CHAPITRE XIV- gB
^té forcé de doubler les charges publiques pour approvisionner ses places; et les besoins augmentant ^;^que jour, l'on ne manqua ni de traitans ({ui proposèrent de nouvelles impositions, ni de magistrats qui les, approuvèrent (a): le peuple avait passé du murmure aux menaces: l'armée composée en, grande partie d'étrangers, étant mat payée, et mal nourrie, se montrait elle-même prête à se révolter ,v et le moindre succès des Espagnols pouvait devenir doublement fatal à Brissac dans ces circonstances. Jean de Figueroa, successeur du cardinal de Trente dans le gouvernement de I9 Lombardie , fut bientôt remplacé par le duc de la Sessa , qui instruit de la position du génér^ français, songea à en profiter , et marcha dans le Monferrat sur la fin de janvier; après quelques engagemens de partis „il se dirigea sur Mon- Cïar , que les Français abandonnèrent à son approche, pour se retirer à Kobelle et à Verrue: Costigliole sur leTanaro, et Fonzon sur l'Erro, furent également emportés. Monsieur de Brissac justement effrayé de ces premiers succès, auxquels
(a) Le président des fioancRs Bailly fut im de ceux contre qui le maréchal de Brissac eut te plus à luiier
fiour empêcher les exactions exorbitantes iju'on vouait laire en Piémont
Vi^«i les mémoires d» Boiein aux Uv. 8 rf j(.
i9^ CTTBXRES nv PIEMONT it ne trouvait point de remède, »e décida à faire un voyage à la cour , afin d'y représenter l'état malheureux des affaires en Piémont, autant que pour y solliciter de* renforts de troupes, et des secours d'ar- ' gent : il se flattait que par sa présence il pourrait obtenirce qu'il demandait en vain depuis long-temps ; mais il se trompa dans son attente ; on le fêta ; on lui promit beaucoup , et il . répartit sans avoir réussi.
Pendant son absence, les Impériaux qui s'étaient fortifiés à Poyrin, se rendirent maîtres de plusieurs ch&teaax , soit par la force , soit par la soumission volontaire de quelques seigneurs, qui saisirent cette occasion de rentrer en crace auprès du duc de Savoie. Le maréchal de retour en Piémont au commencement du mois de juillet se trouvait dans la position ta plus critique : les troupes qui l'avaient attendu avec impatience, . dans l'espoir qu'il apporterait l'argent qui leur était dû , éclataient en murmu* res'; et les mécontens, enhardis par le bruit de la défaite de l'armée française en Picardie, semblaient n'épier que le moment de se soulever : dans ce danger pressant et extrême , monsieur de Brissac se décida au seul parti qui lui restait , celui de sacrifier le peuple k l'armée , et après avoir ordonné aux négocians dliabUler ses soldats, il
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anrchargea les propriétaires d'unenouvelle An t558. impositic»! : le maréchal aurait voulu que cette taxe extraordinaire eût pu être exigée sans employer la force ; mais il fallut nécessairement user des voies de -rigueur; et la multitude sur qui la main seule de Brissac semblait peser, lui donnait des malédictions qu'il '
ne méritait point : le maréchal n'ignorait pas les dispositions générales; et eo écrivant k la cour depuis son retour en Italie, il y mandait, qu'il avait autant k se défier des habitans de son gouvernement , que de» ennemis mêmes :
cependant ces avis , loin d'amener les adoucissemens que le maréchal en attendait, décidèrent l'ordre d'un nouvel emprunt forcé : les Français avaient déjà trouvé des ressources inattendues dans plusieurs Piémontais attachés à leur
Sarli: le comte de Bene , le seigneur e Vineuf , et le seigneur de Sanfré , offrirent de lever chacun douze cents hommes : le comte de Visque , le chevalier de la Mante, le seigneur de Morette, le seigneur de Rossane, et'quel-i ques antres gentilshommes, s'unirent à eux, pour; soutenir l'intérêt d'une cause
ri leur était devenue commune: la ville Casai fit à ses propres frais une levée de cinq cents hommes , qui marchèrent aussitôt à l'armée.
- Ces 2»'euves d« dévouement de la
a68 GUEBBES DU TIEHOTIT part des amis de la France ne calmèrent point les inquiétudes du maréchal, auquel les intelligences du duc de Savoie étaient connues : Brissao devenu ombrageux, depuis que les dangers de cette espèce ,1e menaçaient , n'était pas tranquille sur les dispositions du comte de Tende , quoique ce seigneur se fût ouvertement montré , depuis le commencement de la guerre ; l'importance de la petite province de Tende , située entre le comté de Nice et le Piémont , faisait désirer au maréchal de la voir passer sous la domination directe du roi; et il fit à Paris la proposition de s'en saisir , en dédommageant ailleurs le comte : la cour se refusa à cette proposition , et le marédhal tournant ailleurs ses vues , gagna le seigneur d'Ormée , qui s'étant déclaré eh sa faveur , lui ouvrit les débouchés de la vallée du Tanaro, par où il mit k contribution le territoire Génois jusqu'aux portes de Savone : cet événement consola en partie le général français du mauvais succès de l'entreprise de Louis de Bïrague sur Saint-Gerniain près de Verceil ; mais bientôt il eut à songer à de plus grandes affaires.
' Le duc de la Sessa s'étant mis en campagne avec vingt-cinq mille soldats et trois mille pionniers, campa le a août entre Variglie et Ravignan, ça araat
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d'Asti, et pendant qu'il attendait d'Ale- ^a i558. xandrie, ou de Tortone, la grosse artillerie , il fit des courses sur les bords du Tanaro, et ravagea les campagnes cI'Albé. Le maréchal qui avait rassemblé ses troupes à Carmagnole, profitant de la lenteur des ennemis , ravitailla ses places , dont plusieurs manquaient de vivres et de garnison ; elles étaient en état de siège, lorsque les Espagnols poussèrent des reconnaissances jusqu'à lu Cisteme , et à Saint - Damian : ils furent alors attaqués près de cette dernière ville par le comte de Visque , qui les força à la retraite. Don Alvaro de Saudes, maître -de -camp -général espagnol, étant enfin, arrivé de Madrid au camp , avec les ordres qu'on attendait de la cour, l'armée suivie d'un parc de vingt pièces . d'artillerie s'avança le 24 août à Dusin, et y campa, en s'étendant du côté de Valfenière: le duc de la Sessa fit aussitôt reconnaître la position de Buttigliera , et les environs de Chien ; mais , soit qu'il eût le dessein de tromper les Français , soit que les rapports qu'il en reçut changeassent ses projets , il partit de Dusin le 27 , et alla camper à Sommarive: en passant h peu de distance de Villeneuve, et corître les fauibo^rgs mêmes de Carmagnole, il se logea le 2Q a. Marène , non loin de Savillan.
ayo GUERRES DU PIEMONT A l'approche de cette armée, doht le»
moavemens avaient para menacer, tantôt Villeneuve ou Chieri ^ tantôt Carmagnole , Moncalier oa Turin , et tantôt eaBn Savillan, Cental ou Busqué, monsieur de Brissac distribua toute son infanterie dans les places, envoya sa cavalerie à Pignerol, et laissa les ennemi» maître^ de la campagne. Le duc de la Sessa parut le 5i août sous les murs de Cental , défendu par cinq cents Français aux ordres du capitaine Pierrelongue : ' cet officier prévenu de la marche des ennemis , ruina entièrement le faubourg , qui aurait facilité l'attaque de la ville , et s annonça par cette mesure comme déterminé à se défendre long- temps : la tranchée fut ouverte la nuit qui suivit l'investisse* ment; et pendant qu'on travaillait aux approches, les assiégeans détournèrent l'éàn des fossés : deux jours de travail suffirent à dresser leurs batteries sur la contr'escarpe , et tpiatre jours du feu de Ms batteries ruinèrent entièrement les défenses : te fossé étant à sec , l'on commença à saper la contr'escarpe, pendant que le feu de rartilleite j qu'on dirigea toute sur la courtine , j faisait un terrible dégât : la garnison parut vouloir s.'oppos4tr à la descukte du fossé ; mais le gouverneur, d'ailleurs peu courageux , selon Boivin , soit qu'il s'en laissât imposer par les crîs des habitans , soit