‹ Histoire médicale du blocus de MetzChapitre 42 sur 56 · BOULONGNE · texte numérisé non relu

BOULONGNE

brusquement arrêtées par un corps dur, os, pièce de monnaie, etc., elles se divisent en fragments; cela fit croire, pendant la dernière guerre, à l'emploi de balles explosibles. Le fait s'explique par les effets du choc et aussi par la fusion probable du métal. Le projectile, brusquement arrêté, subit la chaleur intense qui résulte du mouvement supprimé. Des expériences nombreuses ont constaté ce phénomène qu'un médecin allemand, M. Mûhlhauser, avait déjà signalé.

PROCKS-VKUBAUX DES CONFÉRENCES. 361

Conférence du 26 septembre.

OKDRE DU JOUR :

I^ Situation médicale de la place; armée et population ;

2« L'état sanitaire tend-il à s'aggraver ou à s'améliorer ?

3<* Quelles sont les maladies dominantes ; leur mai'che ? — diarrhée et dysenterie , fièvre typhoïde , état typhoïde, typhus, scorbut. Ce dernier existe-t-il dans la place? — Variole;

4° Conditions qui donnent ou semblent donner naissance à ces maladies ; — eaux, miasmes, alimentation, conditions atmosphériques;

5^ Blessés. État général des plaies. Complications : — pourriture d'hôpital, gangrène, tétanos; amputations primitives et secondaires. Résultats.

M. le Médecin en chef. Le principal but de cette réunion est d'arriver à la connaissance, aussi exacte que possible, de l'état sanitaire de l'armée campée sous Metz et de la population renfermée dans cette ville. Si le nombre des malades augmente sensiblement il ne paraît pas en être de même de la gravité des maladies régnantes. Quoi qu'il en soit, il importe que le commandement soit éclairé sur ce point. Dans quel sens se sont donc modifiées, depuis quelque temps, les conditions médicales auxquelles est soumise la population?

M. Méry, Il est incontestable que ces conditions s'aggravent de jour en jour ; l'atmosphère est de plus en plus viciée par la grande agglomération d'hommes et surtout de blessés réunis dans nos murs. On en trouve une preuve évidente dans l'état sanitaire de la

:WJ2 PHOCÈS-VKHBAUX DES CONFÉRENCES.

population civile, beaucoup moins satisfaisant que dans ces temps derniers.

M. Didion a pu voir clairement dans son service, aux hôpitaux civils, l'invasion des fièvres continues et de la fièvre typhoïde.

M. Blanvillain a remarqué, au contraire, qu'à la caserne d'artillerie, dont il a la direction, la constitution médicale est en voie d'amélioration.

M. Gouget n'est pas aussi heureux à l'ambulance de la manufacture des tabacs ; il y constate l'extension et les progrès de la variole et des affections typhoïdes.

En somme, l'état sanitaire varie suivant les établissements; mais d'une manière générale et d'après l'avis de la majorité de l'assemblée, les conditions sanitaires semblent se modifier dans un sens favorable.

Ces indications générales données sur la constitution médicale, M. le Médecin en cfccf propose d'examiner successivement chacune des maladies régnantes. Et d'abord, quelle marche suivent les diarrhées et les dysenteries? Ces maladies sont-elles de nature distinctes, ou des phases différentes d'une même affection?

M. Didion n'a pas remarqué, depuis quinze jours, de modifications dans la marche de ces maladies.

M. Michaux, au contraire, a observé une notable extension de l'une et de l'autre.

M. Marchai (Eugène) a fait la même observation, mais ces affections lui ont paru, le plus souvent, sans la moindre gravité.

M. Dexpers. La diarrhée et la dysenterie semblent ici une seule et môme maladie ; rien de plus commun que de voir ces deux états se substituer l'un à l'autre chez les mêmes malades.

PROCÈS-VEKBAUX DES CONFÉUENCES. 3(33

M. Gouget fait remarquer qu'il ne faut pas confondre la diarrhée sanglante avec la dysenterie ; la première de ces affections guérit comme la diarrhée simple ; la dysenterie véritable, infiniment plus grave, donne lieu à une plus grande mortalité, ce qiii n'est pas le cas actuel.

M. Chabert a observé, à l'ambulance du jardin de Boufflers, de nombreux cas de diarrhée, mais pas de dysenterie ; depuis quelques jours les premières diminuent de fréquence.

M. Vézien. La diarrhée qui, à l'ambulance de l'École d'artillerie, avait pris une certaine extension, a complètement disparu depuis quelques jours ; mais il existe dans cet établissement deux cas de dysenterie.

M. Masnou partage l'opinion de M. Gouget au sujet de la dysenterie et de sa gravité. Il a vu, dans son service, au magasin d'artillerie, des diarrhées devenir sanglantes au moindre écart et revêtir une gravité remarquable; ce n'étaient point des dysenteries. Il attribué ce fait aux fâcheuses conditions des locaux et surtout au froid qui règne dans les salles.

M. le Médecin en chef s'est ému de cette situation. Il a obtenu de l'administration qu'une couverture de plus serait donnée aux malades de cette ambulance.

En résumé, des différentes opinions émises sur la question des affections intestinales, il semble résulter que la situation est stationnaire ou s'améliore dans l'armée et qu'elle s'aggrave un peu dans la population.

Toutefois M. Méry reconnaît qu'il est bien difficile de formuler à ce sujet une proposition générale, le développement de ces affections dépendant presque exclusivement des conditions locales de milieu, de

3G4 PUOCÈS-VKHBACX DES CONFÉRENCES.

couchage, d'alimentation. Ainsi, à l'ambulance du palais de justice, les malades, bien couchés et bien nourris, n'ont pas eu de diarrhées.

Cependant M. Richon, parcourant les ambulances particulières', a noté dans une seule une petite épidémie de diarrhée ; c'est à l'ambulance Pidancet, Tune de celles qui fonctionnent dans les meilleures conditions (chambres vastes et aérées au premier étage, lits en petit nombre, nourriture de bonne qualité).

M. Marchai (de Mondelange) dirige deux établissements : dans l'un , l'école supérieure, les malades sont beaucoup mieux couchés et mieux nourris que dans l'autre, une salle du Polygone. Cependant c'est à l'école supérieure que la diarrhée se présente avec le plus de fréquence, de gravité, et avec de plus nombreuses récidives. Parmi les conditions de mUieu il en est certainement qui échappent à nos investigations ; elles rendraient sans doute compte de l'apparente bizarrerie de ces faits.

M. le Médecin en chef. On a remarqué que les ambulances sous tentes, elles-mêmes, n'ont pas échappé à l'infection diarrhéïque. Deux causes nouvelles se présentent dans ces établissements : ce sont, d'une part, le froid assez vif des nuits d'automne ; d'autre part , l'impossibilité presqu'absolue d'exercer sur le régime des malades une surveillance suffisante.

D'après M. Leplat ce fait ne ressort pas avec évidence à l'ambulance de l'Esplanade ; les cas de diarrhée et de dysenterie, après s'y être quelque temps multipliés, y deviennent moins nombreux depuis quelques jours.

La discussion se porte ensuite sur les différents

états compris sous les dénominations d'état typhoïde, fièvre typhoïde et typhus.

M. Didion voit depuis huit jours, dans les hospices civils, des entrées beaucoup plus fréquentes pour fièvre typhoïde ; c'est surtout parmi les gens récemment arrivés dans la ville, paysans, convoyeurs ; dans la population ancienne, Taccroissement de cette affection est beaucoup moins sensible.

M. Marchai (Eugène) observe, dans sa clientèle, un accroissement notable des cas de fièvre typhoïde ; la mortalité des jeunes enfants a surtout beaucoup augmenté.

M. Méry confirme cette observation. L'affection revêt une marche progressive qui, sans arriver encore à Tépidémicité, dénote une aggravation dans les conditions de vie de la population.

M. le Médecin en chef exprime le regret, au point de vue de la question du diagnostic différentiel du typhus et de la fièvre typhoïde, que les circonstances actuelles ne permettent de faire que de rares autopsies cadavériques.

M. Ëhrmann déclare qu'à l'hôpital militaire il n'a observé absolument aucun cas de typhus. Du reste, dans l'opinion de la majorité des membres de la conférence il n'existe pas de typhus à Metz.

M. Rizet déclare, cependant, qu'il y a un mois, lorsqu'il avait un service à l'ambulance des tabacs, il a observé chez trente ou trente-cinq malades des accidents caractérisés par de la prostration, du délire, des taches rosées, du ballonnement du ventre sans gargouillement ; que ces accidents lui semblaient réellement de nature typhique, et que, chez ces malades, la mortalité a été assez grande.

M. Webei% qui a succédé à M. Rizet dans ce ser-

\M]G PROCÈS-VKHHAUX DKS CONFKRENCKS.

vice, n'y a plus constaté que des états typhoïdes s'améliorantdc jour en jour, et dont deux, seulement, ont eu une terminaison funeste.

M. Gouget, dans le même établissement, a vu deux cas positifs de typhus.

Au Saulcy, dans le service de M. Baudouin^ les fièvres typhoïdes , d'abord fort nombreuses et d'une extrême gravité, se sont heureusement modifiées sous le double rapport de la fréquence et de la léthalité.

Il ressort de cette discussion que, s'il n'y a pas encore de typhus à Metz, il y a au moins une tendance marquée à l'apparition et au développement de cette maladie , en un mot, il y a menace.

M. le Médecin en chef. En face des circonstances défavorables auxquelles nous sommes soumis, y a-til à prendre de nouvelles mesures relatives à la prophylaxie ?

L'assistance est unanime à proclamer qu'il est surtout important de recourir à tous les moyens propres à faciliter une large ventilation. Quelques affections peuvent en souffrir, mais on doit passer outre en vue du bien général. Il faut enlever les portières des tentes, ouvrir largement les croisées des établissements hospitaliers. M. le Médecin en chef recommande à tous de veiller à la stricte exécution de ces mesures, dont l'importance ne saurait échapper à personne. Les malades se prêtent difficilement à cette large aération ; ils s'empressent de fermer les fenêtres qu'on vient d'ouvrir. Il ne faut pas craindre, «i c'est nécessaire, de briser quelques carreaux dans îes salles de malades, pour assurer l'aération qu'on ne peut obtenir ni par des ordres, ni par la persuasion.

MM. Goiiget, Leplat et quelques autres déclarent qu'on ne peut rendre les médecins responsables de rimparfaite exécution de ces prescriptions, vu que les infirmiers ne sont pas sous leur direction, et échappent complètement à leur autorité. Les médecins ne peuvent que donner des conseils et rendre compte à qui de droit s'il n'en est pas tenu un compte suffisant.

M. le Médecin en cfee/ reconnaît, dans une certaine mesure, la justesse de ces observations. Il ne peut que regretter des dispositions réglementaires si contraires au bien du service ; mais il provoquera des ordres tendant à faire cesser une pareille anomalie, au moins dans les conditions actuelles.

Quelques médecins des différents corps d'armée ayant signalé dans leurs rapports l'apparition du scorbut, M. le Médecin en chef demande si cette affection a été observée à Metz.

Deux médecins seulement constatent sa présence : M. Thierry de Maugras en a observé quelques cas bien caractérisés à l'ambulance de Ghambière ; M. Weber, deux cas à l'hôpital des tabacs ; mais ces derniers semblent résulter de conditions tout individuelles.

M. le Médecin en chef exprime la crainte que la diminution du sel dans les aliments ne prédispose, au moins, au développement de cette maladie, bien qu'on ait, mais à tort, attribué le scorbut des gens de mer à l'usage abusif des salaisons.

La variole suit, en ce moment, une marche ascendante assez accentuée. M. Gouget en a cent cas (ambulance des tabacs), parmi lesquels un certain nombre de varioles confluentes ou hémorrhagiques donnant lieu à une grande mortalité.

:jG8 procks-vkbbaux des conférences.

A l'hôpital militaire, M. Ehrmann en compte environ cinquante cas.

A Bon-Secours (population civile), on a reçu quinze cas en huit jours, la plupart très-graves.

Si, cependant, on tient compte du grand nombre (le militaires agglomérés dans et autour de Metz, ainsi que de l'augmentation accidentelle de la population, on voit que ces chiffres, bien qu'assez élevés, ne suffisent pas à dénoter une véritable épidémie.

Quant aux conditions spéciales aux blessés, on doit mentionner la fréquence des cas dHnfedion purulente. C'est à cette terrible affection qu'il faut surtout attribuer la grande mortalité qui a frappé et frappe encore les opérés dans la plupart de nos ambulances. D'autres insuccès sont attribuables au tétanos et à l'épuisement produit par la diarrhée ; ces deux causes de mort, de l'avis général, tendent à disparaître.

Ldi pourriture d* hôpital, observée dans presque tous les établissements, persiste, mais heureusement sans grande intensité. A l'ambulance des tabacs, M. Gouget n'a pas eu encore à déplorer cette affreuse complication des plaies.

L'ordre du jour étant épuisé, un médecin se plaint de l'imparfaite construction des toits des baraques du Polygone : il pleut dans les salles, au grand préjudice des malades qu'il serait urgent d'abriter d'une manière plus complète. Ce médecin ajoute que l'Administration des chemins de fer de l'Est avait proposé gratuitement des bâches, qu'elle offrait même de faire poser par ses ouvriers. Cette proposition a été refusée .

M. le Médecin en chef n'a pas connaissance de cette proposition et ne sait, par conséquent, de qui

émane ce refus, qu'il considère comme très-regretlable.

M. Sonrel fait remarquer que les rues de la ville laissent beaucoup à désirer sous le rapport de la propreté; il croit urgent de provoquer, de la part de Tautorité municipale, des mesures tendant à régu-^ lariser cette partie importante du service de la voirie.

M. le Médecin en chef reconnaît la justesse, en principe, de cette observation ; mais depuis la suppression dans Metz des eaux jaillissantes et courantes, il existe, pour l'entretien des rues, de grandes difficultés d'exécution qui lui ont été signalées par M. le Maire lui-même.

Un grand nombre de médecins se plaignent de la mauvaise qualité du pain distribué aux malades ; il est trop compacte et n'a généralement subi qu'une cuisson imparfaite. Dans ces conditions il est trèsindigeste et se couvre rapidement de moisissures.

Certains chefs d'ambulances se plaignent également de la suppression complète des légumes dans le régime de leurs malades. Ce régime, réduit à la soupe et à la viande qui a servi à faire le bouillon , est complètement insuffisant, surtout depuis que les circonstances ont forcé à réduire la ration du pain dans d'assez larges proportions.

Le Secrétaire de la conférence,

RiCHON.

(Le procès-verbal de cette séance a été adressé à M. le Commandant supérieur qui l'a transmis à M. le Maréchal commandant en chef.)

"LED-t-

SËAN€E8 Bh CONSEIL CENTRAL D'HYGIËNË

un DÉPAriTEMENT DE LA MOSELLE.

Xxtraits des procès-yerbauz.

22 JUILLET. — Présents: MM. le Préfet de la Moselle, président; Maréchal, maire de Metz, viceprésident; Monard, Scoute tten, Defer, Degott, Berveiller, Dieu, Grellois, Parisot , Duporq et Samson , membres du Conseil ; de Bouteiller, député de la Moselle ; Ehrmann , médecin en chef de l'hôpital militaire ; Pérot, sous-intendant militaire ; Isnard et Méry, médecins principaux d'armée en retraite; Géhin, secrétaire du Conseil.

M. le Préfet annonce que le but de la réunion est d'examiner les propositions faites par l'intendance militaire pour l'organisation d'ambulances et d'infirmeries où seraient reçus les malades de l'armée du Rhin.

M. le Maire fait l'exposé des négociations qui ont eu lieu entre l'intendance et la Commission administrative des hôpitaux civils de Metz. Il termine en

SÉANCES 1)1' CONSKIL CENTRAL l)'llY(;iÈNE. 371

disant : « J'ai eu Tlionneur de conférer de ce sujet » avec M. l'Intendant général de l'armée et de cher- » cher à lui démontrer l'impossibilité, pour les admi- » nistrations civiles, de prendre à forfait une sem- » blablc entreprise. Il n'en reste pas moins acquis » que toutes feront de leur mieux et que, dans les » limites du possible, leur concours est accordé avec » le plus patriotique empressement. J'ai rappelé » enfin à M. l'Intendant général qu'en 1844 il y a » eu, à Metz , 9000 décès militaires et 4506 décès » civils occasionnés, en partie, par l'encombrement » des malades. Il faut donc profiter des expériences » si chèrement acquises à Metz, en Grimée, en » Italie , et chercher à utiliser ce qui a si admira- » blement profité en Amérique lors de la guerre de » sécession... etc. »

M. le Maire donne ensuite quelques détails sur ce qui pourra être fait, à Metz , pour l'installation des ambulances.

M. Gréllois pense qu'il y aurait de graves incon* vénients à accepter l'offre faite par l'Administration des hospices de Metz de disposer, pour les blessés, 75 à 80 lits dans le rez-de-chaussée de l'hôpital Bon- Secours. C4ette proposition doit être repoussée , d'abord à cause du peu de ressources que le local peut présenter, ensuite par la considération de l'encombrement qui devra en résulter pour l'hospice Saint-Nicolas et, enfin, en raison du voisinage des malades de Bon-Secours. Aux bâtiments dont a parlé aussi M. le Maire, pour l'organisation des ambulances, on pourrait ajouter, peut-être, l'École d'application, qui permettrait d'installer environ 440 lits pour des officiers. La seule solution pratique et efficace consiste dans la construction de baraques isolées pou-

vaut contenir de 40 à 50 lits et placés soit au Ban- Saint-Martin, soit au Polygone. Il ne faut qu'en cas de nécessité songer aux tentes, à moins, toutefois, qu'on ne fasse usage de tentes doubles.

Comme médecin en chef de Thôpital militaire, M. Ehi^niann a eu l'occasion d'étudier la question sous toutes ses faces, de visiter les locaux et les terrains, et il en est arrivé aux appréciations suivantes : l'hôpital militaire peut recevoir 850 malades, dont 4 à 500 nouveaux ; le bâtiment des tabacs pourrait en loger 450, le séminaire de Montigny 120, Saint-Clément 120, la caserne du génie 450, mais tout cela réuni ne forme que 2000 lits, et il en faut de 4 à 5000. M. Ehrmann repousse le lycée à cause des conséquences ultérieures; le séminaire comme manquant d'air et de lumière ; le marché couvert comme trop au centre de la ville et plusieurs autres établissements proposés, pour le même motif, ou pour insuffisance ou mauvaise installation. Il faut donc avoir recours à une installation provisoire et sans hésiter il faut en arriver à faire ce que l'expérience a mis hors de conteste, ce qui a si bien réussi dans la guerre d'Amérique, et déjà même dans la guerre d'Italie: c'est la construction de baraques pouvant contenir de 40 à 50 lits, disposés parallèlement ou autour d'un centre commun où se trouvent les bureaux, les cuisines, la pharmacie, etc., tandis qu'aux extrémités se placent les services gênants pour la salubrité. Des baraques construites suivant un modèle que M. Ehrmann fait passer sous les yeux du Conseil (brochure publiée en 1870 par le D*" Stromayer, de Berlin), oflriraient toutes les conditions d'aération , de destruction facile en cas d'invasion du typhus, d'accroissement successif à mesure des besoins, etc..

&JàAxNCES DU CONSEIL CENTRAL D'HYGIÈNE. 373

L'emplacement le plus convenable serait la plaina du Ban-Saint-Martin , où 6000 hommes viennent de camper très à Taise pendant quelques jours. Voilà pour rinstallation matérielle à laquelle il convient de songer immédiatement. Quant au service, il faut absolmnent qu'il reste concentré dans des mains fermes et actives. II faut, de toute nécessité, une unité de vue pour Torganisation générale. Si le concours moral des sœurs de charité, et celui des femmes en général peuvent être pris en très-grande considération, il ne faut pas trop y compter pour un service chargé et continu.

M. Pérot ne voudrait pas voir la question se déplacer; ce qu'il était d'abord chargé de demander, c'est si la ville de Metz pouvait, comme vient de le faire la vill^ de Nancy pour 1500 lits, se charger du service absolu d'un nombre déterminé de malades, dans le cas où elle ne voudrait pas le faire pour les 4 ou 5000 qui sont prévus, de manière à laisser l'intendance militaire entièrement libre de porter toutes ses ressources dans la direction de l'armée. On a parlé de la caserne du génie, mais il ne sait pas si le commandement y consentirait ; car en cas de siège, cette caserne, étant voûtée, serait le seul refuge où des hommes fatigués par le service pourraient trouver un repos nécessaire. — Dans le cas où le système de baraquement proposé serait adopté, il faudrait d'abord savoir si le Ban-Saint- Martin peut être mis à la disposition du service des ambulances, et si, à son défaut, les terrains de Chambière, sur lesquels se trouvait la pyrotechnie, pourraient être utilisés de cette façon, ainsi que les bâtiments abandonnés qui s'y trouvent et qui pourraient rapidement être appropriés. Mais, dit encore

M. Pérot, ce ne sont pas là les dispositions qui nous conviendraient le mieux ; ce que nous cherchons, c'est notre plus grande liberté d'action , laquelle n'existe plus si nous devons conserver à Metz un personnel médical et administratif suffisant pour la bonne direction des services. Il ne faut pas non plus se préoccuper de ce qui arriverait si Metz était assiégé, car alors on évacuerait les malades du dehors et il n'y resterait plus que ceux de la place, lesquels trouveraient facilement à se loger dans les bâtiments visités par M. Ehrmann et dont il vient d'apprécier la valeur. Il est bon de dire, enfin, qu'il est arrêté qu'au fur et à mesure que les malades pourront voyager, ils seront dirigés par chemin de fer dans l'intérieur de la France, et que ceux qui seront entrés en convalescence et pourront se passer de soins médicaux réguliers, seront évacués dans les campagnes environnantes.

M. Scoutetten insiste pour que le marché couvert soit affecté au service des malades. Le froid n'y est pas à redouter, car, dans sa pensée, ce n'est pas là ce qu'il y a de plus nuisible aux blessés *.

En cas d'insuffisance des bâtiments, notre honorable collègue n'hésite pas à proposer l'emploi de tentes. Il a expérimenté ce système sur une large échelle en Crimée, et cette installation lui a paru préférable à celle des baraques, qui semblent cependant réunir le plus de suffrages.

' Je crains que notre savant et vénéré maître n'ait pas clairement exprimé sa propre pensée. Il n'ignorait certes pas que le froid est redoutable pour les blessés, qu'il les impressionne trèspéniblement et détermine une aggravation sensible dans la mortalité.

M. Maréchal repousse, comme MM. Grellois et Ehrmann, Tappropriation du marché couvert, et cela par les raisons qui ont déjà été données, el aussi parce qu'il est tout à fait inopportun, en raison des habitudes qui tiennent à l'alimentation de la ville. Prendre le marché couvert pour un service quelconque, c'est d'abord s'imposer de nombreuses indemnités envers les locataires dépossédés, c'est ensuite changer leurs habitudes et nuire ainsi à l'approvisionnement de la ville, alors que celui-ci devient à la fois plus difficile et plus nécessaire; c'est enfin obliger la ville à installer les marchés dans des lieux qui recevront peut - être d'autres destinations. Ainsi que le propose M. le Médecin en chef de l'hôpital militaire, un baraquement convenablement installé et muni d'un système suffisant de ventilation, lui paraît pouvoh: répondre à

tous les besoins , etc. Nous pouvons et nous

devons nous mettre immédiatement à l'œuvre , mais il faut que toutes ces questions d'emplacement et d'aménagement soient préalablement résolues par l'autorité militaire. Le Conseil municipal va en délibérer demain et , aussitôt après , le Comité d'hygiène pourra être réuni et arrêter la marche à suivre pour créer les services réclamés par l'intendance militaire.

M. Méry se prononce formellement pour la construction de baraques au Ban-Saint-Martin. L'expérience n'est plus à faire. En Crimée, les Anglais avaient des baraques, petites, légères et très-nombreuses, et c'est à peine s'ils ont eu 30 ou 40 typhiques ; les Français avaient des tentes de toutes sortes, et c'est par milliers que leurs malades mouraient du typhus. C'est donc, aujourd'hui, une affaire

jugée ; autant que possible, il ne faut pas d'agglomération dans des bâtiments : prohibition absolue des tentes et construction de baraques suivant le système américain proposé par M. Ehrmann.

M. Grellois dit que nous avons encore trois mois de belle saison, les premières baraques peuvent être construites légèrement, sauf à leur donner plus tard le complément qui sera jugé nécessaire. Comme M. Ehrmann, il est d'avis qu'il faut un service bien organisé et une main ferme pour en diriger toutes les parties. Il ne faut compter qu'accessoirement sur le dévouement des personnes étrangères au service des hôpitaux ; leur zèle dure peu et leur empressement crée, bien souvent, des embarras. Dans les premiers moments on éprouvera peut-être quelques difficultés, mais au bout d'un mois on trouvera facilement, dans l'armée, des hommes n'ayant que des blessures légères ou des convalescents qui feront volontiers le service d'infirmiers. Il faut donc que l'intendance organise ^entièrement ces services, sauf à recevoir de l'administration civile le complément le plus étendu en personnel, matériel et locaux.

M. Isnard a été chargé, lors de la campagne d'Italie, du service général des hôpitaux de Brescia, ville qui , moins importante que Metz , a néanmoins beaucoup d'analogie avec notre cité. Là il a acquis une expérience dont il est bon de citer quelques exemples très-utiles à mettre à profit. Brescia avait un hôpital central et quatre ou cinq petits hôpitaux ; tous les services avaient été disposés pour recevoir 1 200 malades et , dès la première affaire, il en est arrivé 5000 ; en quelques jours il y en avait 42000. On a été débordé de toute façon ; toutes les prévisions étant mises en défaut on a couru au plus

pressé et une grande partie des malades a été placée dans les églises, dans les casernes, chez les habitants, etc., partout enfin où Ton a pu. La mortalité a été considérable, dans les églises elle était effrayante et il a fallu les évacuer aussitôt ; c'est pour ces motifs qu'il repousse entièrement les églises comme devant servir à faire des ambulances. La population de Brescia a été admirable de dévouement : en une nuit elle a procuré 4 200 lits ; mais les femmes qui s'étaient proposées pour faire le service d'infirmières n'ont causé que des embarras et il a fallu les expulser des salles de blessés. Dans ces sortes d'affaires il n'y a que des hommes qui puissent être utilisés convenablement. Au bout de quelques jours il a fallu descendre les malades dans les cours pour leur faire respirer un air non infecté. On s'est mis à construire des baraques, on a évacué tous les convalescents, et c'est à partir de ce moment que la mortalité a cessé et que l'état sanitaire s'est amélioré au point qu'il n'y a pas eu de typhus, car il est bon d'insister sur ce point qu'on n'a pas le typhus quand on sait éviter l'encombrement. Les baraques contenaient de 40 à 50 malades, et elles ont rendu un immense service aux blessés dirigés sur Brescia. — Une autre observation importante concerne la direction à donner, à leur arrivée, aux malades. A Metz, ceux-ci vont entrer par une ou par plusieurs portes, il faut de toute nécessité qu'il y ait à chacune d'elles un médecin chargé d'examiner les arrivants et de les diriger vers l'hôpital ou vers la baraque qui sera affectée à la maladie dont ils seront reconnus atteints. Sans cette précaution préliminaire, il y aura de l'encombrement et une confusion préjudiciable aux malades et aux services généraux. — Enfin , dit

AS

378 SKANCKS DU CONSKIL CENTRAL D'HYGIÈNE.

M. l»nard, il faut aussi profiter des expériences faites en Crimée et en Italie, lesquelles sont relatives à la nationalité des blessés recueillis dans les hôpitaux. Au premier aperçu, il semble naturel de chercher à séparer les Français et les Prussiens, afin d'éviter des rixes ou des querelles préjudiciables à Tordre, à la discipline et aux malades eux-mêmes. C'est cependant tout le contraire qu'il faudra faire, car dans nos hôpitaux , nos Français sont admirables de résignation, de dévouement, d'entrain et de gaîté, et , bien des fois, c'est à ces précieuses qualités que Ton a dû de sauver des malades et de conserver le moral et le courage des blessés russes, italiens ou autrichiens. Autant que possible, cependant, les officiers devront être séparés, mais c'est là toute la distinction qu'il importe de faire. En résumé, dit M. Isnard en terminant, unité de direction, le moins d'agglomération possible, séparation dès le début des diverses affections, baraquement suivant le système américain et évacuation sur la plus large échelle des malades pouvant supporter le voyage et des convalescents ne réclamant plus qu^ des soins hygiéniques.

M. Defer: On parle de l'unité dans le service et d'une direction donnée aux soins médicaux, mais il ne faut pas oublier qu'il y a des médecins civils ayant des services réguliers, et il ne paraît pas possible de leur faire accepter la position qu'on semble leur préparer..., etc.

M. [Parizot juge nécessaire que l'on se préoccupe de deux] services également indispensables, celui des inhumations et celui de la concentration des secours de toute nature qui pourront être adressés de tous les points de l'Empire ou organisés à Metz , etc.

M. le Préfet pense que la question est suffisamment éclairée et résume le débat en proposant les conclusions suivantes, qui sont adoptées à l'unanimité :

1® Utiliser d'abord les bâtiments reconnus convenables par M. le Médecin en chef de l'hôpital mUitaire, à savoir : l'hôpital militaire pour 4 à 500 malades nouveaux ; le bâtiment des tabacs, à demander à l'administration des finances, pour 450 malades ; le petit séminaire de Montigny pour 120 lits ; peut-être encore l'École d'application, le grand séminaire, la caserne du génie, etc. ;

2® Laisser à l'intendance militaire le soin d'organiser les services généraux, sauf à recevoir de la municipalité le concours le plus étendu en médecins, en infirmiers, en ouvriers pour le baraquement , la literie, la centralisation et la répartition des secours, etc. ;

3® Négocier au plus tôt avec l'administration militaire pour savoir quels sont les terrains qu'elle met à la disposition du Comité pour la construction des baraques ;

4P Prier M. le Maire de convoquer immédiatement le Conseil municipal pour lui demander les crédits nécessaires pour faire, à l'administration de la guerre, les avances indispensables pour l'organisation des services qui vont lui être confiés;

5<> Enfin se mettre à l'œuvre aussitôt ces questions résolues, car les moments sont comptés et d'un jour à l'autre nous pouvons être pris au dépouiTu.

31 AOUT. — Présents : MM. le Préfet de la Moselle, président ; Maréchal , Monard , Scoutetten , Defer, Berveiller, Grellois, Dieu, Parizot, Duporq, Samson, membres du Conseil ; Pérot, sous-ii\tendant militaire ;

:J80 sk.vnces dl' conseil central d'hygiène.

Isuard et Méry, médecins principaux en retraite ; Géhin, secrétaix'e du Conseil.

M. le Préfet donne lecture du rapport adressé à M. le Maire de Metz par M. Geisler, conseiller municipal, chargé de la surveillance de Tambulancedu Saulcy. Dans ce rapport sont signalés les graves inconvénients qui se sont révélés dans l'installation et le régime actuel de cette ambulance *. C'est, ajoute M. le Préfet, pour répondre au vœu exprimé par M. le Maire de Metz, qu'il a convoqué extraordinairement à cette occasion le Conseil central d'hygiène , etc.

Comme membre du Conseil central et surtout comme médecin en chef des hôpitaux de Metz, M. Grellois demande à répondre à diverses assertions contenues dans la lettre dont il vient d'être donné lecture. La création de l'ambulance du Saulcy a été décidée le 17 août, le lendemain de la bataille de Gravelotte, mais elle n'a été ouverte que le 20 ; en ce moment la ville de Metz renfermait déjà 6000 blessés et 800 nouveaux étaient annoncés pour le soir ; il a donc fallu faire au plus vite. Après avoir examiné, sur les lieux mêmes, tous les emplacements propres à établir, hors de l'enceinte de la ville, une ambulance nouvelle, M. le Général commandant le génie de la place a décidé que l'île du Saulcy était le seul emplacement dont on pût disposer encore sans nuire aux nécessités de la défense. — Dans l'intérieur de la ville on a proposé d'utiliser les magasins d'artillerie de la place Saint-Thiébault et ceux de la rue des Prisons-Militaires ; mais ces locaux ayant été visités,

' Voir le procès-verbal de la séance du 30 août du Conseil municipal. — Blocus dejdetz, (Append. XXXV.)

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ont été trouvés obscurs, mal aérés, encombrés de matériel et peu propres à recevoir des malades..., etc. On a donc dressé des tentes dans l'île du Saulcy pour y recevoir surtout des blessés. Quant aux autres malades, fiévreux, typhoïques ou varioleux, il n'a pas été fait de choix ; mais comme les arrivants n'avaient pas reçu de soins depuis deux, trois, quatre et même cinq jours, il s'en est trouvé un plus grand nombre proportionnellement atteints de ces affections. D'ailleurs, continue M. Grellois, depuis quelques jours tous les varioleux ont été concentrés dans l'un des bâtiments de la manufacture des tabacs et il est tout à fait inexact de dire qu'on ait envoyé au Saulcy les plus infectieux des malades des autres ambulances. Une installation aussi rapide et si peu prévue, a certainement laissé beaucoup à désirer dès le début ; mais, en ce moment, le service médical est aussi assuré et le matériel aussi complet que partout ailleurs. On a aussi parlé de malades baignés dans l'eau, lors de l'averse du 20 août ; mais là encore il y a une grande exagération , ainsi que nous avons pu nous en assurer le 21 au matin. . . , etc. Enfin, dit M. Grellois en terminant, on a parlé de déjections dysentériques versées dans la Moselle. Que des faits de cette nature se soient accidentellement produits, dans les premiers jours, c'est possible ; mais alors on ne puisait pas l'eau dans la Moselle pour alimenter la ville de Metz et depuis, une consigne sévère a

interdit les approches de la rivière , etc.

M. le Sous-Intendant confirme les renseignements fournis par M. Grellois. Il ne croit pas possible de transporter les malades de l'ambulance du Saulcy dans les locaux de la ville dont il a été question, ni au Polygone de Ghambière, dans de nouvelles ba-

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raques à construire, ni dans le fort Miollis, M. le (4ommandant supérieui* du génie ayant formellement refusé tout autre emplacement que celui qui a été

adopté le 17 août , etc.

M. Géhin croit aussi qu'il y a eu de l'exagération dans quelques parties de la lettre qoi est soumise à l'examen du Conseil. Il a visité très-attentivement les lieux et les tentes de l'ambulance du Saulcy, et voici ce qu'il a constaté aujourd'hui même. D'abord il est loin de partager la satisfaction * de M. le Médecin en chef et celle de M. le Sous-Intendant. Certainement il y a plus de 200 mètres entre le point où se vident les déjections dans la Moselle et celui où, près de la place des Roches, fonctionnent les pompes de la ville depuis la coupure de l'aqueduc de Gorze ; sans doute aussi les vents régnants à Metz sont ceux du sud-ouest et du nord-ouest, surtout en cette saison, et ni les uns ni les autres ne portent sur la ville les émanations du Saulcy ; mais il n'en est pas moins vrai que toute cette ambulance laisse considérablement à désirer. Ainsi , à part l'emplacement du manège de l'Ecole d'application, qui ne semble pas trop mauvais, tous les terrains environnants sont fangeux , peu perméables, composés en grande partie de décombres rapportés de la ville. On a placé sur ces terrahis les tentes sans ordre ni

I Je ne sais, en vérité, où Thonorable M. Géhin a vu , chez M. Pérot et chez moi , des marques de satisfaction. Nous n'avons jamais trouvé la situation du Saulcy satisfaisante, mais nous avons pu dire, et je le répète ici , qu'elle n'était pas moins satisfaisante que celle des autres ambulances, tant pour elle-même que pour la sécurité de la ville. Les unes et les autres laissaient considérablement à désirer, mais on ne pouvait faire mieux. Il a été répondu ailleurs aux observations qui suivent.

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discernement ; les malades y sont très-mal installés et ne témoignent nullement la satisfaction dont on a parlé. A côté du terrain si malencontreusement choisi , se trouvent des jardins dont le sol naturel , perméable, en pente, bien exposé, convenait on ne peut mieux pour y établir des tentes ; pourquoi a-t-on réservé ces terrains? Rien ne semble l'indiquer. On a aussi parlé d'une consigne sévère pom' empêcher les hommes d'aller sur les bords de la Moselle ; cette consigne n'est pas exécutée, je l'ai vu violer en plein midi , et à trente pas du seul factionnaire chargé de la faire respecter, par deux malades non dysentériques , etc. Quant au service médical, il est

vrai que dans la journée du 30, ce service a été fait dans l'après-midi par des chirurgiens appartenant à l'armée qui campe devant Metz ; mais depuis il n'a plus été fait que par les médecins attachés à l'ambulance du Saulcy ; or, de ces trois médecins, deux sont malades et l'autre a fait seul le service pendant le jour et pendant la nuit ! Avec la meilleure volonté du monde, on ne saurait considérer comme suffisant un pareil service quand il s'agit de 900 à 950 malades \ Abandonnant l'ambulance du Saulcy, M. Géhin constate que les vents régnants à Metz, en cette saison, sont ceux du sud-ouest ; or la ville de Metz se trouve précisément sous ce vent après qu'il a passé sur l'Esplanade, le palais de justice, l'École

' Jusqu'au 24 le chiffre des médeeins était de 10 à 11. J'ai dû alors en déplacer quelques-uns pour faire face à de nouveaux besoins, mais aux époques indiquées par Tauteur de ces réflexions ils étaient 6, et n'ont jamais été moins, mes registres, tenus à jour, en font foi. Ce chiffre était d'ailleurs insuffisant. En ce qui concerne le service éventuel dû aux médecins des régiments, nous en avons parlé ailleurs.

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d'application, la caserne du génie, Tévêché, la maîtrise, etc., bâtiments qui sont tous encombrés de malades; il y a donc là une situation fâcheuse, et il proteste contre le projet de placer de nouveaux malades dans les wagons disposés sur la place

Royale , etc. Si, enfin, on prend en considération

le nombre des ambulances qui existent à Metz , on est frappé de n'en trouver, en dehors de l'hôpital militaire, que six établies dans les bâtiments de l'administration de la guerre, tandis qu'il y en a dix-neuf dans les maisons religieuses, quatorze dans celles des administrations civiles et sept dans des maisons particulières.

M. Grellois reconnaît qu'il y a quelque chose de fondé dans les observations qui précèdent, mais, pour lui , il ne saurait en prendre la responsabilité. L'administration supérieure a décidé ; et si les locaux et le personnel ne sont pas suffisants, il faut faire la part de l'imprévu, de la nécessité, des besoins de la défense et de ceux des services généraux ,etc.

M. Isnard veut bien reconnaître qu'en général les ambulances sont installées dans d'aussi bonnes conditions que possible, mais au Saulcy il est loin d'en être ainsi. Il y a là un mélange peu rationnel de typhoïques, de dysentériques, de blessés et de fiévreux qu'il serait facile de modifier en mettant au Polygone les malades auxquels les tentes conviennent moins qu'aux blessés , etc. *.

M. Maréchal regrette que les nécessités de la défense aient amené successivement, pour le service

'* On peut voir à la correspondance combien M. Isnard , personnellement , a fait opposition à Tenvoi des fiévreux au Polygone (page 289).

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des ambulances, rexclusion des locaux environnant la ville, et qu'il en soit ainsi résulté un encombrement général et l'absorption successive de presque tous les bâtiments départementaux et municipaux , tandis que l'administration de la guerre en possède encore qui, suivant l'avis d'hommes compétents, pourraient être utilisés pour cet objet. Comme M. Isnard, il regrette aussi qu'on n'ait pas continué la construction des baraques en Chambière; car, d'après les résultats obtenus jusqu'ici , il est permis de penser que les malades seraient mieux là que partout ailleurs, ce qui éviterait pour l'intérieur de la ville le fâcheux état de choses qui existe aujourd'hui..., etc.

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