AU X' SIÈCLE
L"Espa<>ne au dixième siècle n'était comme l'Italie qu'une expression g-éographique. Elle était découpée en quatre États : le Califat de Cordoue, le Comté de Barcelone, le royaume de Navarre, le royaume de
Léon. Ces Etats étaient de très inégale importance.
T,.\ rÉNIXSULE ESPAGNOLE, El" DIXIÈME AU QUINZIÈME SIÈCLE.
Les lucliiires otliques désignent les ÉUts musulmans ; droites les chrétiens.
Le plus puissant, le califat de Cordoue était un état musulman. Il datait du milieu du huitième siècle et s'était constitué cinquante ans environ après que la victoire de Xérès, remportée sur les Wisig-oths (711) eut livré l'Espagne aux Arabes. Au dixième siècle le califat occupait encore la plus grande partie de la péninsule. Sa frontière au nord était à peu près marquée par les cours du Douro et de l'Ebre : à l'est, au sud et à l'ouest il avait pour limites la -Méditerranée et l'Atlantique. Sa capitale, Cordoue, a\ec ses 3ooooo habitants, ses 22000 maisons, sa
fxrande mosquée soutenue par quatorze cents colonnes précieuses, son université où les maîtres chrétiens rivalisaient de science avec les musulmans, sa bibliothèque riche de 600000 volumes, au dire des Arabes, ses fabriques de cuirs gaufrés et ses ateliers d'orfèvrerie, compta parmi les plus opulentes cités et les plus illustres du monde méditerranéen.
Le Comté de Barcelone et le royaume de Navarre, établis sur le versant méridional des Pyrénées, avaient pour oriprine deux marches, la warclie d'Espagne et la marche de Gascogne, formées Tune et l'autre par Charlemagne à la fin du huitième siècle, aux dépens des califes de Cordoue. Lors du traité de Verdun les deux marches étaient entrées dans le lot de Charles le Chauve et avaient fait partie du rojaume de France. La marche de Gascogne se transforma en royaume indépendant de Navarre au début du dixième siècle (çoô). La marche d'Espagne devenue le comté de Barcelone, devait au contraire demeurer partie intégrante du royaume de France jusqu'au treizième siècle et à Saint-Louis.
Le royaume de Léon, ainsi nommé de sa capitale, occupait l'angle nord-ouest de l'F^spagne. C'était par excellence l'Etat chrétien espagnol. Appelé d'abord royaume des Asturies, il remontait au temps même de l'invasion arabe. L'un des vaincus de Xérès, Pelage, l'avait fondé au lendemain de la défaite, derrière le rempart des monts Cantabres. Cet état si faible, réduit à une étroite bande littorale, le long du golfe de Gascogne, puisa cependant dans l'ardeur de sa foi l'audace d'attaquer aussitôt les Musulmans. Le huitième siècle n'était pas achevé que débordant par-dessus la chaîne cantabrique, le rovaume des Asturies avait refoulé les .Musulmans vers le sud et porté sa frontière jusqu'au Douro (702). Ce fut le premier épisode de ce que les Espagnols appellent la c reconquéte », une croisade presque ininterrompue d'environ huit cents ans, dont le terme devait être seulement à la fin du quinzième siècle la prise de Grenade (1493) et la destruction de toute puissance musulmane en Espagne.
Au cours de ces luttes séculaires, les Chrétiens coula nurent bien des alternatives de victoires et de revers. RECONQUÊTE A la fin du dixième siècle et dans la première moitié du onzième siècle, le califat de Cordoue subit une crise intérieure qui aboutit à son démembrement en plusieurs
Ferdinand le Catholique (h52-i5i6).
D'après une statue de Philippe de Bourgogne. — Cathédrale de (jrenade. Photographie Garzon.
Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille ont préparé par leur mariage l unification de l'Espagne ; ils l'ont achevée, en même temps qu'ils détruisaient les derniers restes de la puissance musulmane, par la conquête de < jrenade. Ils ont voulu reposer dans la ville conquise. A côté de la cathédrale, une chapelle, dite « La Chapelle Royale », construite de i5oi> à i5i7 et dont l ornementation sculpturale est d'une rare magnificence, renferme leurs corps, qui y furent transportés en i52i . Deu.K statues placées de chaque coté de l'autel, les représentent agenouillés les tras appuyés sur un prie-Dieu. — Ferdinand les mains jointes au-dessus d'un livre ouvert sur un coussin, est revêtu de l'armure. Le visage est gras et vulgaire; l'e.\pression de la figure est tonasse. un peu niaise. Ferdinand fut cependant l'un des souverains les plus fourtes et les plus autoritaires de son temps.
principautés musulmanes. Cette crise et les rivalités des nouveaux États favorisèrent les progrès des Chrétiens.
Ils occupèrent sur les deux rives de l'Ebre, puis dans la rég-ion de plateaux et de montagnes comprise entre le Douro et le Tage, un ensemble de territoires qui formèrent, à partir de 1084, deux royaumes nouveaux, le royaume d'>l ra^fon. le royaume de Castille : le premier sur l'Ebre, à l'est de la Navarre ; le second, hérissé de châteaux-forts, — castillos : d'où son nom
FOK.MATION ILiKUnoUlAI
lsAL.Li.Lr. ,.-. ■ M 1,. .^i.^ii 1, ,m;i-i:o-i). D'après une statue de Philippe Je Bourgogne. — Cathédrale de Grenade.
Photographie Garzon. Isatelle à la différence de Ferdinand répugnait aux violences. Elle fut cependant une souveraine de tant d'énergie que les Espagnols disaient en parlant d'elle et de son mari : « les Rois ■. Elle poursuivit avec passion la conquête de Grenade et mit en gage tous ses joyaux pour trouver l'argent nécessaire à l'augmentation de l'artillerie. Elle est représentée vêtue d'un ample manteau et coiffée d'une cape tlanche. Les deux statues sont en bois et polychromes, selon la tradition de la sculpture du .Moyen-Age : elles donnent par suite une saisissante impression le vie. Mises en place avant ibiù, elles furent jugées par les contemporains très ressemblantes. L'auteur Philippe de Bourgogne, connu en Espagne sous le nom de Vigarni, est un des sculpteurs remarquables du début du seiciètne siècle : // cl ait fils ou petit-fils d'un artiste français fl.xé à Burgos.
— au centre sur les plateaux, entre la Navarre et le Léon.
Dans la suite, Léon et Castille d"une part. Aragon et comté de Barcelone de l'autre se fondirent en deux royaumes. Dès 10.37 Léon et Castille avaient le même souverain : l'union ne fut cependant définitive que deux cents ans plus tard, dans la première moitié du treizième siècle (1232). Quant à la réunion du comté de Barcelone et du royaume d'Araeron, elle s'opéra par suite de
mariage au milieu du douzième siècle (ii5i). Par contre, peu avant cette simplification, un démembrement s'était produit à l'ouest, et les régions inférieures du Douro et du Tage, détachées d'abord à titre de comté du royaume de Castille (1094), avaient été finalement érigées en royaume indépendant de Portugal — le nom dérive de Porto la première capitale — au profit d'une dynastie française venue de Bourgogne (1139K
La décadence musulmane fut interrompue à la fin du onzième siècle et pendant le douzième, siècle, par suite de l'intervention des Musulmans du Maroc. .Mais au début du treizième siècle, dans le temps où Philippe Auguste en France conquérait la Normandie et les domaines français des rois d'Angleterre, en Espagne, à l'appel du pape Innocent III, une croisade qui réunit les Chrétiens de tous les royaumes s'organisa sous la direction du roi de Castille Alphonse VIII. Les croisés, pénétrant en Andalousie, rencontrèrent les Musulmans sur le versant sud de la Sierra Morena, à las Navas de Tolosa (16 juillet 1212); ils leur tuèrent, dit-on, 100 000 hommes. Ce fut la revanche de Xérès, et désormais la ruine définitive de la domination musulmane en Espagne fut certaine. Dès k milieu du treizième siècle le roi de Castille avait annexé Y Andalousie, avec Séville et Cordoue; le roi d'Aragon avait annexé Valence. En sorte qu'il ne restait plus aux Musulmans que l'extrême sud de l'Espagne, le royaume de Grenade, c'est-à-dire le massif de la Sierra Nevada.
Ils s'y maintinrent cependant encore pendant près
CONQUÊTES de Cent cinquante ans. C'est que des États qui auraient
HORS DESPAGN-E pu les chasser, Castille, Aragon, Portugal, l'un, la
Castille, fut pendant plus d'un siècle paralysé par des guerres 'civiles et des querelles dynastiques ; l'autre, l'Aragon. tourna ses ambitions vers la Méditerranée où ses rois conquirent sucessivement : au treizième siècle, les îles Baléares (1229J et la Sicile (1282), au quatorzième, la Sardaigne (i326), au quinzième le royaume de Naples (1435.) Quant au Portugal, après s'être créé une flotte, il fit porter tout son effort sur l'Atlantique. Il ne cessa de lutter, du treizième au quinzième siècle, contre les iMusulmans du Maroc dont il entreprit de conquérir le littoral. Casablanca et Mazagan furent pendant de longues années en sa possession. Puis, à partir du quinzième siècle, il poursuivit méthodiquement l'exploration et la prise de possession des côtes occidentales de l'Afrique.
FORMATION TER lU'roKIAF.E DES ETATS.
L'Ebl'Alj.NE A LA FIN DU QUINZIÈME SIÈCI.K.