CHAPITRE V. 36l
tion de retraite qu'il proposait. L'armée en se ba- , sant sur Nijenei-Nowgorod , aurait suivi une ligne | intermédiaire qui ne présentait de liaison di-J recte , ni avec les provinces du nord , ni avec celles j du midi ; de façon que pour conserver le mince/ avantage de quelques faibles communications avec les premières, l'on aurait compromis celles bien plus importantes avec les gouvernements méridionaux , les plus fertiles en ressources de tout genre.
Il est incontestable que le parti le plus avantageux eût été. de se conformer à l'avis du co- ■ lonel ToU , en gagnant les routes de Kalouga ou . de Toula , où , non seulement l'on aurait eu les ! communications libres avec le midi, mais d'où l'on aurait même eu la faculté de menacer la ligne d'opérations de l'ennemi qui passait par Smolensk et Mojaïsk. Malheureusement la marche de flanc par la gauche qu'il eût fallu exécuter à la vue de l'ennemi, pour atteindre ces routes , pouvait être trop facilement interceptée par les Français , qui n'avaient pour cela qu'à se prolonger par leur droite. En effet, la direction de la marche du prince Poniatowski, suivant la nouvelle route de Kalouga , débordait déjà la gauche des Russes, et eût facilité aux ennemis l'exécution de cette contre-manœuvre.
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Toutes ces difficultés n'échappèrent point à la pénétration du prince Koutousof. Il parla à son tour , et considérant que la perte de Moscou n'était pas celle de la Russie , il déclara qu'il regardait comme son premier devoir de conserver l'armée, de se rapprocher des renforts qu'il attendait , et enfin , de profiter de la cession même de la capitale, pour tendre à l'ennemi un piège où sa ruine deviendrait infaillible ; qu'en conséquence il était décidé à abandonner Moscou pour prendre la route de Rolomna. Ces paroles mémorables que l'événement a rendues prophétiques, doivent condamner au silence les détracteurs de Koutousof, qui auraient voulu n'attribuer qu'à un heureux hasard les grands succès obtenus par lui, à la fin de la campagne. Tous les militaires dont la prévention n'aura point faussé le jugement, ne refuseront pas de reconnaître que celui qui pouvait ainsi prévoir l'avenir, devait déjà avoir fixé dans sa tête les moyens de le maîtriser.
Les membres du conseil de guerre n'ayant pas d'objections à présenter contre la détermination du général en chef, les ordres furent expédiés sur-le-champ pour la mettre à exécution. L'opération projetée par le maréchal , était en effet la manœuvre la plus avantageuse vu les circon-