CHAPITRE IX
Retraite définitive de Napoléon. — Combat de Wiazma. — Affaire de Liakhowo. — Napoléon à Smolensk. — Marclie du vice-roi par Doukhowtchina à Smolensk. — L'armée ennemie continue sa retraite. — Combat de Krasnoï.
Il n'y avait plus de doute enfin sur la retraite définitive des Français. Napoléonien se dirigeant sur Gjath, montrait c}u il n'avait plus d'autre projet que de regagner le glus promptement possible Smolensk et la ligne du Dnieper. Sa retraite commençait même déjà à prendre tout le caractère d'une fuite. Des cadavres d*hommes i et de chevaux morts d'inanition et de fatigue ; des débris de caissons sautés et de bagages que les ennemis faute d'attelages se. voyaient ré- ! duits à détruire eux-mêmes, signalaient déjà de- ; puis Borowsk les traces de leur passage. Dans( ces circonstances , il était clair que tous les soins du maréchal Koutousof devaient tendre a profiter de l'état désastreux de l'armée de Napoléon , pour augmenter autant que possible ses pertes , en midtipliant sur sa route les obstacles et les difficultés , et en la poursuivant sans relâche.
l8o CAMPAGNE DE l8l2.
Mais la manière d'exécuter cette poursuite n'était pas facile à régler. L'on ne pouvait pas suivre en masse la queue des ennemis, sans risquer de ruiner l'armée russe elle-même, en la conduisant sur une route déjà dévastée, et qui le serait encore bien plus après le passage des Français. D'ailleurs , une poursuite ordinaire ne présentait pas d'avantages assez décisifs, attendu qu'une arrière-garde, pour peu qu'elle soit bien conduite, ne peut jamais éprouver de grande perte. La chose paraîtra évidente, si l'on considère qu'une arrière-garde, pressée et rejetée sur son armée, se renforce à chaque pas rétrograde , puisqu'on la rapproche du gros de ses forces, tandis que l'avant -garde victorieuse s'affaiblit proportionellement en s'éloignant de son armée, qui, forcée de marcher plus lentement, se trouve bientôt hors de portée de la soutenir efficacement(i). Ces raisons déterminèrent le maréchal à s'avancer avec l'armée directement sur Wiazma pour menacer de prévenir l'ennemi sur sa ligne de marche , et de l'obliger par là à ime retraite
(i) Ce raisonnement parai^ sujet à contestation : une arrière-garde s'engage quand son armée s'éloigne; Tavantgarde qui poursuit est au contraire bientôt soutenue des colonnes qui la suivent. (Les Editeurs.)