CHAPITRE XXIV
GrenoWe le marquis de Treffort s'était An iÇga. retiré à CbapariHan , d'où il fit encore quelques courses sur les terres de France: les «nnemis tentèrent de prendre Morestel, et le manquèrent: enfin l'on entra de part et d'autre en quartiers d'Jiiver Qi). La guerre continua dans le Cha- a^Sâttf^ùVT biais, où les Genevois entrèrent en force: "«p-îs. ils poussèrent leurs ^rtis jusqu'à Annecy , après s'être rendus maîtres de Bonneville et de la Roque ; le baron d'Hermance, qui venait de racheter sa liberté en payant une rançon de huit mille ducals d'or, rassembla de son côté quelques troupes , et porta la désolation jusqu'à Genève (2), dans l'espoir mJ'î.^*^'^*^^' d'y rappeler le^baron de Conforgien.
Charles Emmanuel sépara son armée en Piémont tout de suite après le départ de Lesdiguières : les Espagnols qui, y servaient n'eurent fKis un long repos : Don Octave d'Arragon reçut ordre de les mener dans les vallées de Vraïta , et de Maïra contre tes insurgés du marquisat de Saluées : le président de Provane, chargé des ordres de la cour, devait suivre le quartier général , et diriger l'expédition sous les rapports politiques: à l'approche des troupes, le seigneur de CosligUole demanda et obtint sa grâce ; le châleau de Brusasque fut abandonné , et Don Octave d'Arragon passant de la vallée de Vraïta
n,r.^^<iVG00glc
4a6 OUBHKES DU PIEMONT An 1593. dans celle de Maïra , se logea le 37 janvier à Cortignan, et bloqua avec deux mille homraes le château de ce village, dans lequel s'étaient enfermés beaucoup de paysans : le canon tira le même jour contre la place , et les assiégés l'abandonnèrent la nuit, en se retirant par des chemins détournés, sans qu'on s'apperçût de leur fuite \ on Uvra le château au pillage, en haine de son seigneur , dont on regardait la trahison comme d'autant plus criminelle , qu'il avait ^té élevé à la cour d'Emmanuel Philibert. La journée ixi a8 se passa à faire les dispositions nécessaires à l'attaque des barricades de Saint-Damian , où les rebelles venaient d'être renforcés de quelques troupes françaises : tout étant prât, le lenclemain le gros des Es^ pagnols marcha de front contre -les re-> tranchemens , pendant qu'un déta<Aement de trois cents mousquetaires, destiné à prendre l'ennemi & dos , se portait sur son flanc par les hauteurs de noccabrtina : les mpuveraens de ce corps auraient facilité l'attaque principale, sî l'on ne s'était pas amusé à piller en route; . mais les barricades n'ayant été attaquées que de front , on y rencontra une résis* tance opinàtre , et l'on ne parvînt à les forcer qu'après un combat meurtrier : les insurgés , chassés enfin de leurs retranohemens , se retirèrent dans la plus
n,<j,N..^b,G00glf
CHAPl'fRË XXIV. 437
grande confusion, en abandonnant le vil- Aa i5q2. ^ge , et le ehâLeau même de Saint-Damian , qn'ils auraient pu défendre : Don Octavç ayant suivi les fuyards de très- , près jusqu'aux Portes, parut un moment étonné de l'aspect formidable de ce poste; la vallée , aussi étroite dans cet endroit l)ue' le chemin même, a à sa droite un précipice affreux , et à sa gauche une inontagne inaccessible: le général espagncd était sur le point de se retirer; mais fe chevalier de Cambian , général de l'artillerie' piémontaise , lui représenta qu'iï n'est point de poste dans les alpes qui ne puisse être tourné ; il remontra vivement à monsieur d'Arragon combien la retraite serait préjudiciable à sa gloire, tt aux intérêts du duc de Savoie ; elle faisait perdre le fruit des premiers avantages ; elle laissait aux insurgés la facilire de recevoir des secours de - France, à l'aide desquels ils auraient pu chasser lès troupes de la vallée, puisqu'elles n'occupaient point encore de positions; elle allait enfin causer la perte du fort d'Acegliô , qui bloqué depuis long-temps , ne Se soutenait qu'avec peine, dans l'espérance d'un prompt secours : ces considérations ayant ébranlé le général , monsîeui* de Cambian lui fît remarquer comment" il fallait tourner le poste; et Fon donna à l'instant même tes dispositions de l'attaque ; trois cents arqoebusierE
n,9,N.?(ib,GcX)glf
428 GUERRES DU PIEMOKT An tSga. 'passèrentsur la droite du torrent de Maïra, dans le dessein de gagner les hauteurs de Celle et de la Marmora , qui les auraient conduits sur les derrières des Portes, si les montagnards occupant ces postes ne les eussent repoussés avec perte; cependant Don Octave' d'Arragon fit mat" cher un second détachement par la même route , et dès qu'il vit l'attention des ' insurgés se porter principalement sur ce corps, il poussa vers leur front un nombre de soldats d'élite , armés de toutes pièces , et portant des engins propres à rompre la porte , sous la protection d'un feu roulant <îe mousqueterie très-vivement exécuté : cet acte de vigueur, qui eût été téméraire en présence de tout autre ennemi , étonna tellement ces paysans indisciplinés, qu'ils s'abandonnèrent à une fuite précipitée; ils eurent le temps de se retirer, car quoique la porte ue fût plus gardée, on ne parvint pas aisément à l'abattre ; les Napolitains entrèrent les premiers , et pénétrèrent jusqu'au village de Lot; le reste des troupes occupa Arma , dont les habitans s'étaient tous retirés à Strop , dernier retranchement , et dernier asile des rebelles.
Cette position était très-forte; de nouveau le sang allait couler, lorsque Kené de Saluées, gouverneur de Droneroetdo la vallée de Maïra , proposa au président