‹ Histoire moderne (volume 3)Chapitre 9 sur 10 · II · texte numérisé non relu

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qui, alliée de la France depuis l’avénement de Charles III» le fut encore davantage par la ligue de famille que Choiseul conclut bientôt après entre toutes les cours bourbonniennes (15 août 1761). Mais Frédéric tint tête courageusement et résolûment à tous les dangers. Tandis que le prince Henri défendait avec habileté et succès la Saxe contre Daun, Ferdinand de Brunswick et son neveu du même nom empêchaient, à l'ouest de T Allemagne, les Français indisciplinés de pénétrer plus avant; Frédéric luimême chercha à chasser les Autrichiens de la Silésie et à prévenir leur jonction avec les Russes. Cette dernière tentative échoua, à la vérité; mais la jalousie que la gloire de Laudon causait au général russe empêcha, après leur réunion, toute entreprise en commun. En revanche, Laudon, après l'assaut de la forteresse de Schweidnitz, se rendit maître de la haute Silésie, et les Russes conquirent Kolberg et une partie de la Poméranie. Le désespoir et la tristesse de Frédéric se trahirent dans ses lettres à ses amis et dans ses poésies* La Silésie semblait devoir appartenir à l’Autriche, et la Prusse à la Russie.

§ 111* Revirement et conclusim de la paix (1762 et 1763). Au moment où l’embarras de Frédéric était à son comble, l’impératrice Élisabeth mourut (5 janvier 1762), et son neveu Pierre III, le plus grand admirateur du roi de Prusse, monta sur le trône. Ce changement de règne amena sur-le-champ un revirement de situation* Pierre, souverain débonnaire, mais inconsidéré, poussait si loin son enthousiasme pour Frédéric, qu’il portait un uniforme prussien ; il

mit aussitôt les prisonniers de guerre en liberté, et, dans une paix conclue en hâte, non seulement il restitua tout ce qui avait été conquis, mais il conclut avec Frédéric une alliance offensive et défensive (15 mai 1762) par suite de laquelle une armée russe se joignit aux Prussiens. La Suède aussi refusa sa participation à une guerre qui ne pouvait rapporter au pays ni honneur ni profit. A la vérité, Pierre III qui, malgré les sages avertissements de Frédéric, avait excité les Russes contre lui par la transformation du système militaire de l’empire selon le mode prussien, et par d’imprudentes innovations dans l’État et dans l’Église, fut assassiné par quelques nobles (Orloff), après six mois de règne, à l’instigation ou du moins au su de son épouse Catherine, princesse d’Anhalt, que Pierre maltraitait à cause de sa mauvaise conduite (14 juillet 1762); mais Catherine II, qui s’empara du pouvoir au nom de son fils Paul, confirma la paix conclue. Par contre, elle rompit l’alliance avec Frédéric et rappela ses troupes. Seulement, avant son départ, le général russe, dévoué au roi de Prusse, l’aida encore à gagner contre Daun la bataille de Bukersdorf; Frédéric reconquit alors, mais non sans peine, Schweidnitz et la majeure partie de la Silésie, tandis que le prince Henri, Seydlitz, Kleist et d’autres purgeaient la Saxe des troupes impériales et que le prince Ferdinand de Brunswick, après la prise de Cassel, refoulait les Français au delà du Rhin. Le peuple allemand, dont le territoire avait été dévasté, l’industrie et l’agriculture ruinées, demanda la paix à grands cris. Lorsque le colonel

Kleist parcourut la Franconie, incendia Bamberg et Nuremberg et menaça Ratisbonne, les princes allemands furent saisis d’effroi et renoncèrent presque tous à la ligue contre Frédéric. L’Autriche même était épuisée par cette longue guerre; aussi Marie- Thérèse ne résista pas plus longtemps au vœu général. Un armistice conclu entre la Prusse, la France et l’Autriche (6 novembre), fut employé à des négociations qui amenèrent, au commencement de l’année suivante, la paix de Paris et, quelques jours après, la paix d’Hubertsbourg (21 février 1763), qui garantissait au roi de Prusse la possession de la Silésie en retour de la restitution de toutes les autres conquêtes. Depuis lors, la Prusse prit rang parmi les cinq grandes puissances européennes.

Cependant, la France luttait contre l’Angleterre en Amérique et en Europe. Lorsque nie de Minorque, cédée à l’Angleterre par la paix d’Utrecht , fut conquise par le duc de Richelieu (juin 1756) et qu’en Amérique aussi, les troupes de l’Angleterre, composées de Hanovriens et des üessois achetés, combattirent avec peu de succès, la nation manifesta son mécontentement d’une façon si ouverte, que le ministère résolut d’apaiser le peuple par un sacrifice. Il rejeta la faute de la perte de Minorque sur la conduite lâche et inepte de l’amiral Byng, le fit condamner par un conseil de guerre et fusiller au mât de son navire. — Mais ce fut seulement quand William Püt arriva aux affaires (1759) que les choses prirent une autre tournure. Des généraux anglais conquirent Québec où le général vainqueur Wolf mourut héroïquement, et occupèrent le Canada; des amiraux anglais battirent les flottes françaises et entravèrent l’exportation’vers l’Amérique. Comme l’Espagne, étroitement liée à la France depuis le pacte de famille de 1761 , prenait aussi part à la guerre, beaucoup dlles des Jndes occi-

LE NORD ET l’eST DE L’EUROPE.

dentales lui furent enlevées par l’Angleterre. Mais Pitt fut écarté par l’influence de lord Bute; le ministère anglais rompit le traité avec la Prusse et entra ensuite en négociations avec la France et l’Espagne. Dans la paix de Paris (1763), l’Angleterre fut largement indemnisée en obtenant le Canada et la Floride (en retour la Louisiane fut cédée par la France à l'Espagne), ainsi que l’île de Grenade; sa puissance navale s’était augmentée, mais en même temps sa dette s’était accrue. .

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