‹ Histoire moderne de la Grèce depuis la chute de l'empire d'Orient [microform] Par Iacovaky Rizo NéroulosChapitre 52 sur 52 · MM · texte numérisé non relu

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INSURAECTION GRECQUE. Sig

Cette résolution une fois prise , chacun partit pour organiser son corps de troupes, et l'on se réunit ensuite à Caritène; rarmée montait à sept mille hommes. Colocotroni, plein de joie, communiqua son dessein au gouvernement qui lui envoya un renfort de mille hommes sous les ordres de Théodore Griva. A la tête de cette armée , Colocotroni partit vers la fin du mois de septembre et parvint à Libovissi, ville située sur des hauteurs escarpées à quatre lieues de Tripolitza et à l'entrée de la vallée que fcMrment les collines du montTricorpha. Celui-ci tire son nom de ses trois sommités parallèles qui aboutissent à la plaine de Tripolitza^ où elles se resserrent en étroit défilé; les collines escarpées qui s'élèvent de chaque côté en se prolongeant jusqu'à liibovissi forment des gorges plus au moins rétrécies. Ibrahim , apprenant rapproche des Grecs, se réjouit dans l'espérance de soumettre d'un seul coup tout le Péloponèse. Il sortit de Tripolitza, franchit le défilé et s'avança à la rencontre de Colocotronî. Pour le déconcerter, il divisa en seize corps Ison armée de seize mille hommes. Colocotroni , informé de cette disposition , et ayant une connaissance exacte des localités, partagea sa troupe en six corps : les quatre pre7 mîers gravirent le revers opposé des collîaes et

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s'y placèrent en embuscade. Théodore Griva fit un détour pour s'emparer du défilé qui mène à Trîpolitza et couper la retraite à Vennemi ; enfin, pour attirer sur un seul point lattention dlbrahim et de ses détachemens, Colocotroni chargea son fils Gennéos de se retrancher dans une petite plaine située au pied de Libovissi et de sy tenir sur la défensive jusqu'à ce que lui-même, descendant avec deux mille hommes des hauteurs de Libovissi , donnât le signal de lattaque générale ; les antres corps devaient attendre le même instant et se tenir cachés dans les broussailles. Ibrahim traversa la série des collines, et parvenu à l'endroit où Gennéos était retranché, il l'attaqua sur4e-champ. A mesure qu'il éprouvait de la résistance, Ibrahim envoyait des renforts; il dressa même une batterie. Après une défense de cinq heures, Gennéos allait succomber, lorsque Colocotroni, qui avait donné à ses différens corps le temps de se placer sur les collines, et qui avait attiré les ennemis sur le point qu'il désirait, descendit de Libbvissi. H se dirigea d'abord vers ceux qui attaquaient le camp de Gennéos; puis, tout à coup, il fit une marche oblique sur les moulins pour s'emparer des batteries et prendre les ennemis à dos. Au signal donné , les Grecs embusqués sur les colli-

nés commencèrent une fusillade meurtrière ; Tennemî reconnut sa faute et battit en retraite ; mais il était entre trois feux; assailli par une grêle de balles, il devait encore traverser le défilé pour se retirer à Tripolltza ; toute son armée y eût été détruite , si Théodore Griva , qu'on avait chargé de cette position , avait eu le temps d'y parvenir. Mais Ibrahim accéléra sa marche, franchit le passage sans difficulté , et rencontrant Jean Notaras , qui faisait un détour pour renforcer Griva , il le chargea avec toute sa cavalerie et lui tua une centaine de soldats. Telle fut l'issue de la bataille de Tricorpha , dans laquelle Colocotroni prouva son courage et son habileté. Ibrahim reconnut qu'il ne manquait aux Péloponésiens ni valeur ni talens militaires ; et cependant cette action fut représentée comme une défaite des Grecs.

Ce fût à la même époque queut lieu l'entreprise la plus hardie que les Grecs tentèrent depuis l'insurrection. Toute la flotte égyptienne , une grande partie de celle de Constantînople et des régences barbaresques , avec une multitude de transports chargés de troupes et de munitions, se trouvaient réunies dans le port d'Alexandrie. L'amiral Emmanuel Tombazis conçut le projpt de les incendier : il partit avec sa goélette , un

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brick de guerre et deux brûlots , dont l'un était monté par Canaris. Parvenus à la hauteur d'Alexandrie, les brûlots se détachèrent sous pavillon étranger , arrivèrent à l'endroit où un pilote côtier vint à bord comme d'ordinaire pour conduire le bâtiment de Canaris à travers les basfonds et les sinuosités du port. Favorisé par la brise, Canaris allait s'accrocher au vaisseau amiral , quand un vent de terre le repoussa violemment; reconnu par l'ennemi, et foudroyé par deux bâtimens de guerre , Canaris ne perd pas courage , met le feu à son brûlot qui se consume sans eijfets ^ s'élance sur sa barque et sortant du port, est accueilli par le brick de Tombazis qui retourna à Hydra.

Cependant , depuis la bataille de Tricorpha , il n'arriva rien d'important dans le Péloponèse. Pressé de passer dans la Grèce occidentale , Ibrahim laissa de faibles garnisons à Navarin , à Modon , à Coron et à Patras , et deux mille hommes sous le commandement du renégat Sève dans Tripolitza; après quoi, ayant reçu de nouveaux renforts , il partit vers la fin d'octobre , traversa le golfe de Lépante et arriva dans les premiers jours de décembre avec douze mille soldats réguliers et six mille Albanais devant Missolonghi. A ce nom, tout Grec éprouve un

sentiment d*honneur, et si sa nation doit périr, il fait des vœux pour que ce soit de la mort des Missolonghiotes. Pleurer sur la catastrophe de cette ville , ce serait l'injurier : les larmes ne sont point le prix de l'héroïsme ; l'admiration étouffe la douleur. Missolonghi , dont le nom dérive de sa situation entre deux forêts d'oliviers, était bâtie à Tentrée du golfe de Patras; sa fondation date de plus de trois siècles. Les habitans vivaient du produit de leur pêche et de l'exploitation du sel marin. Comme ils n'avaient parmi eux qu'un juge musulman qui changeait cha* que année, ils jouissaient d'une espèce de tolérance , à la faveur de laquelle ils obtinrent une école bien organisée. A l'époque de Finsurreciion, les maisons de Missolonghi n'excédaient pas le nombre de sept ceiits; mais dans l'espace de quatre années, malgré les deux sièges qu'elle eut à souffrir, la ville fut quadruplée et embellie de quelques édifices publics, parmi lesquels on comptait un lycée, une imprimerie et une école d'enseignement mutuel. En considération de la bravoure , dé l'industrie et de l'esprit public de ses habitans , ainsi que de sa situation militaire, Missolonghi fut érigé en chef-lieu de la Grèce occidentale. Les Grecs instruits en préféraient le séjour , malgré ses dangers , au luxe et à la

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fainëautise qui régnaient à Napoli de Romanie, Le médecin suisse Meyer y rédigeait , sous le titre de Chroniques Helléniques , un journal qui respirait l'amour de la liberté. Missolonghi promettait de devenir en peu de temps la plus florissante et la plus civilisée des villes de la Grèce. Après la fuite précipitée d'Orner Vrione , qui l'assiégea la seconde année de l'insurrection, elle fut régulièrement fortifiée et garnie de quatre-vingts canons; chaque tatterie portait le nom d'un homme illustre , tel que Guillaume Tell , Franklin , Kosciuszko , Montalembert, le prince d'Orange, Iskender-Bey et Byron. Un large fossé environnait la ville , et deux autres fossés plus petits étaient en dedans du premier. Du côté de la mer, les bâtimens même les plus légers étaient contraints de s'arrêter à deux lieues de distance près de l'ilot de Vassiladi , qui communiquait avec la ville par un canal étroit pratiqué dans les lagunes. Vassiladi avait été fortifié par Aly-Pacha de Tépélen , à qui appartenait la douane du sel marin €t de la pêche ; il ne contenait qu'une caserne, une maison , et une espèce de redoute palissadée et gar^ nie de douze canons ; il ne pouvait être occupé par plus de cent personnes. Il y a en outre dans

ces bas-fonds d'autres îlots inhabités, dont le plus

important, par sa proximité de la ville, était celui de Clissova.

Mehmed-Reschid-Pacha , surnommé Kîutachy du nom de sa patrie, la ville de Kijitahia située en Natolie , fut investi , vers la fin de 1824 , du commandement suprême de toute la Turquie européenne, et chargé , sous peine capitale, de prendre Missolonghi. Le sultan prodigua ses trésors pour cette expédition immense ; il adressa des ordres autographes à tous les gouverneurs pour leur enjoindre d'obéir à Kiutachy. Ce pacha, instruit par les fautesde ses prédécesseurs, réunit une armée nombreuse, établit en différens lieux des magasins de provisions , et se mit en marche vers FAcarnanie , au commencement de mars 1825. Les capitaines de la Grèce occidentale entreprirent d'abord de lui disputer les passages ; maid , faute de vivres , il leur fut impossible de garder long -temps les défilés. Après quelques combats insignifians , ils se replièrent et se jetèrent dans Missolonghi, résolus de le défendre ou de s'ensevelir sous ses ruines. Les principaux de ces capitaines étaient le vieux Noti Botzarîs , George Stournaris, Mitzo Condojanni, Caitzo-, démos , Macry , Andréa Isko , Grégoire Liakata , Rangos et Tzongas. A l'origine du siège la garnison montait à cinq mille hommes; Stournaris

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en eut le souverain commandement; Nicolas Zerva , capitaine souliote , était le chef des soldats de Missolonghi. En avril iSsS , Kiutachy se trouva devant cette ville avec trente mille hommes, dix pièces de siège, six de campagne et quatre mortiers; deux semaines après, tous les autres corps arrivèrent au camp, de manière que Tarmëe turque atteignit le nombre de soixante mille hommes , dont les trois quarts Albanais. Kiutachy fit venir de Patras quantité de canons et de mortiers ; une flottille commandée par l'Algérien Mahmoud , qui fut prise ensuite par un corssure missolonghiote , inquiétait les assiégés en interrompant les convois de provisions. La garnison faisait de fréquentes sorties ; mais l'ennemi réparait ses pertes journalières, s'approchait toujours plus , creusait à force de bras une première parallèle , puis une seconde à cent cinquante toises des remparts; en même temps deux énormes batteries foudroyaient jour et nuit la forteresse ; un bombardement non interrompu écrasait les édifices de la ville. La flotte turque , composée de cent vaisseaux de guerre, apportait à Kiutachy un formidable attirail de siège ; mais le vice-amiral George Sachtouris la poursuivait avec sa division ; il l'atteignit le premier juin entre le Cap d*Oro , ou promontoire de Sunium , et

lïîSURRECTION GRECQUE. fiay

Tile d^Aiidros; il lança deux brûlots, l'un sur la frégate amirale , et le second sur une corvette ; ces deux bâtimens embrases sautèrent avec leurs équipages; par précaution, Tamiral turc se tenait à bord d'un autre vaisiseau ; sa flotte se dispersa et deux de ses navires échouèrent sur les îles de Tinos et de Syra; douze transports tom* bèrent entre les mains des vainqueurs. D'après la relation de l'amirauté d'Hydra, on trouva dans les bâtimens pris ou échoués plusieurs canons et mortiers, vingt mille boulets, quinze cents tonneaux de poudre , une grande quantité de cartouches et de matériaux destinés aux travaux d'un siège.

Les capitaines rouméliotes , qui partirent du Péloponèse pour voler au secours de Missolonghi, virent, en traversant la Grèce orientale, que ces contrées couraient de grands dangers , tant à cause d'une irruption par les Thermopyles, que de la révolte d'Odyssée. Ce général, en horreur aux chefs rouméliotes depuis le meurtre de Noutzo et de Palaska, était mal vu de tous les habitans de la Grèce orientale, et surtout des Athéniens , qui ne pouvaient supporter ses manières violentes , et qui lui préféraient le capitaine Gouras. Poursuivi par le gouvernement , Odyssée perdit sa popularité , et abandonné de

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ses troupes, il se retrancha dans une grotte inac' cessible, ou, dans le dessein de se venger, il noua des relations avec les Turcs. Ceux-ci acceptèrent avec des démonstrations de joie les offres de son amitié et informèrent leur gouvernement de la défection du fameux capitaine. Le sultan donna ordre de l'assassiner. Mais la lettre fut interceptée par Gouras qui fit aussitôt connaitre à Odyssée la récompense qu'on lui destinait. Odyssée se repentit alors de sa conduite, et toujours accompagné de fidèles soldats , assez brave pour en imposer aux barbares, il feignit de marcher avec eux contre le capitaine Goiu-as; mais au commencement de Faction , il passa du côté des Grecs et défit Tennemi. Gouras, d après un arrêt du gouvernement , enferma Odyssée dans la citadelle d'Athènes, pour être ensuite juge'. Le bruit courut, que, comptant sur son agilité, il avait sauté du haut de la tour et qu'il était mort à la suite de sa chute; mais toute cette affaire est enveloppée de ténèbres ; on a de la peine à croire que celui qui combattit quatre ans avec tant d'honneur , se permit le rôle de traître à sa patrie , ou que le vainqueur des Thermopyles pût ramper devant le turban. L'arrivée des capitaines rouméliotes fut alors d'un grand secours à la Gcèce orientale : tandis que Gouras battait

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les Turcs k Marathon , Constantin 3otzaris et Kitzo Tzavellas faisaient de m^me en Phocide. L'affaire d'Ambliani fut décisive : les ennemis y perdirent un grand nombre des leurs , abandonnèrent précipitamment le camp de Salona et évacuèrent la Livadie.

George Caraïskaky , George Valtinos , Zoï , et Pano Tzavellas, parvinirent les premiers jours de juillet sur les sommités de TAracynthe avec 1700 pallikares, avertirent de leur arrivée les assiégés , et traversant pendant la nuit le camp de Reschid*-Pacha 9 entrèrent dans Missolonghi. George ValtinoS , Zoï , Tzavellas et Nicotaras restèrent dans la ville avec 700 hommes; Caraïskaky repartit à la faveur d'une nuit obscure , en franchissant les lignes de l'ennemi. Pendant ces deux passages , les Grecs immolèrent plus de 700 mahométans. L'arrivée de ces intrépides capitaines , et ensuite celle de Kitzo Tzavellas avec sa compagnie , redoublèrent le courage des assiégés. Les nouveaux venus, qui regrettaient de n'avoir pas partagé , dès le principe , les dangers du siège et les efforts de leurs concitoyens , tâchèrent de faire sentir leur présence à l'ennemi par des exploits remarquables; ils priaient leurs camarades de leur céder les postes les plus périlleux; dans les sorties, ils s'élançaient les

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premiers et rentraient les derniers. Kiutacby, semblable à l'hydre aux cent têtes , réparait ses pertes à mesure quil en essuyait; il creusa la troisième parallèle. De son côté, Tingénieur Cokkini inventait des moyens de défense; parmi les nouveaux ouvrages , il établit trois batteries qui reçurent les noms de Normann et de Mîauiis. Malgré tous les efforts de Tingénieur , malgré le courage inébranlable des assiégés, Kiutachy parvint à combler à moitié les fossés de quelques batteries. Les préparatifs d'un terrible assaut allaient être terminés , lorsque la flotte turque parut à la hauteur de Missolonghi, et débarqua à Crionéri une immense quantité de munitions; elle portait aussi des troupes , parmi lesquelles étaient mille Cosaques Zaboroviens. Alors Kiutacby et le grand-amiral proposèrent aux assiégés de capituler; les. articles de la sommation étaient pleins de douceur et de clémence , et Ton terminait par la menace d'un assaut général. Le capitaine de la frégate autrichienne la Caroline joua le rôle de parlementaire. Mais la garnison- répondit que les armes traiteraient seules entre les Grecs et les Turcs; elle se prépara à repousser Tassant; elle le provoqua même.

Nikitas se trouvant alors à Missolonghi, demanda pour lui le poste le plus important et le plus

dangereux ; on lui commit la défense deVassiladi, et il justifia cette conSance. Le grand-amiral fil entrer dans les bas-fonds environ quarante barques canonnières chargées de troupes; cette flottille commença sur-le-champ à attaquer Vassiladi et à bombarder la ville. De son côté, Kiutachy la foudroyait par son artillerie; déjà les fossés étaient comblés, les murailles pulvérisées^ quand tout à coup le feu cesse; une seconde députatioh s'approche des remparts pour proposer encore une fois des articles de capitulation ; la réponse fut laconique : « Guerre et mort. » Le jour suivant , l'ennemi fait jouer une mine qu'il avait pratiquée, et s'élançant au travers de la brèche , il plante son étendard sur le bastion de Botzaris. Les défenseurs de cette batterie renversent les assaillans, leur tuent trois cents hommes, en blessent un nombre double et les forcent à reculer. La brèche fut bientôt réparée. Le jour suivant, nouvelles propositions, même refus; un second assaut fut repoussé comme le premier. L'ennemi furieux de ses pertes, élevait sans cesse des batteries, tandis que plusieurs de celles de Missolonghi étaient culbutées. Le 3o juillet, on offrit aux assiégés des conditions encore plus avantageuses; niais ceux-ci persistèrent dans leur refus. Le surlendeniain , au point du jour, les Turcs

se précipitent sur les bastions de Botzaris , de Montalembert et de Franklin; les troupes musulmanes voyant planter leurs drapeaux le long des remparts, se succèdent comme des flots ëcumans; mais à mesure qu'elles s*ëlancent sur les batteries , elles y trouvent la mort. La ville attaquée par mer et par terre offre Faspect d'un volcan : le fracas ^es canons , des grenades et des bombes ëtouffe les détonations de la mousqueterie , le cliquetis des sabres , les hurlemens des assaillans et les cris des blessés; une épaisse fumée cache aux vainqueurs leur avantage et aux vaincus leur défaite. Enfin, après deux heures et demie du combat le plus terrible et le jplus acharné, le feu s'apaise, les torrens de fumée se dissipent et laissent voir les étendards musulmans renversés sur les remparts inondés de sang et couverts de cadavres. Cependant ces succès ne pouvaient sauver Missolonghi : on commençait à souffrir de la famine ; la flotte ennemie interceptait les vivres et les munitions. Les assiégés étaient réduits au désespoir , quand tout à coup parut Miaulis à la tête de Tescadre grecque; il força le capitan-pacha à s'enfuir précipitamment, incendia un bâtiment de guerre , en contraignit un autre à se faire échouer; et tandis que ses chaloupes s'emparaient à Tabordage de sept bar*-

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ques canonnières et en coulaient à fond quelques, autres , le vice-amiral Sachtouris fît entrer dans la ville un convoi de provisions. Missolonghi donna sur-le-champ le nom de Sachtouris à Tune de ses batteries nouvelles.

En même temps Caraïskaky informait les Missolonghiotes d'un projet d'attaque nocturne. Au signal convenu, les assiégés sortirent au nombre de quinze cents et secondés par Garsuskaky s'élancèrent sur les Ottomans, en tuèrent plus de mille, prirent plusieurs drapeaux, et après deux heures de combat rentrèrent victorieux dans leur ville. Kiutachy voyant tous ses assauts repoussés, résolut de construire une butte de terre plus élevée que le bastion de Botzaris. Chaque soldat portant un sac de terre s'avança hors des parallèles jusqu'au pied du rempart. Malgré les efforts des assiégés, la butte s'éleva dans l'espace de ^o jours , se garnit de canons et domina quatre des batteries de la ville , tellement qu'elle plongeait dans l'intérieur des boulevards et des chemins couverts et se prolongeait de manière à mettre en dehors la batterie de Franklin. Les Turcs tuaient les soldats et les canonniers à coups de pierres- L'ingénieur Cokkini était au désespoir, lorsque le capitaine <jeorge Valtinos proposa d'ealever pendant la nuit la terre de cette digue et

dy creuser une mine à plusieurs fours. Ce travail s'acheva dans l'espace de deux nuits; la formidable montagne fut bouleversée et ensevetit sous ses décombres plus de deux mille mahométans ; à la suite de l'explosion , les Grecs exécutèrent une sortie générale ^ chassèrent jusqu'à trots cents toises les ennemis épouvantés, en firent un grand carnage et rapportèrent plusieurs drapeaux* Ce fut le dernier effort de Kiutaehj. Le 1 3 octobre il se retira à la distance de quatre cents toises de la ville , se retrancha et éleva trois tours garnies de canons. De leur côté, les Grecs détruisirent les travaux des assiégeans, réparèrent les brèches et rebâtirent les endroits démolis. Cependant un ennemi plus terrible que les Turcs attaquait depuis trois mois les Missolon^ ghiotes: Pair infecté par les cadavres avait produit une épidémie affreuse; ceux qui en étaient atteints mouraient dans l'intervalle de trois ou de sept jours; la même maladie exerçait aussi des ravages dans le camp de Kiutachy.

La ville de Missolonghi assiégée depuis sept mois, foudroyée jour et nuit par une nombreuse artillerie , était réduite à des monceaux de ruines; il ne restait plus que des batteries aflfaiblies par les brèches, et quelques édifices clair-semés du côté de la mer. Les femmes «et

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les enfâns s'abritaient sous des huttes ; les guerriers logeaient sur les remparts; le bruit de là prochaine arrivée d'Ibrahim ne pouvait ébranler leur courage; tout gisait, sur la 'terre dans lenceinte de cette ville en décombres; la garnison seule restait debout. « Qu on nous donne seulement du pain et des cartouches, disaitelle , et nous tiendrons tête à Ibrahim.» Celui-cr arriva dans le mois de décembre , à la tête de six mille Albanais , de douze mille hommes de troupes réglées, y compris deux mille chevaux , et d'une- formidable artillerie. Kiutachy venait de recevoir de nouveaux renforts. Dans les premiers temps , il y eut entre ces chefs ^ dont les deux camps étaient séparés, une mésintelligence prononcée. Mais le sultan informé des dissensions de ses généraux , leur envoya deux de ses ministres , Husni-Bey et Nedzib-Effendi , pour les réconcilier et leur apporter de riches présens de sa part. Aussitôt après scm arrivée ^ Ibrahim proposa aux assiégés de se soumettre ; quinze jours après , il les somma d'abandonner la f(Mieresse et de se retirer ; et sur leurs réponses négatives, il commença un terrible bombardement; chaque jour ses projectiles tuaient quelques ehfans ou quelques femmes; mais tout le monde était satisfait de mourir pour la patrie ..

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La flotte ennemie, forte de soixante bâtimens de guerre et de dix-huit brûlots , vint au mois de janvier menacer de nouveau Missolonghi. Mais Miaulis arriva, et après divers combats opiniâtres , il mit la flotte turque en fuite et întroduisit dans la ville des vivres et des munitions pour deux mois. Le 28 février , cinq mille Arabes, conduits par des officiers européens, attaquent les remparts à la faveur des ténèbres. Les Grecs impatiens de se mesurer avec ces nouveaux ennemis , sortent le sabre à la main , en tuent un grand nombre , enfoncent les bataillons et les repoussent avec vigueur. Un corps de cavaliers mamelucks se présenta dans le même instant; les Grecs , en feignant de faire retraite, les attirèrent sur un terrain miné , et l'explosion en renv^sa un grand nombre ; cinq cents Africains périrent dans ces deux actions. Ibrahim tenta un second assaut, et y perdit trois cents hommes. Efirayé par ces défaites, il proposa aux Missolonghiotes de rester maîtres de leur forteresse , à condition qu'ils garderaient la neutralité ; la réponse fut la même que les précédentes.

Voyant de ses propres yeux la bravoure héroïque de la- garnison, Ibrahim désespéra de prendre la ville d'assaut, et il tourna tous ses et

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forts du côté de la mer. Il avait déjà fait construire cent cinquante bateaux plats ^ au moyen desquels il devait attaquer Vassiladi, Anatoliko et Clissova , pour affamer ensuite la ville , dont il connaissait le manque de subsistances.

Ce fut pendant le siège de Missolonghi que se naanîfesta pleinement l'intérêt que les peuples de l'Europe prennent au sort de là Grèce , et le zèle des comités philhelléniques, pour arracher cette nation à la légitimité des tigres; le comité de Genève, et en particulier celui de ses membres^ qui s*est le plus généreusement dévoué à la cause des Grecs , n'épargna aucun des moyens propres à pourvoir de vivres la ville affamée de Missolonghi. Très-peu de jours avant l'arrivée des subsistances, Yassiladi tomba au pouvoir d'Ibrahim. Cinquante Grecs défendaient ce poste sous le commandement du Missolonghiote Anastase Papa - Luka : Ibrahim fit monter deux mille hommes sur i5o bateaux plats , dont les parois étaient garnies de liège et de coton ; chacune de ces embarcations portait un canon de gros calibre ; un bateau à vapeur les remorqua depuis Crionéri. Vassiladi cerné et attaqué de tout côté fut emporté à la baïonnette après une résistance meurtrière. Les Missolonghiotes , pour faire diversion , sortirent au

méine instant , tombèrent avec furie sur le camp égyptien, tuèrent plus de cinq cents Arabes, •dont plusieurs officiers, incendièrent iin grand nombre de tentes et rentrèrent dans la ville. Cependant , maître de Vassiladi , Tennemi attaqua de la même manière la petite place d'Anatoliko. Le brave capitaine Liakata qui loccupait avec deux cent cinquante pallikares , fit arrêter trois primats qui voulaient capituler, et se défendit avec un courage digne de sa réputation, jus^ qu'à ce qu'il reçut le coup mortel. Sa perte entraîna la chute d'Anatoliko. Ibrahim fit passer tous les habitans au fil de l'épée, et emmena en esclavage les femmes et les ei>£ans.

Le 5 avril , l'ennemi vint fondre sur l'îlot de Cliss(JVa, où était une église palissadée, garnie de cinq pièces de canon et occupée par une quarantaine de soldats. Le capitaine souliote Kitzo Tzavellas , chargé de garder le rivage , se précipita dans un bateau avec ses pallikares et vola pour soutenir ce poste ; bientôt il fut suivi par une centaine de braves. Kiutachy commença l'attaque avec trois mille hommes , les plus intrépides de ses troupes ; trois assauts sont repoussés *; Ibrahim furieux, commande à son

* On dit qu*aa troisième Kiutacbj s*avançant à cheval

IKSUAHECTION GRECQUE. SSg

beau-frère Muharrem-Bey, d'enlever à la baïonnette ce petit coin de terre avec deux mille cinq cents soldats , Télite de ses troupes* Les Arabes donnent deux assauts et remplissent les bas-fonds de leurs cadavres. Ils revenaient

à la charge y lorsque Muharrem-Bey tombe , atteint d'une balle à la tête; ses soldats reculent en désordre et périssent presque tous sous le feu de la mousqueterie. Ce combat terrible dura treize heures sans interruption ; Ibrahim y perdit deux mille hommes , et Kiutachy plus de mille. Après ce brillant exploit , les vainqueurs rentrèrent dans Missolonghi. Pour prix de ses exploits, Kitzo Tzavellas ne demanda qu'un morceau de pain; il n*en restait plus dans la ville. Le lendemain , la flotte chrétienne parut. Miaulis avec seize bricks de guerre , les seuls qu'il eût pu équiper^ vint braver l'armée navale des Turcs; il manœuvrait moins pour l'attaquer, que pour découvrir quelque canal par lequel il pût introduire des barques de provi-

au milieu des bas>fondsy Tzavellas sëlance, d'une main lui arracbe le poignard garni de diamans q^'îl portait à la ceinture, et de l'autre hii lâche un coup de pistolet. Kiutachy, pour l'esquiver, se jette à bas de cheval, et tandis qu'on le relève, il reçoit une blessure à la hanche y se retire et entraine toute sa troupe.

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sions; mais il voit tout le lac couvert de bateaux plats, tous les ilôts hérissés de batteries. Cependant il combat trois jours; au quatrième , obligé de partir, il retourne à Hydra , et , certain de la prochaine catastrophe de Missolonghi , il se couvrit d*habits de deuil qu'il porte encore aujourd'hui.

Le départ de Miaulis ôta tout espoir aur Afissolonghiotes; alors tous les chefs militaires et civils se réunissent et prennent la résolution de traverser le camp ennemi l'épée à la main, après avoir averti le capitaine Caraïskaky de faire une attaque nocturne. Cependant ils veulent dans ces dernières heures connaître la volonté de révêque et des femmes. Ils appellent d abord ce pasteur et lui demandent conseil. c( Mon avis, répond le martyr , mon avis consiste en deux mots : mourir les armes à la main. y> On assemble toutes les femmes : Que préférezvous, leur dit-on, la mort ou l'esclavage? a La mort! la mort! » s*écrient - elles unanimement. Ils voulurent ensuite recevoir les sacremens de leur évêque. a Votre communion, leur répliqua Joseph , est le . sang de vos ennemis. » Enfin l'on fixe la nuit du départ; on fait des adieux aux blessés et aux malades que l'évêque console en les bénissant et en leur promettant de

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rester et de mourir avec eux. On dispose tout pour la sortie ; le soleil se couche et la nuit du samedi 22 avril est la nuit terrible de Texpëdition. Les hommes étaient au nombre de deux mille huit cents , les enfans et les femmes au nombre de deux mille. Toute cette troupe se divisa en trois colonnes : la première , destinée à ouvrir le passage , se forma de douze cents des meilleurs guerriers ; la seconde , qui devait sortir une demi-heure après , était composée de mille hommes avec presque toutes les femmes et les enfans ; enfin la troisième, qui fermait la marche, comptait six cents hommes, et devait partir en même temps que la seconde.

A l'heure fixée , le premier détachement s'élança avec une telle impétuosité, que, malgré l'opposition de Tinfanterie et de la cavalerie ennemie, tout fut culbuté aussitôt; les assiégeans nlgnoraient pas la résolution prise par la garnison , et ils avaient garni tous leurs retranchemens d'une nombreuse artillerie. La première colonne les franchit avec une perte légère, en massacrant une multitude d'ennemis. Les deux autres détachemens ne furent pas si heureux; embarrassés par les femmes et par les enfans, ils s'égarèrent dans l'obscurité, manquèrent le sentier étroit qu'il fallait suivre , tombé-

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rent dans des fossés ou dans des positions si difficiles, quils coururent risque de périr entièrement; maïs à force d'ardeur et de courage, la moitié d'entre eux parvint, après quatre heures d'un terrible combat, à rompre, le sabre à la main , les rangs ennemis et à s'ouvrir un chemin avec quelques centaines de femmes et d'enfans, laissant sur le champ de bataille plusieurs de leurs officiers, et entre autres Nicolas Stournaris, commandant de la garnison. Le troisième détachement , réduit au tiers , environné de tout côté, n'apercevant aucun moyen de s'ouvrir un passage, revint dans la ville avec les femmes et les enfans , et pendant tout le dimanche et le lundi ils se battirent encore contre les musulmans qui y étaient déjâf entrés. Tous ces braves accablés de blessures , résolus de ne pas se rendre , mirent le feu aux mines et aux souterrains qu'ils avaient remplis de poudre , et sautèrent avec leurs femmes, leurs enfans et leurs ennemis. L*évéque de Rogon , Joseph, était dans une tour, exhortant au martyre tous ceux qui s'y trouvaient; il périt en récitant les prières des agonisans. Le nombre des Grecs qui perdirent la vie dans cette catastrophe fut d'environ quatorze cents.

Telle fut la fin de Missolonghi , qui, avec une garnison de cinq mille sept cents hommes, soutint un siège de onze mois contre cent mille barbares, conduits par des officiers chrétiei^s. Missolonghi ne fut pas pris; il fut détruit par ses héroïques défenseurs. N'essayons pas d*en faire Téloge; il suffit de la simple narration de ses hauts faits. Quelle voix en parlerait d'une manière assez élevée? quelle main oserait retracer le tableau d'un si sublime dévouement? Missolonghi est trop grand pour être célébré: la seule louange qui soit digne de lui , c'est le silence de l'admiration.

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