ESPAGNOL
la couronne. Le roi était représente dans chacune d'elles par un gouverneur qui portait le titre de vice-roi dans les colonies les plus importantes, comme le .Mexique et le Pérou, le titre de capitaine-i^énéral dans les autres. En Espagne même, un Conseil suprême des IvJes définitivement organisé par Charles-Quint (1.524) avait la haute main sur tous les fonctionnaires coloniaux, et sur tout ce qui touchait l'administration civile, militaire, religieuse, judiciaire. Enfin comme les Espag-nols entendaient, à l'exemple des Portugais, se réserver le monopole du commerce avec leurs colonies, il y eut une administration commerciale. Cette administration était dirigée par la Chambre de commerce. Elle avait son siège à Séville, seul port entre tous les ports d'Espagne où les navires, partant et arrivant en convoi une fois par an, purent embarquer des marchandises pour les colonies et débarquer les marchandises des colonies.
Dans rorganisation des colonies, les rois n oubliè-
DESTRUCTION rent pas les Indiens. Ils ordonnèrent qu'on respectât
DES INDIENS leurs personnes et leurs biens, qu'on ne les fit
Jamais travailler que de leur g-ré et en les payant,
qu'on les traitât toujours avec douceur, chrétiennement. Les
ordonnances royales furent vaines.
Pendant la conquête, la conduite des Espagnols. offrit trop souvent un révoltant mélano-e de rapacité, de mauvaise foi, de férocité. Les conquérants mirent à la recherche de l'or une passion sauvat;e. On a vu quel iiuet-apens fut org-anisé à Mexico par un lieutenant de C'ortez, assassin et voleur; quel guet-apens au Pérou mit Atahualpa aux mains de Pizarre. Aprè# la reprise de Mexico, le successeur de Alontezuma, Guatimozin, ayant refusé d'indiquer en quelle partie du lac il avait fait Jeter le trésor impérial, les Espagnols le couchèrent sur un brasier. Un autre lieutenant de C'ortez fit brûler vifs d'un seul coup quatre cent soixante Mexicains. Au Pérou, à Quito, un lieutenant de Pizarre, fit égorger d'abord toute la population mâle; puis, après avoir mis le feu à la ville, il fit égorger les femmes et les enfants.
Ces sauvageries abominables étaient épisodes du temps de guerre et de la période de conquête. Mais, même quand les Indiens furent partout soumis, les Espagnols restèrent des maîtres impitoyables. Les Indiens furent « répartis » entre les colons, contraints de travailler gratuitement pour eux. et, malgré les interdictions répétées des rois d'Espagne, réduits en fait à l'esclavage. On les employa surtout à la recherche des métaux précieux, au travail des mines, le plus dur de tous. Ils y succombèrent par millions. Dans la seule ile de Saint-Domingue, il y avait, dit-on, plus d'un million d'habitants quand Christophe Colomb la découvrit (i4g2). On est certain que di.x-sept ans plus tard (i5o9) il en restait à peine quarante mille, et, cinq ans après, treize mille. Le reste avait péri.
Quelques prêtres prirent la défense des indigènes. LA TRAITE DES L'un d'eux. Las Casas, passa sa vie à dénoncer counoirs rageusement les atrocités commises et à réclamer sans trêve Justice pour les opprimés. Il finit par émouvoir l'empereur Charles-(^uint et par obtenir la mise en vigueur de sérieuses mesures de protection, édictées en faveur des indigènes.
l.i:S DKCOUVERTES MARITIMES. ,S5
Le résultat fut un nouveau malheur. Le.s l^.spai^nols clierchcrent des travailleurs ailleurs. Us achetèrent des noirs en Afrique et les transportèrent en Amérique. Ce fut le point de départ d'un horrible commerce, renouvelé de TAntiquité, la traite ou commerce des esclaves. 11 dura jusqu'au dix-neuvième siècle: pendant quatre cents ans il provoqua de perpétuelles guerres entre les noirs qui cherchaient à faire des prisonniers pour les vendre au.v Européens et coûta la vie à des millions d'êtres humains en Afrique.
L'empire colonial espagnol fut tout à fait différent CARAC ER jg l'empire portUQ-ais. Les Portugais étaient des
)E L'EMPIRE , 1 r- ^ e » j • ,
commerçanfs, les Espagnols furent des conquérants.
Ils ne se bornèrent pas à occuper les points essentiels sur les côtes; ils soumirent larrière-pays — Yhinlerlani. Le Mexique, le Pérou, la Colombie, etc., devinrent comme un prolongement de LEspag-ne au delà de l'Atlantique : on les appela la Nouvelle Espai^ne, la Nouvelle Castille. la Nouvelle (irenade, etc. Les colons, les plus aventureux et les plus hardis des Espagnols, vinrent s"v établir, sans espoir de retour: ils fondèrent des villes et tirent souche d'un nouveau peuple. Aussi les Espagnols, à la différence des Portugais, créèrent un'e œuvre durable: malgré bien des fautes, leur empire colonial subsista jusqu'au siècle dernier. 11 est aujourd'hui détruit; mais dans l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud, devenues indépendantes, ce sont la race, la langue et la civilisation espagnoles qui dominent.
Les grandes découvertes ne sont pas simplement ONSÉQUENCES ^^^ épisodes de l'histoire d'Espagne et de Portugal. )ES GRANDES \t\\r?, conséquences de tous ordres, — écono-
miques, politiques, scientifiques, religieuses, — elles appartiennent à l'histoire universelle. De ces conséquences, les unes furent immédiates, les autres apparurent plus tard ; peut-être toutes ne se sont-elles pas encore déroulées. Les plus importantes, outre le soudain développement de la puissance du Portugal et de l'Espagne, furent les suivantes.
Les grandes routes du commerce furent immédiatement déplacées : les marchandises qui passaient par l'Egypte passèrent désormais par le cap de Bonne-Espérance. Par suite, la Méditerranée gui. depuis r Antiquité, était le centre de r activité coin-
286 HISTOIRE MODERM
merciale. perJilson importance :iii profil de VOcèan. Alexandrie, (lênes, \'enise. Marseille ne furent plus que des ports secondaires : il a fallu, de nos jours, le percement du canal de Suez pour leur rendre leur prospérité passée. En revanche les ports atlantiques du Portug-al. de l'Espag-ne, de la France, de la Hollande, et plus tard de l'Ang-leterre. srag-nèrent tout ce que perdirent les ports méditerranéens.
D'énormes quantités de métaux précieux furent tirées d'Amérique et déversées sur TEurope. Aux monceaux d'or pillés dans les palais et les temples, pillés jusque dans les tombeaux, au .Mexique, au Pérou, au \'énézuéla. s'ajoutèrent les monceaux d'argent tirés des mines. En 1.545. à Polosi, dans le Pérou on découvrait des montagnes de minerai d'argent atteignant jusqu'à 700 mètres d'altitude: la richesse du Pérou en devint dès lors proverbiale. Chaque année un convoi de navires spéciaux, les « galions » apportait à l'Espagne le produit des mines. On estime que dès le milieu du seizième siècle il y avait en Europe douze fois plus de numéraire, pièces d'or et pièces d'argent, que soixante ans auparavant, à la veille du premier voyage de Colomb. Le Mexique et le Pérou ont fourni, depuis Cortez et Pizarre jusqu'à nos jours, neuf milliards d'or et vingt-quatre milliards d'argent.
Ces masses de métaux précieux ne profitèrent guère aux Espagnols; elles coulèrent pour ainsi dire entre leurs doigts, parce que, se croyant riches en présence de tant d'or et de tant d'argent, ils cessèrent peu à peu de travailler. Dès lors il leur fallut acheter aux peuples voisins ce qu'ils ne fabriquaient plus eux-mêmes. Or et argent passèrent aux industriels et aux commerçants, c'est-à-dire à la bourgeoisie. Jusqu'alors la principale richesse avait été la terre, possédée toute au Moyen Age par la noblesse. A partir du seizième siècle, l'or et l'argent tendirent à faire les bourgeois aussi riches que les nobles : V importance sociale et l'influence poli ligue de la bourgeoisie ne cessèrent dès lors de grandir.
Le savoir se trouva prodigieusement accru. On découvrit, avec de nouvelles terres, de nouvelles races humaines, de nouvelles civilisations, de nouveaux animaux, de nouvelles plantes, de nouveaux astres. Tant de nouveautés inattendues éveillèrent l'admiration, excitèrent les curiosités, ébranlèrent les esprits, bouleversèrent les vieilles théories scientifiques et les crovances.
Ht tandis que d'un côté les i^randes découvertes (nivraienl au Christianisme un nouveau champ d'action, et assuraient sa diffusion en Amérique; d'autre part elles ruinaient aux yeux de beaucoup la confiance dans le Clerg-é, le respect pour ses enseignements. A côté des prêtres savants qui. par leurs livres, comme Pierre d'Ailly. avaient préparé les grandes découvertes, d'autres, plus nombreux, avaient à la légère proclamé absurde, impossible, contraire à la science et à la foi, par conséquent condamnable, ce qui s'était trouvé la vérité du lendemain, par exemple la sphéricité de la terre. Par là, dans une mesure qu'il ne faut toutefois pas cxag-érer, les grandes découvertes ont préparé la crise religieuse de la Réforme, le grand mouvement d'idées de la Reihiiss.iiice.
h^Frkr.
Fac-si.milé de la sig.natlre de Vasco de Gama.
Fac-similé de la signature de Christophe Colomb. La signature est précédée d'un arovpedesept lettres dont la signiflcalton précise e^t^mal connue: les trois dernières sont peul-être J. M.J. (Jésus, .y.nte, Joseph). Le commencement du prénom Christoferens (Christoptie.Porte-Uirist), Christo, est écrit en abrégé et en lettres grecques.
Tableau synoptique
Lesguerres d'Italie et la formation des empires coloniaux. Guerres d'Italie. Empire espagnol. Empire portugais.
Charles \'II1 à Naplc Fornoue.
miQ. . . Conquête du .Milanais.
i5iio. . . Seconde conquête de Naples.
Ligue de Cambrai.
Asnadel
i5ii . . . Sainte Ligue
i5i2. . . Gaston de Foi.K.
i5i3. . . Invasion de la France
u^i."^. . . .Marignan
i.'^iB. . . Pai.K de Noyon.
i5i9. . . Charles -Quint, empereur.
i52o. . —Première guerre contre Charles-Quint.
Siège de Mézières.
Pavie.
—Traité de Madrid. Seconde o-uerre.
Premier voj-age de
Colomb.
Les Espagnols à
Saint-Dominsue.
Colomb àl'embouchurc de rOrénoquc.
Colomb à l'isthme de Panama.
Conquête de Cuba.
Cortcz à Mexico.
-Siège de Vienne, de Cambrai.
Paix
i5.vS.
-Troisième guerre ci tre Charles-Quint.
irqo.
-Quatrième guerre C( tre Charles-Quint.
Cerisoles.
-Invasion en Picardie et en Provence. Paix de Crépy.
Fin de la conquête du .Mexique.
Pizare au Pêrùu.
Prise de Cuzco.
Fondation de Lima.
Conquête de la Colombie.
Conquête du Chili.
Les mines de Potosi
Vasco de Gani:i a Calicut.
Cabrai au Brésil.
Victoire de Diu.
Prise de Goa.
Prise de Malacca.
Prise de Socotora.
Prise d'Ormuz.
.\mbassade portugaise à Pékin.