‹ Histoire militaire de la campagne de Russie en 1812Chapitre 168 sur 181 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qu'ils avaient à leur disposition, avaient formé le projet de défendre l'entrée du Kremlin; mais ce faible obstacle ne pouvait arrêter long-temps des troupes aguerries. Les portés furent bientôt , enfoncées et l'attroupement dissipé. Le roi de Naples continua sa marche , et vers le soir ses avant-postes furent poussés au-delà dç la ville , SUT la route de Rolomna, près du village de^ Raraczarowo.

L'empereur Napoléon , ayant été informé que ; les Russes cédaient la ville sans combat , se ren- ' dit à la barrière de Dorogomilow, où il attendit ■ plusieurs heures la députation qu'il supposait j que les magistrats de la ville lui enverraient/ pour lui en présenter les clefs. Il ignorait encore' que les Russes, en se résignant au sacrifice de leur capitale, s'étaient déterminés à le rendre aussi complet que possible. Ce fut avec une surprise extrême qu'il apprit que non-seulement les employés publics, mais même la plus grande partie des habitants avaient abandonné la ville. Furieux de manquer une occasion de déployer l'appareil du triomphateur, il se rendit au Kremlin , sans autres acclamations que celles avec lesquelles ses troupes l'accueillaient habituellement. Cette entrée , qui contrastait si fort avec celle de Napoléon dans les autres capitales de ses enne-

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mis , répandit une espèce de consternation parmi les Français eux-mêmes. Au sein de la victoire, ils n'éproirvaient que des sensations sinistres, et en recueillant enfin le prix de leurs efforts à f Borodino, ils semblaient moins des triomphateurs que des victimes qu'une main invisible conduisait au lieu du sacrifice. L'on eût dit qu'ils pressentaient les désastres que la catastrophe qui allait frapper Moscou, devait répandre sur eux.

Quelques mois avant la guerre, le comte Rostopchin avait été nommé gouverneur-général de Moscou. Pendant tout le cours de la campagne il avait réussi à réprimer les mouvements tumultueux d'une populace, que les malheurs de la guerre plongeaient dans le désespoir. Moins militaire que citoyen zélé , il avait cru à la possibilité de défendre la ville pied à pied, et pris toutes les mesures nécessaires pour enflammer les habitants du désir généreux de seconder les efforts de l'armée. La résolution du prince Rôutousof d'évacuer Moscou , fut un coup de foudre pour son ame patriote. Mais dans ce moment même il ne négligea pas le seul moyen qui lui restait de servir son pays. Ne pouvant plus rien pour le salut de la ville confiée à ses soips, il se détermina à utiliser sa perte en la ruinant de fond

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