CHAPITRE V. III
dans l'espoir d'engager enfin le duc de An 1S44. Savoie à consentir à l'échange de ses états contre la Flandre ou la Bourgogne , ainsi que Gbarte-Quint le souhaitait (1). sili^iï?" "■''"■ Carignan était toujours bloqué et 7^^''*"'""«°'ii>; resserré de toutes parts; il manquait tunof' ■~*^"^ depuis long-temps de vivres. Le généreux dévouement de François Masserati riche habitant de cette ville mérite d'être rappelé : ce gentilhomme , que son courage avait déjà rendu recommandable , ouvrit ses greniers au gouverneur , et < subvint par un don de deux cent trente sacs de blé à la disette générale (2) ; dj'^i™i!i;f,'^^ mais ce secours de vivres fiit bientôt ••*"■ •'■ consommé; et les maladies qui sont la suite de la misère désolèrent la garnison ; les soldats mourant de faim se précipitaient des remparts pour aller implorer la générosité des easiégeans ; et Pierre Goionne n'ayant aucun espoir de secours , et voyant les Allemands prêts à se révolter , consentit à capituler. Le duc d'Enghien n'aurait voulu le recevoir qu'à discrétion , et il l'aurait forcé d'çn subir les lois , si les Suisses de son armée ne lui en eussent dicté à lui-même; ils menacèrent de se retirer, à moins que l'on acceptât les conditions qui étaient offertes; et le général français cédant aux circonstances signa le i5 juin uqe capiculatiou, par laquelle U
IIS GUERRES DU PIj^HOHT
fut permis à la garnison de se retirer avec armes et bagages au delà de l'Adda, sous la promesse de ne point servir de six mois contre la France. Colonne seul • demeura prisonnier (i).
Cette place étant conquise, douze mille Français passèrent en Picardie et en Champagne , où les Anglais et les Allemands Taisaient des progrès. Le duc d'Enghien , dont l'armée était extrêmement affaiblie par le rappel de ses meilleures troupes , %n enferma le reste dan» les places, et se rendit à Turin pour y attendre les huit mille hommes que Strozzi avait nouvellement levés en Italie. Dans cet ëtat de choses monsieur Du-Guast crut pouvoir tenir la campagne k son tour , et réparer les pertes passées ; il se mit en effet en mouvement pour s'opposer à Strozzi , qui était dans le Parmesan : incertain toutefois sur la route que cet officier aurait choisi , il hésita sur celle qu'il prendrait lui-même; et Strozzi, se jetant tout-à-coup dans tes montagnes de Gênes, espéra de pénétrer en Piémont par les Langhes ,. pendant que les Impériaux étaient dans le Tortonais. Le duc d'Enghien qui connaissait son projet dépêcha au général italien monsieur de Montafia, gentilhomme piémontais, chargé de diriger sa marche vers Albe h travers le pays difficile dont il conniùssait toutes les localités ;
CHAPITHK V. 1 1 5
monsieur d'Enghien comptait s'y rendre Ah 1544. en même temps depuis Turin avec quelques troupes. L'on savait que l'ennemi n'avait à Albe qu'une garnison de cent hommes , et l'on calculait que Du-Guast ne serait pas à temps de la secourir.
Tout arriva ainsi que l'on avait prévu. Le général espagnol qui ne s'était point attendu à la marche de Strozzi , ne put s'y opposer, et les forces françaises se reunirent heureusement sous les murs de la place menacéC' Quatre canons furent aussitôt dressés en batterie ; et le capitaine Copin , qui aurait dû abandonner la ville , et se 'retirer dans te château, où il pouvait se bien défendre; céda l'une et l'aulre vingt-quatre heures après l'investissement. L'armée impériale avait marché en toute diligence à son secours , et déjà les avant-posles qui couvraient le siège étaient attaqués , lorsque Du-Guast ayant appris la capitulation se retira sur Asti. Le général français assura sa nouvelle conquête par une garnison de deux mille hommes, et prit la roule de Carmagnole (i), après avoir „,f'J^^'^!^' fait des détachemens qui coururent la ^LjST.'î^mV"' province de Mondovi , où ils se saisirent de La-Trinità (2), et où ils as- J^^**'^ '"" siégèrent '-ioutilement Villeneuve (5). u^^Js.*^""^*" '
Les revers éprouvés en Italie avaient été vivement sentis par Charle-Qùint , qui ordonna à Dom Juan de Vega son Tom. //. 8
D,9,t,.?(ll„GOOglf
Îl4 GUERRES DU PIEMONT JKaiSjH. ambassadeur à Rome , de passer eii Piémont, pour concerter les moyens d'y rer mettre les affaires. Quoique cet associa au commandement ne plût pas à l'ancien général , il n'osa se dispenser de suivre fion avis en attaquant les petites places que l'ennemi occupait dans le Verceillais. Azian ayant été emporté de force , les habitans , et la garnison furent massar crés , et le commandant fut pendu avec deux officiers, par ordre de Vega; cette férocité fit tomber les armes des mains àa gouverneur de Dezan qui se rendit sans résistance , et Verceil se trouva enfin délivré des alarmes continuelles que ïui donnait cette garnison. Après ces iai<blés avantages Dom Juan de Vega rér piuM 6. -. G^BTi»; partit pour Rome (i). Ces expédition» c—pu», lik. iB. termmèreot cependant la campagne , et la guerre. Une trêve conclue dans ce»
entrefaites fut suivie du traité de Crépi C.) Du is 7jm. ^3) ^ pg^ IcqucI l'empcreur s'engagea de céder la Flandre, ou le Milanais, en faveur du duc d'Orléans qui devait épouser une princesse espagnole. François I." promettait de rendre au duc de Savoie la partie de ses états qu'il avait conquise; et comme il y avait deux ans pour remplir entièrement les conditions de- la paix générale, l'on convînt de rendre en attendant à l'infortuné Charles JII la partie du Piémont qui loi avait •été enlevée depub la trêve de Nice. Le
CHAPITRB V. li5
duc de Savoie rentra ainsi en possession An i544. du marquisat de Cève, de Mondovi , de Quërasqne , de Cresceiitin , de S.t-Gert main , de Verrue , et de quelques autres places peu importantes , pendant que les Français conservaient la plus grande et la plus belle partie du Piémont, avec la Savoie entière. Ce prince , plus malheureux encore après la conclusion de cette paix que durant la guerre (i) , vit Oj!^.}«^»nrf^ bientôt rompre les liens mal affermis ■<■■- jw.™^u« qui semblaient unir les cours de Paris et i*. ■»■ ^t- >■ — ' de Madrid; la mort du duc d'Orléans i»'™'-'»^'! fournit un prétexte à l'empereur pour éluder l'engagement qu'il avait contracté en sa faveur; et le roi qui songeait à l'y contraindre était loin de vouloir se des- «aisïr de ce qu'il occupait danà les états de Savoie (a) ;' ainsi le traité de Crépi AS^Sï»; qui paraissait devoir réunir de nouveau "'■'■ les provinces du Piémont séparées depuis trop long-temps, et faire cesser enfin les malheurs qui les affligeaient , devint la source d'une nouvelle guerre, plus longue , et plqs ruineuse encore que la précédente.
L'histoire des campagnes qui nous ont lOecupé jusqu'ici fournit, comme on a pu ■le voir, plus d'exemples de valeur, que des modèles de conduite; l'on trouvera dans la guerre suivante des vues plus étendues, et des plans mieux concertés:
les opérations militaires après avoir suivi
D,g,t,.?(ll„GOOglf
Iï6 , GUERRES DU rtÉMONT
An 1544. pendant long-temps Jes chances du hasard , commencèrent k être soumises au calcul , et devinrent ainsi plus intéressantes.