CHAPITRE IV- ÎI
Le lecteur aura remarqué que les opérations de Napoléon , rapportées dans ce chapitre, quoique plus habilement conduites que celles de la première période, ne sont point encore à l'abri de toute critique. A la vérité, sa résolution de tourner par leur gauche les armées russes , dont il avait remarqué l'incertitude dans leur marche sur Roudnia , ne saurait être assez admirée ; mais il ne profita point de tous les avantages que cette belle manœuvre devait lui procurer. Au lieu d'attaquer Smolensk le 5, il n'avait qu'à masquer cette ville par un gros corps , et porter le reste de son armée sur sa droite au-delà du Dnieper, pour attaquer la gauche des armées russes qui soutenaient la ville. Sa grande supériorité en nombre lui permettait de se diviser
ainsi sans danger. Son ar mée , en y comprenant
les corps du vice-roi et de Junot, présentait un total de là^o mille combattants. Quatre-vingt-dix mille hommes laissés à la gauche du Dnieper I eussent suffi pour empêcher l'armée russe de | déboucher de Smolensk et pour la retenir dans les environs de cette ville par de fortes démonstrations , tandis qu^^es j 5q miUerest ans , après avoir traversé le Dnieper dans les environs de Prouditchéwo , seraient venus fondre sur la gauche des Russes, dont la force totale ne montait
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u^ I20 m illft f;o\ nbattants. dont il faut encore déduire environ 20 mille employés à la défense de la ville. Le prince Bagration, qui se serait trouvé le premier exposé , aurait été culbuté facilement, et les deux armées russes se seraient vues rejetées sur Poréczié, hors de toute communication avec le cœur de l'empire. L'on peut encore reprocher à Napoléon de n'avoir pas mis assez de troupes à la disposition du maréchal Ney, destiné dans la journée du 7 à poursuivre les Russes, et de ne lui avoir point donné Tordre positif de se porter d'abord avec vivacité par la grande route de Moscou, afin de prévenir les Russes à Loubino, en quoi le maréchal français aurait probablement réussi , s'il n'avait pas commencé par faire un faux mouvement sur Gorbounowo.
Les opérations des généraux russes prêtent également à la censure. Le mouvement si bien ; combiné sur Roudnia, aurait pu avoir les plus / brillants résultats , s'il avait été exécuté avec vi- ( gueur et résolution; mais le général Barklay manœuvra au contraire avec une hésitation qui donna les moyens à l'ennemi, non-seulement de parer le coup dont il était menacé, mais même de placer l'armée russe dans une position périlleuse, en la prévenant devant Smolensk.