‹ Histoire moderne de la Grèce depuis la chute de l'empire d'Orient [microform] Par Iacovaky Rizo NéroulosChapitre 25 sur 52 · PROGRÈS DE LA CIVILISATION EN GRECE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA CIVILISATION EN GRECE

de prendre la couronne , commandaient des armées 5 gouvernaient des provinces , s'accoutu- ' niaient aux fatigues de la guerre et de Tadministration ; en sorte qu'à leur -avènement au trône les affaires ne les effrayaient pas; les armes faisaient leur plaisir , et la force leur caractère; ils devenaient tyrans ; mais au moins avaient-ils la capacité de l'être seuls et par eux-mêmes. Tels furent les Orchan , les Murad , les Bajazet , les Mahoraet, les Sélim et les Soliman.

Mais depuis que ceux qui étaient destinés à régner vécurent ensevelis dans les ténèbres du sérail , où ils vieillissaient souvent dans une complète ignorance des hommes et des affaires , depuis que 9 appelés au trône, ils ne surent pas même s'y placer , la dynastie ottomane commença à décliner visiblement de jour en jour. Les grandsvizirs nommés: au hasard et en butte à une foule de rivaux , ne songèrent plus qu'à leur propre sûreté , persécutèrent les hommes à talens qu'ils crurent capables de leur succéder, et, voyant dans leur maître un automate qui ne savait ni apprécier ni récompenser les services , ils eurent souvent recours aux révoltes des janissaires, qu'ils susci-* taient pour prévenir leur chute. Des eunuques noirs jouaient souvent le premier rôle dans les affaires générales , nommaient , destituaient les

vizirs, les gouverneurs, et le sort de l'empire dépendait d'un monstre de l'Ethiopie.

Dans un tel état de choses, les guerres des Turcs n'étaient plus dictées par le même esprit qu'autrefois; elles prenaient naissance dans les intrigues des ulémas et des vizirs , ou dans la crainte qu'inspirait l'inaction turbulente des janissaires. Les premières occasions qui mirent à découvert la décadence du gouvernement ottoman , furent les victoires que remportèrent sur les Turcs le héros polonais et plus tard le célèbre Eugène de Savoie. Cependant la Porte, conservant encore le sentiment de son ancien pouvoir, et encouragée par le cabinet de Versailles, gardait dans ses défaites la fierté d'un vainqueur, et se refusait à des propositions désavantageuses ; de manière que les résultats du traité de Carlovitz et de Tassarovitz ne furent nullement proportionnés aux victoires de^Zante, de Belgrade et de Petervaradin. Ainsi le colosse ottoman se serait écroulé sous son propre poids, par des secousses intérieures , saiits que la chrétienté eût jamais osé se venger de tous les maux qu'elle en avait soufferts; ainsi les ruines de ce colosse auraient subsisté amoncelées sur la terre, convoitées par l'avidité , mais gardées par la jalousie , si une fenime d'un génie aussi ardent

PROGHis DE LA CIVILISATION EN ORECE. ^ Sj

que le pays où elle régnait était glacé , n'eût méprisé ce grand mot d'eguiliâre^ qui certainement ne fut point inspiré par le Dieu de l'évangile pour Insécurité gratuite des sanguinaires mabométans.

Catherine II vengea les Saint-Louis , les Paléologueset les d*Aubusson : il était réservé à une. femme de fouler aux pieds le formidable turban et l'aigrette de l'usurpateur.

Une longue paix avec TOccident occasionnée moins par la disposition pacifique de Mahmoud 1^ que par la nécessité d'apaiser les troubles intérieurs, effets de la turbulence des janissaires , permit à la Turquie européenne de respirer et fit prospérer ses provinces. Leur population s'accrut en raison de leur prodigieuse fertilité, et lorsque Mustapha III , homme ambitieux , et fort des trésors immenses accumulés par ses épargnes et par celles de Mahmoud , conçut le projet de reculer les limites de son empire , et déclarât la guerre à la Russie, le nombre des troupes auxquelles il fit passer le Danube monta, au commencement de la première campagne, jusqu'à sept cent mille hommes. Les trois quarts de cette formidable armée traversèrent la Macédoine, la Thrace et la Bulgarie. On ne peut pas se faire une idée juste des ravages qu'ils y exercèrent, si l'on ne connaît pas le manque de discipline

des armées ottomanes , la rage qu elles exhalent durant leur marche contre les chrétiens quoique sujets du sultan , le désordre et l'extrême confusion des mesures que le gouvernement et ses chefs militaires prennent pour Tapprovisionnement de leurs armées, soit lorsqu'elles se mettent en marche, soit lorsqu'elles sont campées. La majeure partie de cette armée , débandée avant de se battre , fit encore plus de ravage dans sa retraite, pillant, égorgeant et incendiant tout ce quelle rencontra dans sa fuite. Mustapha III, à la vue d'une armée si nombreuse , pensait qu'il allait charger de chaînes toute la chrétienté , et pendant qu'à l'exemple de ses ancêtres qui donnaient des fers aux bayles * de Venise avec toute leur suite'et tranchaient la tête à leurs interprètes, il faisait jeter l'ambassadeur russe Obrescoff dans un puits sec de la prison des Sept Tours à Constantinople ; pendant que , fier de ses immenses armées, il s'irritait de n'avoir à lutter que contre un ennemi , qui d'après son opinion devait naturellement être gardé par des eunuques, cet ennemi taillait en pièces et dispersait ses troupes , s'emparait de ses forteresses , passait le Dniester , le Pruth et le Danube , incendiait ses

Nom donne aux ambassadeurs de Venise à la Porte oUomanc.

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