CHAPITRE XII
commençant les hostilités, mais qui cependant va perdre toute cette armée, parce qu'il a négligé ou dédaigné le grand principe de la base , qui seul peut assurer les opérations , consolider les conquêtes , et utiliser les succès obtenus sur le champ de bataille. Cette unique faute fait échouer une entreprise conçue par un des plus grands génies militaires qui aient jamais existé, et soutenue de moyens gigantesques fournis par la coopération d'une grande partie de l'Europe.
La Russie soutint dignement une lutte pénible. La nation montra toute sa grandeur, en allant au-devant des sacrifices que l'urgence des circonstances nécessitait. A la vue de la patrie en danger , tous les intérêts individuels , toutes les jalousies de castes se turent, et toutes les conditions, rivalisant de dévouement, se réunirent autour du trône. La nation entière , animée d'un même esprit, n'avait de pensée que pour hâter l'expulsion de l'étranger. Le cri de l'honneur national retentissait dans tous les cœurs, et dictait toutes les résolutions. Tous, depuis le seigneur le plus opulent jusqu'au plus pauvre cultivateur, couraient k l'envi porter à l'autel de la patrie l'offrande de leurs biens et de leur sang. Nous avons déjà vu que le gouvernement s'était
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même trouvé obligé de limiter les sacrifices que , dans la ferveur de leur zèle, les citoyens proposaient au-delà des besoins réels de l'état.
Mais c'est à l'empereur Alexandre qu'appartient principalement la gloire de cette belle campagne. Ceux qui ont médité sur les grandes leçons que présente l'histoire, savent que dans tous les événements importants l'on découvre une causée principale et dominante, dont l'influence décisive se fait sentir dans toute la marche des affaires. Les causes accidentelles et accessoires peuvent plus ou moins accélérer ou retarder le dénouement , mais elles ne peuvent le changer, car il est toujours réglé en dernier résullat par la cause principale. Les événements de 1812 ont pour cause principale la forte et magnanime pensée de l'empereur Alexandre de continuer la guerre à toute extrémité , sans se laisser ni intimider par les revers , quelque grands qu'ils pussent être, ni séduire par les propositions de l'ennemi , quelque avantageuses qu'il les fît. Cette pensée solennellement manifestée dans la lettre de l'empereur au maréchal Soltikôf , que nous avons insérée au ni* chapitre , s'y trouve exprimée dans ces termes : « Je ne poserai pas les armes tant qu^un seul €( guerrier ennemi restera sur le territoire de