‹ Histoire militaire de la campagne de Russie en 1812Chapitre 138 sur 181 · CHAPITRE V. 3o · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 3o

même d'apprécier les hauts faits. Sage comme Fabius , artificieux comme le premier Philippe de Macédoine , il devait deviner et renverser les projets du moderne Annibal , qui n'avait que trop souvent triomphé jusqu'alors , par un heureux mélange de ruse et d'impétuosité; armes redoutables pour des adversaires d'un génie médiocre , mais qui ne pouvaient manquer de se briser contre la prudence éclairée du commandant en chef des Russes. Les nouveaux droits que Routousof venait d'acquérir à la reconnaissance publique , par la réduction de l'armée ottomane en 181T , et par la paix conclue si heureusement avec la Porte, le 16 mai 1812 , paix plus utile à la Russie que des batailles gagnées , l'avaient rendu l'objet de l'amour et de l'espérance de tous ses concitoyens. Les troupes l'adoraient avec d'autant plus de raison , que sans relâcher jamais la chaîne indispensable de la discipline , il avait grand soin de ne pas l'appesantir par des rigueurs outrées ni par des privations inutiles. Sa sollicitude vraiment paternelle envers ses subordonnés lui attachait tous les cœurs. En un mot , le choix que l'empereur avait fait de lui , réunissait les suffrages de tous les hommes bien pensants; et le petit nombre de ceux qu'une inimitié personnelle soulevait contre

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le grand homme , n'osait se déclarer contre lui , dans ce moment solennel où revêtu des marques les moins équivoques de la confiance de la patrie , il allait s'élancer dans la carrière immortelle que la Providence avait préparée à sa vieillesse.

La tâche réservée à Koutousof n'était pas

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facile. L'armée n était plus qu'à 170 werstes ( 5o lieues ) de Moscou. A cette distance de la capitale , l'on ne pouvait la sauver que par une victoire ; mais il n'était pas aisé de la remporter, l'immense supériorité du nombre mettait du côté des ennemis toutes les chances avantageuses. Cependant la bataille était devenue indispensable. La perte de Smolensk avait répandu la consternation dans l'intérieur de l'empire. Si Napoléon eût pu pousser un corps jusqu'à Moscou , avant que l'armée russe £ut en mesure de lui livrer une bataille générale , la consternation eût été à son comble, et la nation découragée aurait peut-être regretté les sacrifices qu'elle de^^ait faire à son indépendance ; l'opinion gêner ^ile eût été qu'on avait livré la Russie entre les îmains de la trahison ou de l'impéritie. Les troupes croyaient fermement que la conservation de Moscou était un de leurs premiers devoirs , et ne se seraient point résignées sans murmures

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