CHAPITRE IX. a
incompartiblement plus avantageuse sous le rapport des subsistances , dont les ennemis n'auraient point manqué dans une contrée à la vérité peu fertile, mais qui n'ayant point encore servi de théâtre de la guêtre , aurait présenté des ressources suffisantes pour un simple passage d'armée. L'on ne comprend pas non plus pourquoi Napoléon faisait marcher ses corps à de si grandes distances l'un de l'autre. S'il avait partagé son armée en différentes colonnes, suivant à la même hauteur les chemins de traverses qui courent parallèlement à la grande route, l'on aurait pu croire qu'il se divisait ainsi pour agrandir la sphère de son approvisionnement dans cette contrée ruinée; mais échelonnant, comme il le fit , les différents corps sur la même route , il ne remédiait en rien à la pénurie des vivres, et ne faisait qu'exposer isolément les corps à l'attaque des masses russes qui les côtoyaient. Nous avons vu que dans les journées de Krassnoï, l'armée ennemie paya cher cette faute de son chef. L'empereur des Français est d'autant moins excusable dans cette circonstance , qu'il ne fit qu'aggraver cette faute par sa marche de Smolensk sur Krassnoï , tandis qu'il ne dépendait que de lui d'en atténuer l'effet en se couvrant du Dnieper, dont son armée aurait dû suivre la rive droite , pour
238 CAMPAGNE DE l8l2.
se porter de Smolensk à Orcha. En s'épargnant la nécessité de passer le Dnieper la première fois à Smolensk, et la seconde à Orcha, il aurait bien compensé le retard que le mauvais état des chemins à la droite du Dnieper aiu:ait pu apporter à sa marche.
On ne peut trouver qu'un seul motif raisonnable à la conduite de l'empereur des Français : il faut supposer que désespérant de conserver l'armée qu'il avait si témérairement engagée dans les profondeurs d'un pays sans fond, il ne songeait plus qu'à assurer le salut de sa personne en prenant le chemin le plus connu et le plus court, et en sacrifiant tousses corps qui, disposés en échelons, faisaient les fonctions d'une arrièregarde destinée à couvrir la retraite de son escorte. Nous ne déciderons point si sa qualité de souverain l'autorisait à en agir ainsi , son retour au printemps dans les plaines de Lutzen le ferait croire ; mais au moins est-il sûr qu'un général ordinaire n'aurait pu le faire sans encourir l'indignation de ses contemporains et le blâme de la postérité. «
o En revanche, la conduite du maréchal Koutousof est digne des plus grands éloges. Sans se départir jamais du système de prudence qu'il avait adopté , et par conséquent sans rien donner au