LA ROYAUTÉ; LE PARLEMENT
Le développement politique intérieur de l'Angleterre, du dixième au quinzième siècle, s'est fait au rebours du développement politique intérieur de la France durant la même période. En France au départ, au dixième siècle, il y avait un pouvoir royal faible, et limité par les contrats féodaux; à l'arrivée, au seizième siècle, on trouve un pouvoir royal à peu près absolu. En Angleterre, au dixième siècle, la puissance royale était forte, et nul autre pouvoir ne la contrôlait; au seizième siècle, le pouvoir royal est limité par la loi, et la nation par ses représentants le surveille, et participe au gouvernement de la chose publique.
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,A MONARCHIE ^"ssitôt après la victoire dllasiin-s. (liiiilaiinic ANGLAISE i"^'?!» les comptcs de l'expédition. 11 s'empara du d.n KV xr SIÈCLE niaine royal saxon, confisqua les biens d'Ilarold. ceux de sa famille et de tous ceux qui avaient combattu à Hastings. Il garda pour sa part les villes, presque toutes
La • WhITETOWER » bAN» LA TOIK DE LûNDREb.
Photographie.
L.i JoViV construite sur la rive gauche de la Tamise est la vieille citadelle Je Londres. En son centre s'élève la W'hitetower, la Tour Blanche, la partie la plus ancienne de la citadelle : elle est à l'arrière-plan dans la photograpliic. Elle fut élevée par Guillaume le Conquérant (1079-1080) et fut comme le symtole de la prise de possession de l'Angleterre par les Normands. C'est un massif donjon, aux assises régulières de pierres grises encadrées de pierres blanches. Il est de forme rectangulaire, comme les grands donjons du onzième siècle, et ses côtés mesurent respectivement 35 mètres et 29 mètres. Quatre tourelles haute.< de 28 mètres renforcent les angles. La Tour servit longtemps de prison d'Etal. Jean le Bon y fut captif après Poitiers; celles de ses femmes qu'Henri VIII fit décapiter y furent également enfermées. La Tour Blanche est aujourd'hui un musée d'armes. Au premier plan, séparées de la Tour Blanche par une cour plantée d'artres, murailles et constructions plus récentes, qui servent pour partie de casernes, et constituent l'enceinte extérieure de la Tour.
les forêts et quinze cents grandes propriétés ou manoirs. Le reste des terres confisquées fut partagé en plus de soixantemille fiefs et distribué aux soldats de l'expédition. Les simples
soldats, la veille encore charretiers, tailleurs, bouviers, — nous avons leurs noms, — furent transformés en chevaliers; les chefs devinrent barons ou comtes ; on les appela plus tard les lords. Dans la hiérarchie féodale les participants à l'entreprise demeurèrent subordonnés les uns aux autres comme ils l'étaient à l'armée. L'armée, en bloc, forma la nouvelle noblesse d'Angleterre, et la nouvelle noblesse anglaise forma une armée.
La noblesse constituée par Guillaume le Conquérant n'avait pas g-rande puissance. D'abord les fiefs étaient d'assez faible étendue: aucun d'eux n'était d'un seul tenant. Puis leurs propriétaires, les seigneurs, n'avaient ni le droit de guerre, ni le droit de justice, ni le droit de battre monnaie. En outre, les fiefs ne constituaient pas toute l'Angleterre. Ils étaient enclavés dans les comtés, — les shires, — divisions administratives du royaume, et n'étaient qu'une partie de ces comtés. Or le roi, dans chaque comté, était représenté par un fonctionnaire, le shériff — le comte — nommé par lui, révocable par lui, et dont l'autorité s'exerçait au nom de roi, aussi bien sur le noble, propriétaire d'un fief, que sur le bourgeois ou le paysan. A la tin du onzième siècle le roi d'Angleterre était donc à la fois le plus riche et le plus puissant des souverains de l'Europe, et rien en pratique ne limitait sa volonté.
Moins de trois cents ans après, au début du quator- LA PUISSANCE zième siècle, les rois anglais étaient « sous la loi », ROYALE LIMITÉE c'est-à-dire obligés de respecter une loi jurée par eux, que leurs sujets leur avaient imposée et qui limitait leur puissance. La transformation de la toute-puissante monarchie anglaise en monarchie limitée s'opéra au treizième siècle, de i2i5 à i258, sous Jean sans Terre et sous son fils Henri III ; elle fut assurée par deux lois : la Grande Charte et les Statuts d'Oxford.
Un mauvais roi, Jean sans Terre, une politique exté- LA GRANDE rieure malheureuse, les défaites de la Roche aux CHARTE Moines et de Bouvines, amenèrent la première limita-
tion de la puissance royale en Angleterre. Les Plantagenets, princes français en même temps que rois d'Angleterre, considéraient leurs domaines de France comme leur bien principal, la couronne d'Angleterre comme l'accessoire : ainsi plus tard, au dix-huitième siècle, les Georges, électeurs de Hanovre
ORGANISATION DKS liTATS. f,5
et rois de (îrande-lirctag-ne, plaçaient dans leurs pi-éoccupations l'électorat avant le royaume. Le royaume ant;lais n'était pour les Plantagenets qu'un coffre-fort et une caserne où ils puisaient l'argent, d'où ils tiraient les hommes pour leurs guerres de France. Ce gaspillage des forces ang-laises sans nul profit pour l'Angleterre, les nobles anglais ne purent l'empêcher tant que les rois furent victorieux. Mais contre Jean sans Terre, vaincu par Philippe-Auguste, les nobles se révoltèrent; sept chevaliers seulement lui demeurèrent fidèles. Les révoltés occupèrent la capitale, Londres, et le i5 juin i2i5, le roi, réduit à subir leurs conditions, dut jurer la Grande Charte.
Les dispositions essentielles étaient les suivantes :
Il y aurait un Grand Conseil du royaume, composé des archevêques, évêques, comtes et barons.
Le roi ne pourrait \tx&r aucun impôt sans le consentement préalable du Grand Conseil.
Le roi ne pourrait prendre aucun objet ni personnellement, ni par ses officiers, sans en payer le prix fixé par les propriétaires eux-mêmes.
Aucun homme libre ne serait arrêté, ni emprisonné, ni atteint en aucune façon, si ce n'est en vertu d'un jugement régulier, rendu par ses pairs et conformément à la loi anglaise.
Vingt-cinq barons, élus comme gardiens et conservateurs de la Charte, en assureraient l'observation. Si le roi venait à la violer, ils pourraient occuper ses châteaux et ses terres et les retenir jusqu'à ce que la violence commise fût réparée à leur jugement.
Ainsi la Charte assurait aux Anglais à la fois des garanties û' ordre politique et des garanties de liberté individuelle. Elle leur assurait même le droit de résistance légale, si ces garanties n'étaient pas respectées par le roi.
Elles ne furent point toutes respectées par Henri III; -ES STATUTS d'autre part sa politique extérieure ne fut pas plus D'OXFORD heureuse que* celle de son père. Delà, en i258, un nouvel effort pour limiter les pouvoirs du roi et les Statuts ou Provisions d Oxford, imposés à Henri III.
Le Parlement — c'était le nom donné au Grand Conseil depuis 1239 — serait réuni trois fois par an. II élirait quinze personnes * pour conseiller le roi en toutes choses, amender et redresser tout ce qui aurait besoin d'être amendé et redressé ». Le Conseil du roi nommerait les grands officiers de la couronne — les
A. MALET. — Histoire moderne. o
ministres aujourd'hui — chancelier, trésorier, jxrand justicier. Ces g-rands officiers, à leur sortie de charge, auraient à rendre des comptes au Conseil du roi. Les fonctionnaires g-ouverneurs des comtés, les shériffs, devraient être choisis parmi les nobles du comté. Quatre chevaliers seraient élus dans chaque comté pour surveiller le shériff, recueillir s'il y avait lieu les plaintes formées contre lui, et les rapporter au Parlement.
L'autorité du roi se trouvait de la sorte presque détruite, et le gouvernement passait aux mains de la noblesse et du haut clerg-é.
Sept ans après l'établissement des Statuts d'Oxford
LES les nobles et les hauts dignitaires de l'Église jugè-
DEUX CHAMBRES rent utile d'associer au gouvernement le reste de la
nation. Henri III ayant violé les Statuts, les nobles le firent prisonnier et convoquèrent un Parlement extraordinaire (1265). Outre les évèques et les barons, on y appela deux chevaliers par comté: en outre le commun peuple, c'est-à-dire les bourgeois habitant les villes et les bourgs, fut invité à nommer des députés. Les chevaliers et les représentants des villes furent réunis en une assemblée qu'on appela la Chambre des Communes ou Chambre basse.
A côté, les barons et les évêques formèrent une seconde assemblée, la Chambre des Lords ou Chambre haute. Ce furent ces deux Chambres qui constituèrent dès lors le Parlement d'Angleterre. La Chambre des Communes ne devint toutefois une institution définitive et régulière que trente ans après (1295), sous le règne d'Edouard I". A la fin du treizième siècle, alors qu'en France, grâce aux légistes, commençait à se répandre partout la doctrine que * la volonté du roi était la loi », en Angleterre était établi le gouvernement représentatif, c'est-à-dire un gouvernement auquel la nation elle-même participe au moyen de ses représentants.
I A ROYAUTÉ ^^ période de la guerre de Cent ans fut pour l'An PEXD\XT gleterre une période de prospérité. Les Anglais LA GUERRE purent commercer librement avec la Flandre, alor- DE CEXT AXS 1 un des principaux marchés de l'Europe, et les expc ditions en France furent une source d'importantprofits. Les villes se développèrent, les bourgeois et les noble.s'enrichirent. Ils s'attachèrent d'autant plus aux libertés que