PRÉFACE
Frappé de ces considérations, excité d'ailleurs par la richesse et par l'attrait du sujet, j'ai essayé de remplir cette lacune de l'archéologie militaire. Malheureusement, les anciens écrivains didactiques dont les ouvrages sont parvenus jusqu'à nous, ayant vécu à une époque où l'on avait renoncé {en Occident du moins) à l’usage des éléphants de guerre, ne fournissent sur ce service que des notions de peu d’importance. C'était donc dans l'histoire même, et seulement là, que je pouvais espérer de puiser les matériaux de mon travail: c'est là, en effet, que j'ai été les chercher. J'ai étudié avec attention toutes les expéditions militaires, soit de l’antiquité, soit du moyen âge, auxquelles les éléphants ont pris une part quelconque, et je suis parvenu ainsi à réunir les données fondamentales de mon sujet. Je mesuis ensuite efforcé de compléter ces données, à l'aide de renseisnementsrecueillis dans les poëtes, dans les naturalistes, dans les polygraphes, ou tirés des inscriptions, des médailles, et des autres monuments figurés de l'antiquité. Ces traits épars et isolés, dont jusqu'ici on n'avait point cherché à tirer parti, m'ont été souvent du plus grand secours, soit pour comprendre les faits, soit pour donner de l'autorité à mes déductions.
De [a marche que je m'étais tracée pour mes re-
PRÉFACE. ii . cherches, est résulté le plan que j'ai adopté pour la rédaction de mon ouvrage. Je commence par exposer les faits, puis, de ces faits réunis et comparés entre eux, je déduis les règles et les principes auxquels les anciens se sont généralement conformés dans l'emploi des éléphants de guerre.
Mais avant d'entamer l’histoire militaire de ces quadrupèdes, je devais présenter au lecteur un résumé des notions les plus importantes que l’on possède sur leur histoire naturelle, sur leur instinct, sur leurs aptitudes et sur les moyens que l’on emploie pour les prendre et pour les apprivoiser. Tel est l’objet de mon premier chapitre, que l’on peut considérer comme l'introduction de tout mon ouvrage. J'ai suivi en cela l'exemple des auteurs qui ont écrit sur la cavalerie, lesquels font généralement précéder leurs traités d'une description du cheval.
Les Indiens étaient, dans l'ordre chronologique, le premier peuple qui dût se présenter à mes recherches. Mais les annales de l'Inde sont encore enveloppées pour nous de trop de mystères, et le vrai y est trop souvent confondu avec le merveilleux, pour que j'aie pu songer à en faire mon point de départ historique. Je me suis donc borné à consigner, dans mon second chapitre, quelques considérations sur l’état des éléphants dans cette