CHAPITRE XIT
a mon empire ». Paroles mémorables qui monr Irent la noble confiance du monarque pour son peuple , et qui devaient dès - lors faire prévoir rheureuse issue de la guerre , en renfermant tout le secret des grands avantages obtenus par les Russes. En effet, dès que l'empereur de Russie adoptait la résolution généreuse de se résigner à tous les sacrifices plutôt que de capituler avec l'ennemi, la guerre d'invasion que Napoléon dirigeait contre un pays sans fond, devenait une entreprise absurde et son succès impossible.
L'homme qui après l'empereur Alexandre a le plus mérité de la patrie , est sans contredit le maréchal prince de Routousof. C'est à la profonde et constante sagesse de sa conduite que la Russie est redevable de sa prompte délivrance. Malheureusement il existe même parmi nous des hommes assez ingrats ou assez prévenus pour vouloir priver sa mémoire des justes hommages de la patrie reconnaissante, mais leurs efforts seront vains. La conduite du maréchal a été si belle , qu'elle peut affronter les recherches de la critique la plus sévère. Dans le fait, sous le rapport militaire , on ne peut lui reprocher que deux fautes, encore la première, qui est celle d'avoir livré bataille à Borodino , fut- elle nécessitée par des considérations politiques de la plus haute H. ag
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importance. Quant à la seconde , qui est le mouvement rétrograde du i4 octobre, de Malo-Jaroslawets à Gonczérowo, nous avouons qu'aucun motif satisfaisant ne peut la justifier. Mais on peut saluer du nom de grand le général qui dans quatre mois de la campagne la plus active n*a failli qu'une fois ! D'ailleurs en compensation de cette faute , que de belles conceptions , dont une seule suffirait pour établir la réputation d'un capitaine! La marche de la route de Kolomna sur celle de Kalouga , celle de Taroutino à Malo - Jaroslawets , la poursuite parallèle, la marche de Jelnia à Krassnoï, et les combinaisous savantes des combats de Krassnoï, feront toujours l'admiration des connaisseurs.
Routousof se montra d'autant plus habile, que, saisissant parfaitement le véritable esprit de la guerre, il sentit que la Russie combattait pour sa délivrance et non pour la gloire, et qu'il devait conséquemmeut sacrifier jusqu'à sa propre réputation, en se refusant souvent à profiter des belles chances que la fortune semblait lui offrir, pour se borner à ne frapper que des coups moins brillants , mais plus certains et moins chèrement achetés. La jalousie et d'autres passions tout aussi répréhensibles avaient pu ternir momentanément la gloire deKoutousof, mais