‹ Histoire militaire du PiémontChapitre 100 sur 176 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

SQi^rendre le pont d'Arve la nait du i3 ^niSgo. mars ; Us s'en retirèrent cependant après un léger combat, et ils rentrèrent dans leurs cantonne mens. Le premier avril les Genevois assiégèrent le château de Monthoux, où se trouvait une troupe d'aventuriers italiens, qui s'étaient rendus redoutables par leur cruauté et par leurs désordres: ces hommes, moins braves que féroces , espérèrent d'échapper au sort qu'ils redoutaient, en se rendant lâchement à discrétion, après vingt-quatre heures de batterie; mais leur faiblesse ne fit qu'accélérer l'exécution de la vengeance ; le vainqueur en entrant dans la place n'épargna, ni les femmes, ni les enfans ; Lonigny abandonna le village même de Monthoux au pillage > et dévasta les bourgs , et les campagnes des environs : les Piémontais s en vengèrent en pillant Targes ; le détachement chargé de cette entreprise fut battu à son retour ; et les ennemis profitant de l'inaction des 'Savoyards, asû^èrent le château de la Pierre , que monsieur d'Arsène leur rendit après^ avoir soutenu trois assauts (i). bbVï.^"'''^'

Il ne manquait plus que le fort de Cluse aux Genevois pour être maîtres de tout le pays de Gex , et tranquilles sur la droite du Rhône; ils investirent ce fort le 18 avril ; quoique la faible garnison de quarante hommes chargés

544 GUEimes sv piémont ^fi t5s9. de le défendre, ayant donné dans nne embuscade , se trouvât réduite à moins de la moitié , le capitaine Di^n ne perdit pas. courage; il fallut trois jours aux assiégeans avant de pouvoir s'éta* blir dans le raveliu , qui faisait la principale défense du front d'attaque ; mais ■cet ouvrage emporté, lea Genevois parvinrent à ^e loger le si au pied des murs, et il était impossible de les défendre avec an aussi faible détachement: dans cette circonstance Dian crut beaucoup gagner en convenant de ne rendre la place que le aS à deux heures après raidi, s'il n'était secouru avant lik. i.v«*>>i.~ ce terme (i): le marquis de Samt-Ram- L.m|«., « 7. j^^^j ^^^.^ ^^ ^g.^^ paiù de Chambéry

dans Cette vue; trop tard cependant pour sauver la garnison, qui se retira à l'armée avec les honneurs de la guerre :

Don Amé apprit la capitulation en arrivant à Ghàtillon, il en iut vivement peiné , et il forma le projet d'assiéger lui-même la place que l'ennemi venait d'enlever : cette entreprise offrait une

rnde difficulté en ce que monùeur Lobigny ne s'était point éloigné de Cluse , et il était k -présuiocr j qu'il n'aurait quitté sa position , qu'après avoir mis ce fort en état de se soutenir long - temps : il fallait donc engager l'ennemi à quelque faux mouvement, pnisqu'en n'était pas assez fort poux

CBAPITRE XIX. 345

le combattre ; et le général savoyard •<'■> ^^^ crut, qu'en se portant entre le camp de Lobigiiy et Genève , il remplirait son but ; il ne se trompa pas : en eiTet , dès qu'il eut passé le Rhône à Gr^sy avec une partie de ses forces, les Ge-* névois rirent leurs communications menacées , et se décidèrent à la retraite (ij , eo liAssant dans la place un dé- «C"^'—» tachement sous les ordres du capitaine d'Ëgaillon : les Piémontais s'approchèrent de Cluse sur les deux bords du Rhône, la cemèrent'de toute part (a),iii*ï.'^'''~' et commencèrent la batterie (5); le ca- P)c™""». pitaine d'Egaillon capitula le 34, et paya' de sa tète à Genève cette reddition précipitée (4). Bii"'^'^*

Don Amé de Savoie sollicitait des renforts d'autant plus nécessaires , que la cavalerie féodale savoyarde , et la mikce ro3rale de cette province étaient occupées à la guerre du Dauphiné, où les Ligueurs se soutenaient avec peine contre Lesdiguières ; Charles Emmanuel inquiet lui-même des progrès des Genevois, Ht passer les alpes k une partie du camp de Cental, pendant qu'il y rassemblait de nouvelles troupes destinées à la reprise de Barcelonnette qu'il méditait : déjà le comte de Saint-Front, commandant à Berzés durant l'absence du comte de Luzerne , avait passé le col d'Argen* tière , et s'était tottiBé k l'Aiche et

546 GUERRES BU PIÉMONT An 1590. à Maison Méane , afin de prévenir les ennemis sur les alpes , où il serait devenu difficile de les forcer : le duc qui se proposait de diriger cette expédition depuis Coni , était sur le point de quitter Turin , lorsqu'il y reçut les députés de Provence , qui le suppliaient de prendre sous sa protection les. catholiques de cette province ; l'alnour propre et l'intérêt de Charles étaient également flattés de cette demande; il prodigua les caresses et les honneurs à l'évêque de Riez , à monsieur d'Ëmpuis, et à monsieur d'Oise , que le parlement d'Aix lui envoyait , et il leur promit d'arriver en personne pour les défendre à la tète d'une armée : les députés provençaux étant partis satisfaits , Charles, à qui le dessein de reprendre Barcelonnette tenait fort à cœur , lit partir le i5 mars de Turin six pièces de canon pour la vallée de Sture., et quoique la difficulté des chemins eût arrêté cette artillerie à Coni , il ordonna au comte de Saint-Front de marcher aux ennemis et de les combattre : les Piémontais, extrêmement resserrés entre les alpes et les sources de i'Ubayette où il» souiFraient beaucoup , ne demandaient pas mieux que d'attaquer; ainsi dès que Saint-Front annonça l'ordre qu'il venait de recevoir, la plus vive joie parut dans ses troupes : . les Français furent par tout

CHAPITBE XIX. 547

repousses jusqu'aux châteaux de Giau- A» iSgo. sier et de Châtelard qu'ils avaient fortifiés avec soin ; monsieur de Saint-Front les croyait imprenables sans artillerie ; il voûtait l'attendre; mais l'ardeur des soldats était telle , que cédant à leurs ùistances , il se disposa à l'entreprise ; le signal de l'attaque étant donne , les Savoyards emportèrent Châtelard d'as-

-«aut, après un combat sanglant; ce qui échappa au fer du vainqueur mourut en se précipitant dans des abîmes; et cet acte de rigueur répandit une telle épouvante dans toute la vallée , que Giausier fut abandonné. Le capitaine Collet, comiùândant de Barcelonnette proposa de rendre la place aussitôt qu'on lui montrerait du canon ; et cet accord ayant été signé, le comte de Saint-Front envoya chercher l'artillerie à Coni : dans cette entrefaite Collet reçut un renfort de cinq cents hommes d'infanterie et de deux cents cavaliers ,, avec lesquels il crut pouvoir éloigner les Piémontais , ^

et rendre nulle la capitulation , dont il avait convenu dans un premier moment d'épouvante: il fit conséquemment attaquer le village de Faucon , où commandait le chevalier Ponte, *pai se défendit avec courage , iusqu'à donner à monsieur de Saint -Front le' temps de

' marcher à son secours ; mais ce général ne jugeant pas pouvoir soutenir ce

54^ GUERRES DU PIEMONT

j.i5go. poste , qai n'est qu'à un mille de Barcetonnette , l'abandonna, et se replia à' Sequières , alors même que monsieur de La-Vallette arrivait à la tète d'un corps de troupes fraîches : les Piémontais regagnèrent k la h&te Giausier et Châtelard ; les Français les harcelèrent de si près dans leur retraite , que les colonnes se mirent en désordre, et dèslors il devint impossible de contenir les soldats, qui s'abandonnant à la furte, jetaient leurs armes et leurs sacs : l'ennemi apprit trop tard cette déroute pour en proBter , et les Savoyards dispersés se réunirent à Berzés : le comte de Saint-Front jugea impossible de se soutenir au delà des alpes dans l'état de découragement où étaient ses troupes; il les reconduisit à Démont, dans le moment précisément où quatre cents hommes d'infanterie , et une compagnie de fanciers y arrivaient , avec l'artillerie destinée à le joindre.

Les Français s'avancèrent jusqu'à Piétrapors, qu'ils abandonnèrent presqu'aussitôt , et les Savoyards s'étant remis en ordre, s'y portèrent de nouveau ,' et s« retranchèrent dans les ebvirons de Berzés , où ils voulaient attendre le comte de Martinengo , et les secours qu'il conduisait : cet officier se mit en marche le 39 juin ; il arriva jusqu'à Barcelonnette à la t^te de douze cenU

CBAPITRE XDC. 549

hommes, sans avoir rencontré un seul dé- Jn iSgo. tachement qui osât l'arrêter : monsieur de La-Vallette étant retourné en Provence , le capitaine Collet rendit la place le 5 juillet, avant qu'on l'assiégeât. Martinengo se porta sans perdre de temps sur Miolans, qui lui ouvrit ses portes , et déjà il allait attaquer Lauret , seul village de la province qui demeurât aux Français, lorsque des ordres pressans le rappelèrent en Piémont; il y repassa , en confiant la garde de la principauté de 'Barcelonnette à trots cents Espagnols; et il reçut en arrivant à Démont l'ordre de marcher eu Provence (i). B<>^i.t,ii>..o,'b.^

Page 1