‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 74 sur 118 · I..\ CINILISA riON · texte numérisé non relu

I..\ CINILISA riON

iS-

Jean Focquet (i4i5"r-i48o). — La Visitation. Château de Chantilly. —Photographie de Giraudon. L'une des quarante miniatures que Fouquet peignit vers 1450 pour le Livre d'Heures d'Etienne Chevalier, secrétaire de Charles VU. L'art de la miniature fut au Moyen Age par excellence un art français. Les ■ enlumineurs • parisiens, au quatorzième siècle, étaient • souverains du monde en la science de peintrerie •. Les miniatures de Fouquet sont devrais tableaux d'une surprenante fraîcheur de coloris. La Vierge vient visiter sa cousine Élisateth, la mère de saint Jean-Baptiste. Coiffures et costumes sont ceux des françaises du milieu du quinzième siècle. Mais les cyprès au-dessus du mur. la cour dallée, — sur les dalles les initiales d'Etienne Chevalier, — le puits, le portique soutenu par quatre colonnes corinthiennes qui précède l'entrée de la maison, tout le décor est italien. Fouquet vers [445 avait voyagé en Italie. Il a peint quelques grands portraits, entre autres un portrait de Charles VII qui est au Louvre.

iiistoirh; moderne, j

Enguerrand Charonton. — Le couronn'e.ment de la Vierge. Hospice de Villeneuve-lès-Avignon. — Photographie Giraudon. Partie centrale d'tm grand tableau peint en i453. La Vierge entourée d'anges est couronnée par Dieu le Père et par le Christ, qui soutiennent cliacun d'une main la couronne ornée de lys et de pierreries. Une colombe aux ailes éplorées symbolise le Saint-Esprit. Les yeux de la. Vierge fendus en amande rappellent la facture de Giotto. Ce tableau, sans égaler les œuvres des Italiens contemporains de Charonton, Fra Angelico, Masaccio, est néanmoins fort remarquable.

LA CIVILISATION

iSo

Jean Van Eyck (i385(?)-i44i). - La Vierge au Donateur. Musée du Louvre. — Photographie Hachette. .1 gauche agenouillé sur un prie-Dieu recouvert d'un tapis bleu, le donateur — le chancelier Rolin — vêtu d'une somptueuse houppelande de velours frappé marron sur fond or. La Vierge, ses cheveux blonds tombant sur un manteau rouge bordé d'une broderie d'or, tient sur ses genoux l'enfant Jésus qui porte dans la main un globe de cristal surmonté d'une croix. La triple baie dessinée par d'élégantes colonnes de marbre, laisse apercevoir au fond un paysage d'une fraîcheur exguise: un fleuve traversant une ville : des coteaux boisés à gauche, à droite couverts de cultures ; des montagnes neigeuses et bleuies à l'horizon. Ce tableau, peint vers i^35, est comme une miniature agrandie — il mesure à peine 64 centimètres carrés — et les moindres détails y sont traités avec la plus scrupuleuse minutie. On peut compter les personnages qui circulent sur le pont, et le relief du velours frappé est réellement rendu par la peinture appliquée en couches épaisses. Cette minutie, caractéristique des peintres du Xord, eut été impossible avec les fluides couleurs à l'eau. De là l'emploi des couleurs à l huile, perfectionnées par Jean Van Eyck, peintre et valet de chambre du duc de Bourgogne. Philippe le Bon.

igo HISTOIRE MODERNE.

Pendant tout le quinzième siècle, le même souci réaliste i;-uida les peintres, le Flamand Jean van Eyck (i3>r-i440), le To\.\V2inçt?i\x Jean Fouquet (1415-1481), Enguerrand Charonton de Laon, Nicolas Froment d'Uzès. Aucun d'eux ne s'éleva du reste jusqu'aux vastes décorations murales telles qne les exécutaient leurs contemporains d'Italie. Leurs œuvres, pleines de minutie, de détails délicats scrupuleusement rendus, étaient ou des miniatures, avec Fouquet que les papes appelaient à Rome, tant il était célèbre, ou bien ressemblaient à des miniatures ag-randies, comme la Vitrge au Donateur de Jean van Eyck.

Jean van Eyck fut le plus remarquable des pein-

LA PEINTURE tres du Nord. Comme Claus Sluler, il travailla pour

A L'HUILE les ducs de Bourg"og"ne, souverains de la Flandre et

g'rands protecteurs des arts à la Hn du quatorzième siècle et au quinzième. Il occupe une place à part dans l'histoire de la peinture parce qu'il imagina un perfectionnement technique d'importance capitale. Jusqu'à lui, on peignait surtout à la détrempe, c'est-à-dire avec des couleurs délayées dans l'eau, soit sur des panneaux de bois, soit sur des enduits de mortier frais, ce qui était proprement la peinture à fresque. Les couleurs à l'huile étaient cependant connues et Giotto parfois en avait fait usag:e. Mais l'emploi n'en devint pratique que quand \'an Eyck eut eu l'idée d'employer des huiles dites s/<:c\7//rt'5, parce qu'elles ont la propriété de sécher vite. Le procédé nouveau, donnant aux couleurs plus d'éclat et des transparences jusqu'alors inconnues, permettant les corrections, des touches plus délicates, transforma les conditions du travail pour le peintre et rendit possibles les chefs-d'œuvre du seizième siècle.

Page 1