés ; d'ouvrir, si c'est possible, de nouveaux locaux. Les froids peuvent nous assaillir d'un jour à l'autre ; la situation se compliquerait, dès lors, d'une manière épouvantable; nous avons pu, jusqu'à ce jour, opposer une digue au fléau par une large et efficace ventilation; du moment où le froid nous contraindra à fermer les salles et les tentes ; du moment où la
"288 EXTRAITS Dli LA COURESPONDANCK OFFICIELLE.
boue de rEsplanade, du Polygone et du Saulcy ne permettra plus aux malades de passer au dehors la plus grande partie de leurs journées, la situation me paraît des plus compromises. • — J'ajoute à ce tableau peu rassurant que le nombre de nos médecins décroît en proportion de l'aggravation des malades ; plusieurs sont, en ce moment, hors de service ; plusieurs autres ne résistent que par énergie qui ne saurait longtemps se soutenir.
Au milieu de ces menaces, nous voyons une tendance générale à faire rentrer dans les hôpitaux régulièrement constitués, les blessés traités dans les petites ambulances et chez les particuliers. J'ai moi-même, je l'avoue, favorisé cette tendance ; mais je crois devoir aujourd'hui prier le commandement et l'administration de l'arrêter. Une concession dans ce sens en entraînerait d'autres. Je ne voyais hier, au point de vue médical, aucun inconvénient à accéder à la demande de M. le Proviseur du Lycée ; je viens, aujourd'hui, proposer de surseoii* à la mesure qu'il provoque, ainsi qu'à l'évacuation qui pourrait être réclamée pour les autres établissements d'instruction. Les élèves rentreront en classe dans des temps meilleurs, c'est un léger mal pour en éviter un bien plus grand. — Je ne vois pas, cependant, qu'il soit possible de refuser à la municipalité l'évacuation qu'elle demande des hôpitaux Saint-Nicolas et Bon-Secours. Il y a, pour la classe pauvre, d'énormes besoins à satisfaire, et l'administration de la guerre ne pouri'ait, ce me semble, mettre obstacle à cette satisfaction. Pour le même motif, je propose d'accueillir favorablement la proposition du Bureau de bienfaisance, qui consiste à laisser, par voie d'extinction , tomber à 80 le chiffre
EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE. 28î)
des blessés et malades traités dans cet établissement. Mais j'insiste pour qu'il ne soit laissé aucun typhique dans les maisons particulières ou dans les petites ambulances, qui n'auraient aucun moyen efficace de les isoler. Pourquoi la gare, disposée actuellement en infirmerie, ne serait-elle pas exclusivement ré^ servée aux malades de cette catégorie, autant que leur état permet de les transporter? On pourrait y installer un excellent service, dans de bonnes conditions d'aération ; on chercherait un autre local pour les malades légèrement atteints qui y sont aujourd'hui.
Le docteur Isnard aux administrateurs du
Polygone,
42) — 29 SEPTEMBRE. L'hôpital temporaire du ÏPblygone a été, en principe, établi pour recevoir des blessés dans la proportion de 50 par baraque. Depuis cette époque ce chiffre a été si souvent dépassé, à cause de l'encombrement des blessés arrivant coup sur coup, que rien de régulier n'a jamais pu être établi. Le nombre des baraques est aujourd'hui de 30, desquelles il faut distraire la salle des officiers et une salle spéciale consacrée aux grands blessés, lesquelles ne peuvent contenir 50 malades. Aujourd'hui que, d'après M. le Sous -Intendant lui-même, le nombre des malades diminue au point qu'il trouve utile de licencier les médecins requis, nous arrivons nécessairement au moment le plus favorable pour rentrer dans l'état normal, c'est-à-dire de 50 malades par baraque. Ce chiffre ne saurait être dépassé sans danger d'encombrement et, jusqu'à nouvel ordre, le personnel médical serait insuffisant pour les visites. Pour ma part, jo n'ai pas demandé mieux que de
recevoir un certain nombre de fiévreux , en m'incliiKuit devant les raisons majeures qu'on a £ait valoir; mais dépasser le nombre que nous avons déjà, et qui s'élève à &17, c'est détourner d'abord l'hôpital du Polygone de sa destination première * et, puisqu'on a fait valoir un motif analogue, c'est imposer à ^es chirurgiens qui ne sont engagés que pour le service des blessés des fonctions qui n'entrent ni dans leur goût, ni dans leur aptitude.
Je viens donc vous prier, Messieurs les Administrateurs, de vouloir bien accueillir les observations qui me paraissent justes, et qui consistent à vous demander :
4<> De ne pas admettre de nouveaux fiévreux ;
2^ De ne pas dépasser le chiffre total qui résulte de l'addition de 28 baraques à raison de 50 lits chacune, plus 2 baraques à 37 *. Si les baraques sont convenablement espacées cette disposition est profitable aux blessés comme aux fiévreux, et le nombre des malades allant chaque jour en diminuant, la saison devenant chaque jour plus froide, le danger de la contagion des maladies diminue dans la même proportion, sans compter que les baraques du Polygone sont tres-froides et plus exposées que les autres hôpitaux aux variations de température et aux inconvénients qui en découlent.
' Mais il no pouvait avoir d'autre destination que de recevoir les malades de Tarmée, suivant les besoins, à quelque catégorie qu'ils appartinssent, absolument comme tous les autres établissements du même genre.
' i 474 au lieu de 2000. — 524 places en moins.
EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICtELLE. 2ÎM
M. Michaux, médecin en chef intérimaire du Polygone^ aux administrateurs.
42 bis) — 30 SEPTEMBRE. J'ai l'honneur de pré-, venir MM. les Administrateurs que les salles réservées aux fiévreux sont complètement remplies. Les salles de blessés ne peuvent contenir, sans inconvé* nient grave, plus de 50 malades; dans un cas d'urgence extrême il a fallu les entasser, il est vrai, les uns sur les autres ; mais normalement il y a danger à le faire. D'un autre côté, introduire une salle de fiévreux au milieu de salles de blessés me parait une chose des plus fâcheuses, l'orientation des salles étant telle que si Ton affectait du côté des blessés une salle pour les fiévreux, il serait à craindre qu'une infection générale ne s'ensuivît.
Je tiens , pour mon compte , à dégager complètement, sur ce point, ma responsabilité. Tout ce qui me semble pouvoir se faire, c'est de déclarer que nous avons encore quelques lits pour recevoir des blessés ; mais ces lits sont en petit nombre.
Les administrateurs du Polygone au sous-intendant.
42 ter) — 30 septembre. Nous nous empressons de vous écrire que depuis hier nous avons reçu environ 200 fiévreux aux ambulances du Polygone et que cette masse, envoyée en si peu de temps, nous amène des difficultés extrêmes. Pour nous conformer aux instructions données nous avions fait, d'après l'avis des médecins et en raison de l'orientation des baraques, évacuer toutes les salles impaires pour les affecter au ser\ice des fié\Teux. Ces salles sont
^entièrement pleines et il nous serait impossible d'y recevoir de nouveaux malades. Les salles de numéros pairs, réservées aux blessés, avaient été complétées autant que possible. Pour le moment il y a donc lieu de surseoir absolument à de nouveaux envois de fiévreux. Mais si, dans l'avenir, et après que nous aurions eu le temps de prendre pour cette transformation du service toutes les mesures nécessaires, on voulait changer d'une façon absolue l'hôpital du Polygone en un hôpital de fiévreux , il faudrait nous en prévenir, afin que nous nous concertions avec les médecins, pour savoir s'il faudrait évacuer sur d'autres hôpitaux nos blessés, puisque, d'après la note ci-jointe de M. Michaux, médecin en chef en l'absence de M. Isnard, il y aurait danger grave à mêler ces deux catégories de malades.
Peut-être alors, et si cette affectation spéciale était décidée, pourrait-on chercher encore d'autres planches pour construire de nouvelles baraques. Nous devons faire observer à l'avance qu'il est probable que cette mesure rencontrera certaines difficultés de la part du service médical, plusieurs de nos médecins ayant surtout entendu prêter leur concours à un traitement chirurgical*
Monsieur le SoUs-Intendant militaire,
42) — 3 OCTOBRE. J'ai pris connaissance du dossier que vous m'avez adressé au sujet de l'ambulance du Polygone et du désir exprimé par MM. les Administrateurs de ne pas voir cet établissement exclusivement destiné aux fiévreux. Les événements de la guerre ne permettent pas de prévoir quelle affectation peut être donnée à telle ou telle ambulance. Si
l'armée n'a point de nouveaux engagements, le chiffre des blessés diminuera rapidement, mais comme celui des fiévreux croît dans une proportion supérieure, il faudra suivre la situation. Je partage entièrement l'avis des administrateurs et des médecins relativement à la nécessité de ne pas augmenter le nombre de malades affecté à chaque baraque, soit 50; mais s'il fallait que toutes les baraques fussent occupées par des fiévreux, je ne vois guère d'objection sérieuse à opposer à cette mesure, qui ne serait qu'un résultat de la nécessité. L'observation de M. le Médecin en chef de cette ambulance, relative aux aptitudes plus spécialement chirurgicales de la plupart des praticiens qui y fonctionnent, ne me semble nullement fondée. Dans la pratique civile l'exercice de la chirurgie ne constitue guère qu'une exception, et je ne sache pas qu'aucun de ces messieurs se soit jamais déclaré incompétent pour traiter une fièvre ou une pneumonie. Il en est de même parmi les médecins de l'armée, classés suivant leur spécialité professionnelle et se livrant cependant, suivant les besoins, à la pratique de l'une et de l'autre branche de l'art. Il importe, comme je n'ai cessé de l'exprimer, de iséparer les blessés et les fiévreux, mais je verrais peu d'inconvénients à les placer dans des baraques voisines et je n'admets pas la nécessité de réserver un côté aux uns, un côté aux autres.
Ce qui m'émeut surtout dans cette situation , c'est le froid qui nous menace et peut d'un jour à l'autre nous atteindre. Les blessés en voie de guérison pour ront , à la rigueur, supporter un certain abaissement de température; mais le froid, dans ces baraques ouvertes à tous vents, tuerait les typhiques et les
dysentériques. La municipalité propose, si c'est nécessaire, de construire de nouvelles baraques; ce serait, je crois, une grande faute : si la guerre continue, force sera bien d'abandonner le Polygone pendant l'hiver ; si elle cesse prochainement, la situation ne pourra manquer de s'éclaircir.
En résumé, pour l'ambulance du Polygone, comme pour les autres, il faut surtout songer aux besoins présents et n'engager en rien l'avenir, qui est plein d'incertitudes; si, comme Je le crains, nous avons besoin de nouveaux locaux pour nos malades, il faut tourner nos vues vers les lieux clos, parmi lesquels je ne vois que les casernes, quoiqu'elles fassent de mauvais hôpitaux. Je reviens à ma proposition d'utiliser les casemates pour y loger les hommes valides ; le service des ambulances pourrait alors disposer des casernes de la Basse-Seille et de Chambière. Si ces deux casernes nous étaient accordées, l'une au moins, nous poiurions, en peu de temps, arriver à une complète séparation des fiévreux et des blessés.
Au même,
43) — 4 OCTOBRE. M. le Maire de Metz me fait l'honneur de m'écrire pour me demander l'évacuation des hôpitaux civils Saint-Nicolas et Bon-Secours, en se basant sur les besoins urgents de la population pauvre. Il résulte d'un rapport , que j'ai sous les yeux , de M. le Commissaire central de police, que dans la première section on observe de nombreux cas de variole et de dysenterie, attribués au mauvais état des logements et à l'encombrement ; que dans les deuxième et cinquième section les mêmes maladies commencent à se déclarer, mais, jusqu'à pré-
EXTRAITS DE LA COBRESPONDANCE OFl-'lCIELLE. 296
sent, dans une moindre proportion. Dans cette fâcheuse situation les femmes ne peuvent plus être reçues à Saint-Nicolas, faute de place, ni les hommes à Bon-Secours, où ils sont exclusivement admis. Dans la maison n^' 43 de la rue du Pontiffray, vingt personnes couchent dans une même chambre; Tune d'elles est gravement atteinte de variole, et, malgré la crainte de la contagion, on ne peut transporter cette personne à l'hôpital.
Malgré mon vif désir d'éviter l'accumulation de nos malades et blessés, je ne saurais qu'appuyer très-fortement cette trop légitime demande de M. le Maire.
Au même.
44) — 8 OCTOBRE. En présence de la déclaration de M. Marmy, médecin en chef du 2® corps d'armée, j'estime qu'il y a urgence à évacuer le dortoir du Sacré-Cœiœ (Montigny) occupé par des militaires blessés. La crainte de l'infection et des maladies graves qui en sont la conséquence, doit être pour nous, en ce moment , une sérieuse préoccupation , et l'abandon des locaux infectés est le seul moyen efficace à opposer aux complications de cette nature. On ne saurait admettre de nouveau des jeunes filles dans ce dortoir sans l'avoir, au préalable, soumis à de puissants moyens de désinfection, semblables à ceux que j'avais indiqués pour le Lycée.
Monsieur le Général commandant supérieur,
45) — 9 OCTOBRE. Ainsi qu'on devait s'y attendre nous sommes arrivés à une période de temps pluvieux, qui peut durer longtemps, et il importe de
î296 EXTRAITS DK LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE,
prévoir la fâcheuse influence qu'exerceront sur Tarmée le froid et l'humidité. Les malades augmentent chaque jour, et nous sommes chaque jour réduits à leur trouver de nouveaux locaux. Plus que jamais il faut, à tout prix, éviter l'encombrement, et loin de songer à les accumuler dans d'étroits espaces, il faut , au contraire , le^r donner à l'intérieur l'air qu'ils ne pourront plus bientôt prendre au dehors. Cette dissémination crée de grandes difficultés à l'administration et au service de santé, mais ce n'est là qu'un point secondaire; les uns et les autres n'ont qu'à redoubler d'efforts pour se maintenir au niveau de la situation. Cette situation, pleine d'obstacles, est si évidente, mon général, que je n'aurais point songé à vous en entretenir si je n'avais eu en vue un sujet plus important encore que la conservation de nos malades, je veux parler de la conservation de notre armée. Peut-être ici vais-je sortir de mon rôle, qui se borne à la place de Metz, mais, peu importe, \\ favit, avant tout, communiquer les idées qui peuvent être utiles, et insister, si c'est nécessaire, sur leur mise en pratique.
Les opérations militaires semblent désormais impossibles ; il faut , à tout prix , enlever les troupes à leurs campements humides, contaminés, malsains; il faut arracher les soldats à ces terriers, qu'ils se creuseront ici comme ils en creusaient en Crimée, et qui ont été l'une des grandes sources du typhus de l'armée d'Orient. Bon nombre de villages sont encore à nous autour de Metz; il faut y loger les troupes chez l'habitant, en remplir les maisons vides, quelque graves en puissent être les inconvénients. L'armée toute entière ne pourra y trouver asile, mais il sera plus facile alors de choisir les emplacements à dis-
tribuer à la portion restante, en évitant de la laisser dans la plaine. (Le choix de ces emplacements devrait être confié à une commission dans laquelle figureraient des médecins.) Il importe que Tannée reste en dehors de la place et ne vienne point compliquer les conditions d'insalubrité dans lesquelles nous vivons. C'est nécessaire pour l'armée ellemême et pour la population.
Les ressources alimentaires deviennent de plus en plus bornées; mais une ration journalière de 300 grammes de pain peut suffire, à la condition de compléter, par de la viande, ce qui est nécessaire à l'alimentation normale; la viande ne paraît pas encore près de manquer. Le service pharmaceutique de l'armée pense être en mesure de confectionner des conserves de viandes, peut-être 80000 rations par jour. Ce serait une grande ressource, qui nous permettrait de tenir longtemps encore. Le sel fait défaut; il faut mettre en œuvre tous les moyens de s'en procurer artificiellement, en quelque petite quantité que ce soit, et sans calculer le prix de revient. C'est un condiment de première nécessité. — Quoiqu'il en soit, il faut que l'armée et la population fassent cause commune, qu'il n'y ait pas d'un côté pénurie, de l'autre abondance relative.
I^s ambulances des quartiers généraux avaient envoyé à Metz leurs malades, en prévision d'un prochain mouvement; il est à désirer qu'elles recommencent à les garder, si les éventualités de départ sont remises ou au moins ajournées.
î2D8 EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE.
Au même.
46) — 10 OCTOBRE. J'ai visité, après la pluie, la gorge du fort Belle- Croix où vous avez prescrit d'élever des baraques pour TinstallatioD d'une nouvelle ambulance. Permettez-moi, mon général, de faire à ce projet quelques objections qui vous engageront peut-être à l'abandonner. Le mur contre lequel seraient adossées les baraques (face au nordest) laisse suinter une humidité et même des veines d'eau qui doivent être abondantes dans la saison pluvieuse. Les latrines du fort s'ouvrent sur cet emplacement dans toute la longueur du mur; il faudrait nécessairement les supprimer et où les placerait-on?
Le sol sur lequel s'élèveraient les baraques est argileux, ce qui ne serait point un inconvénient; mais tout le terrain environnant Test aussi, ce qui rendrait le service bien difficile par les mauvais temps et priverait les malades de toute sortie. La déclivité du sol causerait probablement quelques obstacles aux constructeurs, mais il en causerait certainement aux malades en état de se promener. La situation des baraques en une longue file enlèverait beaucoup à la promptitude des secours nécessaires, lorsque le médecin serait appelé vers l'une et l'autre des extrémités. Enfin, il est une considération morale qui a bien aussi quelque valeur : un vaste cimetière s'étend tout au long de cet emplacement et les malades n'auraient, de leurs baraques, que cette triste perspective ; ils en seraient, sans nul doute, péniblement impressionnés.
Je reviens donc, mon général, à la proposition que j'avais déjà eu l'honneur de vous faire, d'élever
ce baraquement contre les faces du raur d'enceinle de la manufacture des tabacs et, subsidiairement, le long du front Saint-Vincent. Le choix de cet emplacement aurait le grand avantage de ménager certaines ressources administratives, en ne constituant qu'une annexe de l'ambulance des tabacs. Cet espace n'est guère occupé que par des voitures de convois qu'on pourrait, s'il était nécessaire, transporter à la gorge de Belle-Croix. Des considérations stratégiques militeraient peut-être aussi en faveur de ce projet, mais il ne m'appartient point d'aborder les questions de cet ordre.
Monsieur le Sous-Intendant militaire,
47) — 11 OCTOBRE. Au moment où l'administration militaire et le service de santé de l'armée s'occupent activement à chercher de nouveaux locaux à convertir en ambulances pour faire face à des besoins éventuels, j'apprends que les bâtiments de la poudrerie sont ou vont devenir inoccupés. Ce serait une précieuse ressource si le service de l'artillerie pouvait en faire la cession temporaire à TadministraUon de la guerre.
M. le Maréchal commandant en chef,
48) — 12 OCTOBRE. Il me coûte beaucoup de venir vous importuner au milieu de vos grandes préoccupations; cependant le service qui m'est confié dans la place de Metz présente aujourd'hui de telles difficultés que je prends la liberté de les signaler à votre sollicitude.
Les entrées de fiévreux dans les ambulances aug-
mentent dans une proportion considérable, supérieure, en ce moment, à ime moyenne de 100 par jour. En même temps le chiffre du personnel médical diminue par la maladie et il devient impossible, avec nos ressources actuelles, de faire face aux exigences de la situation. Il y a trois jours, par exemple, j'avais placé dans un service nouvellement ouvert un médecin-major de première classe, M. Servier, et un aide-major, M. Longet ; depuis ces trois jours ils ont reçu 800 fiévreux et j'ai dû, ce matin, y ajouter deux aides-majors qui cumulent un service de 200 fiévreux avec celui des blessés, qu'ils font dans une autre ambulance.
Je vous en prie avec instance, Monsieur le Maréchal, donnez des ordres pour que les ambulances des quartiers généraux et surtout les médecins des corps de troupes (un sur deux par régiment, deux sur trois) nous viennent en aide. La plupart se plaignent de leur inaction et ne demandent qu'à rendre des services. Ils remplaceraient ceux qui tombent malades d'épuisement, de dysenterie, de fièvre typhoïde, de variole, et assureraient le service des établissements nouveaux que nous sommes forcés d'ouvrir chaque jour.
Il est peu de nos médecins qui , sans être précisément malades, ne présentent quelques symptômes vagues d'empoisonnement miasmatique, qui s'expliquent trop facilement. En vérité, Monsieur le Maréchal , les récompenses que j'ai demandées et que je sollicite encore pour les plus dignes de nos collaborateurs sont bien justifiées par l'étendue de leur dévouement et si je n'avais écouté que mon sentiment d'admiration pour eux j'aurais, plus largement encore que je ne l'ai fait, usé de mon droit d'initiative dans
les propositions que j*ai soumises à votre justice autant qu'à votre bienveillance. J'ose espérer, Monsieur le Maréchal, que vous aurez envers tous une main libérale; si Tétroitesse de nos cadres leur donne peu d'espérance d'avancement, que, du moins, les distinctions honorifiques soient une récompense des rudes épreuves qu'ils ont déjà subies, un encouragement pour celles qu'ils sont encore appelés à subir.
Au même,
40) — 46 OCTOBRE. Je tiens à vous remercier du secours en personnel que vous avez bien voulu envoyer aux ambulances de Metz, qui en avaient le plus urgent besoin. Nos services sont bien assurés aujourd'hui et nous pouvons faire face à tous événements. Les malades augmentent il est vrai , mais la gravité des maladies ne suit pas, heureusement, la même progression, et, jusqu'à ce jour, rien ne peut être considéré comme épidémie. La population , quoique beaucoup plus frappée par la maladie que dans les conditions ordinaires, reste calme à ce point de vue de la situation.
Je tiens aussi , Monsieur le Maréchal , à vous exprimer la reconnaissance de ceux de mes collaborateurs dont il vous a plu de reconnaître les bons services, et ma propre reconnaissance pour l'accueil favorable que vous avez fait à mes propositions.
Monsieur le Maire de Metz.
50) — 23 OCTOBRE. J'ai pris connaissance de la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'adresser en date du 22 courant, et de la lettre collective de MM. les administrateurs de l'ambulance des écoles Israélites, qui appellent mon attention sur le zèle vraiment remarquable du médecin de leur ambulance. J'aurais désiré pouvoir étendre, plus que je ne l'ai fait, la demande de distinctions honorifiques en faveur de MM. les médecins civils qui ont prodigué leurs soins à nos blessés avec un si louable empressement ; le plus grand nombre, sinon la totalité d'entr'eux , aurait honorablement porté la croix de la Légion d'honneur, mais il y a limite à tout, et une distinction ne mérite ce titre qu'à la condition d'être réservée à quelques élus. Aussi, quoique bien loin de la pensée d'avoir obtenu récompense pour tous les mérites, j'ai la satisfaction d'avoir eu plus que je ne pouvais l'espérer. Dans les propositions que j'ai soumises au commandement, j'ai dû faire entrer, pour le classement, un certain nombre de coefficients basés sur l'âge, l'ancienneté d'exercice, le nombre et l'étendue des services gratuits, la notoriété, et enfin, ce qui semblait devoir être le principal n'a pu être que l'accessoire, les services rendus à l'armée dans les circonstances actuelles. C'est qu'il était bien difficile, impossible même, d'établir une différence fondée sur un zèle et un dévouement qui n'ont présenté, entre l'un et l'autre, que des nuances souvent insaisissables. L'autorité militaire m'avait demandé cinq ou six propositions pour les médecins civils ; vous savez, Monsieur le Maire, combien j'ai été plus
heureux en prenant sur moi de dépasser cette limite. Cependant, je regretterais vivement que les services qui n'ont pu être récompensés par cette haute distinction, n'obtinssent aucune marque d'estime et de reconnaissance de l'armée. Mon intention est de solliciter de la bienveillance si connue de M. le Général commandant supérieur, que des médailles de différents métaux soient frappées et remises aux personnes, médecins ou gens du monde, hommes ou femmes, qui se sont distinguées par la grandeur et la continuité de leur dévouement envers nos blessés et malades. Dans ce but , Monsieur le Maire, je réclamerai votre concours et celui de MM. les membres du Conseil municipal, pour dresser une liste des personnes méritantes qu'on ne saurait oublier sans injustice, et pour éviter certains écarts qui pourraient nuire à cet hommage de reconnaissance en le prodiguant outre mesure ou le faisant dévier des voies honorables * .
Tout cela, Monsieur le Maire, répond à la lettre de MM. les Administrateurs de l'ambulance des écoles israélites ; ils peuvent être assurés que je n'oublierai point leur chaude recommandation en faveur de M. le docteur Ramlow *. Le bienveillant patronage qu'ils accordent à ce médecin serait à mes yeux un témoignage assuré de son mérite, si je n'avais pu l'apprécier par moi-même.
' Le modèle de cette médaille avait été dessiné, sur mes indications, par notre habile graveur M. Bellevoye. L'issue malheureuse de la guerre n'a pas permis de donner suite à ce projet.
* De la première ambulance volontaire française.
Alt même.
51) — 23 OCTOBRE. J'ai été moi-même saisi, par un grand nombre de médecins chefs de service dans les ambulances, de réclamations sur la mauvaise confection du pain, qui est à peine cuit et renferme, en abondance, des matières étrangères autres que le son nécessité par les circonstaiices. J'en ai prévenu M. le sous-intendant Pérot et lui ai même adressé plusieurs échantillons d'un pain réellement détestalile et qu'on ne saurait livrer à la consommation. Ce fonctionnaire en a rendu compte immédiatement à son collègue, M. Antoine, qui, je l'espère, apportera un remède à cette déplorable situation, qu'on ne saurait attribuer à la spéculation, supposition trop odieuse, mais a une négligence déjà bien coupable. Soyez certain, M. le Maire, que dans l'étroite limite de mes attributions je ne néglige rien pour améliorer le sort de nos pauvres malades et blessés, et que je frappe à toutes les portes d'où peut sortir, pour eux, une main secourable. J'ai donc l'espérance que de semblables plaintes ne se produiront plus.
Monsieur Ehrmann, médecin en chef de V hôpital
militaire.
52) — 24 OCTOBRE. J'ai communiqué à M. le Sous- Intendant votre note relative au régime alimentaire. 11 ne conteste pas qu'on trouve en ville des œufs, légumes, etc.; mais les caisses publiques sont vides et l'argent monnayé fait complètement défaut au comptable. En second lieu, en admettant la possibilité d'améliorer le régime de l'hôpital militaire, les
KXTRAITS DE LA CORRKSPONDANCE OFFiClKLLE. 305
ressources ne permettraient pas d'étendre ce bénéfice aux nombreux établissements hospitaliers qui couvrent et entourent la ville ; dans ce cas il semblerait équitable de traiter un peu mieux les malades des tentes et des baraques, plus mal logés, plus exposés au froid et à l'humidité. Enfin, patientons un peu les uns et les autres; un dénoûment trèsprochain est inévitable et alors nous pourrons, je l'espère, opérer de larges évacuations en même temps que de plus grandes ressources afflueront vers la ville.
Monsieur le Général commandant supérieur.
53) — 25 OCTOBRE. Le chiffre de nos malades augmente incessamment et leur situation s'aggi^ave. Ils sont, en général, extrêmement affaiblis et, si Ton ne peut bientôt améliorer leur alimentation et se procurer quelques médicaments indispensables, nous aurons bien des malheurs à déplorer. Jusqu'ici, mon Général, personne ne saurait être incriminé, la faute en est aux circonstances seules. Mais les pauvres malades ont bien froid dans les baraques et sous les tentes; cette influence commence à se manifester, chez les hommes affaiblis, par des engelures avec œdème des pieds, état que l'on peut considérer comme une des formes initiales du scorbut. J'avais prévu cette situation et, à la date du 41, j'indiquais un moyen pratique et simple de réchauffer les hommes dans leurs lits. C'était l'emploi de cruchons d'eau chaude, que la bienfaisance des particuliers aurait apportés en abondance et que l'administration aurait pu fournir en partie. Un appel inséré dans les journaux aurait, sans nul doute, été suivi d'un effet
tiOG EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE.
Immédiat. Où s est arrêtée ma lettre? Je l'ignore Toujours est-il qu'il n'y a point été donné suite, au grand détriment des malades et blessés.
Le service médical est de plus en plus pénible. Plusieurs médecins sont gravement malades, mais tous sont sous l'influence d'un empoisonnement miasmatique qui, sans constituer une véritable maladie, les jette dans un état de malaise et de langueur. Je ressens moi-même cette influence, qui se manifeste par des accès de fièvre biquotidiens, fiè\Te qui résiste au sulfate de quinine et aux préparations de quinquina. Aucun de nous n'interrompt son service pour ces légers accidents, mais la plupart de nos camarades auraient grand besoin de quelques jours de repos. Le 14 de ce mois j'avais reçu des quartiers généraux des corps une vingtaine de médecins, qui arrivaient fort à propos et que j'avais immédiatement casés ; puis des ordres successifs les ont presque tous rappelés, de telle sorte que les serxices, que je croyais bien assurés, sont désorganisés de nouveau et que la rude besogne du sei-vice médical augmente chaque jour au lieu de diminuer. Le bruit court qu'on va nous rendre ce personnel inutilement enlevé. C'est bien désirable. Quand donc la direction du service médical de l'armée sera-t-elle remise aux mains les plus compétentes et les plus capables d'assurer sa bonne exécution?
A Messieurs les Médechis civils requis.
CIRCULAIRE
54) — 29 OCTOBRE. En présence du grand nombre de médecins militaires attachés à la place de Metz, pai' suite des douloureux événements qui viennent
KXTRAITS T)K LA COHUKSPONnAXCK OFFiCÏKU.K. \Wi
de s'accomplir, M. rintendant militaire de la 5^ division a prescrit, à la date de ce jour, le licenciement de MM. les Médecins civils requis. En vous notifiant cette mesure je suis heureux de vous exprimer la reconnaissance de toute Tarmée pour les soins éclairés que vous avez prodigués à nos blessés et malades ; ma propre reconnaissance pour le concours que vous m'avez prêté dans la tâche difficile qui m'était imposée et que vous avez partagée avec tant de dévouement.
M, OuradoUf médecin-major de première classa
au médecin on chef.
55) — 4 NOVEMBRE. J'ai l'honneur de vous informer qu'au moment où nos troupes ont quitté le fort de Plappeville j'ai reçu l'ordre d'y rester pour soigner les malades et blessés de l'hôpital-infirmerie, s'élevant à 25. Dans ce nombre sont deux amputés dont la guérison avance rapidement.
Hier il m'a été versé, en plus, 152 malades ou convalescents provenant d'une évacuation des hôpitaux de Metz. J'ai procédé à leur installation immédiate dans trois chambres contiguës. Des couchettes ont pu être improvisées avec un peu de paille et les sacs-abris ou les couvertures.
J'ai fait donner un peu de biscuit et préparer de la soupe au riz, qu'on a mangé le soir. En un mot, tout ce qui pouvait être fait l'a été, avec le concours le plus empressé de M. le Commandant du fort, de la bienveillance duquel j'ai beaucoup à me louer.
Mais les vivres ne sont pas assurés pour les jours suivants et je viens vous prier de vouloir bien faire une démarche auprès de M. le Gouverneur de la
:J08 extraits de la correspondance officielle.
place do Metz pour qu'il puisse donner, à ce sujet, les onlres nécessaires *.
Mofisieiir le Gouverneur de la place.
56) — 5 NOVEMBRE. Trois médecins et un pharmacien militaires français se sont ofTerts pour porter quelques secours en \in, sucre, thé, café, à ceux de nos prisonniers qui , retenus à quelque distance de la place, ne sont pas encore partis pour TAllemagne. J'ai l'honneur de vous prier, Monsieur le Gouvernem-, de vouloir bien autoriser cette généreuse mission , et d'ordonner qu'un guide de l'armée prussienne soit mis à la disposition de ces Messieurs, qui désirent commencer aujourd'hui même leur bienfaisante toiurnée '.
Au même.
57) — 5 NOVEMBRE. Le service des hôpitaux et ambulances devient impossible par suite du départ d'un grand nombre de gardes mobiles employés dans ces établissements à titre d'infirmiers. J'ai l'honneur de vous prier. Monsieur le Gouverneur, de vouloii' bien donner l'ordre qu'aucun sauf-conduit ne soit ,
' Ce service a été assuré selon les désirs de M. Ouradou. On connaît la catastrophe dont ce fort a été le théâtre peu de jours après. Un magasin à poudre fit explosion et coûta la vie à quatorze soldats français retenus à l'ambulance et dont Tidentité, pour plusieurs, n'a pu être établie, malgré les soins de M. Peyras, officier d'administration, envoyé sur les lieux dans ce but. Des soldats prussiens ont aussi été victimes de cet accident dont la cause, certainement accidentelle, est restée inconnue.
' L'autorisation fut immédiatement accordée.
désonnais, délivré à ces agents subalternes sans une autorisation préalable de leur chef de service.
Conseil de santé des armées.
58) — 8 OCTOBRE. (Je ne reproduis point cette lettre parce qu'elle n'est que le résumé de tous les faits déjà connus et d'une situation que nous avons fait suffisamment apprécier.)
Messieurs Ehrmann, médecin en chef de Vhôintal militaire, et Gouget, de Vambulance des tabacs.
59). — En prévision d'uii abaissement du chiffre des malades qui permette de ne conserver que l'hôpital militaire et l'ambulance des tabacs , j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien m'indiquer, pour l'établissement dont vous avez la direction médicale, et en le supposant complet , le nombre de médecins et d'aides ou élèves nécessaire pour assurer la bonne exécution du service. Je vous engage, d'ailleurs, à renfermer votre appréciation dans les limites les plus étroites, parce que grand nombre de nos camarades sont animés du désir de porter leurs services sur d'autres points de la France, et conserver ici trop de médecins serait priver nos armées d'un secours qui peut leur être extrêmement utile.
Monsieur Heuschling, de Liège.
60) — 42 NOVEMBRE. J'acceptc bien Volontiers, en ce qui me concerne, l'offre que vous nous faites de vous charger, à l'hôpital de Liège, de 200 blessés choisis dans les deux armées. Je vous donne mou entier assentiment et vous remercie, par avance, des bons soins que recevront nos malades dans un pays
310 KXTUAITS DE LA CUllUKSroNDANCl-: OFFICIELLE.
dont nous avons déjà, en maintes circonstances, reconnu la solide amitié.
Monsieur le Ministre de la guerre,
61) — 17 NOVEMBRE. La Convention de Genève, (article 4) établit que le matériel des ambulances n'est point soumis aux lois de la guerre et reste la propriété de la nation à laquelle il appartient , tandis que le matériel des hôpitaux est soumis à ces lois.
Lors de la dissolution des ambulances divisionnaires, le personnel et le matériel en furent en pai'tie versés aux ambulances des quartiers généraux, en partie dirigés sur notre ville. Cette dernière portion du matériel fut déposée à l'hôpital militaire, tout eu restant distincte de celui de cet établissement, mais pouvant, par le lieu même du dépôt, faire naître des contestations.
Après la reddition de la place, les malades et le personnel des ambulances furent répartis dans les divers établissements hospitaliers de Metz; le matériel dut être versé s'or cette place, mais une grande partie en fut abandonnée et dispersée.
Je n'examinerai pas si de grandes fautes n'ont point été commises, comme on l'a dit et répété, et si, dans ces deux circonstances, on n'a point à reprocher à quelques fonctionnaires une fâcheuse imprévoyance ou une regrettable incurie. Je n'ai pas de jugement à porter, je n'ai que des faits à établir.
Quoi qu'il en soit, le personnel de santé, réuni dans la place de Metz, s'est ému de cette situation, compromettante pour les intérêts de la France et de l'armée. Animés d'un vif désir d'arriver à un bon résultat, quelques officiers de santé se sont résolu-
ment mis à l'œuvre, et ils sont aujourd'hui parvenus à rassembler déjà d'importantes épaves; tout ce qui peut être recueilli, rendu à la France, le sera (caissons de chirurgie et de pharmacie, voitures de transport, voitures Masson, cacolets, litières, etc.). Le commandement prussien reconnaît, en principe, le droit de notre revendication; la patience et une volonté ferme feront le reste.
Monsieur Maujean, sous-intendaut militaire,
62) — 23 NOVEMBRE. Je crois devoir appeler votre attention sur la position pécuniaire d'un grand nombre de médecins militaires retenus dans la place de Metz et qui, par suite du prix élevé des logements et des objets de première nécessité pendant le blocus se trouvent aujourd'hui, sans communications possibles avec leurs familles, dans un état de pénurie complète. La solde brute a été faite par anticipation pour le mois courant, mais l'indemnité de logement reste due. La somme de 30 francs, à payer à chaque aide-major, est évidemment insuffisante pour couvrir les dépenses indispensables pendant le mois de décembre. Ne pourriez-vous pas. Monsieur le Sous- Intendant, proposer à l'administration allemande de régler la solde complète pour le mois de novembre, sauf recours ultérieur à l'administration française si elle ne consent point à considérer la solde anticipée de ce mois comme une simple gratification?
312 EXTRAITS DE LA CORHKSPONDANCK OFFIGIELLK.
Messieurs les Médecins en chef des hôpitaux
et ambulances,
CIRCULAIRE
63) — 23 NOVEMBRE. PlusieuFs réclamations m'ont été adressées par des médecins aides-majors de première classe au sujet du service de garde, auquel plusieurs d'entr'eux sont astreints. En principe, et à moins d'insuffisance de personnel, je désire que le service de garde soit uniquement attribué à MM. les aides-majors de deuxième classe et stagiaires, qu'on ne doit qu'exceptionnellement considérer comme médecins traitants. Les aides-majors de première classe, toujours plus âgés, ayant acquis plus d'expérience, me semblent devoir en être distingués, et une visite peut leur être confiée. Je vais donc m'occuper d'établir, entre nos jeunes collaborateurs, une répartition telle qu'ils soient, dans chaque hôpital ou ambulance , au moins quatre , ou plutôt de cinq à six , de telle sorte que la garde ne constitue pas pour eux une charge trop lourde. Mais que MM. les aidesmajors de première classe acceptent provisoirement cette obligation, si c'est nécessaire, c'est l'affaire de peu de jours.
Monsieur Geeland, vice -président de V Association
belge de secours aux blessés.
64) — 24 NOVEMBRE. J'ai reçu dix colis venant de Bruxelles et renfermant, entr'autres objets, une grande quantité de linge. Ils ont été remis par mes soins à votre excellente compatriote. M*"® la baronne
de Grombrugghe, pour rambulance de la caserne du génie, dans laquelle elle multiplie ses bienfaits.
Nous avons une ambulance belge, que j'ai installée dans une maison religieuse de femmes (Sainte-Chrétienne), où elle est fort bien et dans d'excellentes conditions pour Taccomplissement de sa mission.
Je ne saurais, Monsieur, laisser passer cette occasion de vous exprimer toute la reconnaissance dont je suis pénétré pour la noble conduite de la Belgique à l'égard de ses malheureux voisins. Nous n'oublierons jamais ces élans du cœur, ces accents d'une vraie sensibilité, qui répondent si bien à nos besoins et savent adoucir l'amertume de notre situation. De meilleurs jours luiront encore pour la France ; une grande nation ne peut aussi violemment tomber sans espoir de se relever ; mais quel que soit l'avenir qui nous est réservé, la France aura contracté envers la Belgique une dette sacrée qui doit à jamais resserrer les liens d'amitié qui nous unissent déjà*.
Monsieur Maujean, sous-iîitendant militaire.
65) — ^^25 NOVEMBRE. De nombreuses protestations se sont élevées parmi les médecins militaires au sujet du refus de M. l'Intendant divisionnaire de demander à l'administration prussienne l'allocation intégrale de la solde pour le mois de novembre.
Le prix excessif des objets de première nécessité, nourriture, logement, vêtement, entretien des chevaux, pendant le blocus, a rendu complètement insuffisante la solde mensuelle, surtout pour les grades inférieurs, et, ainsi que j'ai eu déjà l'honneur de
■ Cette lettre a été reproduite par la presse belge.
VOUS le dire, ravance de la solde brute de novembre a été considérée comme une indemnité destinée à couvrir cet excédant forcé de dépenses.
Si le commandement français a cru devoir faire cette largesse, l'administration prussienne n'a point à y intervenir, et c'est à celle-ci à assurer la solde des fonctionnaires et officiers soumis momentanément à l'autorité allemande *. Ces officiers, retenus à Metz en vertu de conventions, se trouveraient, par ce refus, dans une position moins favorisée que celle des officiers prisonniers qui, sans nul doute, toucheront pour novembre leur solde de captivité, bien qu'étant dans les mêmes conditions que nous pour la solde anticipée de ce mois.
Enfin, il est un point de vue de la question qui prime tous les autres : la nécessité. La plupart de nos jeunes gens sont dans l'impossibilité absolue de régler aucun compte de pension ou de logement, dans l'impossibilité non moins absolue de trouver le vivre et le couvert pendant le mois de décembre. On les contraint, cependant, à rester à Metz pour assurer l'exécution du service médical; il faut, par une équitable réciprocité, leur assurer les moyens d'existence, au moins à titre d'avance. L'administration française saura bien, plus tard, exiger le remboursement de ce qui lui semblerait du trop perçu.
Tels sont les principaux motifs allégués par les auteurs des protestations, et j'avoue pour moi que
' La conférence diplomatique de Genève, en octobre <868, a établi, comme addition à la Convention de 1864, que le personnel sanitaire tombé au pouvoir de l'ennemi aurait la jouissance int('grale de son traitement.
je ne vois aucune raison sérieuse à leur opposer. Si M. rintendant persiste dans sa manière* de voir, il est à craindre que quelques manifestations regrettables viennent exprimer le mécontentement général, n^anifestations qui pourraient trouver l'autorité désarmée * .
Monsieur le Médecin en chef ^^russien.
66) — 28 NOVEMBRE. Savcz-vous si les secours médicaux sont suffisamment assurés à Thionville ? Si c'était utile je serais disposé à aller moi-même m'enquérir des besoins de cette place ; et dans ce cas, je vous serais obligé de me remettre un sauf-conduit. Si vous êtes mieux renseigné que moi sur cette situation, veuillez me le faire savoir*.
L'Angleterre, la Belgique, la Hollande et le Luxembourg avaient assez fait en faveur de nos blessés pour qu'en l'absence d'une voix plus autorisée que la mienne je prisse sur moi d'offrir aux souverains de ces pays l'hommage de notre gi^atitude. Voici, quant au fond des idées , sinon quant à la forme , la lettre que j'adressai, par l'intermédiaire de MM. les Ambassadeurs ou chargés d'affaires de France, à
Sa Majesté la Reine d'Angleterre,
Sa Majesté le Roi des Belges,
Sa Majesté le Roi des Pays-Bas, Grand- Duc de Luxembourg.
67) — 29 NOVEMBRE. J'accomplis un devoir qui
* Il n'a pas été donné de suite à cette réclamatioD, cependant bien fondée.
* La place de Thionville était convenablement approvisionnée en médicaments.
m'est bien doux en portant humblement jusqu'au trône de V. M. l'expression de la profonde^ reconnaissance des blessés français de la place de Metz pour les secours inestimables et de toute nature qu'ils doivent à la généreuse sympathie de l'Angleterre (ou Belgique, etc.). C'est une grande consolation, dans nos malheurs, de sentir près de nous des cœurs battre à l'unisson de nos cœurs, de voir vos femmes, anges de charité, prodiguer leurs soins à nos pauvres soldats. Merci pour vous. Sire, merci pour les sujets de V. M. du bien que vous nous faites. Il ne s'adresse pas à des ingrats. Quelqu'avenir que
le sort nous réserve, 1 est assurée de trouver
dans tous les Français des amis. La guerre, avec toutes ses horreurs, aura, du moins, contribué à resserrer les liens qui unissent déjà les^deux nations.
Messieurs les Médecins chefsjcle service des ambulances.
CIRCULAmE.
68) — 29 NOVEMBRE. J'ai l'honneur de prier M. le
Médecin en chef de , de me faire connaître,
après avoir pris l'avis des médecins traitants placés sous ses ordres, le chiffre approximatif des malades ou blessés qui, d'ici un mois, seront hors d'état d'être transportés, soit en Allemagne, soit en France, et sont destinés à former un fonds de malades pour l'hôpital militaire de cette ville, en tenant compte de la mortalité probable. Cette donnée m'est indispensable pour servir de base à la désignation du personnel médical devant assurer l'exécution du service jusqu'à complète évacuation.
Aux mêmes.
CIRCULAIRE
69) — 2 DÉCEMBRE. — MM. les Médecins en chef des hôpitaux et ambulances sont invités à préparer, sur une très-large échelle, des Ustes d'évacuations de malades et convalescents à diriger, par les hgues ferrées, sur des ambulances créées à Pont-à-Mousson, Nancy, Lunéville et Toul. Il importe de mettre promptement un terme à Tencombrement de nos hôpitaux' dans lesquels la pourriture continue à menacer tous nos blessés et où nous avons encore à redouter l'invasion d'affections contagieuses que nous avons eu, jusqu'à ce jour, le bonheur d'éviter. Il importe aussi de rendre disponible le personnel médical militaire, que je désirerais faire complètement rentrer en France, pour répondre aux besoins urgents des diverses armées de l'intérieur.
Monsieur le Médecin en chef prussien.
70) — 3 DÉCEMBRE. Nos malades et nos blessés diminuent rapidement; dans quelques jours ils seront notablement réduits encore, par les évacuations sur Toul et Lunéville. ainsi que par le rapatriement de nombreux blessés impropres au service. J'ai fait dresser, dans chaque ambulance, l'état numérique approximatif des hommes qui , avant la fin du mois, ne pourront supporter aucun transport et sont , par conséquent, destinés soit à mourir dans les hôpitaux,
^ Les nombreuses évacuations qui se faisaient diminuaient peu Tencombrement, parce que l^autorité allemande diminuait, dans la môme proportion , le nombre des établissements occupés.
soit à y faire un long séjour. Le chiffre n'en paraît pas devoir dépasser une moyenne de 500. Voici, je pense, comment pouiTait être assuré le service de ces malades, fussent-ils même plus nombreux encore, sans le concours de médecins militaires. — La Société internationale hollandaise se charge du traitement de 100 gros blessés, environ, et vous savez dans quelles bonnes conditions ils sont placés au jardin Faberl et à rhôtel de M. de Gargan. La Société belge en fait autant à l'ambulance de Sainte-Chrétienne; enfin, la Société anglaise se chargerait encore de 150 à 200 blessés. Supposons, en tout, seulement 300; le surplus des malades serait confié aux soins de médecins civils volontaires * ( 1 pour 50 malades ) , pris parmi les praticiens de la ville. Si la situation se réglait ainsi, tous les médecins militaires, sans exception, seraient Ubres et pourraient quitter Metz pour porter leurs secours aux armées de l'intérieur, où, sans doute, ils sont bien nécessah'es.
Les Allemands ont, évidemment, l'intention de faire évacuer toutes les casernes pour y loger leurs troupes; c'est naturel et bien désirable pour la ville. Nous devons peu compter aussi, je le crois, sur l'hôpital militaire, dans lequel les Prussiens tendent à placer exclusivement leurs malades. Il ne resterait donc que la manufacture des tabacs, et j'exprime le désir que cet établissement nous soit laissé jusqu'à extinction complète.
* Nous avons vu qu'il avait été peu répondu à Tappel que j'avais fait à cet effet.
Note à Monsieur Maujean, sous-intendant
militaire.
71) — 5 DÉCEMBRE. Les blessés renvoyés dans leurs foyers se plaignent qu'à l'ambulance on leur refuse des couvertures, malgré la rigueur du temps. Ils en ont, cependant, autant besoin que ceux qui partent pour l'Allemagne ou qui sont évacués sur d'autres hôpitaux de l'intérieur. J'appelle la sollicitude de Monsieur le sous -intendant Maujean sur cette question, qui me semble importante, par le froid qui court. MM. les Comptables motivent leurs refus sur des ordres qu'ils auraient reçus. J'ai distribué moi-même au départ un grand nombre de couvertures qui m'avaient été envoyées de Bruxelles ; mais je suis à bout de ressources *.
De tous côtés, aussi , on me demande des poêles. Que faire, hélas !
Monsieur Vlntendant de la cinquième division,
72) — 8 DÉCEMBRE. Vous m'avcz fait l'honneur, à la date de ce jour, d'appeler mon attention sur un article qui avait antérieurement paru dans une publication périodique de cette ville, et vient d'être reproduit dans un autre journal, le 7 de ce mois.
Cet article renferme, au sujet de certains points de la Convention de Genève, des attaques contre l'administration de la guerre qui ont soulevé de légitimes susceptibilités.
^ Ces distributions, par les soins de l'Administration, ont depuis été faites régulièrement.
Je regrette vivement cette double publicité, et si l'auteur de cet écrit avait bien voulu me consulter, je l'en aurais dissuadé ; j'ai lieu de croire qu'il se fut rangé à mon avis ; mais il faut accepter le fait accompli.
Je tiens d'abord, Monsieur l'Intendant, à dégager des explications dans lesquelles je vais entrer, toute question personnelle , tant à l'égard de l'intendance qu'à l'égard des officiers de santé militaires. Les principes qui nous régissent ne sont point appréciés au même point de vue dans l'un et l'autre corps, et nous pouvons attaquer une organisation qui nous semble vicieuse; mais chacun de nous rend justice à la parfaite honorabilité, souvent à la bienveillance, toujours au sentiment du devoir qui anime chacun des membres de l'intendance. Ils sont les premiers à reconnaître qu'ils ne pourraient, sans abuser, user des droits que leur confère une réglementation dont certains détails nous font monter la rougeur au front. Pendant ma très-longue carrière j'ai constamment vécu en bonnes relations avec les fonctionnaires de l'intendance, et je n'en ai conservé que des souvenirs sympathiques ; depuis quatre mois mes rapports de service m'en ont rapproché davantage encore, et ces sentiments d'estime et d'affection n'ont fait que s'accroître.
J'aborde, Monsieur l'Intendant, le sujet de votive lettre. — Je reçus, dans les premiers jours de novembre, une note de M. le Médecin principal Fuzier, qui m'exprimait toute sa peine de voir le matériel des ambulances dispersé ou tombé au pouvoir de l'ennemi, tandis qu'il devait être et rester la propriété de la France; il m'indiquait quelques moyens pratiques pour rentrer en possession de ce matériel et
KXTRAITS DK LA CORRESPONDANCE OFFJCIKLLK. 321
le rapatrier, tout ou partie, pour le remettre à la disposition des armées de l'intérieur. Cette note^ écrite dans un excellent esprit, était exempte de toute pensée blessante, de toute récrimination; elle constatait une situation, rien de plus. Je savais déjà que M. l'adjoint à l'intendance, Maquin, s'occupait officiellement de cette question ; je lui donnai connaissance des propositions de M. Fuzier pour qu'il en prit ce qui pouvait lui sembler réellement applicable.
Quelques jours après il me fut adressé une lettre collective revêtue d'une soixantaine de signatures. Vous la connaissez, Monsieur l'Intendant. Puis une réunion fut proposée, dans un hôpital d'abord, le lendemain dans un café. Je refusai d'y prendre part. Cependant, pour éviter l'animation, peut-être même le scandale qui pouvait naître d'une telle manifesta- ,tion dans un lieu public, j'offris de se réunir chez moi , dans la pensée de guider moi-même la discus^ sion et de la maintenir dans la limite des principes. Je ne me trompai point. Chacun ne parut animé que d'un même esprit : faire acte de patriotisme, être utile à l'armée.
Je pus exprimer à M. Pérot corhhietï j'avais été satisfait de cette réunion, toute conciliante. On y déplora l'abandon d'un matériel considérable , nous appartenant en vertu de la Convention de Genève; on avisa aux meilleurs moyens d'en réunir les épaves; tous offrirent leurs chevaux et, au besoin, leur bourse , pour la réussite d'un projet auquel ils attachaient un véritable point d'honneur.
Je n'ai pas à rechercher. Monsieur l'Intendant, si l'administration a fait, en cette circonstance, tout ce qu'il était possible qu'elle fit. Je ne vous cache
Ai
point, copeiidaiit , qu'à tort ou à raison, elle a été accusée d'indifférence. Il est certain que les efforts combinés d'un grand nombre de volontés, recevant quelqu'encouragement, pourraient arriver à un bon résultat, tandis qu'abandonnés à eux-mêmes, ces efforts individuels ne peuvent qu'imparfaitement aboutir. — M. le pharmacien principal Jeannel est déjà parvenu à rentrer en France avec deux caissons de pharmacie complets ; M. le médecinmajor Arnaud rentre avec trois ; il a loué dans ce but , de ses propres deniers , un attelage de douze colliers. D'autres sont disposés à suivre ces exemples.
Quoi qu'il en soit, Monsieur l'Intendant, les auteurs de la lettre incriminée ont été mus par un bon sentiment : faire retourner le plus promptement aux ambulances un matériel qui peut rendre en ce moment d'importants services. Tous ignoraient que l'intendance s'en fût déjà occupée. Les officiers de santé ont-ils cru trouver là un appoint aux motifs qu'ils font depuis longtemps valoir en faveur de leur émancipation? Peut-être bien. Mais ils ont tenu surtout à éviter le reproche, qu'on ne pouvait manquer de leur adresser, de n'avoir pas su protéger et conserver leurs instruments de travail, le public et même l'armée comprenant mal le mode de fonctionnement de notre service. Quoi qu'il en soit, le moyen employé, — intervention de la presse — me senÂle regrettable. Le corps de santé, dans ses aspirations vers l'autonomie, ne doit rien emprunter qu'à la logique des faits et à leur discussion sage, modérée, exempte de passions. C'est ainsi seulement qu'il peut espérer une prochaine satisfaction à ses désirs, désirs que j'ai toujours partagés, car je crois le bien
du service essentiellement lié à cette émancipation. Ainsi, j'ai obtenu, pendant toute la durée du blocus, au milieu de difficultés de toute nature, des prodiges de zèle et de dévouement de la part des médecins militaires, et certainement un tel résultat eût été impossible sous l'exercice d'une autorité étrangère au corps lui-même. J'ai trouvé une obéissance absolue , un bon vouloir à toute épreuve ; c'est une belle page à insérer dans les annales de la médecine militaire. Si, depuis la capitulation, quelques reproches peuvent être adressés à un petit nombre, on ne saurait en accuser que l'extrême lassitude de trois mois d'un travail excessif et la surexcitation due aux événements douloureux dans lesquels nous avons été, les uns et les autres, acteurs, témoins et victimes.
En résumé. Monsieur l'Intendant, les médecins signataires de l'article ignoraient que l'administration se fût occupée de l'objet du débat (elle s'en était occupée à si petit bruit), et je ne pense pas que cette ignorance dût leur mériter un blâme bien sévère; je ne saurais même admettre qu'ils aient commis un acte contraire aux règles hiérarchiques ; car, si le règlement place les médecins du service hospitalier sous les ordres du sous-intendant mis à la tête de rétablissement, on ne peut en conclxu^e que le corps des officiers de santé soit, en totalité, placé sous les ordres du corps de l'intendance; il n'existe qu'une subordination individuelle et toute de fonction.
Pour en terminer permettez-moi, Monsieur l'Intendant, de vous conseiller de ne donner aucune suite à cette affaire. Pourrais-je empêcher la polémique de se continuer, peut-être même de prendre
un caractère fâcheux ? Quant à une plainte au ministre, elle ne pourrait avoir aucun résultat, comprenant une collection nombreuse d'individus, non un^ f)tersoiinaUté déterminée.