‹ Histoire militaire des éléphants, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'introduction des armes à feu; avec des observations critiques sur quelques-uns de plus célèbres faits d'armes de l'antiquitéChapitre 61 sur 79 · COMBAT DEVANT NUMANCE · texte numérisé non relu

COMBAT DEVANT NUMANCE

(601 de Rome, 152 av. J. C.)

Le combat dont nous allons donner la relation est une preuve non moins positive du danger que présentait l'emploi des éléphants. Les peuples de l'Espagne opposaient depuis longtemps une résistance opiniâtre à la domination romaine. La guerre contre les Celtibériens était dirigée par le proconsul Fulvius Nobilior, dont l’armée, forte de 25,000 hommes, venait encore de s’augmenter d’un renfort de cavalerie numide et de 10 éléphants envoyés par Masinissa. Avec ces troupes, il s’avança sur Numance, et établit son camp à peu de distance de cette ville. Les habitants, réunis aux Arévaces , vinrent lui présenter la. bataille avec des forces à peu près égales aux siennes. II fit sortir ses troupes, et plaça ses éléphants derrière sa réserve, pour les faire avancer seulement au plus fort du combat. En effet, aussitôt que l’action fut engagée, il fit ouvrir son centre, et ces animaux, paraissant tout à coup, chargèrent l'ennemi avec résolution. Cette apparition inattendue frappa les Celtibériens de terreur : les chevaux surtout furent saisis d’épouvante; ils se mirent à fuir dans le plus grand désordre; les fantassins se crurent également perdus, et tout le monde se sauva pêle-mêle dans les murs de la place.

Le proconsul poursuivit vigoureusement les fuyards, espérant entrer avec eux dans la ville: mais, arrivé au pied du rempart, l'ennemi fit volte-face, et le combat recommencça avec unenouvelle ardeur. Malheureusement les Romains avaient amené leurs éléphants trop près des murs; un de ces animaux fut atteint à la tête, pendant la mélée, d’une grosse pierre lancée par les défenseurs de la place. Blessé grièvement, il se sauva au travers des

DES ÉLÉPHANTS. — LIV. 11, CHAP. IX. ‘357 rangs, en poussant des cris lamentables qui mirent en fureur les autres éléphants, au point qu'ils se retournérent aussi sur les Romains, et en écrasèrent un srand nombre, d'autant plus facilement que les troupes étaient pressées et nullement préparées à un pareil accident. Le trouble et la confusion furent bientôt extrêmes: enfin, les Numantins . profitant de la circonstance, firent une sortie et repoussèrent les Romains sur tous les points, après leur avoir tué 4,000 hommes et 3 éléphants !.

Mais aucun événement peut-être ne montra mieux que la bataille du Métaure les inconvénients que pouvait causer l’indocilité des éléphants.

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