‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 60 sur 118 · LA RESAISSASCE AU XIV ET AU XV' SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA RESAISSASCE AU XIV ET AU XV' SIÈCLE

LES LWENTIOyS

A partir du dix-scpticmc siècle et jusqu'à des temps proches de nous, certains préjugés artistiques, un faux « bon p-oùt ». l'impuissance à comprendre toute œuvre d'art qui n'était pas d'inspiration «-réco-romaine, d'autre part l'ignorance et des préventions politiques ont fait considérer le Moyen Ag-e comme une époque « d'obscurantisme » et de grossièreté pre.sque barbare.

En réalité le Moyen Age eut une civilisation originale et brillante. La violence des caractères et la rudesse des mœurs n'empêchèrent pas l'activité intellectuelle et artistique, qui furent grandes. Les Uiiiversilés, création du treizième siècle. — il en fut créé dix-sept dans les cinquante premières années. — avant toutes l'Université de Paris, comptèrent les étudiants par milliers, et c'est au Moyen Age que Dante. Pétrarque et Boccace. ont donné à l'Italie les chefs-d'œuvre fondamentaux de sa littérature.

L'activité artistique, toute pénétrée de foi chrétienne, fut plus féconde encore. Les architectes édifièrent surtout en France, mais aussi par toute l'Europe et jusqu'en Asie, d'abord les belles églises de style rotnan, puis les merveilles de Vart ogival. pure création du génie français, les grandes cathédrales où les Robert de Liizarches, les Jean d'Orbais, les Pierre de Montereau. les Jean de Chelles, au treizième siècle, surpassèrent les plus glorieux architectes de l'Antiquité. Trois italiens, Giotto au début du quatorzième siècle, Fra Angelico et Masaccio dans la première m.oitié du quinzième, à la même époque le Flamand

,',S HISTOIRE .MOIMCHNF-

J)\iii r.7« Eyck. donncrcnt les premiers clicfs-LlVL'inrc de la pein- Uire. Dans cette même moitié du quinzième siècle, tandis que l'italien Bninellesco créait une architecture nouvelle, trois sculpteurs, trois italiens encore, (ihiberti. Donatello, Luca délia Rothia. donnèrent les premiers chefs-d'œuvre indiscutcde la sculpture moderne.

Le Moyen Age n'e.xcella pas seulement dans les Arts: il sut aussi inventer ou s'assimiler les inventions venues du dehors et ce sont les ijn^entions^du quatorzième et du quinzième siècle. toussole, poudre, papier, imprimerie, qui. transformant les conditions matérielles de la vie. ont rendu possible la civilisation moderne.

LES UyiVEPSITES

^..T^Tx-r^ Les hommes du .Moven Aue eurent de bonne heure

OKlOlAt

P£g le souci de 1 instruction publique. Dès la tin du hui-

UMVERSiTÉs tièmc siècle, C'harlemagne ordonnait que chaque monastère eût son école, où les moines et les clerc > apprendraient lag"rammaire, le chant, le calcul, la callii^raphie : qu'auprès de chaque église, dans les villes et dans les villages, il y eût une école gratuite dirigée par le prêtre et ouverte à tous. Ces prescriptions furent renouvelées dans les siècles suivants par les papes et les conciles. Elles étaient en général observées au onzième siècle, et l'on trouvaitalors. jusque dans des paroisses de campagne, des écoles où l'enseignement était donné par plusieurs maîtres. Dans les villes, l'école la plus importante ' était l'école de la cathédrale, installée dans le cloître voisin, sous la surveillance immédiate de l'évêque et du « chapitre ». c'est-à-dire du groupe de prêtres ou « chanoines » qui formaieni le conseil de l'évêque. L'un de ces chanoines, le chancelier. qu'on appelait encore Yécolâtre. était le directeur de l'enseignement, ("était lui qui délivrait au nom de l'évêque ïa licence ou permission d'enseigner, sans laquelle nul ne pouvait professer.

Certaines écoles étaient célèbres au loin par le mérite de leurs maîtres : telles au onzième siècle les écoles épiscopales de Reims, de Laon, de Chartres, d'.\ngers, d'Orléans, les écoles monas-

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liqiics de C'Iuny, de Rouen, de I-"écamp. du Bec près d"l l\reu\. Les étudiants s"v rendaient en tbule, même de rétrant^er. .Mais, à partir de la lin du onzième siècle, les plus renommées d'entre les écoles lurent celles de Paris : c'étaient l'école épiscopale du l'ioilrc Notrc-lXimc établie dans l'île de la Cité: puis, sur la rive L;auclie de la Seine, les écoles des abbayes de .Sj/^Z-r/c/oret de Sjiitile-Ciencyièyc. Leur renommée leur vint surtout de deux maîtres. Guillaume de Cliampeaii ( 10^0-1121) et Pierre Abéhrd 1 1070-1142) qui tous deux enseignaient la philosophie, le premier au Cloître Notre-Dame, le second à l'abbaye de Sainte-Cieneviève. Autour d'Abélard les étudiants se pressaient par milliers, accourus de toute ll'urope. Si l'on soni;e aux difficultés et à la lonjiueur des voya^^es à cette époque, à l'absence de tous nos moyens d'information, journaux et correspondances réi^ulières. pareille affluence dit éloqucmment combien étaient j.rninds le prestiii'e du savoir et le désir de s'instruire. On en peut encore juger par ce fait qu'après Abélard, des maîtres isolés créèrent de leur seule initiative, à côté et en dehors des écoles oflicielles, des cours libres, et que cet enseignement privé cul un plein succès.

.\ partir de la lin du douzième siècle, entre les maîtres et les étudiants d'une même ville, sans distinction d'écoles et pour la défense des intérêts communs, on vit se former desassociations : iiniversitalcs nugisironiin et scoLiriiim. De ces associations sortirent les l'niversiics.

FORMATION

La premieie l'niversilé fut celle de Paris, et ce fut sur elle que se modelèrent la plupart des Universités: LXi\ERSiTE j^ connaître c'est les connaître presque toutes.

L'Université de Paris ne fut pas constituée d'un seul coup. La série des actes qui consacrèrent les progrès de son org-anisation s'échelonne sur une période de plus de trente ans (I200-I2.3I). Elle eut deux patrons : le roi et le pape. Ce fut le roi Philippe Aug-uste qui, en 1200, accorda aux maîtres et aux étudiants leur premier privilège, celui d'être jugés par les tribunaux d'Église à l'exclusion de tous juges du roi. Ce fut la papauté qui dégagea l'Université de la juridiction de l'évêquc. et lui donna pouvoir de juger ses membres elle-même, d'établir elle-même ses règlements n23i). L'Université finit par être dans le royaume et dans l'Église une sorte d'État autonome, comme une République de l'enseignement.

DuLZIEME SIÈCLE. — ClOITRE ROiMAX. — ÉgLISE SaIXT-TroI'HIME A AkLL-.

Photographie Neurdein.

Lt'.s' cluilrex, galeries couvertes, bordant les quatre côtés d'une cour, servaient de promenoir. Il n'était guère d'église qui n'eût son cloître, dont les galeries servaient de salles d'école. La partie du cloître reproduite ici a été achevée en 1 180. Le cloître de Saint-Trophimeest u'ne des œuvres les plus remarquables de l'art roman. Les colonnes jumelées qui soutiennent les arcades en plein cintre sont polygonales du côté de la galerie, rondes du côté extérieur. Les chapileaux, tous différents, sont richement sculptés. La voûte est du type Ai! en berceau. La galerie en retour au fond à gatiche est ogivale.

Quand l'Université de Paris eut atteint son plein dé- LES ÉTUDES veloppement, dans la seconde moitié du treizième

siècle, sous le règne de Saint-Louis, les traits essen tiels de son ori4"anisation étaient les suivants.

Maîtres et étudiants étaient groupés d'après la nature des enseignements en quatre Facultés : c'étaient les Facultés de Théologie, de Droit Canon ou droit ecclésiastique, de Médecine, et des /Ir/.s libéraux. Dans cette dernière Faculté, la plus originale des quatre, maîtres et étudiants étaient partagés en quatre Nations : nations de France, de Normandie, de Picardie. d'Angleterre. Ces nations étaient divisées à leur tour en provinces. Ces divisions, au début, correspondaient à un groupement des « Artistes » — les étudiants des Arls Libéraux —

A I INII.ISA ll( )\.

Ol IXZIEME SU-' LE. — ( il >ITRE (Ji.IVAL

llilM-'ICE lib\'lLLErKAM"HE-liE-l\iJ( EKUL L.

Photographie Carrère.

L'hospice Je \'illefranchede-Roiiergiie dans rAveyron est un jiiiLien coiiveiil de Chartreux. Il s'y trouve deux cloîtres. Le petit cloître, construit au quinzième siècle, est une œuvre charmante du style flamtoyant. Les arcades au lieu d'être i^randes ouvertes sur le jardin, comme au cloitre de Saint-Trophime, sont o amies de meneaux .l'une grande variété et d'une extrême éléganc; de dessin : on en juge tien parles deux arcades qui sont vues presque de face et oh le sculpteur seintle avoir épuisé toutes les combinaisons de lignes qui peuvent donner le dessin d'un trèfle.

d'après leur pays d'oriiiine : mais elles avaient vite perdu toute valeur géographique.

La Faculté des Arts Libéraux était numériquement la plus importante. C'est qu'elle seule permettait d'accéder aux autres Facultés; elle était, ce que sont nos lycées avant les grandes écoles, une école de culture générale par où tout étudiant devait passer avant d'entreprendre des études spéciales. En même temps, elle correspondait à nos Facultés des Sciences et des Lettres et préparait des maîtres pour l'enseignement.

Les études y étaient divisées en sept branches, ou, comme on disait, en sept « Arts » ; trois branches littéraires, formant ce qu'on appelait le Trivium : grammaire, dialectique, rhétorique: — quatre branches scientihques. formant le (Jiisidriyiinn:

i:,2 HISTOIRE .MOUEKNK

musique, arithmétique, i;'éométno, astronomie. L'enseigfnement était donné tout entier en latin, parce que le but principal des études était de préparer pour l'Église des prêtres instruits et que le latin était la laniiue de l'Eglise. La méthode était partout la même. On étudiait des livres : les Livres Saints, les Décrets des papes . quelques ouvrages de médecins de l'Antiquité, Ilippocrate ou Galien; enfin un certain nombre de traités d'Aristote, tenu pour le maitre de la science universelle, la Physique, la Logique, la Métaphysique, etc. Du reste ces traités étaient étudiés, non pas dans le texte original — presque personne ne savait alors le grec — mais sur des traductions latines de traductions arabes, apportées jadis en Espagne par les conquérants musulmans.

Les livres, alors manuscrits, étant chers et beaucoup d'étudiants très pauvres ne pouvant les acheter, le maître dictait le passage qu'il.se proposait d'expliquer, puis il lisait son commentaire écrit à l'avance. Tout esprit de recherche, d'observation etjrexj^érience était banni dcs études. On considérait que les Anciens, s'ils n'avaient pas dit en tout le dernier mot de la science, avaient du moins établi les principes de toute science. De ces principes il ne restait qu'à tirer des conséquences, ce qui se faisait au moyen d'une méthode qu'on appela la scoLisliqiic, c'est-à-dire la méthode propre à l'école, et qui était le jaisonnement. L'un des procédés de raisonnement, le syllogistne, qui du rapprochement de deux affirmations tenues pour vraies déduit une affirmation nouvelle, apparaissait comme le plus parfait instrument et le plus sûr du progrés scientifique. En fait la méthode scolastique n'était propre à former que de subtils raisonneurs, maîtres en l'art d'argumenter et de disputer, et tant qu'elle demeura en honneur, jusqu'au seizième siècle, il ne fut pas fait une découverte importante: les progrès dans les sciences furent nuls.

L'étudiant pouvait conquérir trois grades : le baccalauréat, la licence, le doctorat. La licence était le grade essentiel parce qu'il donnait le droit d'enseigner et transformait l'étudiant en « maitre », c'est-à-dire en professeur. Elle ne s'obtenait plus par une décision de l'évêque ou du chancelier du chapitre, mais après un certain temps d'études, — six années au moins pour les Arts libérau>:, dix années pour la théologie, — puis des examens qui consistaient en discussions longuement soutenues devant et contre les maîtres.

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