CHAPITRE V
leurs ferventes prières pour la patrie, au salut de laquelle ils allaient faire le noble sacrifice de leur sang, présentaient un spectacle à la fois sombre et touchant. Chaque soldat se crut appelé à venger la patrie en remportant la victoire, ou à mériter la palme du martyre en périssant pour la plus belle des causes.
Les deux armées passèrent la nuit dans la disposition d'esprit que donne Fattente d'un événement qui doit combler tous les vœux ou détruire toutes les espérances. Les chefs seuls , calmes et réfléchis, ne songeaient qu'à diminuer, par des dispositions savantes , la part que le hasard doit avoir nécessairement dans le résultat du choc de masses aussi énormes. Il était difficile de prévoir de quel côté pencherait la balance. D'une part , l'on voyait la force du nombre, la confiance inspirée et justifiée par de longs succès, et par-dessus tout, la conviction que la victoire seule pouvait mettre un terme aux maux que l'on commençait à ressentir. Ces grands mobiles étaient balancés par ceux que le véritable patriotisme, l'amour-propre national offensé par une invasion téméraire , et le désir ardent de conserver une capitale regardée comme sacrée, présentaient à l'autre parti. Le résultat final de ces situations réciproques devait échap-
CAMPAGNE DE l8lU.
per à tous les calculs, et ne pouvait se manifester que par l'événement.
Le 26 , à deux heures du matin. Napoléon se rendit sur les hauteurs de Chewardino , où il communiqua à ses maréchaux les dispositions préparatoires du combat. Pendant la nuit, les Français établirent en arrière et à la gauche de ce village , deux batteries de 60 pièces chacune , destinées à protéger la marche des colonnes assaillantes.
A cinq heures et demie, le soleil, se dégageant d'un épais brouillard qui s'était élevé vers la pointe du jour, parut à l'horizon, et éclaira ces champs où allaient peut-être se décider les destinées de la plus belle partie du monde.
Alors, au signal donné par les tambours, toute l'armée française prend les armes ; les colonels, placés devant leurs régiments, font battre un ban, et tous les capitaines lisent à leurs compagnies l'ordre du jour suivant :
a Soldats !
a Voilà la bataille que vous avez tant désirée ! a Désormais la victoire dépend de vous ; elle « nous est nécessaire ; elle nous donnera de Face bondance, de bons quartiers, et un prompt