CHAPITRE XIV
M LA PAIX M BEESDE A LA GUBEEE EB SEPT-AEft.
Sommaire: Frédéric, par sa bonne administration, relève iaSilésie de rétat d'épuisement où la guerre Ta plongée. -^ Il accumule un fonds de réserve. — Prévoyant le renouvellement de la guerre, il donne ses soins à Tau^entatron de son armée* — Exercices de son infanterie. --Manière de combattre qu'il prés* crit à sa cavalerie. — Ses troupes d'artillerie. — Ses travaux de fortiflcation. — Ses approvisionnements. — Son Instruction militaire à ses généraux. — Préparatifs et dispositions hostiles de Marie-Thérèse. — Frédéric signe un traité défensif avec le roi d'Angleterre. ~ Alliance de la France, de TAutriche et de la Russie. — Frédéric, pour ne pas se laisser surprendre, envahit la Saxe, et commence ainsi la guerre de Sept-Ans.
La paix de Dresde porte la date du 25 décembre 17/1.5 ; la Guerre de Sept-Ans commença le 29 apût 1756 par l'entrée des troupes prussiennes dansTélectorat de Saxe : la Prusse jouit donc de près de onze années consécutives de paix entre cette dernière guerre et la Seconde guerre de Silésie^ dont nous venons de rapporter Thistoire. ^
Onze ans de paix entre les mains d'un homme tel que Frédéric II, onze années de gouvernement pacifique sous un grstnd roi devaient nécessairement produire des fruits. Ce fut, en effet» pendant ce laps de
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temps que la Prusse assit et consolida sa puissance, et prit rang parmi les États de premier ordre; en outre, sous l'intelligente impulsion du souverain, rindustrie, les arts et les lettrte jetlnint un vif éclat sur ce royaume né avec le siècle, et qui en moins de neuf lustres avait su s*élever assez pour devenir en Âllehiàghé uiî cohlré-poiàs à la maison â^ Autriche, et le protecteur né des petits États protestants de la GohKdérâtiôn germanique.
Mais nous n'écrivons pas Phistoire complète de la Prusse sous Frédéric 11^ laissant cette tâebe à de plut habilM et à de plus eompétimtd \ tmxÈ rCétHiéns qub V Histoire militaire de ta Prusse a\)àHt 175B, qui jusqu'à présent n^existait pas entière; c'est pourquoi iiooi devons nous bomor iei 4 quelques indkations «ottimaires.
Laissons donc de côté lés grandes réformes administratives et législatives exécutées par Frédéric; négligeons l'histoire philosophique et littéraire de ce hionarque, qui se délassait noblement des fetîgùeàde ftott métiei* rfe rôi ^àr la cbrttpositloh d'importants molxcaujc d^e littérature; tésîstons même k la tehtalîott de raconter ^ liaison et sii cori'espondance avet Tollaîre, te séjoùif à Bterlîn de 6t grand écdvàin, et fit brouHIe de tes ^èbr^ ^iiiis portaht tolis deux là couronne du génie, quoique ntitis fetifôsions j[>*i naritr Mr té «uj^t plo^ Cttfi triait piquaht et peu tomîu.
Depm té l^itSdë Bresl^ti, là Silésie «ttiit devetotte prœsienne, et tselte conquête procuraîl à ta Prussô, en ta dotant €imfè riche province, un immense atatt-
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tage; «He lui pemfiettftit de Vivre : aussi fut-ce un éelair de génie qui fit conroitér son acquisition à Frédéric dès sdn avénemertt. Nais une fois conquise, \A Silésie demandait à être administrée, car soUs II do^ idinatidn autrichienne elle ne l'aVait jamais été d*une manière convenable: de plus, après avoir Supporté le fardeau de deux guerres , elle était épuisée. Frédéric la fit sortir de cet état alarmante Son adminîi^^ tration^ toute d^ordre et d'économie, remplaça là négligente et confuse administration autrichienne, et les revenus du gouvernement augmentèrent en Silésie sans que la population en souffWt, parce que la pré-* sence des troupes, les travaux publics et l'activité dti commerce augmentèrent bientôt les moyens de repro*dudtion*
Frédéric fcompril, en outre, que la situation géographique de ses États, sans liaison et disséminés sur une longue et étroite étendue, ainsi que son attitude politique^ exigeaient qu'il fût toujours en état de pouvoir soutenir trois campagnes. Or son pays était pauvre, et il n*aurait pu trouver subitement che2 son peuple 4es subsides nécessaires, comme cela se fait chez une nation opulente. Aussi, pour assurer Son existence politique, se forma-t-il un trésor considérable, dont ta garde était confiée à un sous-officier. Son économie bien entendue, quelquefois même sor« dide, lui permit d'arriver à ce résultat sans cependant renoncer à l'exécution sagement entendue des travaux publics, qui furent considérables sous son règne ; ii continua, à cet égard^ la ligne de conduite
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de sa famille, qui s'était toujours élevée par Tépargne. Il méprisa constamment le luxe des cours souveraines, et ne s*adonna ni au jeu, ni à la chasse, ni aux femmes, ce qui fut pour lui une triple cause d'économie; jamais il n*eut de caisse des menus-plaisirs, et quand il avait dépensé les sommes affectées à son usage il se gardait de prendre sur son trésor; il attendait une nouvelle échéance (1)«
Frédéric, étant encore prince royal, avait posé comme maxime, dans le chapitre xiv de son Anlù Machiavel^ que le premier devoir d'uç souverain voulait qu'il fût le magistrat de son peuple , et que le second de ses devoirs consistait à commander ses armées. Pendant les onze années de paix qui s'écoulèrent de la paix de Dresde à la guerre de Sept-Ans, il ne négligea pas d'accomplir le premier de ces devoirs, et il devint à la fois le législateur, l'administrateur et le père de ses sujets. Voyons comme il s'acquitta du second.
L'Europe semblait tranquille; aucun peuple ne^'y trouvait plus ei) état de guerre depuis le 18 octobre 1748, jour où fut signé le 'Traité d'Axx-la^ChapeUe; mais Frédéric II ne se fiait pas à ce calme apparent; il savait que la moindre étincelle pouvait rallumer l'incendie, et il ne voulait pas se trouver pris au dépourvu.
(1) « Aucun prince, dit Tauteur des Lettres sur Frédéric, si ce n*est Charles XII, ne fut plus mat vêtu que lui ; et, après sa mort, sa garderobe, qu'il avait léguée à ses domestiques, fut vendue AOQ écus, en comptai^t soi^ lit, un miroir çt six.cuUl^res ^ thé« » .
il avait terminé la seconde guerre de Siiésie avéo une armée de 130,000 combattants; il l'augmenta en silence, levant des troupes dans sa nouvelle conquête comme dans ses anciens États héréditaires, et recrutant en Pologne les chevaux nécessaires à sa cavalerie. Il favorisa rétablissement de fonderies, qui furent bientôt en état de fournir au gouvernement des canons de fer, des boulets et des bombes.
Il maintint rigoureusement la discipline et la ^u-* bordination dans ses troupes, qu'il réunissait tous les ans dans de grands camps d'exercice, pour les dresser aux évolutions et aux manœuvres. Dans ces lieux de rassemblement, « l'infanterie s'exerçait aux différents déploiements (1), aux formations ; aux attaques de plaine, aux attaques de postes, aux défenses de villages et de retranchements ^ aux passages de rivières, aux marches couvertes à colonnes renversées, aux retraites, et enfin à toutes les manœuvres qu'il faut faire devant l'ennemi. La cavalerie fe'y exerçait aux di£Eérentes attaques serrées et à intervalles, < aux reconnaissances, aux fourrages verts et secs^ aux différentes formations, et à prendre des points de vue sur des alignements prescrits (2j. x>
Ces camps de manœuvres^ Frédéric II les commande en personne; il passe également en personne la revue annuelle de ses troupes , s'y montrant aussi sévère qu'il était affable et indulgent en campagne,
(1) Suivant Guibert, Frédéric les emprunta ou plutôt les imita des anciens. (Éloge, p. 117, 118.)
(2) Frédéric, Histoire de la guerre de Sept-Ansy 1. 1, p. 20,
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lorsque tous les membres de son armée» officiers et soldats, se dévouaient pour lui, et versuent brave* ment leur sang pour la Prusse.
Le corps d'officiers était bon : les capitaines surtout présentaient d'excellentes garanties; ils étaient» suivant Texpression de Frédéric, mûrst aolidts et braver. Mais les généraux laissaient à désirer par leur indolence, ce qui tenait à ce qu'on suivait exclu*sivequent, pour Tavancement» Vordre Ai iahkau; Tancienneté de service réglait donc seule les droits au grade supérieur, ce qui empêchait d'avoir dans les hauts grades des officiers eneore jeunes dL d'us talent hors ligne^
L'infanterie fut augmentée d'environ 10,000 hoaimes.
Frédéric porta sa cavalerie à dO^OOO chevaux /et s'appliqua à la perfectionner; Il proscrivit et la msrnière de charger à l'allemande au pas ou au trot seulement et en faisant fçu , et la manière de charger h, la française en fourrageurs; il voulut que toute la force de sa cavalerie résid&t dans le çboc» et quelquefois aussi dans l'emploi des armes blsAcbes, et il ordonna que sa cavalerie $harge&t au galop t et en conservant sa régularité et son parfait alignement. Ce fut dans le sens de ces instructions qqe le £smeux Seydiitz dut régénérer la cavalerie prussienne, et l'amener ^ un tel point de perfectionnement qi^ toute une aile d'armée, c'est-à-dire 5 à 6,000 chevaux, chargeât d'ensemble et sans se rompre. Mais si Frédéric interdisait le im ^M cavalerie dans les charges.
il permettait èk ses flanquQursrcavalieFs ie tirer» 9t c'est pour cela que les règlements ipiruseieni pr«Mrt*« yaient aux réginoents c|e<«valarie r^x^poiod cl^a armes à feu, L^ cavalerie prqMi§n»e était raQgé^ mv trm fangs; ce fut dana les dernièrds dampagota qM 3eydlitz commença h la former sur deua> rangiHi I»ot disque les troupea h cheval de TAutrieiia oonservà^ rent la forn^ation sur trois ranga. i^ft formatioa da la pav»lerie sur deai rangs ne devint généralq «n Europe que vers 1790. .
Le eorps de rartillerîa fut porté à trois» bataillona^ dont un destina au servioe des garnisons; c'était uft effectif trop faible», car Tusage de Partijlarie eoœimançait k prédominer fur loa champs de bataille, et la mode de jon emploi exagéré devait aUer crfj^daant juisqu aux gwrres du général Bonaparte et de Fem*pereur Napoléon i On fondit 80 pièces de batterie et ^0 mortier^ ; on ama#»ft 56,000 quintanx de poudra jt.oanon.
Pendant hst paix, Ffédéda fit améliorer lai piaeee de Naisse, Hm^U Gi^ «t Giogau, et eonatruire dee fortificationa à Sehweidnitx) oiaiil, par économie d'abord, et eni^tiite parce que les Àutrinhieiii s^étaieot inoAtrés peu babiies dane i 'arl dee eiéges pendant lee dem guerres de âilé$ie, la oonatruetioo de oiqf fortin ficatioiiis fut peu «oiide, faute grava, car \m f^lêtmm doivent étm ^levées, aon eomma le§ maieoBi parti*^ /sulières ponr une cinquantaine d^années enviiiNi, mm bien pour dee giêclea.
£fi entre , Fiédérie^des apprwiskmMixleats eon^
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sidérablesen objets d^équipement^ d'armeçoent^ d*habitlement, ainsi qu'en vivres.
Ce fut aussi pendant cette période pacifique qu'il rédigea sa fameuse Instriâctùm milikUte pour ses générauoot laquelle fait partie des livres annexés au bagage de tout officier, au titre d'ouvrage classique. Cette instruction 9 dent une traduction française, due à un lieutenant-colonel des troupes saxonnes, IL Faesch, a été insérjée dans les OEuDres primitives de Frédéric, et depuis souvent reproduite par Tim- ]^resdon, est un véritable chef-d'œuvre. Suivant un écrivain assurément fort compétent, suivant le général Bardin , auteur du Dictionnaire de l'année de terre^ elle « contient des prindpes admirables pour toi:» les temps; mais, pour les appliquer à d'autres pays, il faudrait les purger de certaines intenitions locales, et y effacer beaucoup de règles propres à la Prusse seule. » Cette instruction traite d'un grand nombre de sujets, parmi lesquels il faut surtout lire les pages consacrées aux combats et batailleêf aux campsy^ux espions^ aux marches d'armée.
Dans son Éloge durai de Prusse^ le comte de Guibert fait en phrases ampoulées, telles qu'on en voulait à la fin du siècle dernier, et comme le panégyrique peut parfois en supporter, un pompeux éloge de cette instruction. Voici le passage cité textuellement: « Depuis César, qui avait manié la plume comme l'épée, qui donnait à la fois le précepte et l'exemple, qui présidait et qui se mêlait lui-même aux exercices de ses légions, et qui^ couvert de poussière, revenait
dans sa tente composer, pour ses lieutenants, les Commentaires de ses campagnes; depuis Gésar, jusqu'à Frédéric, aucun autre général n'avait formé son armée par la double combinaison de la théorie et de la pratique, qui rend l'instruction si lumineuse, si simple, si profonde. Rien n'est peut-être plus imposant que de voir un grand homme renouvelant ainsi par son exemple le prodige d'un autre grand homme qui a vécu à des milliers d'années de lui, et qu'une longue suite de générations n'avait pu reproduire ; tout semble s'effacer et s'anéantir dans l'immense intervalle qui les sépare, et l'imagination exaltée ne voit plus qu'eux debout sur des ruines, et se donnant la main à travers le désert des siècles. Frédéric est dans ses camps eonnne Gésar était dans les siens; il agit, il parle, il médite, il écrit, il compose pour ses généraux un ouvrage où le génie et Texpérience se tiennent^ et où il leur donne jusqu'à la noble leçon de seé fautes; enfin, embrassant d'un même coup d'œil les soldats et les chefs, les régiments et l'armée, les détails et l'ensemble, il ne laisse pas une de ses facultés oisive, et répandit la fois tous les genres de lumière (1). » Voilà certes un style noble et soutenu, voilà des périodes arrondies qui dénotent un membre de V Académie française; mais où Guibert a-t-il puisé celte assertion qu'entre Gésar et Frédéric nul géné« rai n'avait instruit ses troupes par la théorie jointe à la pratique, en d'autres termes qu'entre ces deux ce-
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lèbres guerriers aucun autre homme de guerre fameux n*avait rédigé d'Instruciim pour see offieiere? Tamer* lan n'a-l«'il donc pas laissé des ImHhils fiolUique$ et tniiitairUy traduits en français parLanglës? Tamer** lan, ce conquérant gigantesque dont Frédéric % dit dans ees Œuwes posthumes :
A tout propos on nous cite Alexandre, Sans rappeler les faits d'un conquérant Aussi rapide, el dans le fond pins grand»
Qui subjugua lui seul TAsie entière.
Si Ton néglige à ce point Tamerlan, C'est qu'il ne put trouver dans le Levant, Pour relever sa vertu guerrière, - , Un Quinte-Curce, un Virgile,, un Homère (!)•
Et MonteoucuUi, ce digne adversaire de Turenne, que Frédéric a loué dans son deuxième chant du poëme de VÀrt delaguerre^ n'a4 il pas écrilde^Jphor rismes ou un Traité sur Tart militaire (2)? J^en poup*rais citer d'autres encore, mais le lecteur suppléera à mon silence. Je me contenterai de remarquer que les Commentaires de César ne sont pas une Instruc* tion militaire, mais bien un morceau historique nar-r rant la série des campagnes exécutées par ce grand guerrier, ^t que par conséquent il n*est pas très juste de les comparer à Vlnstrucfion théorique de Frédéric II pour ses généraux.
La traduction du lieutenant-eolonel saxon Paeseh,
(1) Ëpitre à mademoiselle de Enesebeck sur le saut qu'elle fit de son carrosse lorsque se» chevaux prirent le mors aux dents. (OEwores posthumes ^ U VU, p. 95.)
(2) Consultez ses Opère, nuova ediz. di Grassi, Ibriao» 8v^., it21.
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traduction qui appartient comme date au milieu du xviii' «ècle (1761), était réoemmçnt encore le seul texte auquel Ton put recourir relativemqnt à l'/ni^ruiN tion militaire du roi de Prusse pour ses générauco^ Mais depuis la fin de 1856 les trois volumes de l'édition offieielle des oeuvres de ce pionarque (1), relatifs aux écrits militaires (3), ont vu le Jour, et cbaoun peut aujourd'hui lire h leur tète le texte réel et en français de cette Instruction, corrigé par Frédéric lui-même au commencement de 17/i8 (la prensière rédaction était de 17&6), et portant définitivement ce titre : Les principes générauco de la guerre appli* qués à la tactique et à la discipline des troupes pru$-> siennes. On doit accorder d'autant plus de oonfianoe à ce texte nouveau qu'il a été revu avec un soin mi^ nutieux par M. Preusis (&) et par M; le général de Reyher (4). Ajoutons qu'une traduction allemande du même écrit intitulée : General-Prineipia vam
(1) Cette édliion , imprimée avec luxe et la correction la plus louable dans les formats in-A et in-S (ce dernier est seul dans le commerce), comprend 30 volumes, parus à Berlin de 1846 à 1856, chez Rodolphe Decker, imprimeur du Roi, plus une Table chronologique et générale achevée eu 1857.
(2) Ces trois volume» sont accompagnés d*un atla$ composé de^ planches originales.
(3) M. le docteur Preuss est professeur d'histoire, historiographe de Brandebourg et membre honoraire de la Société militaire. Il s'était préparé à ses honorables fonctions d'éditeur des Œuvres de Frédéric le Grand y en écrivant une remarquable Histoire de ce monarque, une appréciation de ses qualités littéraires, et plusieurs autres ouvrages sur l'histoire de Prusse au xviii* siècle.
{U} Chef de TÉtat-major général de l'armée prussienne.
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KriegCf et renfermant 2i& pages, fut imprimée ea 1753, et remise, pour rester secrète, & chaque officier général prussien avec une préface écrite à la main.
Outre cette Instruction, Frédéric composa encore, pendant la période qui nous occupe ici, V Esprit de Folardy les Pensées et règles générales pour laguerre, et plusieurs Instructions en langue allemande (1) «
Au reste, Tattention accordée par le roi de Prusse à son armée, Taugmentation de ses ressources militaires, ses soins à former un trésor qui lui permît de mobiliser ses troupes à un instant donné, et de soutenir plusieurs campagnes sans surcharger ses sujets de nouveaux impôts, n*étaient pas de simples mesures de précaution dues à une prudence timorée. Sa prévoyance allait bientôt le seconder merveilleusement, et le soutenir dans une lutte acharnée où presque toute r Europe se liguerait contre lui. Le moment de cette lutte approchait, mais Frédéric ne devait pas être pris au dépourvu, car constamment il avait veillé aux démarches de la cour de Vienne.
Or, pendant qu'il profitait de la paix pour améliorer ses finances et son armée, Marie-Thérèse mettait de Tordre dans les finances de rAutriche, augmentait ainsi ses revenus, introduisait une meilleure discipline dans ses troupes, remplaçait les officiers Agés par de
(i) Les trois volumes miliiaires de Fédition officielle contiennent seize écrits en langue française, et trente^huit en langue allemande : beaucoup^nt été composés pendant ou après la guerre de Septr-Ans.
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plus jeunes, formait chaque année des camps de manœuvres, multipliail le nombre de ses canons, et fondait une école militaire, qui devint en peu dé temps une pépinière de bons officiers. « Par tous ces soins, dit Frédéric (1), le militaire acquit dans ce pays un degré de perfection où il n'était jamais parvenu sous les empereurs de la maison d'Autriche, et une femme exécuta des desseins dignes d'un grand homme. /> LMmpératrice*reine travaillait, en outre, avec le comte de Kaunitz, son premier ministre, à former des aU liances, afin d'isoler la Prusse, et de pouvoir ensuite lui arracher la Silésie, cette province qu'il coûtait tant à sa fierté d'avoir été obligée de céder.
Kaunitz avait été ambassadeur en France , où il avait pris des airs de petit maître qui s'alliaient tant bien que mal à son flegme germanique^ Il avait donné, à cette époque, à Marie-Thérèse, l'idée d'un traité d'alliance avec le cabinet de Versailles. C'était une habile machination que de songer à réunir ainsi deux puissances ennemies, et de priver Frédéric de son plus puissant allié, sinon de son plus dévoué* Nous verrons dans un instant que ce projet bizarre réussit, parce que la France eut la candeur dé renoncer à la ligne de conduite politique que Richelieu lui avait si nettement tracée.
 force d'intrigues, la cour de Vienne parvint à brouiller la Russie et la Prusse; On fit courir de prétendus propos cavaliers tenus dans un souper, à Gharlottembourg, par Frédéric, sur le compte de l'impé-
(i) Histoire de la guerre de Sept-Ans, U I, p. 28.
Mê mstens niLmiEB
ratrice Elisabeth. La chose est moins que cerfaîntei mais cependant elle entre assez dans le caractère de Frédéric ^ et la conduite d'Elisabeth comme femme prêtait assurément à la phtisanterie. Toujours est-il que M fait, joint à Tinimitié da ministre rosse Bestii* cbeiTenTers Frédéric, rendit bientôt une rupture ioé» vitable entre les deux pays*
Mais Frédéric fut toute sa vie un politique clàir^ Toyant et habile ; pendant sa longue carrière, il coh^nut toujours les secrets de ses ennemis. C*est ainsi que par la trahison d'un secrétaire saxon, gagné à prix d'argent, il sut qu'aussitôt après la paix de Dresde r Autriche , la Russie et la Saxe avaient conclu on traité d'alliance et de partage de là Prusse en cas de succès dans la guerre. Le même secrétaire loi en« voyait chaque semaine la correspondance des trois cours alliées, de telle sorte qu'il suivit dans tous ses développements, et sans qu'on pût s'en douter, la formation du complot ourdi contre lui dans le nord de l'Europe.
Bientôt des contestations relatives aux limites du Canada armèrent la France et l'Angleterre l'une contré l'autre, et Georges, craignant toujours pour son élec^ torat de Hanovre, contré lequel les Français pouvaient diriger une expédition continentale^ se tourna de nouveau vers la Prusse, comme vers l'ailifc qui pourrait lui rendre le phis de services en cette cob^ jonctnre.
La France fit aussi des ouvertures à Frédérie pouf renouveler le traité d'alliance qm expirait en mai
DB LA f>RtJi6B. 6Ô9
1756; Mais le itiinistre des affaires étranger eë fratl^ çais, M. Bouilié^ fut assez -malÀdroit ^our employer dieë termeê inconvenants lorsque cependant Vm peut tout ûlté en terrifies niesuréiâ) en termes park^teiï^ (aires pour tioud servir d'une expression jadis en Vogue. Il dit à l'ambâ.l»sadëbr de )?russè t « Écrives^ monsieur, au roi de Prusse qu'il nous aëéîste dans l'expédition de Hanovre*, il y â là de quoi piller, le trésor du roi d'Angleterre est bien fourni, le roi n*a qu'à le prendre ; c'est, monsieur, une bonne capture. » C'était assurément traiter la Prusse en Vassale; Fré-»déric fut piqué, et répondit qu'il itivitait h l'avenit* M. Rouillé h distingue^ les personnes avec lesquelles i\ avait à traiter. Mais il eut tort de refuser notfte alliance (1), cdmme nous eûmes tort de nous allier avet l'AutHehe; lui eût dû oublier une malencôhtreuse iM&i^ole, c^ar la rancune et la susceptibilité sont mau^ vafees conseillères en politique, et la France aurait dû lui offrir des avantages réels et une coopération efB* tace dans les opérations militaires.
Le roi d'Angleterre assurait à Frédéric qu'il pàr^ vieïi^rait à détacher Elisabeth de l'alliance autri'^ chienne, et c'est ce qui engagea ce dernier à mgn^ avec Georges uil traité défensif, contenant garantie n)tuu<3lle de$ poêêessions réciproques d<es parties bonitaotames.
ÀliM^ te èadinet d€ Versailles envoya le d«c de Ni-
(1) Peut-être M. RouiUé ^vail-il voulu le pousser à cette rupture, afin de faciUter le rapprochement entl'e la France et TAutriche : dans cette supposition, le dire de M. Rouillé a^expîique.
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vernais à Berlin pour renouer l'alliance avec la Prusse. Il était trop tard, malgré l'offre excentrique de la souveraineté de rite de Tabago, donnée ccnnine appftt. Frédéric tourna cette offre en plaisanterie, re* fusa Falliance; mais, tout en éeonduisant l'ambassadeur, fit Taccueil le plus gracieux au grand seigneur et au savant.
La cour de France fut très offusquée du traité conclu entre TAngleterre et la Prusse, et la cour de Vienne profita du premier moment de mécontentement pour faire à Louis XY l'offre formelle d'uue aW liance entre T Autriche et la France.
La favorite avouée et toute-puissante du roi de France, madame la marquise de Pompadour, n'était pas très portée pour Frédéric, qui, peu galant de son naturel, avait défendu à son ambassadeur, le baron de Kniphausen, de lui rendre visite. Marie-Thérèse profita de cette disposition d'esprit et s'a&ai^«a, elle^ l'héroïne du milieu du xvm* siècle, jusqu'à écrire à la maîtresse de Louis XV des lettres trop flatteuses et à lui donner le nom d'amie, tant le désir de la vengeance peut mener loin ! Le traité fut signé le 9 mai 1756 ; la Russie ne tarda pas à y accéder.
Ainsi fut déchirée l'œuvre du grand cardinal de Richelieu, ce rude et clairvoyant génie politique qui ne voulait abaisser l'Autriche que pour élever la France et lui donner la suprématie ep Europe; des courtisans élevés dans les débauches de la régence, aujourd'hui complaisants d^une courtisane royale, en décidaient ainsi l
Dès lors, Frédéric II eut contre lui, suivant son expression, les trois p... les plus puissantes de l'Europe. Il désignait par ce mot soldatesque madame de Pompadour, l'impératrice Elisabeth et Marie-Thérèse. L'épithète est dure, si dure, surtout pour la dernière souveraine, que l'historien ferait peut-être mieux de ne pas la répéter ; mais elle semble légitimée par cette considération, que cette. alliance féminine et monstrueuse menaçait celui qui l'employa d'une ruine complète.
Bientôt la Russie rassembla des troupes en Livonle, l'Autriche concentra des forces en Bohême. Frédéric fit demander à la cour de Vienne pourquoi elle armait : il n'en reçut qu'une réponse évasive. Il vit donc qu'il fallait combattre, et, bien convaincu par expérience qu'à la guerre celui qui frappe les premiers coups prend l'avantage, il notifia au cabinet autrichien qu'il considérait sa réponse comme une déclaration de guerre, puis aussitôt il envahit la Saxe.
C'est ainsi que fut amenée la guerre de Sept-Ans, dans laquelle la Prusse, alliée à l'Angleterre, va lutter contre la France, l'Autriche, la Russie, la Suède et l'Empire germanique.