POUR LES MALADES
Il semblerait qu'à Metz on eût pu faire des expériences concluantes au sujet des abris les plus avantageux aux malades, tant ces abris ont été variés et soumis aux influences du chaud , du froid , de Thumide. Il n'en est cependant pas ainsi; tous les locaux, sauf quelques exceptions qu'on peut négliger, ayant été encombrés ont tous également souffert de cet encombrement, et les causes d'erreur seraient nombreuses si l'on voulait comparer entr'eux les résultats obtenus dans les constructions en pierre, dans les baraques ou sous la tente.
Nous ne pouvons, néanmoins, perdre le fruit d'une expérience, même imparfaite, et, rapprochant ce que nous avons vu ici de ce que nous avons pu voir ailleurs , peut-être arriverons-nous à quelques conclusions utiles»
Un hôpital en pierre, bien construit suivant certaines règle?, suivant certaines formes et dispositions
PARALLÈLE ENTRE LES MODES D'ABRIS* i95
intérieures et extérieures, déterminées par Thygiène et par Tart des constructions, est assurément le meilleur asile qu'on puisse offrir aux malades et blessés. Le bâtiment en pierre est mis facilement à Tabri du chaud, du froid, de l'humidité, ou du moins des brusques variations atmosphériques. Des murs et plafonds blanchis à la chaux, ou mieux, peints à rhuile ou, ce qui serait mieux encore, stuqués, des planchers cirés, donnent peu de prise aux miasmes, et une ventilation habilement ménagée chasse incessamment ceux qui voltigent dans l'air. Ainsi disposée, une salle d'hôpital s'infecte difficilement, et dans ce cas il faut toujours en accuser ou l'incurie ou d'impérieuses nécessités. Mais l'infection, quand elle existe, tient moins à la salle elle-même qu'au mobilier, tables, bancs, lits, draps et couvertures surtout. L'évacuation par les malades et le mobilier, une iai^e aération , des fumigations , des lavages simples ou à l'aide des désinfectants connus, un blanchissage à la chaux ou une couche de vernis, ramènent bientôt la salle à sa salubrité normale et permettent de la rendre au service.
Les bâtiments consacrés exceptionnellement à un usage hospitalier, ayant été construits pour répondre à d'autres besoins, sont généralement défectueux. Cependant, il y a bien des degrés, entre le bon et le mauvais. A Metz, la manufacture des tabacs était fort bien disposée, sauf le rez-de-chaussée, ainsi que nous l'avons dit. Les casernes, nous le savons aussi, constituent de mauvais hôpitaux, mais ce discrédit, dont nous les frappons, est vrai surtout à l'égard des vieilles casernes, construites à une époque à laquelle les règles de l'hygiène étaient peu connues, surtout peu appréciées. Les casernes modernes sont mieux
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conçues, et la plus moderne de toutes, à Metz, la caserne du génie, laisse peu à désirer pour constituer un bon hôpital ' .
Je ne sais pourquoi quelques hygiénistes rejettent, d'une manière générale, les dortoirs des lycées, pensionnats, séminaires. Il est évident que ces dortoirs, destinés à la jeunesse, qui a besoin de respirer largement un air pur, doivent être disposés de manière à donner pleine satisfaction à ce besoin. S'ils ne sont pas jugés bons pour les malades, ils doivent être jugés mauvais poiu* les élèves. A Metz et à Montigny, j'ai visité tous les dortoirs transformés en ambulances ; j'en ai trouvé de parfaitement convenables ; mus il en est aussi de m^l aérés, et qui appellent de grandes modifications. Ces appréciations s'appliquent également aux salles d'école ; elles ont gênéralement une aération insuQîsante, mais ne sont peuplées que pendant quelques heures de la journée. Nous avons eu dans ces conditions, à Metz, de bien mauvaises -ambulances.
On n'a point eu, à ma grande satisfaction, recours aux églises , quoique la question ait été vivement agitée. Les églises constituent, par-dessus tout, de détestables hôpitaux. Froides et humides, elles n'ont jamais qu'une aération insuffisante. C'est dans les églises que la pourriture d'hôpital, que le typhus, lorsqu'il règne, font le plus de ravages. On ne sait où y placer les ser^'ices accessoires.
On avait proposé l'appropriation du grand marché-
II y a liTiitcanï, J'arrivais en garnUoni Tulle avec un bataillon lia i}" riïginiunt du ligoe, qu'on logeait dans une caserne neuve et jiiKqu'ulora inoccupée. Je fus frappé des bonnes dispositions de c* msgniQque li&limcnt <\m, lui aussi, ferait au besoin un excellent
hflpilal.
couvert au service hospitalier. Lldée ne m'a point semblé heureuse. Ce bâtiment, que chacun connaît à Metz, aurait offert tous les inconvénients d'une église et certains défauts qui lui sont propres. On n'aurait pu en faire un mauvais hôpital qu'avec de grandes dépenses, en provoquant des plaintes et ijoulevant des inquiétudes dans un des quartiers les plus populeux de la ville.
Un certain engouement s'est emparé des médecins, depuis quelque temps , en faveur des baraques-hôpital. Les résultats obtenus en Amérique par ce mode d'hospitalisation sont séduisants, je l'avoue, mais ils ne m'entraînent pas. L'armée des États-Unis a étjé exempte des épidémies dues à l'infection ; on en ^ fait honneur au baraquement des blessés. Aurait-elle été plus malheureuse dans de bons hôpitaux en pierre? Je l'ignore, mais je ne le crois. pas.
Dans les guerres qui, depuis quelques années, ont ensanglanté le monde, pressé par la nécessité, on a élevé des baraques, plus ou moins artistement édifiées, partout, où les blessés étaient nombreux et où les locaux manquaient. Je n'y vois qu'un avantage, mais il est de premier or^re, c'est la rapidité de letur construction.
L'été, les baraques sont désagréables à hîibiter; l'hiver, elles ne sont pas du tout habitables. La simple planche qui sépare le dedans du dehors n'est pas une protection suffisante contre les effets de la conductibilité du calorique ; dans les temps froids, c'est à peine si les poêles peuvent y entretenir une température supportable, même peur ceux qui en sont voisins. Le bois de sapin, presqu'exclusivement employé à ces constructions, est l'un des plus hygrométriques, il s'imprègne d^humidité et la laisse suinter
lïfi PARALLÈLE ENTRE LES MODES D'ABRIS.
dans la baraque ; il se gonfle, tandis que par la sécheresse il se contracte au point de laisser des ouvertures entre les joints des planches.
Le plancher subit cet inconvénient et livre passage, avec la même facilité, au vent extérieur et aux liquides de l'intérieur qui viennent imbiber et contaminer le sol, ce plancher fùt-il appliqué sur le terrain lui-même, ou, comme on l'a fait à Metz avec raison, à 50 centimètres au-dessus.
La toiture en planches est mauvaise à tous points de vue. La couvre-t-on d'une feuille de zinc? Elle constitue un bon abri contre ta pluie, mais elle augmente les inconvénients du chaud et du froid. Le chaume forme, au contraire, une excellente couverture, mais, sans parler des dangers d'incendie, la paille est ordinairement précieuse à la guerre ; on n'aurait pu s'en procurer en suffisante quantité, à Metz, pour couvrir l'ambulance du Polygone.
Je n'ai parlé, jusqu'ici, que du baraquement le plus simple, le plus élémentaire, composé de planches juxtaposées ou superposées en écailles. Mais on construit aussi, quand le temps et les circonstances le permettent, des baraques en torchis, soit entrp deux planches, soit entremêlé à une sorte de clayonnage donnant à la baraque sa forme et sa solidité. Celles-ci sont meilleures que les précédentes, et, d'une manière générale, la baraque est d'autant meilleure qu'elle se rapproche davantage de la construclion en pierre.
Au point de vue de l'infection, qui nous préoccupe surtout, la baraque, quelle qu'elle soit, est mauvaise. Les planches employées sont presque toujours inégales , eaquilleuses , et les miasmes , gazeux ou liquides, adhérent aisément, soit aux parois, soit au
plancher. Parles fentes inévitables de celui-ci, s'écoulent, sur le sol sous-jacent, tous les produits morbigènes de la salle.
La baraque exige de grands soins d'entretien, et si elle reçoit de nombreux malades, il faut la détruire après quelque temps de service. Quand les parois intérieures sont maçonnées et crépies, il faut leur faire subir les moyens connus d'assainissement plus souvent qu'aux murs lisses des bâtiments en pierre.
A Gallipoli nous avions des baraques infectées. Â l'hôpital temporaire de Gul-Hané (Constantinople) nos baraques, qui avaient subi l'encombrement, l'étaient après quelques mois de service. Â Metz, elles Tétaient après deux mois.
On pourra m'objecter les baraques de l'hdpilal militaire d'Alger (jardin du Dey) qui, élevées immédiatement après la conquête , y ont survécu plus de 30 ans. Ces baraques étaient en partie maçonnées ; cependant l'infection s'y fit souvent seatk^ et l'on devait les soumettre à de fréquents moyens d'assainissement. Enfin, on les remplaça, lorsque des motifs économiques ne s'y opposèrent plus, par des constructions en pierre; ce qui prouve, au moins, que, par ces dernières, on pensait faire mieux.
Nous ne citerons que pour mémoire les abris dits bonnets de police. Ils sont, en tout point, mauvais et insuffisants ; la nécessité seule peut en justifier l'usage momentané.
En résumé, baraquez vos malades et blessés lorsque le besoin l'exige; mais évitez tes mauvaises saisons. Un baraquement temporaire près d'un hôpital peut être utile pour désemplir l'établissement infecté, mais seulement pendant le temps indispensable à l'assainissement des bâtiments.
Je recommande un excellent abri pour là belle saison. Une charpente légère, dont toutes les pièces mobiles peuvent être facilement démontées, transportées et ajustées, est adossée, soit à une muraille, soit à une paroi de planches. Sa toiture, en planches aussi, est, autant que possible, couverte de chaume ; le sol eu est sablé. La face antérieure et les faces latérales sont ouvertes et garnies de rideaux en toile goudronnée, mobiles sur des tringles ; ils peuvent, à volonté, être fermés ou rester ouverts.
Il serait à désirer que tout hôpital eût un pavillon semblable, au milieu d'un jardin, pour y placer quelques malades ou blessés, qui, fatigués d'un long séjour au lit, çnt besoin de respirer l'air extérieur et de voir autour d'eux de la verdure et des fleurs. Dans ce cas, la construction étant permanente, les supports en bois seraient avantageusement remplacés par le fer.
Par les jours pluvieux, mais non froids, que da malades, jusque-là réduits au monotone séjour de la salle commune, viendraient y installer leurs jeux et moyens de distraction.
Les wagons de chemin de fer, dont on a largement usé à Metz, font de mauvaises ambulances, et il ne faut y recourir, ainsi qu'on l'a fait, qu'en cas d'urgence. Comme les baraques, ils subissent largement l'influence du chaud, du froid, de l'humidité, de Tinfection ; de plus, le service y est incommode et difficile.
Les tentes ont eu, ont encore de chauds partisans. Ceux-là, je crois, n'ont jamais habité sous la tente. Comme ressource extrême ou pour des cas exceptionnels, je l'admets ; mais ce mode d'abri, tant pour l'homme valide que pour le malade , est loin d'avoir
mes sympathies. Les inconvénieuts relatifs aux influences atmosphériques se présentent au plus haut degré sous la tente, et j'en appelle aux vieux soldats do l'Algérie. Ils vous diront que souvent ils s'exposaient à la pleine ardeur d'un soleil torride pour échappei* à la fournaise de la tente.
Signalerai-je le grave inconvénient du vent s'ongouflrant sous la toile, et couvrant les aliments de poussière, avec tous les produits qu'elle transporte?
La tente est, non moins que la baraque, sujette à l'infection. La toile s'imprègne des miasmes avec une grande facilité, et le sol qu'elle recouvre est bientôt contaminé par des produits morbifères de toute nature. A l'ambulance sous tentes, créée à Trianon après la guerre de la commune, on avait eu la pensée de disposer un plancher sous chacune d'elles. Cette innovation me paraît médiocrement heureuse, par les motifs indiqués déjà. J'aurais préféré le gazon existant, ou une couche de sable qu'on aurait pu enlever et renouveler à volonté.
Le meilleur moyen, le seul peut-être à opposer à l'infection des tentes, est de les changer fréquemment de place, à la condition même de ne point en dresser sur un emplacement antérieurement occupé. On ne saurait croire combien un sol infecté conserve longtemps ses funestes propriétés de transmission morbide. Je tiens de mon excellent collègue et ami Méry, qu'en Crimée on avait cru d'abord suffisant d'abattre une tente pendant quelques jours, de laisser exposer au grand air la toile et le terrain, pour détruire les miasmes typhiques. L'expérience a démontré le contraire. Mieux vaudrait qu'une tente qui a servi dans des conditions au moins douteuî?cs ne fût plus de longtemps mise en service;
202 PAnALLÈLE KNTUE LES MODES D'ABRIS.
mais les besoins d'une grande ambulance permettent rarement d*agir ainsi. A Metz, nous avons toujours été dans la nécessité de nous servir des mêmes tentes, toujours sur le même terrain; heureux encore quand on pouvait laisser à la tente et au sol quelques jours de repos.
On a considérablement varié la forme des tentes , et toutes ne présentent pas la même somme d'avantages et d'inconvénients. Les plus grandes sont les meilleures et, en général, la préférence doit être accordée à celles qui développent le moins de toile relativement à l'espace qu'elles occupent. Nous avons vu à la Société internationale française des tentes excellentes, dont la face antérieure peut être relevée, partiellement ou en totalité.
Nous croyons pouvoir recommander aussi la tente prussienne. Elle mesure 24 mètres de longueur sur 8 mètres de largeur, et comprend trois divisions. Celle du milieu, de 47 mètres, est destinée aux malades ; à l'une des extrémités sont logés les infirmiers, l'autre sert de dépôt pour le matériel d'exploitation.
La tente conique , usitée dans l'armée française , peut cependant constituer un bon abri lorsqu'elle est double, c'est-à-dire composée de deux tentes superposées, laissant entre leurs toiles un intervalle de 20 à 30 centimètres. La double tente n'est pas plus à l'abri de Tinfection que la tente simple, mais elle protège mieux contre les influences atmosphériques. On s'en est bien trouvé à Trianon, mais on n'a pu le faire à Metz.
Quoi qu'il en soit, la tente, simple ou double, demande à être largement ouverte et, autant que les conditions extérieures le permettent, sur deux faces opposées. La toile inférieure doit être relevée tous
PÂllÂLLÈLË ENTRE LES MODES D' ABRIS. 20*3
les jours poux' permettre le balayage, par le vent, de tous les miasmes qui s'y déposent. Il faut s'abstenir avec soin d'y creuser le sol, usage dont on a reconnu les pernicieux effets en Crimée. Il est inutUe d'ajouter qu'elle réclame un minutieux entretien de propreté et que la paille, si les malades n'ont pas de lits, doit être fréquemment changée, ce qui n'a pu être convenablement fait à Metz * .
Un certain nombre de tentes, dans chaque hôpital, seraient toujours utiles, à défaut des abris que j'ai recommandés plus haut; on les élèverait dans les cours ou jardins, pour quelques cas de maladies infectieuses dont le voisinage peut être un danger, ainsi que pour certains états chroniques qu'on voudrait soustraire , pendant quelques heures de la journée, à la respiration continue de l'air des salles.
Mais, quel que soit le mode d'abri dont on puisse ou veuille disposer, il est une prescription dont on ne doit jamais s'écarter sans nécessité. C'est que l'espace occupé par l'ambulance soit clos et soustrait à l'invasion des curieux et des indifférents. C'était un spectacle étrange et affligeant que celui de nos am-^ bulances en plein vent, largement accessibles à tous et à tout. Boire, manger y arrivaient à profusion, et sur notre Esplanade, par exemple, pas un jour ne se passait sans qu'on vît, parmi les blessés, des scènes d'ivresse ou des affections intercurrentes dues à des excès de gourmandise. Les casernes et autres ambu-
' J*ai souvent entendu plaindre ces pauvres malades couchés sur ta paille, G*est peut-être, cependant, le mode de couchage le plus avantageux, le plus hygiénique, dans les conditions d'encombrement qui peuvent faire craindre Tinfection. Dans ces cas, la paillasse est préférable au matelas, qui se transmet à une succession de malades : elle s'infecte plus lentemeni, et on la change à volonté.
lances temporaires, dans lesquelles était établi un va-et-vient continu, présentaient des faits de même nature, mais en moindres proportions. L'hôpital militaire et la manufacture purent seuls rester fermés et ne s'ouvrir que devant des visiteurs connus.
8PÉGMLEMENT AU POIH DE VCE DE Ll UPITIIUTIO.Y DE METZ.
Article 1^^,
Les ambulances et les hôpitaux militaires seront reconnus neutres et, comme tels, protégés et respectés par les belligérants aussi longtemps qu'il s'y trouvera des malades ou des blessés. La neutralité cesserait si ces afiibulances ou ces hôpitaux étaient gardés par une force militaire.
Définissons tout d'abord quelques termes employés dans cet article.
Neutre^ neutralité (du latin neuter, ni Tun ni Tautre). Ces expressions, appliquées aux établissements, sembleraient indiquer que les ambulances créées près des armées ont pour but de recevoir et soigner indistinctement les blessés, amis et ennemis. (Les blessés ne sont plus ennemis ; il serait plus juste de dire les blessés de Tenuemi.) Il paraîtrait, ainsi, qu'elles dussent être organisées suivant des principes communs à toutes les armées, présentant, dans Tune
et dans Tautré, des conditions identiques ou tout au moins analogues, des ressources de même nature. Seulement alors le mot neutre serait complètement exact. Mais il n'en est point et ne peut en être ainsi : chaque armée a ses ambulances distinctes, organisées d'après des principes différents suivant les nations, et destinées à recevoir ses propres blessés. Les victimes du champ de bataille ne sont point indistinctement transportées dans les unes et dans les autres ; les blessés de l'ennemi n'y sont admis qu'accidentellement et lorsqu'ils sont trop éloignés de leurs ambulances, auxquelles ils sont renvoyés dès que les circonstances le permettent. Les Sociétés dites internationales créent seules des ambulances essentiellement neutres ; encore cette neutralité estelle souvent, et à bon dj'oit, suspectée par l'une des parties belligérantes.
Quoi qu'il en soit de cette question grammaticale, en vertu de cette prétendue neutralité, les ambulances et hôpitaux sont protégés et respectés par les belligérants. Quel sens doit-on attacher à ces deux expressions? — Respecter la chose d'autrui,. c'est ne commettre aucun acte capable de lui nuire, de lui causer un dommage. Ce mot représente une idée purement passive. Protéger cette chose, c'est s'opposer à ce qu'il soit commis un acte capable de lui nuire, de lui porter dommage. Ici l'idée est essentiellement active ; elle impose une plus grande extension aux devoirs des belligérants à l'égard des ambulances et des hôpitaux. Ces deux expressions, ainsi définies, tracent l'étendue des obligations des parties adverses à l'égard de tout ce qui touche au sort des blessés.
Sous la dénomination d'ambulances on comprend des établissements temporaires, créés uniquement
en vue des besoins de la guerre, tandis que les hôpitaux sont permanents, destinés, dans toutes les circonstances de paix ou de guerre, au traitement des malades et blessés. Les ambulances se subdivisent elles-mêmes en ambulances volantes et ambulances sédentaires ou fixes ; les unes suivent les mouvements des armées, se tiennent le plus près possible du combat, reçoivent les blessés recueillis directement sur le champ de bataille et les évacuent au plus tôt sur les établissements sédentaires les plus voisins. Les ambulances fixes sont de véritables hôpitaux, si ce n'est qu'en raison de la rapidité qui, le plus souvent, a présidé à leur installation , si ce n'est aussi qu'en raison des locaux défectueux dont on dispose à cet effet; elles présentent ordinairement moins de bien-être pour les blessés, moins de ressources pour leur traitement.
Les ambulances volantes courent au-devant des blessés; les ambulances sédentaires, mais non permanentes, les reçoivent sur des points peu éloignés de l'action ; l'hôpital, établissement permanent, attend les malades et blessés, quelle que soit leur origine, de quelque point qu'on les dirige. Il est évident que cette division n'est pas toujours applicable aux armées. Les hôpitaux et ambulances ont, à Metz, rendu les mêmes services.
En résumé, si les ambulances volantes ou sédentaires et les hôpitaux offrent de notables différences dans le sens administratif, ils ont tous une même destination, l'abri des malades et blessés en vue de leur traitement.
La convention de Genève ne considère que cette destination, et les uns et les autres jouissent de la neutralité, quant aux malades et au personnel qui
t>08 LÀ CONVENTIOX DE GENÈVK.
leur est affecté. Nous verrons plus loin ce qui, dans cette question, concerne le matériel.
Les . ambulances sédentaires ont domié lieu à d'autres difficultés, qui n'ont été qu'imparfaitement résolues dans les additions faites à la Convention. A quel chiffre fixer le nombre de malades nécessaire pour constituer une ambulance ? Chacun peut, à son gré, ouvrir chez lui ou dans un local privé un asile aux blessés, dans l'espoir de jouir du bénéfice de la neutralité. On pourrait donc voir des ambulances ne renfermant que trois, deux malades, même un seul. A ce compte, chaque maison de la ville de Metz était une ambulance, et la ville entière avait droit à la neutralisation. Que seraient devenus les moyens d'action de l'attaque, si Metz avait subi un siège, et que les assiégeants eussent respecté, dans toute sa rigueur, la Convention de Genève?
Qu'une action meurtrière s'engage aux abords d'un village, et les environs de Metz en ont offert plus d'un exemple, les blessés encombrent bientôt toutes les maisons. Cependant, les besoins de la défense, non moins que ceux de l'attaque, ne sauraient guère y avoir égard; il faudrait que le vainqueur renonçât à poursuivre sa victoire ou que le vaincu ne pût songer à reconquérir ce qu'il a perdu.
De telles entraves n'ont pu être dans la pensée <ies signataires de cette convention.
On est convenu de considérer comme ambulance tout local renfermant 6 malades au moins. Les auteurs de la publication municipale Le Blocus de Metz, n'ont indiqué que les ambulances réunissant au moins 10 malades. Nous avons également adopté ce chiffre.
La durée du temps pendant lequel un établisse-
ment ou une maison particulière doit jouir de la neutralité peut être encore une source d'embarras. Les hôpitaux et ambulances conservent des malades aussi longtemps que les médecins jugent que ceuxci ne peuvent être transportés sans danger. Ce serait là un moyen facile et pratique de jouir de la neutralité pendant toute la durée de la guerre ; mais les vainqueurs ont toute facilité pour déjouer cette combinaison. Nous avons vu à Metz les ambulances évacuées, au gré et sur Tordre des médecins prussiens; je ne pense pas cependant que, sur ce point, on puisse les accuser d'avoir manqué à la Convention, qu'on doit respecter dans son esprit, mais qui serait souvent inapplicable dans son expression absolue.
Le second alinéa du premier article manque de précision. Il est peu d'hôpitaux ou d'ambulances de quelqu'importance auxquels on n'attache une force militaire à titre de garde de police. La supprimer serait livrer ces établissements au désordre et à l'anarchie, autoriser la sortie des malades, l'entrée des étrangers, un mouvement illicite de matériel du dedans au dehors ou du dehors au dedans, situation fâcheuse pour la responsabilité médicale non moins que pour la responsaî)ilité administrative.
Mais cette obligation a été prévue dans les développements donnés à la convention, et cette garde n'est point considérée comme une force militaire. Les Français et les Prussiens l'ont fait, et Ton ne saurait, sur ce point, incriminer ni les uns ni les autres.
Article 2.
Le personnel des hôpitaux et ambulances comprenant Vintendance \ les services de santé, d^ administration, de transport des blessés, ainsi que les aumôniers, participera au bénéfice de la neutralité lorsqu'il fonctionnera et tant qu'il restera des blessés à relever et à secourir.
Cet article est bien vague, surtout en ce qui concerne certaines catégories de fonctionnaires.
L'intendance, aux armées, est chargée d'un service multiple, et l'ambulance n'est pas, à beaucoup près, la plus importante de ses attributions : subsistances et transports, cette double obligation suffit à absorber tous les instants d'un intendant d'armée, d'un sousintendant de division. Que les vivres manquent à la troupe, et une immense responsabilité lui incombe. Mais qui lui demandera compte des détails de l'installation d'une ambulance? Il se repose de ce soin sur des hommes spéciaux qu'il est appelé à diriger, mais que, le plus souvent, il dirige d'une manière plus fictive que réelle. En thèse générale, il est reconnu que moins le sous-intendant se mêle de l'ambulance (je parle surtout ici des ambulances actives, ambulances volantes), mieux elle fonctionne. On le comprend aisément. Absorbé par d'autres soins, il ne peut que rarement y paraître , plus rarement encore en suivre la marche et les opérations ; souvent alors il délègue son autorité à un adjoint sans expé-
' On trouve ici une influence toute française, car, parmi les signataires de la Convention , ce n*est guère qu'en France que rintendance est considérée comme partie intégrante du personnel hospitalier.
rience, à un jeune capitaine aspirant à l'intendance, encore moins expérimenté. Ce qu'ils ont de mieux à faire, c'est de laisser agir les médecins, les officiers d'administration, qui ont toute leur vie pratiqué les ambulances et joignent à leur expérience celle de leurs devanciers.
Quoi qu'il en soit de cette digression, l'intendance doit-elle être couverte par la Convention de Genève?
Oui, si un fonctionnaire de ce corps est surpris par l'ennemi dans l'exercice même d'attributions touchant à l'ambulance, parce que, dans ce cas, s'il était tué ou fait prisonnier, il le serait en vertu de ses fonctions auprès des blessés et malades; non, s'il est occupé à des soins étrangers à ceux-ci, parce qu'alors il rentre dans la catégorie des hommes chargés d'offices divers près des armées, sans rapports avec les blessés, parce que sa mort ou sa captivité ne laisserait point ceux-ci en souffirance. A ce titre, je ne pense pas qu'on puisse invoquer la Convention en faveur de l'intendant d'une armée, par la seule raison que l'administration des ambulances entre dans ses attributions.
La situation de ces fonctionnaires, depuis la capitulation de Metz, a été diversement interprétée par les occupants. Les sous-intendants des divisions actives ont difficilement fait reconnaître leur neutralité, et plusieurs ont été prisonniers de guerre. Ceux qui étaient attachés à la place ont été plus heureux. Celui des sous-intendants qui avait dans ses attributions la direction administrative des ambulances de la place, jouit sans contestation de cette immunité ; mais la question resta quelque temps indécise à l'égard des fonctionnaires chargés d'autres services. Il est évident qu'ils ne pouvaient être admis à la neu-
tralilé que par une disposition toute bienveillante du vainqueur, complètement indépendante de la convention. L'intendant sut l'obtenir pour lui et le personnel administratif placé sous ses ordres.
La question portée sur les ofQciers d'administration de l'intendance ne peut soulever aucune difficulté. Leurs attributions sont diverses comme celles des fonctionnaires auxquels ils sont attachés; ils doivent suivre leur sort. lisent joui, après la capitulation de Metz, et dans les mêmes conditions que leurs chefs, du bénéfice de la neutralité.
Il est manifeste que les officiers d'administration des subsistances, du campement, n'y avaient aucun droit ; ils ne l'ont obtenu que grâce à l'active intervention de leur chef.
Les aumôniers fonctionnant dans les ambulances sont seuls compris dans la Convention de Genève. Cependant la neutralité doit leur être accordée lorsqu'ils exercent leur ministère sur les champs de bataille. Ce serait, en effet, une application bien rigoureuse de la lettre que d'arracher ces hommes à leur mission toute pacifique et essentiellement internationale. Le prêtre qui vient, sous la mitraille ennemie, prodiguer aux mourants les derniers secours de la religion, a droit, assurément, au même respect que le médecin, et, dans ce cas, le constituer prisonnier serait entraver l'exercice de la plus noble, de la plus sainte des missions.
Les officiers d'administration du service des hôpitaux ne sauraient être séparés des médecins, dans la question qui nous occupe. Ils assurent aux malades le vivre et le couvert et aux médecins la plupart de leurs moyens d'action. On a objecté, il est vrai, que leurs aptitudes administratives pourraient, au besoin,
recevoir une autre application ; on a dit aussi qu'ils exercent un commandement effectif sur des hommes armés. Ces objections sont sans valeur ; la première ne s'applique qu'à des services éventuels qui ne les confondraient jamais avec les combattants ; pour la seconde, les hommes auxquels commandent ces officiers ne sont point eux-mêmes combattants et l'arme qu'ils portent n'est , en r{uelque sorte, qu'un complément d'uniforme. Les infirmiers militaires portent ces armes en temps de paix, comme les autres soldats, sans qu'il naisse dans la pensée de personne qu'ils puissent être appelés à s'en servir. Cependant, dans les guerres d'Afrique et dans toutes celles dont une des parties belligérantes n'est point engagée par la Convention, ces armes leur sont nécessaires, dans quelques circonstances, pour la protection des malades et pour leur propre sûreté. Elles peuvent être défensives, jamais offensives.
Les infirmiers sont donc neutres, au même titre que les médecins, les pharmaciens et les officiers d'administration des hôpitaux, au service respectif desquels ils concourent dans leurs attributions subalternes.
Nous avons réservé le service médical pour lui donner de plus grands développements. Le personnel de santé, médecins et pharmaciens, est le plus incontestablement couvert par la Convention de Genève. Dans aucune circonstance de leur vie militaire ils ne peuvent recevoir d'autre mission que celle de soigner et panser les malades et blessés. Attaquer leur position serait attaquer les malades eux-mêmes.
Les médecins considèrent -ils cette, neutralité comme un privilège? Loin de là; ils la subissent
t^arce qu'elle leur est imposée, et j'ai reçu, après la capitulation, de nombreuses protestations des médecins des ambulances et des corps de troupes, qui réclamaient le droit de suivre leurs camarades officiers de l'armée, ou de continuer leurs soins aux malades prisonniers de guerre.
On m'avait annoncé l'intention d'un grand nombre de médecins militaires de m'adresser, à ce sujet, une protestation collective. Ayant fait connaître que je n'accepterais que des lettres individuelles, j'en reçus cinquante- trois, reproduisant, avec de légères variantes, le texte suivant :
« Je, soussigné, médecin. . . attaché à. . . déclare, en mon propre et privé nom, protester contre la Convention de Genève qui sépare les officiers de santé du reste de l'armée. Je suis prêt à subii* le sort des autres officiers. ]>
Tout en applaudissant au sentiment très-honorable qui avait dicté les termes de ces lettres, sentiments qui sont aussi les miens, je ne me reconnus point le droit d'y donner suite : d'abord, parce que cette Convention, qui ne peut être blessante pour notre dignité, nous lie, puisqu'elle a été adoptée par notre gouvernement et par les chefs de l'armée ; ensuite, parce que si 330 officiers de santé environ, qui constituaient le personnel sanitaire de l'armée du Rhin, eussent été emmenés en Allemagne, les armées de l'intérieur, formées où à former, en eussent éprouvé un dommage réel et qu'un des services de guerre les plus importants fût resté en soufifrance. Les médecins ayant acquis l'expérience de la chirurgie pratique et des maladies de l'homme de guerre, ne s'improvisent pas et les médecins civils, appelés temporakement au service des armées ne sauraient
les remplacer, quel; que fût , d'ailleurs, leur talent et leur zèle. Au point de vue de l'utilité, la position qui nous est faite est donc la plus désirable.
Ces lettres n'étaient, en réalité, que le résultat d'un sentiment chevaleresque, mais irréfléchi. D'ailleurs, en quoi la Convention de Genève pourrait-elle atténuer l'estime et Taffection que nous porte l'armée, puisqu'elle nous a été imposée et n'a été nullement réclamée par aucun de nous? Nous nous sommes séparés avec douleur de nos camarades, officiers et soldats, mais en les voyant s'éloigner, nous avions, du moins, l'espoir que, malades, ils ne trouveraient autour d'eux en Allemagne que des amis empressés à adoucir l'amertume de leur situation.
La neutralité des médecins est- elle aussi réelle que la Convention semble le supposer. Ils ne sont point tués sur les champs de bataille, du moins avec intention ^ ; ils ne sont point passibles des prisons de l'ennemi *; voilà tout. La neutralité absoltie exige-
* Des faits douloureux sont venus, dans cette g^uerre, infirmer la neutralité des médecins. A Gravelotte, M. Beurdy, médecinmajor de i^ classe, porteur du brassard, a été tué dans son ambulance même et dans Texercice de ses fonctions ; un cavalier l'a percé de sa lance. Aux diverses affaires qui se sont passées devant Metz et dans d'autres batailles encore, plusieurs officiers de santé ont disparu. Comme on n'a plus reçu de leurs nouvelles, il est évident qu'ils ont été tués; un médecin de la Société internationale a été tué à Sedan. Sans oser imputer ces derniers faits à des actes intentionnels, ils accusent, du moins, le manque d'instructions suffisantes données aux combattants. Chaque soldat, dans toutes les armées, devrait connaître la Convention de Gepève.
' Une ambulance française internationale a été, cependant, retenue prisonnière à Gravelotte. C'est un fait grave qui ne s'explique que par des raisons militaires d'une haute importance, prévues par l'acte additionnel de la Convention de Genève.
rait bien plus encore, non pas dans rintérèt des mé^ decins eux-mêmes, mais dans Tintérêt des malades. Précisons. Les médecins étant neutres, il ne peut y avoir entr'eux ni vainqueurs, ni vaincus; ils doivent avoir des droits égaux dans la détermination du sort réservé aux blessés, à quelque nationalité qu'ils appartiennent. Il serait équitable que les médecins des deux armées, réunis dans une place prise ou livrée, fussent placés sous la direction hiérarchique du plus élevé en grade ; il serait juste, au moins, que lorsqu'il s'agit du sort des vaincus, l'élément vainqueur ne fût pas seul représenté et qu'une commission mixte fût chargée du soin de régler ces précieux intérêts. Il n'en est point ainsi. Lorsque la Prusse eut, à Metz, à établir la répartition des malades ou convalescents devant être considérés comme propres ou impropres au service, et, à ce titre, prisomiiers de guerre ou renvoyés dans leurs foyers, cette tâche délicate fut confiée aux médecins allemands, sans aucun contrôle des médecins français, sans qu'ils eussent même voix consultative.
La capitulation de Frescaty, faisant application de l'article 2 de la Convention, établissait que « tous les médecins militaires, sans exception, resteront en arrière pour soigner les malades et blessés. »
Cette expression, resteront en arrière, était mal choisie ; il était plus naturel , puisqu'il s'agissait non d'une situation générale, mais d'une situation déterminée, de dire resteront à Metz, ainsi qu'il a été fait. On aurait, de la sorte, évité bien des difficultés nées d'une fausse interprétation de ce membre de phrase.
On a contesté aux signataires de la capitulation le droit de régler ainsi la position des médecins, con-
trairement aux dispositions de l'article 3 de la Convention, ainsi conçu :
Article 3.
Les personnes désignées dans V article précédent pourront, même après Voccupation par Vennemi, continuer d remplir leurs fonctions dans V hôpital ou ambulance qu'elles desservent, ou se retirer pour rejoindre le corps auquel elles appartiennent. . Dans ces circonstances, lorsque ces personnes cesseront leurs fonctions, elles seront remises aux avant-postes ennemis, par les soins de V armée occupante.
Il est certain que le mot pourront, du premier alinéa, semble laisser à ces personnes le choix de continuer leurs soins aux malades, ou de se retirer. Voyons, cependant, à quelles conséquences aurait entrsuné l'exécution littérale de cette disposition. L'immense désir manifesté par la grande majorité des médecins militaires de quitter Metz au plus tôt, ne laisse pas douter que les ambulances n'eussent été de suite désertées, car les médecins de la place avaient les mêmes droits au rapatriement que ceux qui venaient du dehors, et les 21000 blessés ou malades accumulés dans nos ambulances restaient sans soins. On ne saurait donc contester que les signataires de cet acte eussent non-seulement le droit, mais le devoir d'agir ainsi qu'ils l'ont fait.
Le médecin en chef a toujours fixé lui-même le chiffre et l'époque du rapatriement des médecins dont la présence cessait d'être utile au service des malades et blessés, et l'autorité prussienne accordait des sauf-conduits aux personnes indiquées sur une
liste dressée à cet effet. Un jour, cependant, ces sauf-conduits furent refusés, ou du moins ajournés. Sur quel motif était fondé cet ajournement? Je l'ignore .
Je trouve, à ce sujet, le passage suivant dans un commentaire sur la Convention de Genève :
(( Jusques à quand les personnes désignées dans l'article 2 séjournent-elles chez Tennemi? La Convention ne le précise pas et leur laisse la faculté de rester ou de se retirer quand bon leur semble. Elle admet implicitement que Ton peut compter sur leur dévouement et sur leur désir de se rendre utiles, pour guider leur choix conformément à Tintérét des blessés. Mais l'article i^^ additionnel * est plus catégorique, et il devait l'être du moment qu'il imposait au personnel sanitaire l'obligation de rester à son poste. Après avoir posé ce dernier principe, il était nécessaire de faire une réserve pour le cas où le personnel hospitalier excéderait les besoins du service, car il est évident qu'on ne songeait pas à l'y astreindre sans nécessité. Il ne continuera donc que dans la mesure des besoins à donner ses soins aux blessés et aux malades de sa nation, mais ce sera toujours lui-même qui sera juge de cette mesure et de l'opportunité de sa retraite.
» Quand nous disons que le personnel neutralisé
' Cet article est ainsi conçu : « Le personnel désigné dans l'article 2 de la Convention oontiiluera, après Toccapation par rennemi, à donner, dans la mesure des I)esoins, ses soins aux malades et blessés de Tambulance ou de Thôpital qu'il dessert.
j» Lorsqu'il demandera à se retirer, le commandant des troupes occupantes fixera le moment de ce départ, qu'il ne pourra, toutefois, différer que pour une courte durée en cas de nécessités militaires. »
appréciera lui-même sa situation, ce n'est pas que nous estimions que ce droit appartienne à chacun des individus qui le composent. La subordination liiérarchique subsistera dans chaque groupe sanitaire, même chez l'ennemi, et là, comme ailleurs, ce sera toujours la volonté des supérieurs qui prévaudra. Plus on s'éloignera du jour de la bataille moins les besoins seront nombreux, et ainsi le chef d'hôpital graduera proportionnellement, à son gré, la diminution du personnel placé sous ses ordres, en le renvoyant peu à peu auprès de son armée.
» Le retour ne s'effectuera pas, cependant, sans que le commandant des troupes occupantes en ait été instruit et l'ait ratifié. On conçoit très-bien, en effet, qu'à un moment donné il puisse considérer ce renvoi comme nuisible au succès de ses opérations, si, par exemple ^ les gens qui veulent se retirer sont initiés à quelques préparatifs que l'ennemi doit ignorer à tout prix. Comme les intérêts stratégiques doivent primer les mesures humanitaires et, à plus forte raison , celles de simple convenance , il a bien fallu admettre que, quoiqu'un général ne puisse pas mettre obstacle au départ du personnel sanitaire tombé entre ses mains , toutefois , en cas de nécessités militaires , il aiu'a le droit de le différer, mais pour une courte durée seulement, c'est-à-dire tant que dureront ces nécessités, qui sont passagères par essence, et ne se prolongent pas au delà de quelques jours. »
Article 4.
Le matériel des hôpitaux militaires demeurant soumis aux lois de la guerre, les personnes attachées à ces hôpitaux ne pourront, en se retirant,
emporter que les objets qui sont leur propriété particulière.
Dans les mêmes circonstances , au contraire, Vam^ bulance conservera son matériel.
Ainsi, tandis que le matériel des hôpitaux devient la propriété du vainqueur, le matériel des ambulances reste à la nation à laquelle il appartient. Le matériel de l'hôpital militaire de Metz resta légitimement aux Prussiens; celui des ambulances de Tarmée active fut rendu à la France. Jusqu'ici pas de discussion possible.
Mais quels étaient les droits respectifs à l'égard du nombreux matériel des ambulances disséminées dans toute la ville et qui, à bien prendre, n'étaient que des succursales de l'hôpital militaire, édifiées ou organisées en raison et en proportion de son insuffisance; qui, cependant, eu égard à leur existence temporaire et tout à fait provisoire, n'étaient que de véritables ambulances dans l'acception administrative du mot? L'établissement du Polygone appartenait à la ville; les vainqueurs n'y touchèrent pas. Quant aux ambulances dépendant de l'administration de la guerre, tout le matériel, du reste de médiocre valeur, resta la propriété des Allemands.
Mais ici j'aborde une question qui a soulevé parmi nous des tempêtes.
A la date du 10 novembre M. Fuzier, médecin en chef du quatrième corps, me remettait la note suivante, relativement à l'article 4 :
« Considérant que, lors de la reddition de Metz, les malades et le personnel des ambulances des corps d'armée ont été répartis dans les diverses ambulances établies provisoirement dans la ville et séparés de leur matériel ;
LA CONVENTION DE GENÈVE. 22i
» Que le matériel de ces ambulances des corps d'armée, actuellement confondu en grande partie avec le matériel de guerre, est aujourd'hui dispersé et pourrait, par abandon, être perdu pour le service médical français;
» Que dans le matériel des ambulances en général doit être compris celui des nombreux asiles de malades, improvisés dans la ville ;
» J'ai l'honneur de vous adresser les demandes suivantes :
» 1° Que le matériel de l'hôpital militaire soit seul soumis aux lois de la guerre ;
» 2<> Que par les soins d'une commission des membres qui composent une ambulance de quartier général, le matériel des ambulances soit immédiatement rassemblé et reconstitué dans tous ses éléments (caissons de chirurgie, de pharmacie, en nombre réglementaire pour chaque corps d'armée, voitures de transport, voitures Masson, cacolets, litières);
» 3^ Que les mulets affectés au transport de ces diverses voitures et au service des cacolets, mulets, indûment versés à l'armée prussienne, reviennent en notre possession légale ;
» 4° Qu'à défaut d'un nombre suffisant de mulets ou de chevaux pour le transport au loin de ce matériel, de promptes mesures soient prises pour que, déposé en lieu de sûreté, il puisse être ultérieurement mis en mouvement, quand il y aura lieu ;
» 5^ Qu'un inventaire soit immédiatement dressé du matériel des ambulances de la ville, pour que, lors de l'évacuation des malades, ce matériel soit respecté et puisse être également enlevé ;
j) 6*> Qu'enfin, en toute circonstance, un procèsverbal constate aussitôt, s'il y a lieu, toute infraction
à la Convention de Genève, concernant, soit les blessés et les malades, soit le personnel, soit le matériel. »
Je donnai de suite connaissance de cette lettre à M. le Sous-Intendant chargé des hôpitaux et ambulances, pour appeler son attention sur les questions importantes qu'elle soulève; j'en fis aussi l'objet d'une communication au médecin en chef de la garnison prussienne, qui me répondit aussitôt, au nom de M. le Gouverneur, qu'il reconnaissait la légitimité de ces revendications, et qu'il y serait fait droit, la Prusse n'ayant nullement l'intention de s'approprier ce qui ne lui appartenait pas, soit en vertu des lois de la guerre, soit en vertu des conventions ; qu'en ce qui concerne les mulets, une restitution pécuniaire serait faite pour ceux qui ne pourraient être rendus.
Quelques jours après, le 16 novembre, on lisait l'article suivant dans un des journaux de la localité :