CHAPITRE IV
Il ne fallut rien moins que la belle résistance du général Raeffskoï, dans la journée du 4 août, pour sauver les Russes qui , en rôdant dans les environs de Roudnia, avaient risqué de perdre leurs communications avec Moscou. En revanche, la résolution du général Barklay d'abandonner Smolensk mérite d'autant plus d'éloges, que dans cette circonstance il agit contre l'avis du prince Bagration et des principaux officiers des deux armées , qui croyaient à la possibilité de continuer à défendre Smolensk. Nous avons déjà rapporté les raisons qui ont fait décider l'évacuation de cette ville , à cause des justes appréhensions que l'on devait avoir pour la route de Moscou. Après l'abandon de Smolensk, la retraite prématurée de la deuxième armée au-delà du Dnieper était encore une faute qui ne put être réparée que par la bravoure que les troupes russes déployèrent à Loubino. La deuxième armée , au lieu de se retirer , devait prendre poste en avant de Loubino , pour masquer le mouvement des colonnes de la première armée. Des forces ftussi respectables auraient facilement arrêté l'ennemi , jusqu'à ce que tous les corps venant de Gorbounowo eussent défilé sur Bredikhino.
Nous pensons aussi que les généraux russes,
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après avoir dépassé Dorogobouge, auraient dû quitter à Jachkow la grande route de Moscou , pour aller se poster à Znamenskoïé, derrière rOugra , près de l'embranchement des deux routes de Dorogobouge et Wiazma, à Jouknow et Kalouga. Ce changement de ligne d'opérations présentait de grands avantages , et peut-être aurait encore sauvé Moscou. Napoléon n'eût point osé continuer à s'avancer directemeût sur la capitale, en laissant derrière lui toute l'armée russe. Il aurait craint de même de s'affaiblir en y détachant un gros corps , et les kosaques , que Ton aurait laissés sur la grande route de Moscou , et qui eussent été soutenus par les milices de ce gouvernement, se fussent bien trouvés en état de s'opposer à la marche d'un corps moins considérable. Ainsi Napoléon se serait vu contraint à faire l'impossible pour déposter l'armée russe de Znamenskoïé. En supposant que celle-ci, faute d'avoir reçu les renforts qu'elle attendait, ne se soit point encore trouvée en état de se mesurer avec lui, elle n'avait qu'à se replier lentement par Jouknow sur Kalouga, ou plutôt par Massalsk, Metchowsk et Gizdra sur Briansk. En se retirant dans cette direction, les Russes auraient continué à éloigner l'ennemi de Moscou, à l'attirer vers le midi, et à menacer sa communication