‹ Histoire moderne (volume 2)Chapitre 3 sur 5 · IIS · texte numérisé non relu

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teau fort bâti par les Templiers). Chargé d’outrages par ses gardiens, privé des moindres commodités de la vie, séparé de tout commerce avec le monde extérieur, c’est là qu’il attendit la fin de sa triste existence.

* Causrs de la guerre. La principale raison de la guerre fut la crainte qu'inspirait aux princes et aux gouvernements la propagation des idées révolutionnaires, parce que les jacobins s’efforcaient de plus en plus d étendre l’agitation au delà des frontières. Les prétextes apparents étaient les suivants : 1) Au treizième et au quatorzième siècle, deux territoires provençaux, le comté de Venaissin et la ville d’Avignon avaient passé an saint-siège. Celle domination étrangère sur le sol français déplaisait aux novateurs qui cherchaient à réaliser l’unité nationale; ils poussèrent les habitants de ces deux territoires à se révolter contre l'autorité du pape et à s’annexer à la France avec le secours des gardes nationaux voisins Mais l’annexion ne s'opéra point sans violences et sans cruautés contre les défenseurs de l’ancien étal de choses. 2) L’agrandissement subit de la Fiance fil tomber une foule de droits de souveraineté, tant ecclésiastiques que séculiers, qui avaient pénétré de l’Allemagne en France; beaucoup de sujets français se trouvaient sous la protection d’évêques allemands; bcaucoupde droits de souveraineté allemands avec exemption d’impôts, dîmes, corvées, tribunaux patrimoniaux et serfs, étaient valables sur le territoire de la France, garantis par des traités, et tout cela allait être supprimé désormais ! Les États de l’empire les plus lésés étaient les trois électeurs ecclésiastiques, les évêques rhénans, les maisons de Hesse-Darmstadt, do Bade, de Nassau, de Wurtemberg, de Deux- Ponts, une partie de la noblesse immédiate de l’empire. 3) L’altitude menaçante des émigrés qui recevaient des armes des arsenaux des électeurs et faisaient des enrôlements dans différentes contrées du Rhin, et la déclaration de Léopold II d’Autriche et de Frédéric-Guillaume II après la conférence de Pillnitz et le traité auslro-prussien du 7 février 1792, qu’ils voulaient combiner leurs forces pour mettre le roi de France en état de raffermir, avec une entière liberté, les bases d’un gouvernement monarchique. La France se plaignit; mais elle reçut pour réponse que les armements ne cesseraient que quand on en serait revenu à la constitution projetée par le roi lui-même en 1789, et quand on aurait restitué au pape les territoires qui lui avaient été enlevés et aux princes

allemands leurs biens, leurs droits et leurs revenus en Lorraine et en Alsace. La déclaration de guerre de la France en fut la conséquence. (20 avril 1792.)

§ 52. Les journées de septembre. Après la suspension du roi, un nouveau ministère fut nommé par l’Assemblée nationale. Les anciens ministres girondins (Roland, Servan, Clavière) et le mathématicien Monge y entrèrent ; mais il eut pour chef le terrible Danton qui devint ministre de la justice et garde des sceaux. Le pouvoir se partagea entre lui et le conseil municipal de Paris qui s’était institué lui -même et, après son exploit du 10 août, s’était renforcé d’hommes sûrs et capables de . tous les attentats. L’Assemblée nationale même se courbait devant eux. Bientôt toutes les prisons furent remplies de suspects et d’aristocrates, et Danton prit ces mesures de terreur qui ont mis son nom sur le même rang que ceux de Marius et de Sylla. Le premier coup fut dirigé contre les prêtres non assermentés, qui furent déportés ou massacrés par centaines dans les couvents et dans les prisons. Lorsqu’on eut appris les progrès des coalisés, le département de Paris fit une levée de 30,000 hommes et l’on profita des dispositions du peuple pour se défaire de tous les adversaires du nouveau régime. La commune érigea un comité de surveillance et une cour martiale, fit fermer la capitale et commencer des visites domiciliaires; tous les aristocrates et les royalistes furent emprisonnés; puis l’horrible résolution fut prise de les massacrer en masse pour briser toutes les résistances par la terreur. Du 2 au 7 septembre, des

l’assemblée législative.

assassins pénétrèrent dans les prisons. Douze d’entre eux, ayant à leur tête le terrible Maillard, remplirent l’office de jurés et de juges, les autres servirent de bourreaux. Les prisonniers furent égorgés avec les formes d’une procédure judiciaire : trois mille personnes, parmi lesquelles on comptait les hommes les plus 'considérés et les plus éminents, périrent ainsi de la main de ces forcenés qui reçurent de la commuue un salaire pour leurs « travaux. » La princesse de Lamballe, l’amie la plus intime de la reine, se trouva parmi les victimes; une troupe de ces brigands avait mis sa tête au bout d’une perche et la porta au Temple devant la fenêtre de Marie- Antoinette.

Une circulaire, signée de Marat et d’autres, engagea les habitants des départements à suivre l’exemple de la capitale. Dans beaucoup de villes, on répondit à cette invitation (le 9 septembre à Versailles). L’érection du tribunal extraordinaire et du comité de surveillance où Tailien, Mehée de la Touche, Sergent siégeaient à côté de Marat, la transmission du commandement de la garde nationale à Sanlerrc et la destruction des statues, des armes, des inscriptions et des autres signes de l’ancien régime marquèrent la fin des journées d’août et de septembre qui formèrent la transition entre la monarchie et la république. L’équinoxe d’automne fut désigné comme le commencement du règne de la liberté et de l égalité sous la Convention nationale républicaine.

La Fayette n’assista pas à cette transformation. Son attachement à la monarchie constitutionnelle l’éloignait de ce bouleversement. 11 fii arrêter lqs envoyés de l’Assemblée nationale qui voulaient attacher par un serment l’armée au nouvel ordre de choses. Mais il se convainquit bientôt que ses troupes étaient

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d’accord avec les républicains. Déclare traître par l’Assemblée nationale, il ne lui restait d’autre parti que la fuite. Son intention était de se rendre par la Hollande en Amérique avec quelques-uns de ses adhérents (Alex. Lameth, Latour-Maubourg), mais il tomba entre les mains des ennemis qui le retinrent prisonnier et le laissèrent languir cinq années dans les prisons de Magdebourg et d’Olmutz. Talleyrand se ût donner par Danton un passeport pour l’Angleterre et attendit ensuite en Amérique des temps plus tranquilles.

LA CONVENTION NATIONALE

(Septembre 1792 — octobre 1795).

§ 53. Exécution du roi. La nouvelle assemblée pour laquelle tout français âgé de vingt-cinq ans, pourvu qu’il ne fut pas au service d’un autre, était électeur et éligible, fut composée des républicains et des démagogues les plus ardents sous l’influence des jacobins. I.es girondins eurent d’abord la prépondérance ; mais ils furent bientôt débordés par Robespierre, Danton, Marat, Couthon, Fouché, le duc d’Orléans qui prit le nom d’Égalité, l’ancien marquis de Saint-Just, les comédiens Collot d’Bcrbois et Fabre d'Eglantine. Barère, « l’Anacréon de la guillotine, » se tournait constamment vers les vainqueurs. Les jacobins et les cordcliers dominaient le conseil municipal qui possédait dans la garde nationale et dans les « sansculottes » une force redoutable et toujours prête, avec laquelle il faisait plier à son gré la Convention. La guillotine, inventée par le député Guillolin, était l’instrument qui convenait à celte époque.

Le procès du roi « Louis Capet » fut l’un des premiers actes delà Convention. On avait découvert

Dit

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dans une muraille des Tuileries une armoire de fer qui renfermait des lettres et des papiers d’où il résultait non seulement que la cour avait été d’intelligence avec l’Autriche et les émigrés pour renverser la constitution jurée par le roi, mais aussi qu’elle avait cherché à gagner des membres de l’Assemblée nationale (Mirabeau) par des pensions et d’autres moyens de corruption. C’est là-dessus que les républicains, pour se débarrasser du roi, basèrent leur accusation de trahison et de conspiration contre le pays et le peuple. Assisté de deux avocats auxquels se joignit spontanément le vertueux Malesherbes, Louis XVI comparut deux fois devantla Convention (11 et 26 décembre). Mais malgré sa contenance et sa défense pleines de noblesse, malgré les efforts du parti des girondins qui désiraient la chute de la royauté, mais non la mort du roi et qui proposèrent l’appel au peuple, Louis fut condamné à mort à une faible majorité dans une séance orageuse qui se prolongea fort avant dans la nuit (17 janvier 1793). Les jacobins avaient employé tous les moyens pour amener ce résultat par la terreur; mais ils ne seraient pourtant pas arrivés à leur but s’ils n’avaient fait modifier d’abord la disposition pénale qui exigeait les deux tiers des voix des jurés pour une condamnation à mort et déclarer que la majorité absolue était suffisante. Ainsi l’assassinat prit une apparence légale. Les girondins et les modérés s’efforcèrent d’obtenir un ajournement de l’exécution; leur résistance ne fit que précipiter leur propre chute. Dès le 21 janvier, le mal-

heureux roi gravit l'échafaud dressé sur la place de la Révolution. Le roulement des tambours de ia garde nationale couvrit ses dernières paroles. — Ainsi deux grands crimes furent accomplis dans ces jours funestes : en France, l’assassinat d’un roi, en Pologne, l’assassinat d’un peuple.

§ 84. Événements de la gueire. L’armée austroprussienne s’avança lentement vers la Champagne, sous le commandement du duc de Brunswick. Vainement, Frédéric-Guillaume II qui suivait la campagne avec ses deux fils et brûlait du désir d’engager un combat chevaleresque avec la Révolution, de venger la royauté outragée et de restaurer le trône renversé, tâcha de décider le duc à hâter sa marche sur Paris. Celui-ci habitué à la tactique prudente et savante de la guerre de Sept ans, perdit son temps à prendre des places insignifiantes (Longwy et Verdun) et entra en Champagne dans la saison la plus défavorable, alors que les pluies avaient rendu les chemins impraticables. Aussi, lorsque Dumouriez eut occupé la petite forêt d’Argonne et que Kellermann, dans la canonnade de Valmy, eut repoussé avec succès l’attaque de l’ennemi, l’armée prussienne renonça à toute nouvelle tentative. Après six jours de négociations infructueuses que Dumouriez employa à tenir ses troupes dans l’inaction et pour fomenter des divisions entre la Prusse et l’Autriche, les Allemands découragés et affaiblis par la mauvaise saison, par la faim et la dyssenterie, se replièrent sur Verdun sans être poursuivis par les ennemis et quittèrent le territoire français. Ainsi

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la rencontre de Valmy qu’une attaque prompte et courageuse telle que le roi la souhaitait, aurait fait tourner à l’avantage des troupes allemandes, grâce à la mauvaise organisation de l’armée française, tourna contre elles par l’excès de circonspection de leur généralissime et amena un changement décisif dans les destinées de l’Europe. Mais la défense du « passage des Thermopyles, » comme les Français appelèrent pompeusement le bois d’Argonne, ne fut nullement une lutte héroïque. — Après la retraite des troupes prussiennes, Dumouriez se tourna contre l’armée autrichienne en Belgique, gagna la bataille de Jemmapes (6 novembre) et conquit non seulement les Bays-Bas autrichiens, mais aussi les places frontières vers la Hollande qu’il menaça d’un sort pareil. L’armée française remporta des succès aussi rapides et aussi brillants contre la Sardaigne qui s’était jointe aux ennemis de la France : la Savoie et Nice furent conquises sans peine, et, comme la Belgique et la rive gauche du Rhin, incorporées à la République et converties en nouveaux départements.

Ces empiétements de la Convention, aussi bien que la propagation des idées révolutionnaires par l’introduction de constitutions républicaines, par la création de clubs de jacobins et la plantation d'arbres de liberté dans les pays conquis, et par les appels adressés aux sujets d’États monarchiques pour les engager à fonder le rcgne de la liberté cl de l’égalité, amenèrent entre les puissances européennes, effrayées de l’exécution de Louis XVI, une redoutable coalition sous la bannière de l'Angleterre. La Grande-Bretagne aristocratique, les Pays-Bas, la

HISTOIRE MODEKNE.

Prusse, l’Autriche, l'Empire allemand, l'Italie et l’Espagne se levèrent pour comprimer en France les nouvelles idées, aussi dangereuses pour le trône et l’autel que pour les privilèges des classes supérieures. Les peuples acclamèrent d’abord les champions de la liberté, qui promettaient la délivrance de dix siècles d’oppression et l’égalité de tous les hommes; mais leur enthousiasme ne tarda pas à tomber, lorsqu'ils virent les troupes vivre à leurs dépens et les membres de la Convention s’enrichir de leurs biens.

Dumouriez qui partageait les vues des girondins, était mécontent des actes sauvages de la Convention; aussi S’attira-t-il bientôt la haine et la méfiance du parti dominant. Comme allié du duc d’Orléans dont le fils Louis-Philippe (plus tard roi des Français ) se trouvait à l’armée , Dumouriez fut d’abord protégé par Danton contre Robespierre, Marat et d’autres jacobins; mais quand la lutte fut devenue plus vive entre la Gironde et la Montagne au sein de l’Assemblée nationale, la position de Dumouriez s’en ressentit. Des députés de la Convention surveillaient le général, minaient sa considération dans l’armée et gouvernaient arbitrairement les pays conquis. Ce fut vers cette époque qu’une nouvelle armée autrichienne, sous le commandement du prince de Cobourg, auquel s’adjoignirent Clairf ait et le jeune archiduc Charles, entra dans les Pays-Bas, repoussa les Français sur la Meuse et vainquit Dumouriez même à Neerwinden (18 mars 1793). Le général français attribua surtout cette défaite aux jacobins, parce qu’ils avaient séduit l’armée, négligé par cupidité l’approvisionnement et les

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munitions de guerre et placé à côté de lui un collègue incapable. Dans son dépit, il ne cacha point qu’il espérait le renversement de la Convention et le rétablissement d’une constitution monarchique avec le duc d’Orléans ou son fils pour roi. La Convention instruite de tout, écuma de rage ; elle mit le général en accusation et l’invita à se rendre à Paris, pour se justifier. Mais Dumouriez avait déjà entamé des négociations avec Clairfait. C’est pourquoi il fit arrêter et livrer aux ennemis les députés de la Convention (Beurnonville, Camus, Lamarque, etc.,) qui devaient l’escorter à Paris; puis, il se rendit luimême, avec Louis-Philippe et environ quinze cents hommes de ses troupes, dans le camp ennemi.

La Belgique retomba ainsi aux mains des coalisés ; mais comme les Anglais et les Hollandais qui, dans l’intervalle, avaient pris part à la guerre, faisaient clairement entendre qu’ils comptaient trouver une indemnité dans le pays reconquis, ils éveillèrent ainsi chez les Autrichiens une défiance qui paralysa la suite de la guerre. Dumouriez, proscrit par la Convention comme traître à la patrie, continua à vivre tantôt en Danemark, tantôt en Angleterre, et mourut en 1823, oublié et méprisé. Au printemps, le général de hussards Custine était entré avec une petite armée dans les contrées voisines du Rhin; grâce aux divisions qui régnaient entre les petites provinces de l’Allemagne, il s’était emparé sans peine des villes de Spire, de Worms et de Mayence, et il avait même occupé et mis Mayence à contribution. Les habitants. des frontières sur qui pesaient

de lourdes charges féodales, accueillirent avec joie les étrangers qui promettaient la reconnaissance des droits de l’homme et l’établissement d’un régime de liberté et d’égalité. La bourgeoisie de Mayence, abandonnée par l’électeur, par les chanoines et par la noblesse, se laissa facilement décider à s’unir à la France, à adopter un constitution républicaine et à ériger un club de jacobins, lorsque le faible commandant Gymnich et le lieutenant-colonel Eickemeyer, attaché aux nouvelles idées, eurent rendu par traité, aux Français, la ville mal fortifiée et mal défendue (21 octobre 4792). De Mayence, Custine fit des sorties au delà du Rhin et mit la Wettéravie à contribution, jusqu’à ce que la bravoure des troupes hessoises lui eût fait subir devant les portes de Francfort une défaite qui l’obligea à se retrancher dans Mayence (2 septembre). Cette victoire fut la seule action d’éclat de toute la campagne.

A Mayence où la société très mêlée des « Amis de la liberté et de l’égalité « siégeait dans le château de l’électeur, le régime français trouva, comme dans beaucoup d’autres villes de la rive gauche du Rhin, de nombreux partisans, quoique les nouveaux maîtres, loin de respecter les principes de la liberté et de la souveraineté du peuple, traitassent le pays en province conquise. Les républicains se rencontraient parmi les gens instruits plus que dans les rangs du peuple. En mars 1793, une assemblée présidée par Hoffmann et Georges Eorster, le navigateur autour du monde, prit la résolution de transformer en république toute la contrée de Landau à Bingen , de rompre tout lien avec l’empire allemand et de déclarer éteints à tout jamais les droits de suzeraineté des princes-évêques de Mayence, dq Worms et de

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Spire, des princes de Nassau, de Bade, de Salm, de Linange, des comtes, des chevaliers et des villes impériales que comprenait ce territoire. Cette république rhénane ne pouvait naturellement pas subsister par elle-même ; aussi le 21 mars on déclara que les citoyens allemands du Rhin voulaient être incorporés à la république française et qu’une députation serait chargée de transmettre ce vœu à la Convention nationale. A la tête de cette députation se trouvaient Georges Forster et Adam Lux ; ni l’un ni l’autre ne revit sa patrie. Adam Lux mourut la même année sur la guillotine pour avoir manifesté publiquement l’admiration que lui avait inspirée Charlotte Corday, et Georges Forster succomba l’année suivante, le cœur brisé par la perte de ses plus belles illusions et indigné des forfaits dont il était le témoin. Actif et entreprenant, il avait songé peu de temps avant sa mort à s’embarquer pour les Indes, parce que l’existence lui était à charge en France et qu’il ne lui était plus permis de retourner en Allemagne où l’on avait mis sa tête à prix. Car, dans l'intervalle, des troupes prussiennes et allemandes avaient cerné Mayence de toutes parts. Les assiégés qui avaient restauré les ouvrages de fortifications furent excités à la résistance par deux membres de la Convention qui se trouvaient au milieu d’eux et ils se défendirent avec beaucoup de courage ; mais à la fin, la plus effroyable famine les contraignit à rendre par traité la ville aux Prussiens (22 juillet 1703). Ils purent se retirer avec leurs armes et leurs insignes, sous la condition de ne plus servir avant une année contre les coalisés, condition qui perdit sa signification par le fait que la garnison partit pour la Vendée avec son général Kléber, pour y combattre le soulèvement (§ 56). La reddition de Mayence coûta la vie au général Beauharnais qui était arrivé trop tard au secours de la place. Custine périt aussi sur la guillotine pour avoir laissé tomber entre les mains des enn^nis les villes de Condé et de Valenciennes sur les frontières de la Belgique; son fils le suivit peu de mois après. Les républicains de Mayence pour lesquels les Français ne purent obtenir T. 111. 11

aucune grâce, expièrent pour la plupart leurs rêves de liberté par un emprisonnement de plusieurs années et la perte de leurs biens. La réaction que provoquèrent les excès de la révolution française et l’épisode de Mayence, se traduisit dans toute l’Allemagne par une surveillance plus sévère de la presse et des mesures de police plus rigoureuses contre toutes les manifestations de la liberté.

§ SB. Chute de la Gironde. Après la mort du roi, la Convention s’attribua le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif et répartit les divers travaux entre plusieurs comités. Ceux-ci furent peu à peu investis de pouvoirs de plus en plus considérables et sans cesse réduits en nombre, jusqu’à ce qu’enfin le comité de la sûreté publique s’empara de toute Fautorité gouvernementale ; le comité de salut public, composé de neuf membres, élaborait les lois de terreur que la Convention confirmait ensuite. Ces comités, et surtout le dernier, dominaient la France avec un despotisme inouï. Leur principal moyen de tyrannie était le tribunal révolutionnaire composé de douze jurés et de cinq juges; le sanguinaire Fouquier-Tinville y remplissait les fonctions d’accusateur public. Ce tribunal auquel les membres de la Convention étaient aussi soumis par une loi du 8 avril, ne prononçait que des condamnations à mort, sans appel ni grâce. Marat qui avait, avec Robespierre, le plus d’influence dans le club des jacobins, excitait de plus en plus hardiment les pauvres à la lutte contre les riches. Bientôt pourtant il se vit dépassé par Hébert qui, dans le journal populaire le Père Duchesne, chercha à pousser la lie du peuple dont il parlait la langue, à l’assassinat et à la révolte. Leurs principes dirigeaient le conseil municipal de Paris à la tête duquel le jacobin Pache avait été placé comme maire et l’abominable Chaumette comme syndic après le renversement de l’hypocrite Péthion. Ils trouvèrent des instruments dans la garde nationale qui, sous le commandement d’Henriot, se transforma en une troupe de sans-culottes, et dans deux armées révolutionnaires recrutées en mai, l’une pour tenir les aristocrates dans

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l'ordre, l’autre pour marcher contre les Vendéens. Le soin des tumultes de la populace était conüé aux comités des sections à qui Marat, Danton et Camille Desmoulius s'adressaient quand ils voulaient imposer une mesure ù la Convention. Ces comités, composés de douze hommes chacun exerçaient la police dans leurs districts , distribuaient des cartes de sûreté et se concertaient dans des assemblées nocturnes sur les mesures à prendre. Grücc à cette organisation établie dans tout le pays par les jacobins, le pouvoir passa entièrement dans les mains des masses. Tous ceux qui possédaient quelque fortune étaient sans cesse en danger d’être dépouillés et devaient se soumettre à des emprunts forcés et à des impôts progressifs pour entretenir la multitude affamée. Les boutiques des boulangers et des épiciers étaient souvent pillées par les femmes hideuses des faubourgs, ce qui engagea enfin le comité de salut public à fixer un maximum de prix pour les grains, le pain et d’autres denrées alimentaires et à disposer ainsi des biens des particuliers. Cette domination de la commune de Paris fit naître chez les Brissotins, l’idée de transformer la France en un État fédératif composé de plusieurs petites républiques, afin de remédier aux inconvénients de la centralisation. 11 en résulta une lutte à outrance entre les fédéralistes (Brissotins, Gironde) et les jacobins.

A peine la trahison et la fuite de Dumouriez avaientelles détruit la faction d’Orléans, que les démocrates de la Montagne tournèrent leurs attaques contre la Gironde, afin de donner plus de force et d’unité à la Convention par le renversement de tous les modérés et de préserver la France du morcellement. Robespierre proposa de citer les chefs de la Gironde devant le tribunal révolutionnaire, comme complices de Dumouriez. Sa motion ayant échoué contre l’éloquence supérieure de ses adversaires , Marat excita le peuple, à qui l’on venait de retirer les secours du

trésor public, à la révolte contre les ennemis de la république et les auteurs de la cherté des subsistances; les girondins saisirent l’occasion d’accuser cet énergumène devant le tribunal révolutionnaire, ce qui provoqua un mouvement violent dans les sections. Le peuple menaçant demanda à plusieurs reprises l’arrestation des girondins, et lorsque Marat fut acquitté par le tribunal composé de jacobins (24 avril 1793), il fit éclater ses sentiments en portant son idole en triomphe au sein de la Convention. A partir de ce moment, les soulèvements se succédèrent sans interruption; non seulement tous les membres modérés de la Convention, mais aussi tous les citoyens paisibles qui avaient de l’aversion pour les brutalités de la multitude, étaient constamment en danger de mort. Les girondins et leurs adhérents firent adopter par la Convention un décret qui instituait une commission de douze membres pour rechercher les troubles quotidiens et en découvrir les promoteurs. La commission des Douze fit emprisonner le journaliste Hébert, le favori de la démocratie des rues, et quelques autres orateurs des clubs, comme auteurs de tumultes et de projets d’assassinat. Mais le lendemain la populace exigea qu’on les remît en liberté; Hébert et ses compagnons, pour se venger, préparèrent le soulèvement du 31 mai, après avoir mis à la tête de la garde nationale Henriot, ancien laquais, puis contrebandier et enfin espion de la police. Ce jour-là et les deux jours suivants, une foule énorme assiégea les Tuileries où la Convention tenait alors ses séances, et demanda en

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menaçant et en vociférant la suppression de la commission des Douze et l’exclusion des girondins et des modérés. En vain ceux-ci employèrent toutes les ressources de leur éloquence pour détourner l’Assemblée, en lui dépeignant les suites horribles d’une semblable faiblesse et d’une semblable condescendance; la populace, encouragée par le parti de la Montagne, se pressait dans la salle et dans les galeries et réclamait ses victimes avec des cris sauvages. La majeure partie de l'Assemblée, ayant à sa tête le président Hérault de Séchelles, essaya vainement de quitter en masse la salle des séances, où elle ne pouvait plus délibérer en liberté; repoussée parHenriot, elle n’eut plus d’autre parti à prendre que de faire droit aux réclamations du peuple et de la Montagne et de reconnaître la souveraineté des masses. Trente- quatre girondins furent aussitôt exclus et conduits en prison; vingt d’entre eux (Péthion, Guadet, Barbaroux) s’échappèrent et appelèrent les habitants de la Bretagne, de la Normandie et des ports du midi aux armes contre les jacobins. Mais la révolte n’eut pas une heureuse issue; elle liûta la ruine de ses auteurs, surtout lorsque l’assassinat de Marat (13 juillet 1793) par Charlotte Corday que 'les discours de Barbaroux avaient enflammée, eut fourni à la Montagne une occasion souhaitée de tenir le peuple en fermentation par la peinture de complots pour le massacre des patriotes et le renversement de la liberté. Charlotte Corday mourut sur l’échafaud ; le cadavre de Marat fut déposé au Panthéon, après avoir servi à des démonstrations

théâtrales. Le 31 octobre, les girondins présents à Paris furent traînés à la guillotine ; mais la plupart de ceux qui s’étaient enfuis périrent également de mort violente, beaucoup , comme Roland, Péthion, Buzot, Condorcet, Rebequi, par le suicide. Madame Roland monta aussi sur l’échafaud. Soixante-treize conventionnels qui avaient protesté contre l’exclusion des girondins furent expulsés quelques mois plus tard, en sorte que la Convention ne fut plus désormais que l’instrument du comité de salut public.

§ 56. Horreurs dans le Midi. Le despotisme des jacobins avec leurs emprunts forcés, leurs armements de la populace et leurs levées d’hommes, excita dans l’intérieur de la France des soulèvements qui ne furent comprimés que par la cruauté la plus impitoyable. La tentative avortée que firent les habitants de la Normandie et de la Bretagne pour réintégrer dans leurs droits les girondins exclus, donna au comité de salut public l’occasion d’envoyer le terrible Carrier dans les régions situées de la Seine à la Loire et aux côtes les plus éloignées. Ce monstre fit fusiller à Nantes des victimes par centaines ou les fit noyer dans la Loire (noyades), en sorte que, d'après les évaluations les plus modérées, il fit périr 15,000 personnes en quatre mois. Les jacobins commirent des crimes plus épouvantables encore dans les villes du Sud, à Lyon, à Marseille et à Toulon. A Lyon, l’ancien prêtre Chalier, représentant du club des jacobins, avait excité par des affiches la populace à piller et à exterminer les citoyens riches et considérés qui étaient désignés comme les adver-

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saires du nouveau régime ; tous les citoyens honorables en conçurent une telle irritation qu’ils se soulevèrent contre les jacobins, remportèrent la victoire dans une lutte violente et firent exécuter Chalier (16 juillet 1793). Les terroristes parisiens frémirent de rage; une armée républicaine s’avança devant les murs de cette ville qui fut prise après une lutte acharnée, et dévastée (9 octobre). Collot d’Herbois, Ronsin, Fouché, Couthon et d’autres firent fusiller les habitants en masse, parce que la guillotine était trop lente, démolir ou sauter des rues entières; le peuple se partagea les biens des citoyens aisés. Les républicains sévirent d'une façon analogue à Marseille et à Toulon. Les royalistes de Toulon avaient appelé les Anglais à leur aide et leur avaient livré la ville et le port. En même temps ils avaient reçu des troupes espagnoles et italiennes au nombre de 12,000 hommes. Pleins de confiance dans ce secours et dans la force des ouvrages de fortification, les Toulonais bravaient leurs adversaires. Mais l’armée des sans-culottes danslaquellelejeunecorse Napoléon Bonaparte donna les premières preuves de ses talents de général, surmonta tous les obstacles. Toulon fut prise d’assaut. Les Anglais, incapables de défendre la ville, incendièrent la flotte et livrèrent les malheureux habitants à l’effroyable vengeance de la Convention. Le cruel Fréron fit fusiller en masse tous les citoyens aisés et partager leurs biens entre les sans-culottes. Ceux qui n’avaient pas été massacrés, prirent la fuite et abandonnèrent aux galériens et à la populace la ville dont la population tomba

de 28,000 âmes à 7,000. On institua ensuite un tribunal révolutionnaire qui, dans l’espace de trois mois, fit périr i,800 personnes sans preuves ni informations. Pour célébrer une fête républicaine, on envoya à fécbafaud onze jeunes et belles femmes. Tallien, à la fois cruel et débauché, ne se conduisit pas beaucoup mieux à Bordeaux, et, dans le nord de la France, Joseph Lebon allait d’un endroit à l’autre avec la guillotine et entassait crimes sur crimes.

Napoléon Bonaparte (Buonaparte) , fils d’u» gentilhomme corse qui s était distingué comme ami de Paoli dans les guerres qui précédèrent la prise de possession de Pile par les Français, était né le 15 août 1709, à Ajaccio. A l’âge de dix ans, il fut admis à l’École de Brienne où il resta cinq ans (1779-84); il passa ensuite à l’École militaire de Paris. 11 se voua particulièrement à l’étude des mathématiques et de l’histoire. Après son entrée dans l’armée française, le jeune lieutenant d’artillerie se fit bientôt remarquer par son courage et son talent dans le sud de la France et dans l’île de Corse, de sorte qu’en février 1792 il était déjà promu au grade de capitaine. Dévoué aux idées révolutionnaires, il fut accueilli avec empressement parles nouveaux maîtres de la France.

§ 57. Soulèvement de la Vendée. La Vendée, couverte de bois, de haies et de broussailles et coupée de fossés, éprouva le sort le plus affreux. Un peuple paisible y vivait dans la simplicité des vieux âges. Les paysans et les fermiers avaient de l’affection pour leurs seigneurs, qui ne les opprimaient pas; ils aimaient le roi dont ils n’avaient rien à souffrir et respectaient le clergé et les rites de l’Église qui leur

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étaient chers et sacrés dès le berceau. Lorsque l’Assemblée nationale fit chasser et massacrer leurs prêtres non assermentés, lorsque le roi mourut sur l’échafaud, lorsque les fils des paysans furent appelés à l’armée par la levée en masse pour la défense de la patrie (24 février 1793), tous les motifs d’irritation et de vengeance s’unirent dans l’àme des Vendéens et les poussèrent à la résistance et à la guerre civile. Sous la conduite de chefs habiles et hardis tels que Charette, Stofilet et Cathelineau, auxquels se joignirent quelques gentilshommes comme Larochejacquelein et d’Elbée, ils repoussèrent d’abord l’armée républicaine sous le commandement de Santerre et d’autres jacobins, conquirent Saumur et menacèrent Nantes. La Convention envoya alors en Vendée l’armée révolutionnaire composée de la lie du peuple et commandée par Westermann et les jacobins Ronsin et Rossignol. Ceux-ci tombèrent comme des loups dévorants sur les malheureux habitants, incendièrent les villages, les villes, les fermes et les bois, et cherchèrent à briser par la terreur la résistance des royalistes. Mais le courage des paysans vendéens fut indomptable. Ni les supplices, ni les dévastations ne parvinrent à modifier leurs sentiments ou h paralyser leurs bras. Pourtant, lorsque, après la reddition de Mayence (§ 53), les braves troupes qui étaient rentrées dans leur patrie sous des chefs expérimentés et capables furent envoyées contre les rebelles de la Vendée, le vaillant peuple succomba peu à peu sous les coups de ses adversaires. Mais la Vendée ne fut pacifiée qu’après

la chute de Robespierre, quand un général plus humain, Hoche, sortit de prison et se mit à la tête de l’armée. Il offrit la paix à ceux qui étaient fatigués de la lutte, et, par la supériorité de sa tactique, obligea ceux qui résistaient encore à se soumettre. Stofflet et Charette furent faits prisonniers de guerre et fusillés. Dans l’intervalle, le régime de la terreur avait fait son temps et de meilleures dispositions prédominaient.

La tentative faite en 1795 par quelques troupes de royalistes émigrés pour exciter les chouans à une nouvelle lutte contre le gouvernement républicain au moyen d’un débarquement dans l’ile de Quibéron, préparé avec l’aide de l’Angleterre, se termina à la honte des assaillants. Après un combat de courte durée, les troupes débarquées tombèrent, avec une grande quantité d’armes, de munitions et d’argent, entre les mains des républicains qui massacrèrent cruellement huit cents royalistes prisonniers.

§ 88. Première guerre de la coalition (1793-1796). Le gouvernement britannique hésita longtemps à commencer la lutte avec la révolution. Il tolérait le séjour des émigrés, mais il accueillait aussi un ambassadeur du gouvernement français, et laissait les amis et les ennemis du nouveau régime exprimer librement leurs idées par la parole et par la plume.

Deux partis se formèrent bientôt chez le peuple anglais habitué à la vie publique : le premier, qui avait à sa tête Edmond Burke et les tories, regardait avec horreur et accablait d’outrages la nouvelle organisation de la France et ses

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fondateurs ; le second, qui avait pour chef l’éminent orateur et homme d’Etat Fox, comparable à Mirabeau par la puissance de l’esprit comme par l’irrégularité de la conduite, et pour ardent coryphée Thom. Payne, le champion de la constitution démocratique de l’Amérique du nord, approuvait les principes, sinon les excès de la révolution. Burke, homme d’État très instruit et orateur entraînant quoiqu’un peu emphatique, avait été, pendant la guerre d’indépendance de l’Amérique, un chaud partisan des droits da peuple ; il était alors avec Fox l’âme de l’opposition contre le gouvernement. Mais il changea de sentiment et dépeignit, dans un livre fort répandu, la révolution française comme l’événement le plus fatal et le plus exécrable ; il poussa si loin le zèle pour le maintien de l’ancien état de choses, que, dans une séance du parlement, il renonça publiquement et solennellement à l’amitié de Fox. Pitt, fils du grand lord Chatham, était alors à la tête du ministère. Comme ses partisans les tories, comme le roi Georges III et le prince de Galles qui fut prince-régent pendant la longue démence de son père et ne prit le titre de roi qu’après la mort de celui-ci, Pitt était hostile aux idées républicaines qui menaçaient non seulement la couronne des princes, mais aussi les privilèges de la noblesse. Mais le gouvernement anglais ne se montra ouvertement contraire à la France qu’après que Louis XVI eut porté sa tête sur l’échafaud, que la Belgique eut été conquise et que la Hollande eut été menacée de la guerre, lorsque la Convention promit audacieusement son appui à tous les peuples qui se soulèveraient contre la tyrannie de leurs gouvernements et l’oppression des classes privilégiées, reçut une ambassade d’une société anglaise ' pour des projets républicains et encouragea par des promesses les préparatifs d’une levée de boucliers en Angleterre. C’est, alors que commença la guerre sur terre et sur mer qui ne se termina que par la défaite de la révolution et de l’empire militaire de Napoléon qui en était, sorti. Dès ce moment, la France n’eut pas à lutter seulement contre les armées et les flottes

anglaises ; des subsides anglais amenaient aussi les princes et les gouvernements à prendre part à la guerre contre l’ennemi commun. L’Angleterre combattait la révolution avec d’autant plus d’ardeur que celle-ci trouvait des partisans actifs dans les Irlandais mécontents et irritables , tellement qu’à plusieurs reprises Pitt se vit obligé, par suite de conspirations et de soulèvements, d’abroger l’acte à’habeas corpus, d’intenter des procès politiques (contre Home, Tooke, etc.), et de publier la loi martiale et des lois d’exception.

§ 59. Dans l’été de 1793, presque toute l’Europe menaçait les frontières de la France. Tandis que les flottes anglaises cherchaient à anéantir la puissance maritime de la France et à conquérir ses colonies, et que Pitt s’attachait par de riches subsides à maintenir la guerre dans tout son élan, des Hollandais, des Autrichiens et des Anglais pénétraient des Pays- Bas dans les Flandres ; en même temps, des troupes allemandes, prussiennes et autrichiennes franchissaient le Rhin ; la Sardaigne et la Toscane menaçaient le sud-est, des troupes espagnoles et portugaises les Pyrénées ; Naples et le Portugal suivaient les instructions de l’Angleterre. — Mais l’impéritie et le manque de plan des chefs, la désunion des alliés qui ne songeaient tous qu’à leurs avantages et à leurs intérêts particuliers, et le faste des officiers empêchèrent d’obtenir de brillants résultats, même à une époque où la France n’avait pas encore fondé le nouveau système militaire qui lui permit plus tard de braver toute l’Europe. Les Autrichiens, dirigés par la politique antiprussienne de Thugut, désiraient, après la prise de Condé et de Valenciennes

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(§ 53), s’établir dans la Flandre française, et ils regardaient avec méfiance et envie les agrandissements de territoire que la Prusse venait de faire en Pologne (§ 31) ; les Anglais avaient jeté les yeux sur Dunkerque qu’ils avaient autrefois possédé et qu’ils espéraient regagner. Dans de pareilles circonstances, les entreprises des coalisés ne pouvaient faire que peu de progrès, bien qu’au début la bonne discipline des troupes autrichiennes et prussiennes, et la bravoure de leur cavalerie leur eussent valu plus d’un avantage sur l’ennemi ; dans les Pays-Bas, l’armée anglo-hollandaise ne fut pas convenablement soutenue par les Autrichiens défiants, ce qui permit au général républicain Bouchard de remporter une victoire assez importante à Hondschooten (8 septembre) sur les Hollandais et les Hanovriens. L’effet de ces défiances fut encore plus funeste sur l’armée du Rhin; car tandis que, après la prise de Mayence, les troupes prussiennes sous le commandement du duc de Brunswick repoussaient les Français dans la sanglante rencontre de Kaiserslautern (28-30 novembre), le général autrichien Wurmser portait de son propre chef la guerre en Alsace, et cherchait, de concert avec les royalistes et les aristocrates, à opérer une contre-révolution à Strasbourg et dans les environs. Mais cette tentative, qui empêcha le duc de profiter à temps de sa victoire, échoua complètement et attira la vengeance des républicains sur les mécontents et les suspects de l’Alsace. Car la Convention, considérant chaque défaite comme la suite d’une trahison aristocrat. in. u

tique, déployait une grande énergie pour triompher par la terreur de tous ses antagonistes. Houchard, le vainqueur de Hondschooten périt sur la guillotine, comme Cusline et Beauharnais avant lui (§ 53), parce que plus tard, à Courtrai, il dut céder au nombre des ennemis, et Hoche expia en prison la défaite de Kaiserslautern. Si les troupes allemandes ou anglaises avaient été incapables jusque-là de vaincre la France déchirée, menacée au dedans et au dehors, elles purent moins encore y parvenir lorsque l’énergique Carnot entra dans le comité de salut public, et réorganisa le système militaire avec un ensemble redoutable. Fortunes et vies, tout dut alors concourir à la défense nationale. La marche de la guerre prit bientôt une autre tournure. Partout l’on forgeait des armes et l’on fondait des canons ; par la levée en masse toute la nation contribuait à la guerre; des troupes enthousiastes se présentèrent alors à l’ennemi, non plus par petites divisions, mais par masses compactes; les plus grands généraux du siècle sortirent des rangs des simples soldats. Les vieux généraux avec leur stratégie méthodique et leurs soldats qui combattaient pour gagner leur solde et non pour défendre la patrie et la liberté ne pouvaient résister longtemps à des forces si homogènes, surtout que les entreprises militaires des alliés étaient souvent paralysées par des considérations et des vicissitudes politiques, et traversées par des intrigues diplomatiques. — Les nouvelles armées se mesurèrent d’abord avec les Autrichiens dans une série de combats à Wattignies

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(15 et 16 octobre 1793), et quoique, en général, les anciennes troupes gardassent le dessus par leurs manœuvres, les Français regardèrent avec raison comme une victoire l’abandon du siège de Maubeuge à l’entrée de l’hiver, et la retraite de l’ennemi dans ses anciennes lignes. Les avantages des troupes françaises furent encore plus décisifs sur le Rhin où la désunion entre le duc de Brunswick et le comte Wurmser augmentait de jour en jour depuis que Frédéric-Guillaume II avait quitté l’armée (29 septembre) pour servir les intérêts prussiens par sa présence sur la Vistule. Wurmser dut passer le Rhin et les Prussiens ne parvinrent pas à conquérir Landau. Le duc aigri demanda son congé. Il fut remplacé par le feld-maréchal MœllendorfT. Manstein , Kalkreuth, Lucchesini et d’autres hommes d’État prussiens tirèrent parti de ces événements pour rendre acceptable au roi l’idée d’une paix avec la France. Les affaires de Pologne ou une guerre nationale avait éclaté sous Kosciuszko (§ 32), et la situation précaire du royaume prêtèrent du poids à leurs efforts. Déjà le rappel des troupes avait été résolu à Berlin, lorsque l’Angleterre et la Hollande parvinrent, parle traité de subsides conclu à La Haye, à retenir plus longtemps le roi dans la coalition (19 avril 1794). Il en résulta que Moellendorff et le colonel de hussards Blucher résistèrent encore une fois aux ennemis dans les montagnes des Vosges où les armes françaises et les armes allemandes s’étaient si souvent rencontrées, et mesurèrent de nouveau leurs forces sur les hauteurs sanglantes de Kaisers-

lautern (23 mai) ; mais le retard apporté par le feldmaréclial à se rendre dans les Pays-Bas sur l’invitation des puissances maritimes pour arrêter la marche en avant des Français qui venaient de remporter à Turcoing une brillante victoire sur les troupes anglaises et autrichiennes (18 mai), rompit la convention de La Haye qui avait blessé profondément l’amour-propre de la Prusse, et livra la Flandre aux ennemis. — La tactique des généraux français consistait h déconcerter et à harasser leurs adversaires par des attaques multipliées, jusqu’à ce que le moment fût venu de les renverser par un dernier choc violent.— Au mois de juin, Pichegru conquit Ypres, tandis que Jourdan, après avoir été refoulé quatre fois au delà de la Sambre, battit entin les ennemis à Fleurus (26 juin) et les obligea à évacuer la Belgique. Les généraux qui se distinguèrent le plus dans les guerres des années suivantes, Marceau, Kléber, Lefebvre, Championnet, Bernadotte, Marescot servaient sous les ordres de Jourdan. Le ministre autrichien Thugut ne semblait pas éloigné de sacrifier les Pays-Bas et de chercher des compensations à l’est, en Bavière et en Pologne. Le prince de Cobourg, mécontent de cette politique énervante, demanda aussi sa démission et quitta l’armée. Son successeur Clairfait conduisit alors les troupes épuisées au delà du Rhin. A feutrée de l’hiver, non seulement les Pays-Bas autrichiens, mais aussi Trêves et les places frontières de la Hollande, étaient de nouveau dans la possession des Français.

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Ainsi, le général Pichegru, qui avait dans son armée, Souham, Macdonald et Yandamme, put entreprendre aux mois de décembre et de janvier une campagne hardie sur la glace contre les états généraux de la Hollande. Avec une armée qui souffrait du manque de nourriture et de vêtements il s’empara de tout le pays et obligea les troupes anglaises sous le duc d’York à se retirer au milieu de fatigues et de dangers sans nombre. Le Stadhouder Guillaume V, peu aimé de la population, renonça à son titre et se rendit en Angleterre; les patriotes fugitifs, d’intelligence avec les républicains français, revinrent dans le pays et appuyèrent les efforts des Français victorieux pour fonder une république batave sur des bases démocratiques. On planta des arbres de liberté, on proclama les droits de l’homme, on fonda des associations républicaines et l’on confia le gouvernement au parti français. Mais les Hollandais ne sentirent que trop tôt les inconvénients de cette alliance léonine. Il fallut nourrir, habiller et payer les troupes affamées et déguenillées; un traité conclu le 16 mai 1798, assura à la France la libre navigation dans les eaux et l’accès dans les ports de la Hollande, une somme de cent millions comme indemnité des frais de la guerre, la possession de la Flandre hollandaise avec Maestricht et le droit de garnison dans les forteresses les plus importantes; et tandis que, sous le nouveau régime républicain, le trésor de l’État était épuisé par ses protecteurs, les Anglais s’emparèrent non seulement des navires de commerce et de pêche des Hol-

landais, mais aussi de la plupart de leurs colonies : de 1795 à 1797 ils prirent les possessions de l’Hindoustan et du Cap, puis Malacca, Ceylan, Amboine, Ternate et d’autres îles ; à l’ouest, Demerary et Essequibo, en janvier 1799 Surinam, en 1800 Curaçao, et en 1801 Sainte-Eustache.

La république batave partagea toutes les destinées de la France; jusqu’en 1798 elle eut à sa tête une Convention démocratique; puis la souveraineté des provinces distinctes fut supprimée et le pays fut partagé en huit départements qui reçurent de nouvelles dénominations; on érigea la république batave une et indivisible avec un directoire de cinq membres qui formaient le pouvoir exécutif et deux chambres qui composaient le pouvoir législatif. Napoléon rétablit l’ancienne division des provinces et modifia le gouvernement et le pouvoir législatif (1801), mais il fit peser lourdement sur le pays un nouveau traité d’après lequel une armée d’occupation française de dix-huit mille hommes devait être entretenue aux frais de l’État qui avait en outre à mettre sur pied une armée hollandaise de seize mille hommes et à équiper cinq vaisseaux de ligne et cinq frégates. Le commerce déclina, les colonies furent perdues et le pays s’endetta. Au mois de janvier 1805, Schimmelpennink fut mis à la tête du pouvoir exécutif, et une représentation nationale fut investie du pouvoir législatif. Mais dès l’année suivante, Louis Bonaparte, frère de Napoléon, fut nommé roi de Hollande et le nombre des représentants augmenté. Flessingue et d’autres localités échurent à la France. Quelques années après Louis se brouilla avec son frère et renonça au trône; la Hollande fut alors réunie à la France (1810). Un nouveau code, la conscription et une police secrète, tels furent les présents du nouveau souverain.

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S 60. Les armes françaises eurent presque autant de succès sur le Rhin. Au mois d’octobre, les troupes prussiennes, après avoir vaillamment combattu pour la troisième fois dans le voisinage de Kaiserslautern, sous le commandement de Hohenlohe, se retirèrent au delà du fleuve. Bientôt après, le gouvernement prussien, occupé des affaires de Pologne (§ 32) et jaloux de l’Autriche, noua avec la France des négociations qui eurent pour résultat la paix de Bâle (S janvier et 17 mai 1798) : non seulement la rive gauche du Rhin fut livrée avec la Hollande à l’ennemi et fixée comme « frontière naturelle » de la France, mais aussi le nord de l’Allemagne, déclaré neutre, fut séparé, par une ligne de démarcation armée, du sud où la guerre continua, et ainsi, l’unité de l’empire fut en réalité détruite. L’Espagne et les pays allemands qui, comme le Hanovre, la Hesse, le duché de Brunswick, etc., avaient invoqué le secours et l’intervention de la Prusse, accédèrent au traité. La Toscane s’était déjà entendue auparavant avec la république. Ainsi la coalition fut détruite et l’on abandonna le principe de la solidarité d’intérêt de tous les États monarchiques contre la révolution. L’alliance de rois qui avait annoncé une croisade pour le trône et l’autel était bientôt devenue une lutte égoïste pour des intérêts particuliers. L’espérance que nourrissait la Prusse de faire du traité de Bâle la base de la paix universelle fut démentie par les. événements : non seulement l’Angleterre poursuivait la guerre, mais les Autrichiens, gagnés par des subsides anglais, continuèrent, au

Hi

prix de grands efforts, la lutte dans le sud de l’Allemagne, qui se trouva de la sorte divisée en deux camps. Sous la conduite des braves généraux Clerfait et Wurmser, ils résistèrent avec succès aux armées françaises qui avaient traversé le Rliin, s’étaient emparées de la ville de Dusseldorf et cherchaient à faire des conquêtes sur le Mein et sur le Neckar. Les cours du Rhin effrayées s’enfuirent, comme trois ans auparavant, dans l’intérieur du pays; tous les chemins étaient couverts de fugitifs et d’émigrants. Mais bientôt les armes autrichiennes amenèrent un changement de situation. Après la victoire remportée à Handschuhsheim par Clerfait sur Pichegru (24 septembre) et après quelques rencontres heureuses avec Jourdan, les Français se retirèrent de l’autre côté du Rhin, en marquant leur fuite par des pillages et des dévastations. La glorieuse victoire de Mayence (29 octobre) assura au généralissime autrichien la possession du pays transrhénan et le mit en état de reprendre Heidelberg aux Français (22 novembre) et de conquérir, après un effroyable bombardement de plusieurs jours, la ville forte de Mannheim que le commandant palatin Oberndorf avait honteusement livrée 51a première réquisition, avec les provisions et les munitions qu’elle contenait. Quand les Allemands y rentrèrent, une partie de la ville était en ruines. La famine, toutes-les horreurs de la guerre, désolaient les fertiles contrées du Rhin, lorsque le général victorieux, aigri par les intrigues de Thugut et les reproches du conseil de guerre, demanda et obtint sa démission, à la grande surprise de tout le

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monde. Il eut pour successeur l’archiduc Charles , frère de l’empereur, qui bientôt donna des preuves brillantes de ses talents de capitaine. Il résista avec bonheur aux deux armées qui s’avancèrent, celle de Jourdan, sur la Lahn, et celle de Moreau, parla Forêt Noire, en Souabe; il battit Jourdan à Wetzlar (15 juin 1796), et quelques mois après à Wurzbourg (3 septembre) , et le força à se replier promptement sur le Rhin. Les habitants de la Franconie, du Spessart et de l’Odenwald , qu’avaient irrités les excès des étrangers, se soulevèrent contre les ennemis qui se retiraient et les battirent partout où ils les rencontrèrent. Marceau, l’un des plus braves chefs de l’armée française, tomba ainsi, frappé d’une balle autrichienne; Moreau fut plus heureux; à la vérité, il fut repoussé de la Bavière et de la Souabe; mais par une retraite savante il arriva au Rhin sans grandes pertes (19 septembre — 24 octobre). Les gouvernements de l’Allemagne, loin d’encourager le soulèvement du peuple contre les ennemis de l’empire, suivirent, pour la plupart, l’exemple de la Prusse et cherchèrent, au moyen de traités avec la France, à se débarrasser des charges de la guerre et à obtenir des extensions de territoire ou d’autres avantages. Dès le mois d’août, le Wurtemberg et Bade avaient fait leur paix avec la république, et on leur avait promis des compensations dans les biens ecclésiastiques, en retour des possessions cédées d’outre- Rliin. En septembre, le gouvernement bavarois, en l’absence de l’électeur, acheta de Moreau, qui déjà se disposait à la retraite devant les Autrichiens , la

paix et la protection, à prix d’argent et de livraisons en nature.

§ fit. La Terreur. Pendant une année entière (de juillet 1793 à juillet 1794), la France se courba sous l’effroyable tyrannie du comité de salut public. A la tête des neuf membres qui composaient ce comité, se trouvaient trois hommes dont les noms furent longtemps l'épouvante du pays : l’astucieux Robespierre, le sanguinaire Coulhon et l’enthousiaste Saint-Just. Ces fanatiques politiques gouvernaient avec un despotisme inouï, et frappaient de mort quiconque ne s’inclinait pas devant leur toute-puissance. A côté d’eux, l’intègre Carnot gardait seul une attitude indépendante ; mais, afin qu’il n’entravüt point les projets sinistres de ses collègues, auxquels il n’aurait jamais adhéré, les triumvirs lui confièrent la direction des affaires militaires pour le détourner de l’intérieur. Les autres membres du comité étaient, pour la plupart, des créatures de Robespierre (Barèrc, Billaud-Varennes, Collet d’IIerbois, Prieur, Lindet, Jean Bon de Saint-André). La constitution démocratique qui avait été élaborée en hâte et publiée le 10 août avec une grande solennité après avoir été acceptée par le peuple, fut peu à peu mise de côté et l’on fonda un gouvernement républicain sous la surveillance du comité de salut public. La seule circonstance que, dans les mois de juin et de juillet, douze cent quatre-vingt-cinq personnes moururent sur l’échafaud, montre comment ce gouvernement usait de son pouvoir contre les partisans du passé. Le moyen le plus efficace qu’il employa pour se débarrasser de ses ennemis, fut la terrible loi contre les suspects (17 septembre 1793) qui menaçait de mort tous ceux qui témoignaient quelque attachement à l’ancien régime, au clergé ou à la noblesse. En vertu de cette loi et d’autres semblables, les prisons regorgèrent de prétendus aristocrates : la calomnie d’un ennemi, la dénonciation d’un espion, la haine d’un sans-culotte, suffisait pour conduire un innocent en prison et de la prison à la guillotine. Parmi les victimes se trouvèrent des hommes tels que l’ancien ministre

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Malesherbes, Bailly, Barnave, Linguet et d’autres membres de l’Assemblée constituante, beaucoup de députés républicains d’opinion modérée, des savants et des écrivains comme le chimiste Lavoisier et André Chénier. Florian composa son Guillaume Tell en prison, peu de temps avant sa mort. La reine Marie-Antoinette montra une telle constance pendant son jugement et au moment de sa mort, qu’elle parvint à éveiller encore quelque attention au milieu de la monotonie des massacres (16 octobre). Son fils mourut sous la discipline cruelle d'un jacobin, le cordonnier Simon. Après la reine, la princesse Élisabeth, la pieuse sœur de Louis XVI, périt à son tour sur l’échafaud (10 mai 1794), et quelques semaines après la chute des girondins, la tète du pervers duc d’Orléans tomba également (6 novembre 1793); la faveur même de Danton ne put le protéger contre l’envie de Robespierre.

Souffrances et mort de la reine. Jusqu’à la fin de juillet 1793, Marie-Antoinette resta au Temple avec ses deux enfants. Le comité de salut public ordonna alors que la mère fût séparée de son fils. La municipalité exécuta cette résolution avec une cruauté triomphante : ses agents vinrent au milieu de la nuit pour porter l’ordre à la reine qu’ils arrachèrent du sommeil. Il se passa alors une scène épouvantable. Pendant plus d’une heure, Marie-Antoinette opposa aux bourreaux une résistance désespérée; elle se jeta sur le lit de l’enfant et lui fit un rempart de son corps contre les assaillants. Elle résistait à toutes les exhortations et à toutes les menaces, lorsque tout à coup l’un des hommes saisit sa fille (la duchesse d’Angoulêmc) et menaça de l’égorger si la reine ne livrait pas son fils. La pauvre mère céda alors et se laissa arracher un enfant pour sauver l’autre. Le l tr août, Marie-Antoinette fut transférée à la Conciergerie et assignée devant le tribunal révolutionnaire. Après huit semaines de mauvais traitements de toute nature, elle comparut le 14 octobre avec des vêtements en lambeaux; ses cheveux étaient devenus gris. Elle montra une dignité si tranquille et

une résignation si sérieuse que le public même de ce tribunal fut touché de respect et de pitié.

§ 62. Chute des Dantonistes. Ces attentats et ces cruautés soulevèrent enfin l’indignation des chefs des cordeliers, Danton et Camille Desmoulins qui, par leur ascendant sur les masses, avaient dirigé jusque-là la révolution et fondé la république. Danton, plus avide de plaisirs que passionné, était lassé de crimes; il se rendit pour quelques mois en province, afin de jouir avec sa jeune épouse du bonheur et des richesses que la révolution lui avait procurées; mais dans son journal populaire et spirituel (le Vieux Cordelier) Camille Desmoulins appliqua d’une manière saisissante à son époque les passages dans lesquels Tacite dépeint sous les plus noires couleurs la tyrannie et la cruauté de Tibère; il était impossible de méconnaître les allusions aux trois chefs du comité de salut public et à leur loi contfe les suspects. Les jacobins entrèrent en fureur, et, comme dans le même temps, plusieurs amis et partisans de Danton (entre autres l’ancien capucin Chabot et l’abject Fabre d’Églantine, son instrument dans toutes les affaires qui craignaient le grand jour) furent accusés de tromperies et de corruption lors de la suppression de la compagnie des Indes orientales, tandis que d’autres provoquaient des scandales par leurs impiétés, le comité de salut public saisit cette occasion pour perdre tout le parti de Danton. Surtout depuis que la Convention avait changé le calendrier et la désignation des mois *,

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transféré le commencement de l’année et de la nouvelle ère au 22 septembre 1792, aboli les dimanches et les jours de fêtes en les remplaçant par les décades et les fêtes des sans-culottes, plusieurs Dantonistes tels que Hébert, Chaumette, Momoro, Cloots, se signalaient par leurs fureurs contre le christianisme et le clergé. Ils profanaient et pillaient les églises, s’affublaient de chasubles et défilaient dans les rues en processions sacrilèges; ils foulaient aux pieds avec une fureur de Vandales tous les monuments du christianisme; à Saint-Denis, ils souillèrent les tombeaux des rois, et enfin ils firent décréter par la Convention que le culte de la raison remplacerait le catholicisme. Une fête pompeuse, dans laquelle la femme de Momoro réprésenta à Notre-Dame la déesse de la raison, servit de prélude à ces débauches de la liberté de pensée. Les églises furent fermées; l’évêque de Paris et plusieurs autres prélats renoncèrent au catholicisme'; on voulait détruire jusqu’au nom de chrétien. Robespierre, qui faisait parade de sa vertu, parce qu’il ne partageait point les excès de Danton et de ses compagnons, s’effaroucha de pareils débordements et résolut de perdre ceux qui s’en rendaient coupables. A peine Danton eut-il repris son siège dans la Convention (février 1794), que Saint- Just commença l’attaque (mars) par un remarquable rapport dans lequel il divisait les ennemis de la république en trois classes, les corrompus, les ultrarévolutionnaires et les modérés, dont il demandait le châtiment. La conséquence de ce rapport fut que, dès le 24 mars, dix-neuf ultra-révolutionnaires (entre

autres Cloots, Hébert, Momoro et Ronsin, le sansculotte de Lyon) et plusieurs membres du corps municipal furent envoyés à la guillotine. Le 31 mars, les corrompus furent cités devant le tribunal révolutionnaire; Danton, Camille Desmoulins, Hérault de Séehelles et d’autres furent perfidement désignés comme leurs complices èt impliqués dans leur procès. Mais Danton et Desmoulins demandèrent impétueusement, au milieu des vociférations de la foule plus sympathique aux accusés qu’aux jacobins dont le tribunal était composé, que leurs accusateurs fussent confrontés avec eux. Pendant trois jours, la voix de stentor de Danton et le tumulte de la populace rendirent le jugement impossible. Pour la première fois, les hommes sanguinaires du tribunal révolutionnaire se trouvèrent embarrassés. Mais la Convention, par une loi spéciale, leur accorda le plein pouvoir de condamner, sans plus ample examen, les accusés dont l’intention était de renverser l’ordre des choses par un soulèvement; les héros du 10 août et des journées de septembre furent conduits à la guillotine avec une troupe d’hébertistes vulgaires. Ils moururent courageusement et résolûment (5 avril 1794).

* Les noms républicains des mois étaient : I) pour le printemps : germinal, floréal, prairial; 3 ) pour l'été : messidor, thermidor, fructidor; 3) pour l’automue : vendémiaire, brumaire, frimaire; 4 ) pour l’hiver : nivôse, pluviôse, ventôse.

§ 63. Chute de Robespierre (9 thermidor — 27 juillet 1794). Le renversement de Danton fut le dernier

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triomphe de Robespierre; le dictateur fut noyé dans le sang de son grand adversaire. À la vérité, les trois chefs du comité de salut public dominèrent quelques mois encore et, par des exécutions et des emprisonnements multipliés, portèrent à son comble le système de la terreur; mais ils avaient perdu leur puissance à la commune et dans les sections et n’avaient plus la confiance de la Convention ; ils portaient en eux la conviction d’être devenus pour la nation des objets de haine et de dégoût; aussi Robespierre n’était-il jamais sans armes et ne sortait-il qu’escorté de gens de main. A partir de ce moment, les amis de Danton épiaient une occasion favorable de l’attaquer. Le nombre de ses ennemis augmenta encore lorsque, pour mettre un terme aux sacrilèges des partisans du culte de la raison, il fit décréter (en mai) par la Convention que l’existence d’un Être suprême et l’immortalité de l’âme étaient des vérités, et se rendit, par son orgueil, aussi haïssable que ridicule dans son rôle de grand-prêtre lorsqu’il célébra les nouvelles fêtes de l’Être suprême dans le jardin des Tuileries (8 juin). Parmi ses adversaires on comptait Tallien, qui avait autrefois désolé Bordeaux, mais que la charmante Fontenay-Cabarrus avait ramené à d’autres principes. Fréron et Fouché, les forcénés de Lyon et de Toulon, Vadier, Collot-d’Herbois, Billaud-Varennes, et enfin le rhéteur Barère se joignirent à lui. Le 9 thermidor (27 juillet), une lutte à mort s’engagea au sein de la Convention. Robespierre et ses partisans ne parvinrent pas ü se faire entendre; leurs adversaires crièrent plus fort qu’eux,

et, dans une séance des plus orageuses, ils firent décider que les trois chefs du comité de salut public etHenriot seraient mis en accusation et emprisonnés dans le palais de Luxembourg. En chemin, ils furent délivrés par le peuple; Henriot, ivre, menaça la Convention avec la garde nationale, tandis que Robespierre, Gouthon et Saint-Just méditaient une vengeance à l’hôtel de ville. Mais l’Assemblée nationale les devança par une prompte résolution. La proclamation d’une proscription dispersa l’armée de Henriot, tandis que les bourgeois, hostiles aux jacobins, se réunirent autour de la Convention. Les accusés furent arrêtés de nouveau à l’hôtel de ville. Henriot se cacha dans un égout, d’où on le tira avec des crochets. Robespierre chercha à se tuer d’un coup de pistolet, mais il se fracassa seulement la mâchoire, et fut conduit, horriblement défiguré, d’abord devant le tribunal révolutionnaire, puis à la guillotine avec vingt et un de ses partisans (28 juillet 1794) au milieu des exécrations et des malédictions du peuple. Les deux jours suivants, soixante-douze jacobins encore partagèrent le sort de leurs chefs.

§ 64. Les derniers jours de la Convention. Quoique le renversement de Robespierre et de ses amis par les thermidoriens ne fût qu’un acte de vengeance personnelle, il signala pourtant le commencement d’un retour à l’ordre et à la modération. On brisa la puissance du comité de salut public, en lui adjoignant d’autres comités et en répartissant entre eux le travail comme les attributions; on restreignit les réunions des sections; on enleva au peuple lajour-

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née de deux francs quilui était payée pour sa présence aux assemblées ou aux émeutes. Les gens aisés formèrent bientôt la majorité, et l’on profita des insurrections suivantes pour ôter les armes à la populace. Le pouvoir du corps municipal de Paris fut anéanti par la nouvelle division de la ville en douze arrondissements avec des maires et des conseils municipaux distincts. Fréron, transformé en aristocrate, rassembla autour de lui les jeunes gens de distinction que leurs vêtements firent appeler la jeunesse dorée; à chaque occasion ils attaquaient les jacobins dans les rues ou dans leur club avec les lourdes cannes qu’ils portaient ordinairement, et opposaient le Réveil du peuple à la Marseillaise. Ainsi les jacobins furent peu à peu affaiblis, au point qu’au mois de novembre la Convention, dominée par les thermidoriens, put risquer de fermer le club, et l’année suivante, de faire démolir le couvent des jacobins. La Convention se renforça des membres expulsés et des girondins encore en vie, et manifesta son aversion pour le régime de la terreur par l’abrogation des lois de sang et par l’exécution de Carrier et de ses complices, puis de l’accusateur public Fouquier- Tinville avec onze juges du tribunal révolutionnaire. Mais lorsque quatre des membres les plus actifs du comité de salut public (Barère, Vadier, Collot-d’Herbois et Billaud-Varennes) furent mis en accusation, les jacobins rassemblèrent leurs dernières forces et excitèrent un soulèvement terrible parmi le peuple, réduit au désespoir par la cherté des vivres et la dépréciation des assignats. Des troupes de populace

entourèrent l’Assemblée (il et 12 germinal— 31 mars et 1 er avril) et demandèrent à grands cris la mise en liberté des patriotes, du pain et la constitution de 1793. Appuyés par le reste du parti de la Montagne, les terroristes l’auraient probablement emporté, si Pichegru , en ce moment à Paris , n’était venu au secours de la Convention avec des soldats et des citoyens. Ainsi l’insurrection fut comprimée ; les quatre accusés furent déportés : Collot-d’Herbois mourut à la Guyane, Billaud-Varennes servit comme journaliste le roi nègre Christophe, à Saint- Domingue; Barère et Vadier s’évadèrent.

Un soulèvement plus dangereux encore, celui du 1 er prairial (20 mai 1795) où le peuple assiégea la Convention de 7 heures du matin à 2 heures de la nuit, pour obtenir le rétablissement du régime de la terreur et où un membre de la Convention (Féraud) fut tué dans l’assemblée, échoua également contre la fermété du courageux président Boissy-d’Anglas et l’arrivée en temps opportun d’hommes d’ordre et de troupes. Ce fut le dernier effort des terroristes. Quelques jacobins (Romme, Goujon) se suicidèrent, d’autres périrent sur l’échafaud; la plupart furent emprisonnés ou déportés. Mais les thermidoriens de la Convention trouvèrent des ennemis bien plus redoutables dans les royalistes dont l’audace grandissait de jour en jour. Pour n’être pas dépouillés de leur pouvoir par la mise en vigueur de la nouvelle (troisième) Constitution, terminée le 5 fructidor, ils cherchèrent à assurer leur réélection par une clause des plus arbitraires : d’après cette Constitution, le

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pouvoir exécutif appartenait à un directoire de cinq personnes, et le pouvoir législatif au conseil des anciens composé de 280 membres et au conseil des 500. Mais la Convention restreignit la liberté de suffrage, en décidant que les deux tiers de ces deux conseils législatifs devraient être choisis parmi ses propres membres, et que si plusieurs districts électoraux choisissaient les mêmes députés, la nomination aux sièges vacants reviendrait, non au peuple, par une nouvelle élection, mais à la Convention. La bourgeoisie de Paris, travaillée par les royalistes et peu favorablement disposée pour la Convention, protesta contre ces additions, et son opposition étant demeurée sans résultat, les sections, dirigées alors par les modérés et les royalistes, eurent recours aux armes. La Convention s’adressa à l’armée, et, sur la proposition de Barras, confia le soin de combattre les sections insurgées au général Napoléon Bonaparte, qui avait perdu son commandement dans l’artillerie après la chute de Robespierre et qui se trouvait h Paris sans emploi. La sanglante victoire remportée le 13 vendémiaire (5 octobre 1795) dans les rues de Paris, donna la prépondérance aux républicains et valut le commandement en chef de l’armée d’Italie h Napoléon, qui était âgé de 26 ans et qui s’était marié peu de temps auparavant avec la veuve du général Beauharnais, Joséphine, née Tascher de la Pagerie.

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{Du 26 octobre 1795 au 9 novembre — 18 brumaire — 1799 .)

§ 65. Campagnes de Napoléon en Italie jusqu’à la paix de Campo- Formio. Victor-Araédéc III, roi de Sardaigne et de Piémont, avait créé une brillante organisation militaire et pourvu de grades d'officiers la noblesse nombreuse de son pays. Mais, lorsque les armées républicaines envahirent la Savoie et Nice, ses troupes succombèrent sous les coups des Français enthousiastes. Bientôt cependant le changement de régime à Paris et les tromperies des fournisseurs mirent l’armée d'Italie dans une situation des plus précaires. Les soldats manquaient de tout; ils étaient affamés et leurs uniformes tombaient en lambeaux ; depuis que la Terreur ne les poussait plus en avant, leurs forces semblaient énervées. C’est alors que Napoléon Bonaparte fut nommé général en chef. Doué de talents militaires peu communs, il parvint à enilammer les troupes découragées et à les fasciner au poiiAïue, sous sa conduite, elles bravaient tout danger et le sui^fcnt de victoire en victoire. La première proclamation qu’il imessa à son armée laissait entrevoir toute la trempe de son caractère ; en quelques phrases d’une énergie et d’une simplicité antiques, il Battait l’amour-propre des soldats, leur donnait l’assurance de la victoire et leur montrait les plaines florissantes de l’Italie où les jouissances et la gloire les attendaient au lieu du besoin et des privations.

Le 11 et le 12 avril 1796, Napoléon battit à Millesimo et le 13 et le 14 à Montenotte le général autrichien Beaulieu, vieillard presque octogénaire; par ces victoires, il sépara les Autrichiens des Sardes,

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et par une marche rapide sur Turin, après la rencontre victorieuse de Mondovi (22 avril), il terrifia le roi Victor-Amédée au point que celui-ci consentit à une paix honteuse et préjudiciable dans laquelle il céda la Savoie et Nice à la république, abandonna six forteresses au général français, paya des sommes considérables et contracta la lourde obligation de permettre en tout temps aux armées françaises de traverser ses États en leur fournissant les vivres nécessaires et de ne prendre part ù aucune ligue contre la France.

Cette paix fit des Français les véritables maîtres du Piémont. Victor-Amédce mourut cinq mois après et laissa le trône à sou fils pieux et faible Charles-Emmanuel IV (1796-1802), beaufrère du malheureux Louis XVI. Les vainqueurs lui enlevèrent encore la citadelle de Turin, lorsque l’Autriche et Naples menacèrent d’une nouvelle guerre (1798), et ils le tourmentèrent jusqu’à ce qu’il eût renoncé à gouverner le Piémont et se fût retiré en Sardaigne avec sa En vain il protesta solen-

nellement contre la contrainte Mi lui était imposée ; le gouvernement français prit possession de son royaume que Napoléon réunit enfin à la France et divisa en six départements, lorsque Charles-Emmanuel eut cédé ses droits à son fils Victor- Emmanuel et se fut rendu à Rome (1802).

Après la paix avec le Piémont, Napoléon poursuivit sa marche triomphale. Il força le passage du pont de Lodi (10 mai 1796), entra avec un éclat royal et au milieu des acclamations du peuple dans Milan l’autrichiejnne et effraya tellement les petits princes de l’Italie par ses succès et son audace, qu’ils s’effor-

cèrent d’obtenir la paix à tout prix. Le vieux Beaulieu fut remplacé par Wurmser, qui fut aussi battu à Castiglione (5 août); les Français bloquèrent ensuite Mantoue. Wurmser s’efforça vainement de délivrer la ville; vaincu dans deux rencontres, il fut enfin assiégé lui-même dans Mantoue avec les restes de son armée. L’armée envoyée à son secours sous le commandement d’Alvinzi, subit trois défaites sanglantes (Arcole, Rivoli, La Favorita) qui anéantirent complètement les forces de l’Autriche, ce qui obligea le brave Wurmser à rendre Mantoue au vainqueur glorieux dont le nom était déjà sur toutes les lèvres. Bonaparte, honorant la vaillance de l’ennemi, permit au vieux général de se retirer librement avec son état-major et une partie de la courageuse garnison (2 février 1797). La pape Pie VI, pour empêcher l’armée victorieuse d entrer dans les États de 1 Église, se bâta de conclure la paix de Tolentino (19 février) par laquelle il renonça à Avignon et au Venaissin, céda Bologne et Ferrare, paya 30 millions de livres et livra un certain nombre de tableaux précieux. Bientôt après, l’archiduc Charles entreprit de conduire comme généralissime 1 armée autrichienne en Italie; mais il n’obtint pas un meilleur succès. Après avoir essuyé de grandes pertes, il dut se retirer avec ses troupes découragées. Bonaparte le poursuivit jusqu’à Klagenfurth avec l’intention de marcher sur Vienne. L’empereur François, tremblant pour sa capitale, se laissa décider par la politique d’intrigue deThugut et par des influences féminines à conclure la paix préliminaire de Léoben (18 avril), au moment

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où la situation de l’armée française commençait à devenir assez critique, à cause du retard des troupes auxiliaires qui étaient attendues, de l’agitation qui régnait en Tyrol, en Styrie et en Carintliie et de l’esprit guerrier qui se réveillait en Autriche même. Les principales conditions fixées à Léoben assuraient à la France la possession de la Belgique et de la Lombardie et lui offraient en perspective la réalisation d’une idée favorite, les frontières naturelles du Rhin, quoiqu’il fût encore question pour la forme de l’intégrité de l’empire. Napoléon profita de la trêve qui intervint jusqu’à la conclusion définitive de la paix, pour humilier Venise autrefois si fière et si puissante.

La faible république de Venise, dont la constitution oligarchique ne répondait plus aux besoins de l’époque, avait jusque-là gardé entre les puissances belligérantes une neutralité dont on lui savait peu de gré de part et d’autre, parce qu’elle n'était qu’une suite de l’impuissance. Les Français convoitaient celte riche place marchande avec ses flottes et ses magasins; ils avaient déjà noué des relations et des intrigues avec un grand nombre de démocrates qui s’efforcaient de renverser la constitution, lorsque l’imprévoyance du sénat offrit une occasion favorable d’anéantir peu à peu la république. Le mouvement populaire qui éclatait sur les derrières de l’armée française remplit le gouvernement vénitien de l’espoir que l’ennemi succomberait sous les coups des vigoureux paysans; c’est pourquoi il entretint l’agitation et provoqua ainsi une insurrection menaçante. Le 17 avril, le peuple de Vérone se jeta sur les Français qui étaient restés en arrière et les extermina sans épargner même les malades et les blessés dans les hôpitaux. Le lâche sénat, s’imaginant que le moment de la vengeance était venu et comptant sur l'Autriche, prit une attitude

guerrière et approuva ce qui s’était passé. Mais la nouvelle de la conclusion de la paix de Léoben arriva tout à coup et jeta la consternation au sein du sénat.

Au lieu de résister courageusement à l’ennemi et de tomber courageusement, les sénateurs de Venise implorèrent la grâce du vainqueur et, en réservant leurs pensions, consentirent à licencier les vaillantes troupes d’Esclavons et à transférer le pouvoir à un conseil démocratique élu par le peuple. Ce fut le prélude de la ruine totale de la république; car Napoléon avait l’intention de saccager Venise et de l’abandonner ensuite comme indemnité à l’Autriche. A cet effet, les Français entrèrent, en mai, dans la ville, s’emparèrent des vaisseaux et des munitions de l’arsenal, dépouillèrent les églises, les galeries et les bibliothèques de leurs trésors les plus précieux et occupèrent Venise jusqu’à ce que les négociations avec l’Autriche, que les intrigues de Thugut traînaient en longueur dans l’espoir qu’il se produirait à Paris un revirement dans le sens royaliste, en fussent arrivées à la conclusion de la paix de Campo- Formjo (17 octobre 1797), par laquelle la haute Italie tomba sous la domination française (république cisalpine) aussi bien que la Belgique et la rive gauche du Rhin. Les électeurs ecclésiastiques et d’autres princes, prélats et gentilshommes qui avaient eu à souffrir, devaient être indemnisés sur la rive droite du Rhin et la régularisation de ces points, comme des autres questions qui intéressaient l’Allemagne, était réservée au congrès de Rastadt. Ce congrès fut

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ouvert par Napoléon en personne (9 décembre); mais son esprit aventureux ne pouvait être longtemps captivé par ces négociations longues et embrouillées. Il en confia la direction à quelques diplomates et se rendit en décembre à Paris où il fut accueilli par les acclamations du peuple et reçu avec honneur et distinction par le Directoire auquel il fut présenté par Talleyrand. La paix de Campo-Formio ouvrit une nouvelle période de l’histoire d’Europe; elle assura le triomphe de la propagande révolutionnaire en Hollande, en Italie et sur le Rhin. Le congrès de Rastadt fut l’enterrement du saint-empire romain de nation allemande, dont le délabrement, le pédantisme et la raideur se montrèrent encore une fois dans cette circonstance. On ne sait de quoi il faut s’étonner le plus, ou de l’inconsistance et de la légèreté des diplomates ou de la bassesse avec laquelle les envoyés des petites cours recherchaient la protection de la France, en flattant et en corrompant le personnel de la légation française et jusqu’aux valets de chambre et aux cochers, ou bien enfin de l’arrogance et de la rudesse jacobine des agents républicains qui tenaient en échec les deux grandes puissances en excitant leur jalousie et caressaient ou terrifiaient tour ù tour les États secondaires.

§ 66. Le Directoire à l'intérieur . Les membres des deux assemblées législatives (conseil des Anciens et conseil des Cinq-Cents) étaient en grande partie des républicains modérés; les cinq directeurs élus dans leur sein étaient au contraire des démocrates ardents, soit dans le sens de la Gironde comme La T. III. 14

Reveillère - Lepcaux , soit jacobins, comme Carnot, Barras, Reubel. La Reveillère-Lcpeaux était un homme très estimable, mais ennemi du clergé et de l’Église; il voulait remplacer le christianisme par une religion naturelle et dans ce but, il fonda la Société des théo-philanthropes (amis de Dieu et des hommes). Ses collègues, à l’exception du débauché Barras, étaient des patriotes éprouvés qui remplissaient leurs pénibles fondions avec un dévoûment exemplaire et vivaient pauvrement, malgré le sytèmc de brigandage qu’ils avaient introduit dans tous les pays; mais sauf Carnot ils étaient tous des hommes médiocres. Ils se rendirent ridicules en adoptant un costume de cérémonie bariolé d’écarlate et de velours. Le Directoire était d’ailleurs délesté par les républicains ardents (terroristes), aussi bien que par les royalistes , et il avait à supporter les attaques des deux partis. La première tentative de bouleversement fut faite par les républicains sous la conduite de Gracchus Babeuf qui, comme le tribun du peuple romain dont il avait pris le nom, voulait un nivellement de la propriété et une nouvelle répartition des biens. Plusieurs des anciens jacobins, notamment Drouet et Rossignol, se joignirent à lui. Leur entreprise échoua contre la vigilance du gouvernement ; après une procédure qui lit sensation, Babeuf se plongea un poignard dans la poitrine; les autres furent exécutés ou expulsés. La mémoire de Babeuf resta en honneur parmi ceux qui partageaient son opinion, et ses principes servent encore aujourd’hui de base aux efforts des communistes. — Le Directoire fut exposé à un plus grand danger de la part des royalistes , qui avaient fondé le club de Clichy. A l’expiration de la première année, lorsque, en vertu de la Constitution, on procéda à de nouvelles élections pour remplacer un tiers des conseillers , les royalistes parvinrent à introduire dans l’assemblée législative presque tous hommes de leur couleur. Parmi ceux-ci se trouvaient Picbegru qui, auparavant déjà, avait été, comme commandant en chef de l’armée du Rhin, en relation avec les émigrés et qui chercha, comme président du conseil des Cinq-Cents, à amener la restauration de la royauté. Les républicains du Directoire et des

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Chambres législatives s’en inquiétèrent. Ils tâchèrent d’abord de comprimer le mouvement avec le secours du brave Hoche (juillet 1797); mais l’ardeur du générai et leur propre indécision ayant fait avorter ce dessein, ils se tournèrent du côté de Bonaparte qui envoya à Paris une division de son armée sons le commandement du prudent Bernadotle et du sabreur Augereau, prétendument pour apporter les drapeaux conquis, mais en réalité pour servir les Directeurs contre les royalistes. Le 18 fructidor (4 septembre 1797), Augereau cerna les Tuileries avec ses troupes et s’empara des députés royalistes : onze membres du conseil des Anciens , quarante-deux du conseil des Cinq-Cents (entre autres Pichegru et Willot) et deux Directeurs (Barthélemy et Carnot, brouillé avec ses collègues et convaincu de la nécessité d’un changement de régime), furent condamnés à la déportation à La Guyane (Cayenne). Un décret, rédigé par le nouveau directeur Merlin cassa les élections royalistes, expulsa les émigrés qui étaient revenus et quelques parents de la maison royale, interdit une série de journaux en faveur de la royauté et en condamna les propriétaires, les rédacteurs et les collaborateurs à la déportation. Un nouveau serment de fidélité à la constitution en vigueur et au culte religieux devait prémunir le nouveau régime jacobin contre de nouvelles attaques. Depuis lors le sort des gouvernements fut décidé par les baïonnettes. Moreau, considéré comme confident des projets de Pichegru, fut écarté du service, malgré la lettre infâme dans laquelle il dénonçait toute la faute de son ami. Hoche se rendit à l’armée du Rhin où bientôt après il trouva une mort glorieuse (20 septembre 1797), Carnot échappa à la déportation en s’enfuyant en Allemagne et revint en France après le 18 brumaire.

Le Directoire se sentait si fort par la protection de Bonaparte que, quelque temps après, il cassa arbitrairement un certain nombre d’élections royalistes, ou, comme on disait, anarchistes; il fit poursuivre les royalistes et leurs amis par des tribunaux militaires et chercha à effrayer par des lois sévères les nobles et les émigrés rapatriés. Mais, en même temps, des mesures de rigueur furent prises aussi contre les

jacobins, qui levaient la tête plus hardiment. Pourtant, le Directoire manquait de force et de considération au dehors, d’estime et de confiance à l’intérieur. Le commerce, l’industrie et l’agriculture languissaient, de lourds impôts accablaient le peuple, et la dépréciation complète des assignats, dont l’émission avait été énorme, jetait le plus grand trouble dans les finances publiques aussi bien que dans les fortunes des particuliers. En vain l'on créa une nouvelle sorte de papier-monnaie, les mandats, avec lesquels on comptait dégager une partie des assignats pour déclarer ensuite les autres valables ; en vain on chercha à contenter les créanciers de l’Étal par les inscriptions et à les décider à de nouveaux prêts — la banqueroute enleva toute confiance au gouvernement. Les pertes des capitalistes furent incalculables. Pour couvrir les frais de la guerre et les autres dépenses, le Directoire établit dans les pays conquis un véritable système de pillage. Les Pays-Bas, la Suisse, et surtout les princes et les villes d’Italie furent rançonnés de la façon la plus impudente par les directeurs, leurs diplomates, leurs généraux et leurs commissaires. La force, la ruse, les menaces, tout était mis en usage. Le monde entier aspirait à être délivré de ce régime oppressif; mais le seul homme dont on pût attendre le salut, était parti après la fin de sa campagne d’Italie, pour ceindre son front de nouveaux lauriers. Au lieu de tenter un débarquement en Angleterre, comme chacun s’y attendait d’après les préparatifs de guerre qui avaient été faits dans les ports, Bonaparte s’embarqua pour l’Égypte avec une partie de son armée d’Italie, avec les généraux les plus distingués, les artistes et les savants les plus illustres (Monge, Bertholet, Comte). 11 avait conçu un vaste dessein : de l’Égypte, on pouvait dominer la Méditerranée où la France possédait déjà le protectorat des îles ioniennes depuis la paix de Campo-Formio, ébranler la domination des Turcs dans l’Asie Mineure et en Grèce et anéantir la puissance de l’Angleterre dans ses colonies. Aussi la nation britannique se disposa-t-elle à une nouvelle lutte à outrance et fit-elle les sacrifices d’argent les plus incroyables pour y entraîner les autres pays de l'Europe.

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§ 67. Le Directoire à l'étranger. Autant le Directoire était faible et incolore à l’intérieur, autant il se montrait arrogant, avide et tyrannique à l’étranger. Alors seulement, quand la révolution eut traversé la période des convulsions de partis et se trouva à la tête d’une forte organisation militaire, se présenta le danger que la vieille Europe avait déjà redouté en 1791 et 1792 : sa force envahissante, secondée par une propagande politique, se tourna vers l’extérieur et commença à ébranler de fond en comble le régime féodal et monarchique, d’abord dans les pays voisins de la France. Dans l’hiver de 1797, des mouvements républicains se produisirent à Rome et dans d’autres parties des États de l’Église ; ils étaient provoqués par l’oppression du gouvernement papal non moins que par les influences françaises. Leur compression coûta la vie au général Duphot, ce qui fournit au gouvernement français l’occasion de faire entrer Berthier à Rome avec une armée. Un arbre de liberté fut planté dans le Forum ; le pouvoir temporel fut enlevé au pape (10 février 1798) et transféré à un gouvernement républicain composé de consuls, de sénateurs et de tribuns (15 février). Puis les nouveaux libérateurs, et surtout l’inflexible Masséna, imposèrent à la ville de rudes contributions de guerre, pillèrent les églises et les palais et emportèrent les chefs-d’œuvre de l’art, comme trophées, à Paris. Le peuple s’étant mis en devoir de se débarrasser de la liberté qui lui était imposée, le vieux pape Pie VI fut emmené en France et les cardinaux rudement persécutés. Pie VI mourut à Valence, le 29 août 1799; quelques jours

après sa mort, le gouvernement républicain fut renversé et Pie VII put reprendre possession du Vatican. — Gênes reçut également une constitution démocratique, et resta, comme République ligurienne, sous l’influence de la France, jusqu’à ce qu’elle fût complètement réunie à ce dernier pays (1805). Lucques perdit son riche trésor avec sa constitution aristocratique, et lorsque le roi de Sardaigne eut à son tour signé l’acte de renonciation au Piémont, et que Naples, après avoir été vaincue par les armes françaises, fut devenue la République parthénopéenne sous les ordres du Directoire, la France fut à la veille de faire passer sous sa domination toute la belle péninsule que tant de monarques français avaient convoitée.

A Naples, le lâche roi Ferdinand IV ne s’occupait que de pêche et de chasse et vivait parmi les lazzaroni de sa capitale, tandis que son orgueilleuse épouse Caroline, fille de Marie- Thérèse, dirigeait les affaires publiques et se laissait conduire entièrement par l’ambassadeur d’Angleterre et sa maîtresse lady namilton. La reine, qui haïssait les républicains régicides, accueillit avec la joie la plus vive la nouvelle d’une nouvelle ligue contre la France et en même temps le désastre de la flotte française qui avait été en partie détruite, en partie capturée par Nelson à Aboukir sur les côtes d’Égypte. Dans son ivresse, Caroline n’attendit même pas que les puissances alliées eussent déclaré la guerre à la France pour décider son mari à faire une levée en masse et à entrer dans les États de l’Église avec une nombreuse armée mal disciplinée et commandée par l’inhabile général autrichien Mack. Rome fut occupée (23 novembre 1798) et aussi mal traitée par les soldats napolitains qu’elle l’avait été

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auparavant par les soldats français. Cependant, quelques jours après, les troupes républicaines qui avaient été refoulées s’avancèrent de nouveau sous les ordres de Cbampionnet, battirent les Napolitains, s’emparèrent de Rome et pénétrèrent sur le territoire de leurs ennemis. La cour déconcertée s’enfuit en Sicile, fît incendier sa propre flotte (21 décembre), et livra aux vainqueurs la capitale et tout le pays. Mack et le gouverneur royal partagèrent la perplexité de leurs maîtres. Us conclurent un traité en vertu duquel ils promettaient de livrer les fortifications aux Français et de payer une somme considérable ; ce qui rendit furieux le peuple de la ville et de la campagne, conduit par le ' clergé. Des troupes de lazzaroni, de paysans et de galériens s’emparèrent de Naples et y répandirent une telle épouvante que le gouverneur s’enfuit en Sicile, tandis que Mack, qui avait cherché un réfuge auprès des Français, était emmené à Paris comme prisonnier de guerre. Championnet entra alors sur des monceaux de cadavres dans la capitale opiniâtrement défendue (21-23 janvier 1799), et, après l’avoir conquise, érigea, de concert avec les républicains indigènes qui appartenaient aux classes éclairées, la république parthénopéenne avec un gouvernement directorial. Tous les Napolitains intelligents et patriotiques se réjouirent d’être débarrassés du despotisme monarchique et clérical, et se rallièrent aux étrangers. Championnet froissa le Directoire en voulant protéger la nouvelle république contre l’avidité de ses envoyés; c’est pourquoi il dut céder le commandement en chef à Macdonald ; il fut rappelé et emprisonné.

Vers le même temps, la constitution de la Suisse fut modifiée. Depuis longtemps le gouvernement des cantons distincts était entre les mains de quelques familles patriciennes qui interdisaient toute participation aux affaires non seulement a leurs concitoyens des chefs-lieux mais aussi aux habitants de la campagne. C’est à Berne que ce régime était le plus oppressif : quelques conseillers, choisis dans certaines familles déterminées

y dominaient tout le canton ainsi que le pays de Vaud soumis depuis 1536 et l’Argovie. Les Vaudois cherchèrent avec l’aide des Français dont ils se rapprochaient par la langue et par les sentiments, à se soustraire à l’oppression étrangère. Des mouvements démocratiques, entretenus par la France, éclatèrent enfin en un soulèvement contre les aristocrates de Berne. Menacés par les Bernois, les Vaudois réclamèrent l’appui de la France qui saisit ce prétexte d’intervention (février 1798) dans l’espoir de profiter des circonstances pour obtenir les sommes nécessaires à la campagne d’Égypte. Avec le concours d’une armée française, Vaud s’affranchit de la domination de Berne après quelques combats insignifiants. Mais comme quelques Français avaient péri, le général Brune tira parti de l’occasion pour occuper Berne, pour 3 ’emparer du riche trésor et de l’arsenal et pour extorquer, au moyen de contributions de guerre et de pillages, de grosses sommes d’argent au pays dont on avait d’ailleurs à se plaindre à cause de la tolérance qu’il montrait envers les émigrés. Les divisions et les haines de parti provoquèrent également des mouvements populaires à Bâle et dans d’autre3 cantons et amenèrent à maturité le projet conçu par le Directoire d’introduire en Suisse un régime analogue à celui de la France.

La confédération suisse fut déclarée dissoute et remplacée par la république helvétique une et indivisible (29 mars), avec cinq directeurs (parmi lesquels se trouvaient les auteurs de la révolution, Oclis, de Bâle, et Laharpe, de Vaud), et deux conseils législatifs, élus par tout le peuple dans des assemblées primaires. Genève fut annexée au territoire français; Zurich, Lucerne et d’autres localités furent pillées et pressurées. En vain les populations catholiques du lac des Quatre Cantons, à l’instiga-

Digitizec

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tion de leurs prêtres , se révoltèrent contre cette détermination et recoururent aux armes ; après une vive résistance et beaucoup de combats sanglants, elles furent vaincues et obligées d’accéder à la résolution des autres.

§ 68. La nouvelle guerre de la coalition (1798-99). Le succès des armes françaises et l’arrogance des républicains qui cherchaient dans tous les pays à renverser l’ancien ordre de choses et à établir de nouvelles constitutions , engagèrent la plupart des puissances européennes à former pour la seconde fois une vaste ligue.

L’Autriche était inquiète du cOté de l’Italie, et depuis longtemps elle était en mésintelligence avec le Directoire, irrité de ce qu’à Vienne, dans une fête populaire (13 avril 1798) le domicile de l’envoyé français Bcrnadotte eût été assiégé et le drapeau tricolore, qu’il avait arboré par bravade, arraché et brûlé, sans que le gouvernement autrichien eût accordé la satisfaction demandée. — L’expédition d’Égypte portait ombrage à l’Angleterre qui, menacée dans ses possessions lointaines, répandait l'or à pleines mains pour susciter de nouveaux ennemis à la France. Elle avait, en outre, des sujets de colère, parce que le Directoire entretenait la fermentation de l’Irlande qu’il cherchait à soulever par la promesse d’une intervention armée. Les Irlandais, poussés au désespoir par l’administration impitoyable de l’Angleterre, se révoltèrent en comptant sur l'appui de la France; mais, malgré l’assistance du brave général Humbert, ils ne purent résister aux troupes anglaises habilement commandées par Cornwallis. Après une sanglante guerre civile, la révolte fut comprimée ; Humbert qui n’avait que peu de troupes fut réduit à capituler, et tout le pays fut placé sous la loi martiale. Wolf Toun, spirituel écrivain politique et principal auteur de l'alliance avec la France,

fut condamné à mort par un conseil de guerre. Napper Tandy qui partageait ses opinions, s’enfuit à Hambourg, mais il fut livré plus tard par le sénat de cette ville. L’union de l’Irlande avec l’Angleterre pour l’administration et la législation fut la dernière mesure prise pour soumettre ce pays turbulent (juillet 1800). — En Russie, régnait depuis 1796 le fils unique de Catherine, le misanthrope et soupçonneux Paul qui nourrissait la haine la plus vive contre les principes de la révolution, menaçants pour le droit divin de l’autocratie; il poussait si loin son amour du passé, qu’à l’instar de la reine Caroline de Naples, il défendit sévèrement les costumes à la mode, comme des produits de la révolution. Grand admirateur de l’ordre de Malte dont il se fit nommer grand-maître, quoi qu’il appartînt à une autre Église, il. vit dans la prise de Malte par Napoléon une raisoa de guerre suffisante. Avec une ardeur chevaleresque, il commença la lutte pour la légitimité renversée et pour le rétablissement de l’ancien régime. — Le sultan même se joignit à la coalition, lorsque, de l’Égypte et de la Syrie, les hardis républicains menacèrent l’empire ottoman.— La'Prusse seule où Frédéric-Guillaume III , prince doué de toutes les vertus domestiques, était monté sur le trône le 16 novembre 1797 et vivait dans une simplicité bourgeoisie avec sa belle et vertueuse épouse Louise, resta neutre, malgré les efforts de la Russie et de l’Angleterre pour obtenir son accession.

La prise d’Ehrenbreitstein , dont la vaillante garnison fut, en pleine paix, assiégée par les Français et réduite par la-famine à se rendre (24 janvier4799), rouvrit les hostilités qui ne tardèrent pas à tourner contre la France. En Allemagne, Jourdan fut battu par l’archiduc Charles à Osterach et à Stockach (24-25 mars) et obligé de repasser le Rhin. Les envoyés français (Roberjot, Ronnier et Jean Debry) qui jusque-là avaient dirigé à Rastadt les négociations de la paix et s’étaient fait généralement détes-

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ter par leur insolence, se décidèrent alors ù se faire donner des passeports pour rentrer dans leur pays. Mais à peine avaient-ils quitté la ville à l’approche de la nuit (28 avril), qu’ils furent assaillis contre tout droit des gens par des hussards envoyés pour les assassiner; leurs papiers leur furent enlevés et ils furent tellement maltraités que deux d’entre eux moururent aussitôt; Jean Debry seul, grièvement blessé, parvint à se sauver en se traînant dans un fossé. Cet horrible attentat, dont les fils secrets se perdaient dans le cabinet de Vienne et dont les auteurs manifestes restèrent impunis et honorés en Autriche, excita une horreur générale et fut exploité par le Directoire pour pousser le peuple à la vengeance. — Les choses allèrent plus mal encore en Italie. Tandis que Napoléon se trouvait dans les sables brûlants de l’Égypte avec 40,000 hommes de troupes d’élite, ses créations d’Italie étaient détruites par les Russes sous les ordres de l’illustre Souwaroff. Ennemi aussi ardent que son maître de la révolution, Souwarolï s’entendait à surexciter le fanatisme religieux et national des masses. Il pouvait demander l’impossible à des soldats possédés de la superstition que la victoire était attachée à ses drapeaux. En quelques semaines, les Russes et les Autrichiens commandés par Kray conquirent la république cisalpine, après que le ministre de la guerre Scherer eut été vaincu à Magnano, au sud de Vérone, Moreau à Cassano et Macdonald, appelé de Naples, sur la Trebbia, célèbre par la victoire d’Annibal. La sanglante défaite des Français à la bataille de Novi (15 août) où le jeune

général Joubert, choisi par le Directoire méfiant comme rival et adversaire futur de Napoléon, mourut en héros, acheva pour la France la perte de l’Italie. La république cisalpine fut complètement dissoute; tous ceux qui se rattachaient au nouveau régime prirent la fuite. La France était dans une triste situation; mais les divisions des alliés la préservèrent d’autres désastres.

- La république parthénopéenne à son tour s’écroula promptement, lorsque, après le départ des Français, l’affreux cardinal Ruffo assiéga la ville avec des bandes de paysans calabrais et de lazzaroni furibonds (13 juin). Les généreux républicains résistèrent longtemps avec héroïsme et conclurent enfin, grâce à une médiation étrangère, un traité qui leur garantissait la sécurité et la liberté de partir. Mais à peine la famille royale était-elle revenue de Sicile avec le concours de Nelson, qu’en vertu du principe qu’on n’est tenu à rien envers des rebelles, des persécutions sanglantes furent dirigées non seulement contre les fondateurs de la république, mais contre toutes les personnes riches et instruites. Le vainqueur d’Aboukir, séduit par les charmes de lady Hamilton déjà sur son déclin, souilla sa gloire par l’appui qu'il prêta à la reine vindicative et à son entourage. Le gouvernement et le clergé commirent des attentats qui faisaient pâlir les scènes lugubres de la Terreur. Aux pillages et aux meurtres des lazzaroni succéda la besogne des juges sanguinaires, des bourreaux et des geôliers. La persécution atteignit tous les partisans et les promoteurs des institutions républicaines : plus de quatre mille personnes des deux sexes (entre autres Pagano, Cirillo, Éléonore Caraffa, Fonseca) moururent sur l’échafaud ou dans des cachots infects. Le patriotisme, l’amour de la liberté, l’enthousiasme pour la dignité humaine, le désir de tirer le peuple de son ignorance et de son abrutissement étaient autant de crimes qui méritaient la mort ; heureux les fugitifs qui arrivaient en mendiant à l’étranger !

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Le vieux prince Caracciolo, ancien confident de Ferdinand et ami de Nelson, fut attaché à une vergue et ensuite livré aux (lots. Lorsque le roi revint de Sicile, comme il se trouvait à l’avant du navire, il vil flotter un cadavre sur l’eau ; une vague souleva la partie antérieure du corps cl Ferdinand reconnut son ancien ami. Il cria à haute voix: Caracciolo! Mais cette impression fut passagère; le roi demeura tel qu’il avait été depuis son enfance. — La chute de la république parthénopéenne fut bientôt suivie de celle de la république romaine.

Les Français s’affermirent davantage en Suisse. Dès le mois de mars, leur énergie et leur célérité leur valurent une série de brillants succès; ils s’ouvrirent l’accès duTyrol occidental et firent une riche moisson de trophées et de prisonniers. Masséna combattit avec avantage le feld-maréchal de l’empire Hotze, d’origine suisse, qui s’était distingué au service de la Russie et de l’Autriche, tandis que Lecourbe gravissait le mont Saint-Bernard et prenait l’Engadine et que Dessoles envahissait le territoire de l'Autriche. Lors même que les Autrichiens réunirent leurs forces sous le commandement de l’archiduc Charles et, aux mois de mai et de juin, attaquèrent l’armée de Masséna dans une suite de rencontres que l’on désigne comme la première bataille de Zurich et l’obligèrent ii battre en retraite, les Français se maintinrent sur le lac des Quatre Cantons. La situation de Masséna devint plus précaire, lorsque Souwaroff reçut l’ordre d’interrompre sa course triomphale en Italie et d’opérer sa jonction en Suisse avec les Autrichiens et une seconde armée russe sous les ordres de Korsakoff. Souwaroff franchit les

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Alpes avec une hardiesse surprenante, pour débusquer les Français de leur position de Zurich. Dans cette campagne, les années russes eurent à lutter contre des difficultés et des dangers qui surpassèrent même les souffrances de l’armée française en Égypte et en Syrie : elles campèrent et livrèrent des batailles sur des hauteurs qui n’avaient été accessibles jusquelà qu’au voyageur isolé. Malgré tous leurs efforts, elles ne parvinrent pas à expulser les Français de la Suisse. Avant leur jonction avec les troupes amies , les Autrichiens et les Russes, en discorde, avaient succombé sous les coups des Français dans la seconde bataille de Zurich (26-27 septembre 1799), et le brave Hotze était tombé dans un engagement de tirailleurs. A la prise de Zurich, le pasteur Lavater fut blessé mortellement par un soldat français. Souwaroff, complètement en désaccord avec les généraux impériaux et avec le cabinet de Vienne, ramena, en décembre, le reste de son armée en Russie où il mourut quelques mois après ( 18 mai 1800) du chagrin que lui causa la disgrâce imméritée de son empereur. Kutaissow, autrefois valet de chambre, puis confident de Paul, avait été traité avec mépris par le général dans une salutation, et, pour s’en venger, il avait rapporté à son maître que quelques détails de service que celui-ci avait ordonnés, n’avaient pas été observés pendant la campagne d’Italie.

Si les Autrichiens avaient, par leurs mesures déraisonnables, par leur envie et leur avidité, entravé les progrès des armes russes en Italie et en Suisse,

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les Anglais de leur côté prouvèrent, quand l’incapable duc d’York, de concert avec les Russes, voulut chasser les Français de la Hollande et rétablir le stadhouder, qu’eux aussi n’avaient d’autre mobile que l’égoïsme. Après que le général en chef eut sacrifié les Russes, il acheta le retour pour lui et les siens au prix d'une honteuse capitulation (18 octobre 1799). Celte conduite indigne aigrit tellement l’empereur Paul contre la coalition, qu’il se retira de mauvaise humeur et bientôt se joignit à Bonaparte dont la discipline sévère excita bientôt son admiration.

§ 69. Bonaparte en Égypte et en Syrie. Pendant ces événements, Napoléon conduisait sa vaillante armée d’Alexandrie au Caire, à travers le désert d’Égypte. Sous un ciel de feu, sans eau ni provisions suffisantes, l’armée eut à souffrir des maux indicibles. Dans la bataille des Pyramides (21 juillet 1798) « du haut desquelles quarante siècles contemplaient les soldats français, » les Mamelouks qui dominaient alors l’Égypte sous la suzeraineté de la Porte, furent vaincus. Napoléon entra au Caire et, ayant perdu l’espoir d’un retour prochain après la prise de la flotte française par Nelson à Aboukir (1 et 2 août 1798), il institua une nouvelle administration, une police et un système d’impôts h la façon européenne, tandis que les artistes et les savants qui avaient suivi l’armée étudiaient et décrivaient les curiosités de la nature et de l’art dans ce pays de merveilles. Malgré les ménagements que Bonaparte et ses soldats gardaient envers les rites des mahométans, et le

respect apparent qu’ils professaient pour leurs prêtres, leurs mosquées et leurs cérémonies, le fanatisme s’enflamma dans l’âme des musulmans et leur lit détester la domination des chrétiens. Lorsque, en vertu du nouveau système financier européen, des contributions de guerre et des impôts furent réclamés, et quand la Porte, qui ne se laissait pas abuser par les démonstrations d’amitié et de dévoûment de Napdléon, appela les musulmans d’Égypte et de Syrie au combat contre les chrétiens, une révolte terrible éclata au Caire (21 octobre); elle ne fut comprimée qu’avec peine par la supériorité de la stratégie européenne, après que 6,000 mahométans eurent été tués. Napoléon tira parti de sa victoire pour commettre des exactions ; puis il partit pour la Syrie (1799) afin d’empêcher les troupes envoyées par la Porte de pénétrer en Égypte. Après avoir vaincu les mamelouks à El Arish, il conquit Jaffa (20 février) où il lit fusiller, comme parjures, 2,000 vaillants Arnautes qui avaient été faits prisonniers antérieurement et relâchés à la condition de ne plus servir contre la France, condition qui ne fut pas remplie; il mit ensuite le siège devant Saint-Jean-d’Acre (20 mars). Ici la fortune de Napoléon subit le premier revers. Les Turcs, pourvus d’artillerie de siège par le commodore Sidney Smith, repoussèrent tous les assauts des Français qui firent en cette circonstance des prodiges de valeur. En même temps, une armée turque menaçait les guerriers européens dans l’intérieur du pays. Eile fut à la vérité vaincue et dispersée par Junot à Nazareth, et par Kléber au Tabor; mais

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pourtant Bonaparte se vit contraint, quand la peste commença à se répandre parmi ses troupes, d’abandonner Saint-Jean-d’Àcre et de battre en retraite. Tous les chevaux étaient chargés de malades; les soldats souffraient de la plus affreuse disette ; Napoléon partageait toutes leurs peines; il visita môme un hôpital plein de pestiférés. Au mois de juin, il rentra au Caire et dès le mois suivant (25 juillet) il battit, à Aboukir, une armée turque trois fois plus nombreuse que la sienne, et releva par cette victoire, qui est l’une de ses actions d’éclat, le courage chancelant des soldats. Bientôt après il apprit, par quelques journaux que Sidney Smith lui avait envoyés avec une joie maligne, les désastres subis par les Français en Italie; il en reçut une si forte impression que la résolution de retourner en France mûrit promptement dans son esprit. Il prépara secrètement son départ avec la plus grande célérité. Après avoir transféré le commandement en chef de l’armée d’Égypte à Kléber, sous les ordres duquel se trouvaient Desaix, qui, dans le commandement de la haute Égypte, avait été surnommé par les indigènes le « sultan juste » et Menou, qui s’était converti à l’islamisme, Napoléon, avec une escorte d’environ 500 hommes, parmi lesquels on comptait Murat, Marmont, Duroc, Berthicr, Lannes, le secrétaire Bourienne, les savants Monge et Bertholet, partit du port d’Alexandrie (24 août 1799) et, conduit par son étoile, atteignit, sans avoir été découvert par les Anglais, les côtes de France où il débarqua è Fréjus au milieu des acclamations du peuple (9 octobre).

§ 70. Le 18 brumaire. Le Directoire avait perdu toute considération. Les directeurs, au sein desquels Sieyès avait remplacé le républicain Reubel , étaient en dissentiment avec l'Assemblée législative des Cinq -Cents, les malheurs de la guerre, les lois d’impôt, les restrictions à la liberté de la presse par l’oppression des journaux servaient de prétextes à l’opposition, dont le chef était Lucien Bonaparte, frère de Napoléon, pour attaquer le gouvernement. L'exclusion violente du brave La Reveiltère-Lepcaux et de deux de ses collègues par la « Révolution du 30 prairial » (18 juin) et leur remplacement par deux hommes sans consistance augmentèrent le mécontentement général. Les royalistes s'agitaient dans les provinces; à Paris, les jacobins tenaient des réunions dans le Manège et ressuscitaient l’ancien club sous d’autres formes. Ils avaient pour adhérents les généraux Augereau, Bernadette et Jourdan ; celui-ci avait favorisé l’organisation militaire de la France en établissant, comme membre des Cinq-Cents, la conscription qui s’introduisit plus tard dans d’autres États. Les revers d’Italie étaient attribués à l’absence de Bonaparte que le Directoire avait « déporté » par envie. Le gouvernement n’avait d’amis nulle part et chacun était convaincu de la nécessité d'un changement de constitution, lorsque la nouvelle du débarquement de Napoléon fit tourner tous les regards vers lui. Son entreprise hasardeuse accrut l’admiration du peuple pour le nouveau César. Bientôt après son arrivée à Paris, Bonaparte, de concert avec Sieyès et avec son frère Lucien, élu président des Cinq-Cents, prit la résolution de renverser le Directoire. A cet elTet, il s’assura des troupes et des officiers présents à Paris et fit transférer par Lucien les séances des conseils à Saint-Cloud, afin de mettre les membres de la Législature au pouvoir des soldats. Lù, il chercha d’abord à gagner par la persuasion les députés à ses idées; comme il n’y parvenait point, et que l’assemblée des Cinq-Cents l’accablait de reproches et de menaces, il donna à ses grenadiers l’ordre de faire évacuer la salle. Les républicains tinrent courageusement tête au danger ; mais ils durent enfin céder au nombre et se sauver par les portes et par les fenêtres; les plus mutins furent em-

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