CHAPITRE V
Stances. La route de Kolomua se dirigeait aussi vers les provinces méridionales , et l'armée pouvait la suivre avec d'autant plus de sécurité , que dans cette marche elle devait avoir son flanc, le plus rapproché de l'ennemi , couvert par le cours de la Moskwa. Mais cette direction , choisie par Routousof, doit être admirée, surtout comme opération préparatoire de la manoeuvre sublime qui reçut son développement peu de temps après; il est permis même de supposer que, dès cette époque, celle-ci avait été déjà conçue par l'habile général en chef.
Le 2 septembre , jour de deuil éternel pour les cœurs vraiment russes, l'armée leva le camp de Fili, à trois heures du matin , et pénétra , par ( la barrière de Dorogomilow, dans la ville qu'elle devait traverser dans sa plus grande longueur, pour sortir par la barrière de Kolomna. Comme la décision du conseil de guerre avait été tenue secrète, les troupes n'en eurent connaissance qu'en entrant en ville. La consternation se répandit dans tous les rangs ; Moskou présentait l'aspect le plus lugubre; les maisons paraissaient désertes, et l'on ne rencontrait dans les rues que quelques habitants qui se hâtaient de fuir, emportant ce qu'ils avaient de plus précieux. La marche de l'armée , quoique exécutée
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avec un ordre admirable, vu la circonstance, avait plutôt Tair d'une pompe funèbre que d'une marche militaire. La contenance morne et abattue des troupes faisait assez voir combien elles étaient touchées de la cruelle nécessité d'abandonner à l'ennemi l'antique Moscou, qu'elles étaient habituées à regarder comme l'ame de l'empire russe ; des officiers et des soldats pleuraient de rage et de désespoir. Le com mandant de Moscou, ayant reçu l'ordre d'évacuer aussi la ville avec le régiment de garnison qui s'^ trouvait , se mit en marche , précédé d'une musique bruyante , pour rejoindre les colonnes de l'armée qui défilaient dans les rues. Le contrasté frappant de cette troupe si inconvenablement gaie, avec la disposition sombre de tous les esprits, fit naître de violents murmures parmi les braves échappés aux horreurs de Borodino. Quel est ce traître qui se réjouit des maux de la patrie , s'écriait-on de toutes parts ? Les chefs se précipitèrent vers cette colonne pour faire taire sa musique , et ils n'y réussirent qu'avec peine. Le commandant était un brave militaire, mais étranger; il ne pouvait comprendre pourquoi l'on prétendait l'empêcher d'évacuer sa place avec les honneurs de la guerre.
] L'armée, après avoir traversé Moscou , fit en-