‹ Histoire militaire des éléphants, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'introduction des armes à feu; avec des observations critiques sur quelques-uns de plus célèbres faits d'armes de l'antiquitéChapitre 71 sur 79 · OO RO · texte numérisé non relu

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examinée.

soit qu'il combattit isolément; et, quand ces armes venaient à fui manquer, il avait encore un second javelot en réserve, et même deux plus petits cachés dans l'intérieur de son bouclier. L’épée du légionnaire, propre à frapper d’estoc et de taille, était d’ailleurs plus forte que celle des Macédoniens. Cette différence dans les armes devait avoir une grande influence sur le succès des batailles; car, une fois l'ordonnance rompue, et le combat n'étant plus que d'homme à homme, l'avantage devait toujours être du côté des Romains. Philippe et ses soldats furent glacés d’effroi lorsqu'ils virent la largeur des blessures faites par les armes des légionnaires !. La force du soldat romain était donc dans l'individualité, selon la réflexion très-juste du maréchal de Puységur ; celle des Grecs dépendait essentiellement de l’ensemble,

Les plus fiers ennemis de Rome furent forcés de rendre hommage à la supériorité de ses armes et de sa tactique. Annibal faisait rechercher, sur les champs de la Trébia et du Trasimène, les épées et les javelots des Romains, pour en armer ses soldats , auxquels il donnait en même temps l’ordre de se débarrasser de l'armement qu'ils avaient apporté de Carthage et de l'Espagne. À la funeste journée de Cannes, l'infanterie africaine était entièrement armée et équipée à la romaine, au point, dit Tite-Live, qu’on les aurait pris pour des Romains. «Afros romanam magna ex parte crederes aciem : «Ita armati erant, armis et ad Trebiam, cæterum magna ex «parte ad Trasimenum captis 2.» Pyrrhus, qui eut toujours dans son armée beaucoup de troupes italiennes, se garda bien de rien changer à leur organisation; il les fit, au contraire, toujours combattre par légions et par cohertes, en ayant soin seulement de les mêler aux divisions de sa phalange ©. Enfin,

t «Nihiltamen terribilius Macedonibus fuit 1pso vulnerum aspectu, quæ «uon spiculis neque sagittis, neque græculo uilo ferro , sed ingentibus "pilis, nec minoribus adacta gladiis, ultra morem patebant. »(Florus, 1, 7.) — ‘Ipsum quoque regem terror cepit, nondum justo prælio cum Ro- ‘inanis congressum, » (Tit. Liv., xxx1, 34.)

2 Tit. Liv., xxu, 46. — Cf, Polyb., xviu, 11.

3 Polyb., (oc. laud.

DES ÉLÉPHANTS. — APPENDICES. 489 Mithridate, vaineu plusieurs fois par Sylla et par Lucullus, désorganisa ses vieilles phalanges pour en former, d’après la tactique romaine, une nouvelle armée, où l’on compta jusqu'à 120,000 fantassins organisés en légions, et armés à la manière des Romains!

Des faits nombreux, éclatants, viennent d’ailleurs à l'appui des raisons que j'ai données en faveur de l'ordonnance romaine, À Bénévent, l'armée de Pyrrhus était plus forte du double que celle du consul, et néanmoins elle fut mise en pleine déroute. Philippe vit sa phalange détruite aux Cynocéphales ; celle d’Antiochus éprouva le même sort à Magnésie; celle de Persée fut exterminée à Pydna, après s'être défendue avec la plus grande bravoure. Les phalanges faisaient aussi le nerf des armées carthaginoises et de celles de Mithridate. Il est vrai que ce furent les deux ennemis dont Rome eut le plus de peine à triompher; mais plus fut longue et acharnée la lutte des deux tactiques, plus on est fondé à accorder la préférence à celle qui finit par l'emporter.

La phalange eut ses jours de gloire : la défaite des Mèdes , des Perses, des Indiens, fut son ouvrage. La légion triompha de toute la terre; ni l’ardeur des Gaulois, ni la constance des Espagnols, ni la férocité des Cimbres, ni le courage éclairé des Grecs, ne purent lui résister : ce furent le pilum et le manipule qui firent la conquête du monde.

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