CHAPITRE II
]>oint la masse de ses forces; d'ailleurs, dans le cas même où rennemi eût commis la faute de s'engager dans la direction de Mittau , l'armée russe, se portant de Wilna sur Chawli, se met-* tait en mesure d'opérer sur ses communications , et de le rejeter dans la presqu'île formée par la partie occidentale de la Courlande. La direction sur Neswige ne présentait pas moins de dangers à Napoléon , qui était trop habile pour s'engager ainsi entre l'armée russe, maîtresse de l'entre-^ deux du Niémen à la Willia, et les marais du Pripet , où il pouvait se trouver refoulé à la suite du moindre échec essuyé sur sa gauche. Il était encore moins probable qu'il portât ses principaux efforts sur Gitomir; outre le trop grand éloignement de cette ligne d'opérations, elle avait encore pour lui le désavantage majeur de livrer ses communications à l'armée russe, qui se se-» rait portée de Wilna à Pinsk, en profitant du temps que l'ennemi devait employer pour se serrer sur sa droite vers Lublin. Si ce dernier avait continué à pénétrer sur Gitomir, il n'aurait pas tardé à se voir enfermé entre le Dnieper , les ma* rais et les bois du Pripet, et l'armée russe, qui, débouchant de Pinsk, aurait marché sur ses der« rières par Kowno et Ostrog.
Les manœuvres que nous venons d'indiquer
lis CAMPAGNE DE l8lâ.
jnontreDt assez clairement ]a fausseté de Fopinion trop généralement répandue parmi le militaire , qu'une frontière , pour être avantageuse , dpit être rétrécie. C'est un abus de mots qui a icottsacré ce préjugé. Il est certain qu'il est plus difficile de garder tous les points d'une lign^ très -étendue que de celle qui ne l'est pas; maj^ déféndite une frontière n'est point interdire à l'ennemi d'y pénétrer sur quelques poixiits^ c'est l'empêcher, en dernier résultat, de former un établissement solide dans le pays qu'elle couvre. Faute d'avoir fait cette distinction, on a confondu ce qui était avantageux ppjor un cordon de douaniers, avec ce qui devsàt l'être po\ir une armée chargée de la défense d'un pays. En effet, plus une frontière est étendue, plus îi devient facile d'opérer sur les flancs de l'armée envahissante, et le rôle de l'armée qui défend le pays est d'autant plus allégé qu'elle trouve en tous sens des lignes d'opérations pro^ fondes et par conséquent excellentes; au contraire , lorsqu'une frontière est rétréde , l'armée qui la défend, gênée dans ses manœuvres, ne peut opérer sur les flancs de l'ennemi, sans s'exposer à être resserrée entre l'armée de ce dernier et l'obstacle qui rétrécit la .frontière ; ainsi elle^se voit forcée à cKécuter une retraite per-
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pendiculaire , qui ne lui laisse aucune chance de recouvrer les provinces qu'elle abandonne.
Les Russes , sentant parfaitemeiït l'importance du point de Wilna, réunirent leur grande armée dans les environs de cette ville, et en rapprochèrent/même la seconde. Cependant, tout en rendant justice au choix judicieux du point de Wilna , nous devons avouer que la ligne de retraite, que les travaux exécutés au camp de Drissa indiquaient devoir être dirigée de Wilna sur ce camp , n'était pas si heureusement déterter minée. Cette ligne, outre Finconvénient d'éloigner la première arnïée de la seconde , |)résèntait encore celui de donner à l'ennemi la faculté de prévenir la première au point important de Smolensk , et de se placer entre elle et les provinces fertiles du midi : il paraissait plus avantageux de se replier de Wilna sur Minsk, où la première armée se serait retrouvée en liaison intime avec la deuxième , et sur sa ligne d'opérations la plus naturelle , qui était la route' centrale de Moscou par Smolensk. Les événements de la campagne, dont nous allotis donner le récit, vont justifier notre observation.
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