FAMILLE DE BOURBON
Louis XV
Louis XVI marié' à
Mario- Antoinette f 1793
Louis XVIII Charles X
(c“ de Provence) (c” d’Artois)
Louis XVII (Dauphin)
Marie Duc Duc
Thérèse mane,! au it’Angonlème de Herry
1 1831 1 1844 assassiné en I8Î0
Henri V duc de Bordeaux corate de Chambord
§ 103. Abdication de Napoléon. Cependant, Napoléon résidait à Fontainebleau avec sa garde et ses fidèles dont le nombre diminuait de jour en jour. Il restait indécis et passait d’un projet à un autre, jusqu’à ce que la nouvelle défection de Marmont le décida à renoncer au trône en faveur de son fils (4 avril 1814). Mais cette renonciation conditionnelle ne fut pas acceptée par les puissances alliées. Napoléon ne pouvait continuer la lutte; ses amis les plus proches, Berthier, Ney, Oudinot, l’abandonnaient pour se tourner vers le soleil levant. Il signa alors l’acte de renonciation absolue (7 avril 1814), tel que les alliés l’avaient élaboré. On lui donna en propriété l’île d’Elbe avec un revenu annuel de deux millions de francs, etl’autorisation d’avoir auprès de lui 4,000 hommes de sa fidèle garde. L’impératrice reçut le duché de Parme avec droit d’hérédité pour son fils (duc de Reichstadt f 1832); Joséphine, qui mourut quelques semaines plus tard, et tous les
DISSOLUTION DE L’EMPIRE
membres de la famille Bonaparte obtinrent de riches dotations et des titres princiers. Eugène devint duc de Leuchtenberg et reçut Eichstædt en Bavière.
Le 20 avril, Napoléon fit ranger les grenadiers de sa garde dans la cour du château de Fontainebleau et leur fit des adieux déchirants. Puis il se dirigea vers le midi, poursuivi par les injures et les malédictions du même peuple qui devait l’accueillir l’année suivante par des transports de joie et des acclamations. Le 4 mai, il aborda à l’île d’Elbe sur un navire anglais. Parmi les généraux qui lui restèrent fidèles même après que la fortune l’eut trahi, Bertrand et Macdonald méritent surtout d’être cités. Macdonald, dont Napoléon ne connut la valeur que tardivement, est l’un des plus nobles caractères de cette époque agitée où plus d’un croyait effacer d’anciens péchés en donnant un coup de pied au lion mourant.
Bientôt après (30 mai), fut conclu au. milieu de l’enthousiasme des peuples fatigués de la guerre, le premier traité de Paris par lequel Louis XVIII fut proclamé roi, la France reçut une nouvelle constitution et rentra dans ses limites de 1792, avec la plupart des colonies dont l’Angleterre, le Portugal et la Suède s’étaient emparés. Les armées étrangères quittèrent le sol de la France, pendant que l’empereur de Russie et le roi de Prusse allaient rendre visite à leurs alliés à Londres ; le Congrès de Vienne devait assurer le nouvel ordre de choses en Europe. Mais le destin de Napoléon n’était pas encore accompli.
§ 104. Le congrès de Vienne. Les empereurs et le rois, les princes et les hommes d’État les plus distingués de tous les pays se réunirent à Vienne. Les ambassadeurs et les ministres étaient : pour le pape, le cardinal Consalvi; pour l’Autriche, Melternich (et Gentz comme secrétaire) ; pour laRussie, Rasumowski, Stackelberg, Capodistria et Nesselrode; pour la Grande Bretagne, Castlereagh et Wellington; pour la Prusse, le* prince Hardenberg et Guillaume de Humboldt; pour la France, Talleyrand et Dalberg; pour le Nassau, de Gagern ; pour le Hanovre, le comte Munster; pour la Saxe, le comte de Schulenbourg; pour la Bavière, le prince Wrede et Recliberg; pour le Wurtemberg, Winzingerode, etc. Le baron de Stem, puissant par ses qualités personnelles autant que par la faveur et la confiance d’Alexandre, exerça une influence considérable, quoiqu’il ne fût accrédité comme le représentant d’aucun gouvernement. La magnificence de l’Europe entière se montra dans tout son éclat. Le vieux prince de Ligne divertissait tout le monde par son esprit et ses saillies, et les fêtes, les bals, les banquets et les réjouissances de toute espèce n’avaient pas de fin. La restauration des dynasties légitimes sur le trône et la suppression des constitutions républicaines furent les deux principes sur lesquels on tomba vite d’accord. On eut plus de peine à résoudre la question de savoir ce qu’on ferait des pays conquis sur les Français et leursalliés et placés sous une administration provisoire, et comment on réglerait les indemnités des puissances belligérantes.
DISSOLUTION DE LEMl’IRE.
L’égoïsme et la cupidité rendaient la conciliation difficile : bientôt les cinq grandes puissances se trouvèrent en état d’hostilité les unes à l’égard des autres, parce que l’Angleterre, la France et l’Autriche s’opposaient à la réunion de la Saxe à la monarchie prussienne, selon les prétentions de la cour de Berlin, et à l’annexion parla Russie de tout le royaume de Pologne. Metternich semait adroitement des germes de division pour traverser les projets d’agrandissement de la Prusse, et Talleyrand tirait habilement parti des dissensions et de la confusion générale au profit de la France et des Bourbons. Déjà la discorde menaçait de ramener la guerre et les troupes avaient déjà été rappelées sous les drapeaux, lorsque la nouvelle inattendue du débarquement de Napoléon à Cannes (1 er mai 1815) opéra promptement la réconciliation des princes. Ils répondirent à ses propositions et à ses assurances de paix par la proscription du perturbateur et par la levée d’une armée innombrable pour le maintien de traité de Paris.
§ 105. Création du Congrès de Vienne. Les dispositions suivantes furent prises, d’après le principe de la légitimité et la préférence accordée à la constitution monarchique sur la république ou l’empire électif : I) L’Autriche récupérait (de la Russie) la Gallioic orientale, (de la Bavière! le Tyrol etSaizbourg, et, comme compensation pour la Belgique et l’Autriche antérieure, le royaume lombardo-vénitien , la Dalmatic et Parme en expectative ; territoires qui, avec les autres éléments de la monarchie autrichienne et les provinces illyriennes reconquises par la France et érigées en royaume d’illyrie, formaient une unité géographique. L’acquisition de la Valteline T. iv. 3
servait de trait d’union entre les pays italiens et le territoire allemand. Ainsi l’Autriche montrait une fois de plus son ancienne adresse à sortir plus forte de ses défaites. 2) Pour avoir une barrière puissante au nord de la France, on résolut de réunir toutes les provinces néerlandaises en un royaume des Pays-Bas, et l’on choisit pour roi Guillaume d’Orange, à qui l'on attribua aussi le duché de Luxembourg qui appartenait à la Confédération germanique. Mais les principales colonies des Hollandais à la Guyane, les comptoirs de l’Inde, Ceylan et le Cap restèrent aux Anglais. 3) En Italie, les princes qui avaient été dépouillés par Napoléon restèrent dans leurs anciennes possessions : a) Le royaume de Sardaigne, qui fut restitué à Victor-Emmanuel, reçut une extension de territoire par l’incorporation de la république de Gênes, et, lors du second traité de Paris, par la restitution de la partie de la Savoie laissée d’abord 1 la FïAftCfi.,. contre laquelle on forma ainsi un puissant État. Pour la perte dê sa constitution républicaine qui lui avait d’abord été garantie par la Grarïàft-Jlretagne, Gênes reçut certains privilèges qui étaient loin cepenrî&ul de compenser son indépendance et sa liberté détruites. DURS, une émouvante proclamation, le gouvernement provisoire instiraé. par lord Bentinck annonça sa dissolution au mois de janvier 1813. 6) Le duché de Modône et le grand-duché de Toscane furent conférés à des membres de la maison d’Autriche qui obtint ainsi la prépondérance en Italie. Modcno échut au duc absolutiste François IV, petit-fils d’Hercule d’Este qui avait été chassé, la Toscane au grand-duc Ferdinand, frère de l’empereur François, c ) Lucques fut abandonné, en remplacement du duché de Parme cédé à Marie-Louise, épouse de Napoléon, au prince Bourbon-Espagnol à qui un traité postérieur assura aussi l’expectative de Parme, cl) Les États de l’Église, où le pape Pie VII retourna en sortant de sa prison, furent rétablis dans leurs anciennes limites. « L’Autriche, dit Perl/ dans la Vie de Slein, aurait volontiers gardé les légations; Murat s’en empara aussi pour la seconde fois; elles retournèrent au pape par l’influence de l’Angleterre. Le serviteur des serviteurs de Dieu, que ses fils catholiques l’empereur François et Murat
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voulaient soulager du poids de scs affaires d’État et à qui le roi très fidèle enlevait de vive force Avignon et le Yénalssin, trouva alors ses appuis dans l’Angleterre, la Prusse et la Russie hérétiques ou schismatiques, e ) Après la mort tragique de Murat <§ 108), Naples fut réunie à la Sicile pour former le royaume des Deux-Siciles qui fut restitué à l'ancien roi Ferdinand. La reine Caroline, éloignée de 1 île par les Anglais, à cause de sa turbulence passionnée, était morte peu de temps auparavant en Autriche. Après son départ, le gouverneur anglais lord Bcntinck avait donné à la Sicile une excellente constitution imitée de celle d’Angleterre (1812) ; la Restauration n’ea tint aucun compte ; c’est pourquoi la population mortifiée, maltraitée, dépouillée de tous ses droits et privée de toute vie politique, n’obéit qu’à regret à la dynastie napolitaine et tenta à plusieurs reprises, mais sans succès, de secouer le joug oppressif, f.) La république des sept fies ioniennes reçut une constitution libérale et fut placée sous la protection de la Grande-Bretagne qui, par là et par la possession de Malte et de Gibraltar, domina la Méditerranée. 4) Le trône d’Espagne fut rendu à Ferdinand VII remis en liberté par Napoléon, et en Portugal, la maison de Bragance rentra dans scs anciens droits. Mais le roi Jean VI séjourna quelques années encore dans le Brésil érigé en empire et fit administrer le Portugal par le maréchal anglais Beresford. 5.) Les États Scandinaves de Suède et de Danemark demeurèrent dans la situation déjà réglée antérieurement (§§ 83, 1001. 6) La Russie sortit de la grande lutte avec un accroissement de force et de territoire (la Finlande, la Bessarabie, une partie de la Moldavie, etc.); le duché de Varsovie, uni à la Russie comme royaume de Pologne, reçut d’Alexandre une constitution libre, d’après laquelle le Sénat et la chambre des députés des provinces partageaient avec le monarque le pouvoir législatif; l'administration séparée était dirigée par un vice-roi et un ministère responsable; l'organisation judiciaire était indépendante, la presse libre; le servage resta supprimé, comme il l’avait été par l’introduction du Code Napoléon lors de la création du duché de Varsovie. Mais le sentiment de la dépendance et l’espoir d’une
reconstitution de l’autonomie nationale s’opposaient à une réconciliation complète. Posen était à la Prusse ; Cracovie fut érigée en république sous la protection de l’Autriche, de la Russie et de la Prusse , mais des soulèvements réitérés la tirent incorporer à la monarchie autrichienne. 7) La Suisse reçut un accroissement de territoire par l’adjonction des cantons du Valais, de Genève et de Neuchâtel (celui-ci sous la suzeraineté de la Prusse) qui lui avaient été enlevés par Napoléon; elle obtint aussi la reconnaissance de sa neutralité et de sa constitution républicaine fédérative. Les cantons de Yaud et d'Argovie conservèrent leur indépendance. 8) La nouvelle organisation de l’Allemagne rencontra de grandes difficultés. Après qu’on eut aplani les différends territoriaux de telle sorte que la Prusse fût récompensée de ses sacrifices, de ses efforts cl de ses pertes, non seulement par le restitution des provinces cédées dans le traité de Tilsit, mais par la collation d’une partie de la Pologne (Poseh, Dantzig, etc.), d’une moitié du royaume de Saxe, du grand-duché de Clèves-Berg et des belles et industrieuses provinces rhénanes, couvertes de villes florissantes, qui appartenaient jadis aux électeurs ecclésiastiques ; après qu'on eut accordé à la Bavière le Palatinat rhénan en compensation des territoires qu’elle abandonnait à l’Autriche, qu’on eut érigé en royaume le Hanovre accru de l’Oslfrise auparavant prussienne, et qu’on eut contenté les autres princes en raison de leurs pertes ou de leurs services rendus, on procéda à l’organisation intérieure de l’Allemagne. Comme la Prusse ni les autres princes de la Confédération du Rhin ne voulaient renoncer de nouveau à leurs droits de souveraineté, on ne rétablit pas l’empire allemand électif; mais tous les États qui étaient composés entièrement ou en partie de pays allemands, se réunirent en une Confédération germanique indissoluble, pour le maintien de la sécurité intérieure et extérieure de l’Allemagne et l’inviolabilité des États distincts. Le nombre de ces États souverains était de trentehuit, savoir : un empire (Autriche), cinq royaumes (Prusse, Bavière, Hanovre, Saxe, Wurtemberg), un électorat (Uesse- Cassel), sept grands-duchés (Bade, Darmstadt, Mecklembourg-
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Schwerin et Mecklembourg-Strélitz , Saxe-Weimar, Luxembourg, Oldenbourg), neuf duchés (Saxe-Meiningen, Saxc-Cobourg-Gotha et Saxe-Allenbourg, Anhalt-Dessau, Anhalt- Kœthen cl Anhalt-Bernbourg, Nassau, Brunswick, Holstein), dix principautés (deux Uohcnzollern,deux Scbawzbourg, deux Beuss, deux Lippe, Waldeck, Lichtenstein), le landgraviat de Uesse-Hombourg et quatre villes libres (Francfort, Hambourg, Brême, Lubeck). Les affaires de la Confédération devaient être discutées en commun dans l'assemblée des envoyés à la diète sous la présidence de l’Autriche; le siège de la diète était Francfort -sur- Jiein. La Confédération avait une aimée de 300,000 hommes, formée de contingents, et trois forteresses fédérales, Mayence, Luxembourg et Landau (auxquelles s’ajoutèrent Raslatt ctUlrn); les différends des membres de la Confédération entre eux devaient être réglés à l’amiable par des tribunaux d’auslrègues ; aucune autorité impartiale n’intervient, au contraire, dans les différends entre les gouvernements et leurs sujets. — On ne tarda pas à s’apercevoir des tristes suites du morcellement de l'Allemagne, qui souleva des critiques acerbes ; il avait pourtant ses bons côtés, en ce qu’il conservait le génie national, le développement individuel et intégral. L’unité manquait à l'Allemagne, mais elle avait d’autant plus l’esprit d'union qui peut seul créer d’une manière durable la forme unitaire. ,Le peuple n’était pas encore mûr alors pour l’unité politique. — Dans la Fie du baron de Stem, Pertz apprécie ainsi les effets et les conséquences de ces mesures prises sans le moindre égard pour les circonstances historiques ou nationales : « On s’en consola à Berlin et l’on crut que les plaintes patriotiques étaient sans fondement; car on ar ait obtenu le nombre d’âmes voulu. On omettait seulement le genre et le penchant de ces âmes. Que la Pologne fût déchirée sans tenir compte de la connexion intime de ses provinces; que la Saxe fût divisée parla plus longue ligne possible, cela n apportait aucun trouble dans la supputation des âmes. Les 10,000 mendiants qui étaient alors assis devant les portes des. églises de Cologne cl donnaient en dot à leurs tilles la survivance de leurs places, faisaient absolument le même nombre
d’âmes que 10,000 de ces Franconiens alertes des margraviats ou des hardis Ostfrisons qui sillonnaient de leurs navires toutes les mers de l’Europe. On n’accordait aucune valeur dans les tableaux statistiques à ce qu'il y a de plus élevé qu’un gain extérieur, à la fidélité qui attache, d’une manière immuable, dans les bons comme dans les mauvais jours, un noble peuple à une noble dynastie et qui faisait trouver au duc Frédéric à la poche vide, à Gustave Wasa, à Charles Stuart, un lieu d’asile et de sécurité dans la plus humble cabane. On reconnut aussitôt que par là la position de la Prusse en Allemagne était essentiellement modifiée. Séparée par des morceaux du nord de l'Allemagne et fortifiée par de grandes possessions au nordouest, alors que, depuis le dix-septième siècle, le grand électeur et les rois Frédéric I", Frédéric-Guillaume I" et II avaient conduit leurs armées à la défense du Rhin, la Prusse avait à prendre sur elle la protection de l’Allemagne du nord à la fois contre l’est et contre l’ouest. Elle était ainsi entièrement soudée à l’Allemagne ; elle ne pouvait plus songer à séparer ses destinées de celles de la patrie commune, dont la vivification uniforme était la condition de sa propre grandeur. Sous ce rapport, la politique de la Prusse était totalement différente de celle de l’Autriche qui, dans sa nouvelle modification, se suffisait à elle même et regardait comme étranger le reste de l'Allemagne, Depuis lors, la vie et la grandeur de l’Allemagne ont été liées à la vie et à la grandeur de la Prusse. L’idée de démembrer la Prusse pour former de ses parties une Allemagne plus forte, cette idée, conçue dans les égarements de l’année 1848, ressemble à la demencc des filles de Pélias qui dépecèrent les membres de leur père dans l’espoir qu'il sortirait rajeuni de la chaudière enchantée.
§ 106 . Les premiers temps de la Restauration. Le gouvernement provisoire avait élaboré en hâte une constitution qui octroyait aux Bourbons le pouvoir royal, aux sénateurs l’hérédité et l’inamovibilité, à l’armée la conservation de tous les grades et de toutes les pensions de retraite, au peuple l'inviolabilité de la
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dette et des biens nationaux, la sécurité des personnes, la liberté des cultes et de la presse (12avril 1814). Lorsque le comte d’Artois arriva à Paris et prit en attendant les rênes du gouvernement, il montra bientôt que le principe de la Révolution en vertu duquel la royauté était conférée par la nation et non attribuée par la grâce de Dieu à son élu, n’avait aucune valeur aux yeux des Bourbons. Aussitôt après son arrivée, Louis XVIII rejeta la Constitution du gouvernement provisoire à laquelle le Sénat avait donné son assentiment ; mais convaincu qu’un gouvernement sans participation du peuple était contraire à l’esprit du temps, et persuadé par l’empereur Alexandre, Talleyrand, Pozzo di Borgo et d’autres conseillers bien pensants , il accorda de son propre mouvement à la nation française une charte (4 juin 1814) qui, si elle avait été une vérité, aurait obtenu l’approbation du pays, quoiqu’elle s’écartât en beaucoup de points essentiels et dans les principes, de la » constitution du Sénat *. D’après ce pacte fondamental, que le roi « par la grâce de Dieu ■ avait » octroyé » et que les Chambres n’avaient qu’à jurer , le souverain constitutionnel est investi de la plénitude du pouvoir exécutif; c’est de lui que découle la législation exercée en commun avec lui, mais seulement d’après les propositions du gouvernement, par deux Chambres, l’une nommée par le roi et composée de pairs héréditaires avec droit de majorât, et l’autre composée de députés élus ; à celle-ci appartenait le droit de consentir les impôts et de contrôler les dépenses publiques. Le cens d’un député s’élevait à 1,000 francs d’impôts direct, celui d’un électeur à 300 fr. Les autres points principaux étaient : responsabilité des ministres, indépendance des tribunaux avec jurés, liberté de la presse et liberté des cultes, reconnaissance de la vente des biens nationaux , de la dette publique et de la noblesse ancienne et nouvelle ; admissibilité de tous les citoyens aux fonctions publiques et à tous les grades de l’armée, etc. Personne non plus ne devait être poursuivi ou inquiété à caqse de ses opinions ou de ses votes anterieurs. Mais toutes les dis-
positions libérales furent ébranlées par des additions contradictoires ou équivoques, et enfin toute la Charte fut paralysée ou détruite par l’article qui permettait au roi de publier les ordonnances nécessaires à l’exécution des lois et à la sécurité de l’État.
On ne s’aperçut que trop tôt que » les Bourbons n’avaient rien appris et rien oublié » . On effaça les souvenirs de la Révolution et de l’Empire; la cocarde tricolore fut remplacée par la cocarde blanche ; les anciens aristocrates traitèrent les parvenus avec arrogance et mépris et les écartèrent de la cour où le ton était donné par le fastueux et dissimulé comte d’Artois et la sombre duchesse d’Angoulême (fille de Louis XVI), toujours pleine de haine et de fiel contre les hommes de la Révolutiou et réfractaire a toute idée de conciliation. Les gardes congédiés durent céder la place à des Suisses bien payés; les officiers de la grande armée furent renvoyés avec demi-solde, et mortifiés par des discours blessants; la Légion d’honneur fut discréditée par de nombreuses distributions de croix à des gens indignes ; le traité de Fontainebleau ne fut pas même tenu à l’égard de l’empereur exilé et de sa famille. La cour vivait dans le luxe, tandis que le peuple était écrasé d’impôts; le clergé et les émigrés, qui étaient en faveur au château, songeaient à rentrer dans leurs biens et daus leurs privilèges féodaux , quoique leurs propriétés eussent déjà, pour la plupart, changé de mains ; on parlait de déclarer non avenu tout ce qui s’était passé depuis vingt-cinq ans. De plus, Louis XVIII était un homme physiquement lourd, sans prestance ni dignité, quoiqu’il ne fût dépourvu ni d’intelligence ni de bonté; mais présomptueux, entêté et plein de préjugés contre les idées du temps, il laissait diriger toutes les affaires d’État par son favori Blacas, dont la portée d’esprit était médiocre. Un grand mécontentement s’empara de la nation ; le désir d’un nouveau changement se fit sentir, surtout lorsque environ 100,000 soldats rentrèrent soit des prisons de guerre, soit des forteresses étrangères et répandirent dans toute ia France leurs sentiments bonapartistes.
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Les Cent Jours.
§ 107. Retour de Napoléon. Lorsque Napoléon s’aperçut des fautes des Bourbons, lorsqu’il apprit qu’on voulait restituer leur biens aux émigrés et qu’il fut instruit des dispositions du peuple par Fouché, Davoust, Carnot, la duchesse de Saint-Leu et d’autres de ses partisans, il résolut de tenter de nouveau la fortune. Il débarqua avec neuf cents hommes sur la côte méridionale de la France, à Cannes (1 er mars 1815) et gagna bientôt tous les cœurs par des proclamations habilement rédigées et promptement répandues, dans lesquelles il promettait au peuple la conservation de ses propriétés et de tous les avantages conquis par la Révolution, aux soldats de la gloire et à la bourgeoisie éclairée une constitution et un gouvernement en rapport avec les nécessités de l’époque. Il annonça pompeusement que son aigle volerait de clocher eu clocher jusque sur les tours Notre Dame, et il accomplit celte audacieuse prophétie dans une marche triomphale. La cocarde tricolore reparut partout; les troupes envoyées pour le combattre passèrent sous son commandement ; les habitants de Grenoble enfoncèrent les portes à son approche (7 mars) et le colonel Labédoyère lui amena la garnison. La hardiesse de cette entreprise remplit les individus et les masses d’un enthousiasme indicible. En vain le comte d'Artois accourut à Lyon et chercha à gaguer les soldats par la familiarité. Il fut accueilli par
le cri de : Vive l’Empereur ! (3 mars) et quand, à son tour, Ney qui s’était vanté d’amener à Paris l’usurpateur enchaîné, eut passé à son ancien compagnon d’armes, lorsque Soult et Masséna se furent prononcés pour lui, et que, dans toutes les classes, il y eut un entraînement pareil à celui qui avait régné autrefois dans les plus beaux jours de victoire, les Bourbons reconnurent que le trône était sur la cendre d’un volcan et, pour la seconde fois, ils quittèrent effarés le sol de la patrie. — Louis XVIII se relira à Gand avec quelques fidèles , tandis que Napoléon rentrait le 20 mars aux Tuileries et instituait un ministèrecomposéen grande partie d’hommes de la Révolution tels que Carnot, Maret (Bassano), Fouché, Davoust, Caulaincourt, Cambacérès, etc.
Ainsi la domination des Cent jours commença pour Napoléon sous les plus heureux auspices, et une nouvelle Révolution sous une autre forme sembla menacer l’Europe. Déjà les clubs se rouvraient et offraient à l’empereur leurs bras robustes. Déjà les chansons révolutionnaires retentissaient de nouveau; les ouvriers de Paris demandaient des armes, des associations patriotiques se formaient. Mais Napoléon n’avait pas encore surmonté sa répugnance pour les mouvements populaires ; lui non plus n’avait rien appris ni rien oublié. Il resta sombre et distrait pendant toute cette période ; il avait perdu la confiance en lui-même et le pressentiment du succès. Il haïssait et redoutait la liberté de la rue. Quoiqu’il eût d’abord gagné sur lui de sacrifier quelque peu à l’esprit du temps en garantissant la liberté de la
DISSOLUTION DE l’eMPIDE.
presse et en introduisant un régime constitutionnel, il était facile de reconnaître qu’il n’y avait là rien de sérieux, qu’il ne se résignait pas sincèrement au système parlementaire, au gouvernement du peuple par lui-même. Le trône impérial devait être rétabli avec son éclat et sa noblesse. Mais ce ne fut pas sans opposition de la part de la bourgeoisie éclairée, qui ne trouvait ni dans l’acte additionnel à la constitution publiée le 22 mars ni dans la fête publique du Champ de mai (1 er juin 1815) une compensation suffisante pour la compression des mouvements démocratiques et constitutionnels. Aussi l’empereur n’eut-il bientôt plus de partisans dévoués que dans l’armée et dans une partie de la classe inférieure du peuple.
§ 108. Mort de Murat. Le retour triomphal de Napoléon et la fuite des Bourbons menacèrent d’ébranler le principe de la légitimité dans le Congrès des princes à Vienne. L’Europe engagerait-elle encore une fois ses forces pour rétablir une dynastie rejetée par la nation sur un trône qu’elle était incapable de conserver? L’Autriche et la Russie ne semblaient pas éloignées de recommencer à négocier avec Napoléon qui promettait de s’en tenir aux stipulations du traité de Paris et de ne plus menacer le repos de l’Europe; elles étaient disposées à laisser le trône reconquis dans la possession de l’empereur ou de son fils, lorsque l’imprévoyance de Murat qui fut sur le point de renverser l’équilibre européen à peine rétabli, et l’habileté diplomatique de Talleyrand assurèrent de nouveau le triomphe de la légitimité. Avant l’ab-
dication de Napoléon, Mural s’étail séparé de son beau-frère avec qui il s’était brouillé après la campagne de Russie, et il avait conclu avec l’Autriche un traité en vertu duquel il conservait le royaume de Naples, mais à la condition de combattre le vice-roi d’Italie. Murat sentit bientôt à quel point sa conduite était contre nature ; il conduisit la guerre mollement; il était en désaccord avec luimême, sa tranquillité intérieure était perdue et la défiance de ses ennemis était éveillée. Une semblable trahison de la cause commune répugnait à la franchise militaire de sa nature. Le débarquement de Napoléon fut pour lui le signal d’une nouvelle levée de boucliers. Vainement l’empereur l’avertit de ne pas précipiter les événements; de même qu’autrefois la reine Caroline, il ne put attendre la constitution des choses. Il déclara la guerre à l’Autriche et appela les peuples d’Italie aux armes pour fonder l'unité et l’indépendance de la Péninsule. La bataille de Tolentino tourna contre lui (2-3 mai 1815); son armée se dispersa et tandis qu’il se dirigeait en fugitif vers le sud de la France, les Autrichiens entrèrent dans sa capitale et replacèrent Ferdinand sur le trône vacant. La femme et les enfants de Murat trouvèrent un abri auprès de l’empereur d’Autriche. Après la bataille de Waterloo, Murat, se dérobant avec peine aux poursuites des Bourbons, erra quelque temps sur les côtes méridionales de la France. Il se réfugia enfin en Corse, et de là entreprit avec quelques partisans un débarquement en Calabre, pour soulever le peuple contre Ferdinand. Mais il fut aisément vaincu. Le
DISSOLUTION DE L’EMPIRE
15 novembre 1815, Joachim Murat qui, de fils d’aubergiste était devenu roi du plus beau pays, fut fusillé à Pizzo. Il mourut avec le courage et la fermeté d’un brave soldat.
Dans l’intervalle, le Congrès de Vienne avait déclaré l’usurpateur un ennemi et un perturbateur de la paix du monde, qui avait encouru la vindicte publique; il était privé de la protection des lois; une nouvelle tempête s’était amassée sur sa tête et celle de sa famille.
§ 109. Waterloo. Les puissances européennes mirent au delà d’un demi-million d’hommes en mouvement pour combattre l’usurpateur. Avant qu’ils fussent tous levés, Napoléon, ayant ouvert les Chambres àParis(7 juin), s’avança, avec les soldats qui affluaient de toutes parts vers lui, dans les Pays-Bas pour tenir tête aux armées de Blucher et de Wellington qui s’y étaient rassemblées. Le commencement de la campagne fut favorable aux Français. Les Prussiens furent repoussés à Ligny (16 juin) après la plus brave résistance, tandis que Ney l’emportait aux Quatre-Bras sur l’armée de Wellington, composée d’Anglais, de Hollandais, de Hanovriens, etc. Là, Blucher fut blessé, ici le chevaleresque duc Guillaume de Brunswick (§ 94) trouva la mort. Le jour décisif aussi, la victoire fut longtemps incertaine. Ce fut seulement quand les Prussiens, bravant les dangers et les fatigues, arrivèrent au moment opportun au secours de l’armée de Wellington qui avait soutenu jusque-là avec une persévérance héroïque les attaques violentes de l’ennemi, tandis
que le maréchal Grouchy, envoyé par Napoléon à la poursuite de Blucher restait éloigné du champ de bataille, que les Français, malgré toute la bravoure des vieux soldats de l’empire, furent complètement vaincus dans la bataille de la Belle- Alliance ou de Waterloo (18 juin). La lutte fut terrible sur la hauteur de Mont-Saint-Jean, et les paroles que l’on mit plus tard dans la bouche du général Cambronne : « La garde meurt et ne se rend pas! » restèrent en honneur chez la nation française, comme le dernier écho d’une grande époque disparue, tandis que la honte que s’attirèrent Bourmont par sa trahison et Grouchy par son attitude équivoque ne put être effacée par aucune apologie. — Napoléon, pâle et égaré, semblait avoir perdu toute élasticité et toute présence d’esprit; il se laissa emmener par Soult et se jetant, sans chapeau ni épée, sur un cheval, il s’enfuit vers Paris. Bientôt la déroute fut générale; toute l’artillerie tomba entre les mains des ennemis; le quart seulement de la brave armée parvint à se sauver. La victoire fut due en grande partie à la bonne harmonie qui régnait entre les généraux anglais et prussiens et à la confiance de l’armée dans ses chefs et dans ses propres forces. Wellington septuagénaire avait été entouré le 16 par des cavaliers français et renversé de cheval ; le 18 il poursuivit l’ennemi jusque dans la nuit.
§ 110. Mort de Napoléon. A Paris, Fouché se livrait à des intrigues criminelles. Il agissait dans l’intérêt des Bourbons avec lesquels, aussi bien qu’avec Wellington et Metternich, il avait depuis longtemps
DISSOLUTION DE l’eMPIKE.
noué des relations secrètes; mais il n’en laissait rien remarquer aux Chambres où siégeaient des hommes tels que Carnot, Lanjuinais, Lafayette, Barère, etc. Il marchait ave.c tout le monde afin de ne se brouiller avec personne, toujours prêt à marcher contre chacun pour se brouiller avec quiconque serait trahi par le sort. Les représentants du peuple avaient autant d’éloignement pour le despotisme impérial de Napoléon que pour les Bourbons. Ils voulaient la liberté civile avec la souveraineté du peuple, sous une forme républicaine ou monarchique. La bourgeoisie, qui retrouvait pour la première fois son expression dans cette Chambre, repoussait Napoléon comme l’obstacle à la paix que la nation désirait avant tout. Le parti constitutionnel qui se rattachait à Lafayette espérait arriver au gouvernement après l’éloignement de l’empereur. Les Chambres imposèrent à Napoléon la condition de renoncer au trône. Après quelque résistance, le dominateur vaincu s’inclina devant cette prétention, il abdiqua en faveur de son fils Napoléon II (22 juin 1815) et, quand l’ennemi victorieux parut pour la seconde fois devant les murs de Paris, il s’enfuit ù Rochefort pour se rendre en Amérique. Comme les Anglais bloquaient le port, il chercha un abri sur l’un de leurs vaisseaux (le Bellérophon), en se confiant à la générosité du peuple britannique. Mais les hommes d’État qui tenaient alors les rênes du gouvernement anglais étaient sans pitié pour la grandeur déchue. Ils n’écoutèrent que les conseils d’une froide prudence et imposèrent à leur pays orgueilleux
le rôle honteux de geôlier. Arrivé à la côte d’Angleterre, Napoléon reçut la nouvelle terrible qu’il finirait ses jours, comme prisonnier d’État, dans nie de Sainte-Hélène. Les protestations lurent vaines; le 18 octobre, il aborda à son lieu d’exil, au milieu de l’océan Atlantique. Le Prométhée enchaîné vécut là séparé des siens, dans un climat insalubre, sous la garde du gouverneur brusque et pédant lludson- Lowe, esprit étroit, incapable de compatir à cette grande infortune. Quelques amis, parmi lesquels Bertrand et sa famille, Jloutholon et Las Cases partagèrent son exil. Le chagrin de sa chute, l’inaction et les mauvais traitements brisèrent avant l’âge sa constitution robuste et domptèrent son esprit vigoureux. Après six années douloureuses il trouva dans la tombe le repos qui lui était resté étranger dans la vie. 11 mourut le o mai 1821. Ses restes furent transportés plus tard à Paris (1842) et déposés aux Invalides.