‹ Histoire moderne de la Grèce depuis la chute de l'empire d'Orient [microform] Par Iacovaky Rizo NéroulosChapitre 51 sur 52 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Divisions et intrigues.— •Ibrahim enMorëe.— Dëfaite des Grecs. — Prise de Navarin.^^ Colocotroni de nouveau à la téta de l'armée. — Prise de Tripolitza.— Dé£sdte d'Ibrahim. —Ten^ tative d'Alexandrie. — Missolonghi assiégée par Reschid- Pacha. — Mort d'Odyssée. — Arrivée d'Ibrahim devant Mis* solonghi.— Les assiégés repoussent divers assauts.— Famine dans MissolonghL — Prise et destruction de cette ville*

La cinquième annëe de Tinsurrection aurait dà être propice aux armes grecques. Les quatre campagnes précédentes avaient aguerri la population du Péloponèse et de la Grèce continentale; la marine, convaincue de sa supériorité, regardait avec mépris celle des barbares; chacune des escadres grecques n'hésitait pas à attaquer de front la flotte entière des ennemis. Malheureusement cette suite de victoires, au lieu dlnspirer aux Grecs plus de zèle et d'ardeur pour achever le grand ouvrage de leur indépendance , enflammèrent les dissensions intestines , firent oublier l'ennemi commun , et couvrirent d'une honte égale tous les partis. Cependant , deux invasions simultanées , plus formidables et mieux organi-

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sëes qu'aucune de celles qui avaient précédé, menaçaient à la fois le Péloponèse et la (îrèce occidentale; l'Egypte dirigeait toutes ses forces contre le premier , la Turquie employait toutes ses ressources militaires contre Fautre , en destinant pour la Grèce orientale des troupes de diversion. Le Péloponèse et Missolonghi étaient les points principaux , sur lesquels Tempire ottoman allait concentrer toutes ses attaques. Par conséquent, Navarin et Missolonghi devaient être mis sur un pied de défense respectable; il fallait, avant l'arrivée des armées africaines sous les murs de Navarin, que la flotte grecque reç&t les moyens de s'équiper au complet, pour incendier et couler à fond ces transports européens qui amenaient les bataillons d'Ibrahim; il fallait que Missolonghi fât pourvue des secours pécuniaires qu'elle réclamait pour mettre sur pied une armée capable de fermer à Kiutachy les passages de FAgraïde et de l'Âcarnanie. On ne prit aucune de ces mesures; toutefois on espérait que l'aspect du danger mettrait im terme aux animosités et aux discordes.

Nous exposerons d'abord les principaux événemens du Péloponèse après l'invasion d'Ibrahim , et ensuite nous passerons à Missolonghi pour être témoins de son siège et de sa catastrophe.

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George Conduriotti , Gbika Botâssi et plu-< rieurs membres du conseil exécutif et du sënat^ furent maintenus dans leurs fonctions pour une seconde année. Cette réélection irrita une grande partie du peuple, dont le mécontentement rendit toujours plus ombrageux ceux qui en étaient les objets.

Quelques fainéans de LivourriC , de Trîeste , d*Âncône ou de Marseille, qui se vantaient d*étre au .courant de Topinion publique de FEurope relativement aux dissensions de la Grèce , approuvaient la conduite des uns , condamnaient celle des autres , aigrissaient de plus en plus les factions , et ces Grecs domiciliés hors de la Grèce s'y créaient des partisans acharnés. H y eut même une ville dltalie , ou quelques personnages s'arrogeant le droit de gouverner leur nation, s'érigèrent ridiculement en oracle de Delphes, et ne cessèrent d'écrire au gouvernement des lettres pleines de dangereux conseils et d'insinuations perfides. Ainsi abusé par ces manœuvres, le gouvernement , au lieu de faire des prépara^ tifs proportionnés à ceux de l'ennemi , se flattait de raffermir son autorité et de sauver Tétat en sévissant mal à propos contre ceux qui lui étaient opposés.

Vers la fin dé février iSaS, Ibrahim partit tout

îKSUftRECTÎON GRECQtJÊ» 5tî

à coup du port de Suda en Candie , et dëbarqua à Modon avec six mille hommes. Un second détachement le joignit quelques jours plus tard ; en sorte que dès le commencement d'avril , Ibra« him se trouvait à la tête de treize mille hommes de troupes régulières en infanterie , cavalerie et artillerie.

A la nouvelle du premier débarquement , le conseil et le sénat publièrent des proclamations pour appeler aux armes tous les Péloponésiens* Mavromichalis fut chargé de rassembler un corps de Maïnotes; Grégoire Dikéos avec mille hom* mes prit position à Crémidi en Ârcadie; on re-* tint dans la péninsule les corps des capitaines Caraïskaky, Gara Tasso , Tzavellas et Constantin Botzaris. Mais les Péloponésiens murmuraient et demandaient pour marcher au combat le rappel de leurs chefs exilés. A cette époque , Navarin n'avait que cent cinquante hommes de garnison^ en sorte que si Fennemi eût immédiatement attaqué cette place, il l'aurait emportée d emblée. Elle n'avait ni vivres ni munitions ; mais elle fut renforcée par les deux fils de Mavromichalis , et approvisionnée par la générosité des Zantiotes qui y expédièrent sur-le-champ des barques char-* gées de biscuit. Le brave philhellène Santa-Rosa fut chargé de fortifier Navarin et Sphaktérie; mais il n'était déjà plus temps.

Sis THOISliME FÀATIE*

Sur ces entrefaites, Londos et Zaïmis ren^ trèrent secrètement dans le Péloponèse , réunirent autour d*eux quelques centaines de soldats et informèrent le gouvernement de leur arrivée en lui demandant ses ordres pour marcher contre l'ennemi. Le gouvernement usa envers eux d'une sévérité déplacée et les somma de quitter sans délai le Péloponèse sous peine d'être poursuivis et punis exemplairement. Le président Conduriotti, qui avait d'abord annoncé qu'il se mettrait lui-même à la tête de l'armée, tomba malade, et eut l'imprudence de donner le commandement à Scourti, marin habUe, mais général ignorant. Tous les capitaines rouméliotes furent offensés de cette nomination absurde; néanmoins , voyant le danger de la patrie, ils imposèrent silence à leurs amours propres et souffrirent patiemment d'obéir à un marin. Ibrahim avait réuni toutes ses forces : une bataille allait être livrée , et décider du sort de Navarin. Les capitaines, voyant les dispositions que faisait Scourti , lui représentèrent qu'il ne s'agissait pas d'un combat naval, qu'il fallait s'appuyer sur des retranchemenis, que c'était une témérité extrême que d'exposer en rase campagne une armée sans baïonnettes., sans cavalerie et presque sans canons. Le général ne voulut rien entendre et ac-

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cepla la bataille le 19 avrih Scourti occupa le centre qu'il laissa complètement à découvert; les capitaines rouméliotes se placèrent sur les ailes en prenant le soin de se retrancher. Ibrahim les attaqua d*abord ; maïs ayant rencontré un feu bien nourri , il se replia et dirigea toute son artillerie contre le centre de l'armée grecque et mit bientôt la confusion dans les rangs; ensuite il fit avancer la cavalerie égyptienne. Cen était fait des troupes de Scourti, si Constantin Botzarrs et Tzavellas, n écoutant que leur valeur, ne se fussent précipités sur les Égyptiens qui poursuivaient déjà les Grecs dispersés. Cette journée fut fatale , car elle coûta la vie à un grand nombre de Grecs et surtout de Çouliotes , inspira la terreur aux habitans du Péloponèse et occasiona la chute de Navarin.

Le troisième détachement de Tarmée africaine avait été escorté dans son trajet par une frégate et une corvette: à peine les troupes étaient-elles descendues à terre dans la rade de Modon , que Miaulis survint avec une division de la flotte et lâcha des brûlots contre ces deux bâtimens, qui furent incendiés , de même que six transports. Mais toute l'escadre d'Alexandrie se rangea de7 vant le golfe de Navarin , et tandis qu elle bombardait les frêles batteries de Sphaktérie , elle

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débarqua sur cette île des troupes conduites par le renégat Sève qui s'en rendit maitre après la mort glorieuse de Santa Rosa et de deux capitaines bydriotes Ânastase Tzamados et Stravos Kahini. Le fils de Tzamados, n'ayant pu persuader à son père de se sauver à bord de son brick, y monta lui-même avec Maurocordato , et rompant les lignes ennemies , il sortit du golfe de Navarin et gagna le large. La prise de Sphaktérie et du vieux Navarin, força le nouveau à capituler le 7 du mois de mai, Pierre Mavromichalis perdit dans ce siège Joannis son fils cadet.

Enorgueilli par ces avantages , Ibrahim s'imagina que tout le Péloponèse se soumettrait avec une égale facilité. Il di^sa son armée en deux colonnes ; Tune marcha sur la ville de Calamata occupée par trois mille Maïnotes qui prirent la fuite à son approche ; l'autre s'avança dans l'Arcadie , contre la position de Crémidi que défen dait Grégoire Dikéos avec mille hommes. Abandonné par les deux tiers de ses troupes , Dikéos soutint le combat avec le reste de ses braves et ils périrent tous après avoir fait mordre la poussière à plus de sept cents Africains.

Le départ des Rouméliotes acheva d'ébranler le gouvernement ; les chefs de ces guerriers, à la nouvelle du péril qui menaçait leur chère ville de

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IMïssolonghi et toute la Grèce occidentale , quittèrent brusquement le Péloponèse, et franchissant listhme de Corinthe, ils allèrent au secours de la ville assiégée. Tous ces malheurs poussèrent à bout le peuple péloponésien , qui accourut en foule à Napoli de Romanie,en demandant le rappel de Colocotroni. Le gouvernement se rendit à ce vœu delà nation, et Colocotroni fut mis en liberté. A son arrivée le peuple le reçut atec enthousiasme, le nommant son défenseur et le con-» jurant de lui désigner ses ennemis et les assassins de Son fils, pour le venger. Colocotroni, ou* bliant toute animosité personnelle, montra dans cette circonstànee un patriotîsnie digne des plus grands éloges.' Le lendemain le conseil exécutif lui ordonna de se transporter à Argos et d'attendre ses instructions. Colocptroni fut chargé d'y rassembler une armée et de marcher contre Ibrahim , qui , après ses Succès à Navarin , à Cala-^ mata et en Arcadie , n'ayant rierf à craindre des Maïnotes divisés , se préparait à attaquer Tripolitza. Malgré sa popularité , Colocotroni ne put retenir auprès de lui plus de deux mille hommes; le manque de vivres les engageait à déserter le lendemain de leur arrivée au camp , où souvent même il ne se trouvait que huit cents soldats. Quand cet état de choses , qui laissait

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libres tous les déBlés , fut parvenu à la connais^ sance dlbrahim , il résolut de s avancer dans l'intérieur des terres pour s'emparer de Tripolitza. Il dirigea deux colonnes sur cette ville; Tune prit sa route par Léondari et Fautre par l'Arcadie. Colocotroni , son fils Gennéos et le général Coliopoulo se placèrent dans les défilés de Léondari qui coupent la communication entre la ville de Tripolitza et le golfe messénien« Mais prévoyant que le manque de vivres ferait déserter leurs soldats , ils écrivirent à la junte qui résidait dans la capitale , pour l'engager à détruire les murailles qui entouraient lat ville de Tripolitza, et qui étaient trop faibles pour résister à une attaque régulière. Us ajoutaient : « Ces murailles inutiles à nous-mêmes seraient d'un grand avantage à Fennemi , qui saura les dé^fendre et qui s'établira ainsi dans le centre du Péloponèse; démolissez donc ces fortifications dangereuses; que les enfans, les femmes et les vieillards se retirent sur les montagnes de Caritène , et qu'il ne reste que les hommes en état de porter les armes. » A cet avis plein de sagesse , la junte repondit que , loin de détruire les remparts existans, il faudrait au contraire en élever de nouveaux. Deux jours après cette absurde réponse , Ibrahim attaqua dans sa. position Colocotroni,

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qui , n ayant que cinq à six cents hommes , lui disputa cependant le passage pendant sept heures , afin de donner aux Tripolitzains le temps d'évacuer la ville et dy mettre le feu; mais tous ses efforts furent vains et la capitale tomba au pouvoir de l'Égyptien.

Au moment où les Grecs apprenaient par une funeste expérience la supériorité de la tactique européenne , le colonel Fabvier arrivait à Napoli de Remanie. Cet officier plein de mérite fut chargé d'organiser une armée régulière. On contmençait à s'enrôler; la disposition pour la discipline militaire paraissait générale dans la jeunesse hellénique dirigée par des chefs si habiles. Mais cette ardeur se ralentit bientôt. Fabvier, qui servait la Grèce et non quelques individus , était supérieur aux intrigues; il poursuivit avec le plus grand zèle son but unique, celui de, défendre la nation. Sa conduite irréprochable lui* a valu l'estime de tous les capitaines* Mais il manquait des moyens nécessaires pour une si grande entreprise.

Ibrahim était loin de rester dans l'inaction à la vue du désordre qui régnait dans la pénin-^ suie et surtout à Napoli de Romanie. Il conçut le projet de tenter un coup de main contre cette place. A la. tête de quelques escadrons de cava-

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lerie et d'un régiment d'infanterie , il s'avança jusqu'aux moulins de la ville. Le brave Ypsi^ lanty sortit aussitôt de Napoli avec trois cents Grecs du bataillon régulier, et fit une belle résistance ; son exemple fut suivi , et le fier Ibrahim fut contraint de se retirer. Le peuple péloponésien ne cessa, depuis Tinvasion des Arabes, de montrer une grande fermeté de caractère ; mal- n gré les promesses et l'argent du chef des bar- ^ bares , pas un citoyen ne trahit le serment de ,j vaincre ou de mourir libre. La prise de Tripo- ij litza et l'aftaire des moulins furent suivies de j^j combats fréquens, où Tenneini, tout en obtenant i,,, des avantages, perdait cependant toujours des L soldats qu'il ne pouvait plus remplacer. ;|ç

Vers le mois de septembre, Ibrahim reçut ,;| ordre de traverser le golfe de Lépante et de mar- >[ j cher sur Missolonghi, dont la chute paraissait au t, sultan et à ses conseillers garantir la conquête de ^ la Grèce entière. Colocotroni, informé de ce projet, se rendit dans la province montueuse de ^. Caritène, aux villes de Timitzana et de Libovissi, lieu de sa naissance. Il appela Zaïmis, Londos Coliopoulo, Nikitas , Dikéos, son gendre, Jean Notaras et Car>ellos Déligianni, et forma avec eux le projet de rassembler toutes leurs forces pour marcher contre Ibrahim « . '

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