‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 75 sur 118 · LES INVENTIONS · texte numérisé non relu

LES INVENTIONS

Le quatorzième et le quinzième siècle, ont été en même temps que des siècles de civilisation brillante, les siècles des grandes inventions qui furent la condition même d'une civilisation nouvelle : la boussole, la poudre à canon, le papier de chiffons, l" imprimerie. A vrai dire, l'imprimerie seule est une invention européenne du quinzième siècle. La boussole, la poudre à canon.

I A CIVILISATION

le papier de chiffons soiil in\ciui()ii> de Kjricnl cl de hcaucoiip antérieures au quatorzième siècle : l'Europe n'a fait que les pcrl'ectionnerou en répandre l'usairc.

La boussole est essentiellement une aiyuille frottée ,A BOUSSOLE sur Une pierre d'aijnaiii et disposée de telle sorte qu'elle puisse se mouvoir librement. Elle a la propriété, encore mal expliquée, de diriger toujours sa pointe vers un point que l'on appelle le pôle magnétique, et qui est placé au nord-ouest par rapport à l'Europe et à l'océan Atlantique. Elle permet donc de savoir toujours où se trouve le nord et par suite de s'orienter et de se diriger.

Les Chinois, plus de deux mille ans avant Tère chrétienne, connaissaient la propriété de l'aiguille aimantée et construisirent de primitives boussoles. Les Arabes leur empruntèrent cette invention et, dès le douzième siècle, elle arriva par leur intermédiaire aux marins de la .Méditerranée : on trouve la boussole mentionnée en 1180 sous le nom de marinette ou de calamité. Elle consistait alors en une aiguille placée sur un morceau de liège ou sur un fétu de paille flottant sur un peu d'huile ou d'eau. \'ers i3oo, un italien d'Amaltî, Flavio Gioja, eut l'idée de placer l'aiguille en équilibre sur un pivot fixe, et de l'enfermer dans une boite — en italien bossolo — couverte d'un verre. On eut ainsi la boussole, ou compas, que nous connaissons.

La boussole transforma les conditions de la navigation; elle permit de s'éloigner des côtes et de se lancer en haute mer, puisqu'elle donnait la possibilité de connaître toujours la direction suivie. La découverte de l'Amérique était en germe dans cette invention.

Comme la boussole, la poudre, mélange explosif de .A POUDRE salpêtre, de soufre et de charbon, est une invention A CANON des Chinois. .Mais ils ne l'employaient que pour la fabrication des fusées et des feux d'artifices. Les .\rabes la perfectionnèrent en lui donnant plus de force explosive, et probablement les premiers essayèrent d'utiliser cette force pour lancer un projectile. Dès le treizième siècle, les musulmans d'Espagne eurent des canons. Au début du quatorzième siècle, en i325, il y en avait en Italie à Florence. On y- en trouve peu après en France et en Angleterre. .Mais, contrairement à la tradition, il parait certain qu'on n'employa pas de canons à la bataille de Crécv.

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HlSKJlRt; MODERNE.

Canon du début du quinzième siècle.

Musée d'artillerie. — Photographie Hachette.

Pièce en fer de la seconde moitié de la guerre de Cent ans. Calitre 80 millimètres, longueur de tout en tout i",.^-, longueur de la pièce proprement dite, i",io : nos derniers canons à tir rapide sont du calitre "5 millimètres et mesurent 2"',5o. La pièce se charge par la culasse- Elle est en trois parties : la volée — le tute du canon — dans laquelle était placé le toulet; la culasse mobile, toite cylindrique munie d'une poignée, pareille à une chope à tière, où l'on plaçait la charge de poudre ; enfin /'étrier qui, au moyen d'un coin introduit latéralement et passant sous la culasse, servait à assurer l'adhérence aussi complète que possitle de la culasse à la volée. L'élrier est prolongé par une tige, longue ici de 40 centimètres, utilisée pour le pointage, comme la crosse de certains canons à tir rapide aujourd'hui. La pièce est montée sur une fourche sur laquelle elle peut tasculer, grâce à des tourillons. La fourche était fixée sur une pièce de tois. La volée est faite de douves ou tandes de fer soudées en long, qui constituent le tute on âme de la pièce; le tute est renforcé, comme aujourd'hui, par des frettes ou anneaux, dont les joints sont recouverts par des anneaux plus petits formant tourrelet ; il y avait Va un mode de construction déjà savant. Mais la portée d'une pièce semtlatle était à peine dune centaine de mètres, inférieure à celle des machines de jet, talistes ou catapultes, des Romains. Ces pièces n'étaient pas motiles et ne servaient que pour l'attaque ou la défense des places. La mise de feu s'ottenait au moyen d'un fil de fer chauffé à tlanc qu'on poussait jusqu'à la charge par un trou, ou lumière, percé dans la culasse.

Les premiers canons, ou bomb.irdes, étaient de grossières machines, aussi dangereuses pour celui qui les servait que pour l'ennemi, tant elles éclataient facilement. Ces canons n'étaient pas montés sur un affût et sur des roues. Pour tirer, on les suspendait près de terre entre deux poutres, ou bien on les plaçait dans un bâti de bois en forme de caisse allongée. On ne pouvait donc les transporter aisément: aussi, au quatorzième siècle, ne les employait-on pas dans les batailles, mais seulement dans Tattaque ou la défense des places. Les boulets de pierre ou de plomb étaient le plus souvent de plus petit calibre que le canon et la poudre était encore mal préparée. Par suite la portée était très faible, inférieure même à celle des vieilles machines de jet héritées des Romains, trébuchets, balistes et catapultes. Aussi, jusque dans la première moitié du quinzième siècle, au temps de Jeanne d'Arc, par exemple au siège d'Orléans, en

LA CIVILISATION

Canon de la seconde moitik nv quinzième siècle. Musée d'artillerie. — Photographie Hachette.

Reconstitution faite d'après les fièces prises par les Suisses mi duc de Bouroogne, Charles le Téméraire, à la bataille de Granson (\^-ji>), pièces conservées à l'arsenal de Neuveville, près de Berne. La pièce, emboîtée comme un canon de fusil dans un fût en bois terminé par une crosse, peut être abaissée ou relevée, selon les besoins du tir, au moyen de tiges mobiles passant sous la crosse; ces tiges sont engagées, comme les barreaux dans les montants d'une échelle, dans deux bandes de fer en forme de segment de cercle. La pièce longue de .3 mètres est très lourde et, quoique montée sur des roues, reste difficile à déplacer.

1429, Anglais et Français employaient-ils simultanément l'ancienne artillerie et la nouvelle, la bombarde et le trébuchet.

Sous Charles VII les frères Biireju perfectionnèrent l'artillerie. Ils l'allégèrent, fabriquèrent des canons très longs appelés couieiivrines et les placèrent sur des chariots, en sorte qu'on put les amener sur les champs de bataille. C'est ce qu'on appela les engins volants, la première artillerie de campagne : elle donna une supériorité aux armées du roi de France et leur assura en partie la victoire finale dans la guerre de Cent Ans.

\'ers 1404 environ apparut la coiileiivrine à main : ce fut la première arme à feu portative, une très lointaine ébauche du fusil.

L'importance de la découverte des armes à feu échappa aux contemporains. Au point de vue politique, la création de l'artillerie contribua peu, quoi qu'on en ait dit, à l'affermissement de l'autorité royale en France et à la ruine des forteresses féodales. Des Villes, des seigneurs, eurent des canons aussi bien que le roi, et les châteaux forts subsistaient en grand

A, M.iLKT.

nombre dans la première moitié du dix- septième siècle, au temps de Richelieu. Au point de vue militaire, les armes à feu ne se perfectionnèrent que très lentement. Encore dans la seconde moitié du seizième siècle on leur préférait presque l'arc et les vieilles armes de main : « Les armes à feu sont de si peu d'effet, écrivait Montaigne vers i58o, sauf l'étonnement des oreilles, qu'on en quittera l'usage. » C'est seulement assez tard dans le dix-septième siècle que leur emploi transforma réellement la tactique, c'est-à-dire la [|i| manière de combattre.

Au Moyen Age comme dans l'Antiquité, LE PAPIER on écrivait en Europe soit sur du papyrus

ou papier d'Egypte, fait des pellicules intérieures d'un roseau du Nil; soit sur du parchemin, c'est-à-dire sur des peaux d'animaux préparées pour cet usag-e.

Les Chinois depuis des siècles fabriquaient du papier avec des déchets de soie, de chanvre ou de coton. Ce papier de coton leur fut emprunté par les Arabes qui l'introduisirent en Espag^ne et en Sicile vers la fin du dixième siècle. Au douzième siècle, en France, on commença à fabriquer du papier avec des débris d'étoffes de lin. Puis on employa les débris de vieille toile, ou chiffes, d'où notre mot chiffons. Au quatorzième siècle, par suite du développement de la richesse, l'usage du linge de corps, de la chemise en particulier,

couleuvrine a main.

Seconde moitié du quinzième siècle.

Musée d'artillerie. — Photographie Hachette.

Une des fremières armes portatives : c'est en fait un petit canon, assez lourd pour qu'on ne pût tirer qu'en l'appuyant sur un chevalet, et dont le service exigeait deux hommes, l'un portant l'arme, l'autre le chevalet. Pour le tir, la crosse de la couleuvrine était placée sur l'épaule d'un des hommes qui la maintenait à deux-mains; l'autre servant mettait le feu. Comme le canon du début du quinzième siècle, la couleuvrine était montée sur une fourche dont la tige — on l'aperçoit sous le fut à gauche — s'engageait dans le chevalet. La longueur totale de l'arme est de i",37, — à peu près la longueur du fusil Letet, i"3o — dont" centimètres pour le canon. Le calibre est de 25 millimètres, le diamètre d'une pièce de 2 francs : le projectile est presque un petit boulet. La balle du Lebel est du calibres millimètres.

LA CIVILISATION. ^gâ

jusque-là Vêtement de luxe, devint général même chez les paysans. On eut donc en abondance le vieux linge et l'on put fabriquer le papier de chiffons à bon marché. Ce fut cette possibilité d'avoir à bas prix le papier, matière première du livre, qui donna toute son importance à la découverte de l'imprimerie.

Les livres au Moyen Age comme dans l'Antiquité L'IMPRIMERIE étaient copiés à la main. On ne les avait par suite qu'en petit nombre et à gros prix. A la fin du treizième siècle, une Bible copiée avec soin valait de quatre à cinq cents francs. Aussi dans les bibliothèques de certains couvents attachait-on les livres à leur rayon avec des chaînes de fer.

La création et le développement des Universités, le grand nombre des étudiants, firent rechercher le moyen d'obtenir des livres plus rapidement. A la fin du quatorzième siècle l'on imagina d'en graver le texte sur du bois ; cela s'appela la xylographie. Les lettres étant dessinées sur un bloc de bois, on creusait autour de chaque lettre, en sorte que le texte apparaissait en relief. Il suffisait d'encrer ce • relief et d"y appliquer une feuille de papier pour avoir une page de livre.

Le procédé était encore cher et demandait toujours beaucoup de temps. Les lettres ou caractères étaient immobiles et ne pouvaient servir pour un autre livre. Au commencement du quinzième siècle, un habitant de Harlem, ville des Pays-Bas, Laurent Cosler, sépara les caractères, et les rendit mobiles, ce qui permettait, un livre étant achevé, d'en composer un autre avec le même jeu de caractères.

Mais les caractères de bois s'usaient vite. Un peu après 1440, un Allemand de xMayence, établi à Strasbourg, Jean Gutenberg, instruit du procédé de Coster, eut l'idée de graver les caractères en creux. Il obtint ainsi des moules ou matrices dans lesquels il suffisait "de couler un alliage d'antimoine et de plomb pour obtenir des caractères mobiles. On en eut ainsi autant que l'on voulut. Le premier livre qu'imprima Gutenberg fut une Bible, en 14.57.

L'imprimerie se répandit rapidement. En i5oo on trouvait des imprimeurs dans toute l'Europe. Venise avait fait de l'imprimerie une fructueuse industrie, et des livres, surtout des livres grecs grâce à l'érudit Alde-Manuce (i449-i5i5), une marchandise d'exportation. En France, la première imprimerie fut établie en 14-0 à Paris, par le recteur de l'Université. Guillainne Fichet.

lyG HISTOIRE MODERNE.

Il installa à la Sorbonne trois Allemands, Ulrich Gerinar, Michel Friburger et Martin Krantz et leur fit imprimer en deux ans, vingt et un ouvrages, classiques latins ou traités de grammaire et d'éloquence. Dans les trente dernières années du quinzième siècle il fut fondé dans Paris près de soixante] imprimeries.

Jtetti apiee Pfnt?rr?nicf Su^if CDipe ^ui ^xxfff^ altercation entte ùtii grant efcuiVr et P<?6 auîtvee eUuwre &/cwirîe ^u^it t»y et Pee teîi^i^ufy SuSit foint 8?fiy6 potir

Fragment du premier livre fr.\nçais imprimé en France. Fac-similé photographique.

L'imprimerie l'ut introduite à Paris, en 1470, à la Sortoiine. par le recteur de l'Université, Guillaume Fichet. Le premier livre français imprimé à Paris fut le recueil des Grandes Chroniques de France, publié e)i 1470, par le litraire Pasquier Bonhomme, en trois volumes. Le fragment reproduit ici se rapporte aux funérailles de Charles VIL Les caractères d'une telle netteté imitent l'écriture dite tâlarde : l'idée première des imprimeurs était en effet de faire de similimanuscrits. On lit aisément : ■ Item après l'enterrement dudit corps eut grosse altercation entre ledit grant escuier et les autres escuiers d'escuirie dudit roi et les religieulx dudit saint Denys pour.... •

Aucune invention n"a été plus importante que celle de Timprinierie. Les contemporains comprirent immédiatement que l'on en tirerait « proufit et utilité pour l'augmentation de la science ». Dès lôoo, on se procurait, pour une somme équivalant à 2 fr. 5o de notre monnaie, les livres qui. cinquante ans plus tôt, valaient 3oo francs. Ainsi l'instruction fut mise à la portée de tous. L'imprimerie a été pour les idées ce que le chemin de fer est pour les corps, le moyen rapide de communication : elle a rendu possible leur diffusion universelle. Par là. elle a préparé les découvertes nouvelles, les tranformations politiques. Du jour de l'invention de l'imprimerie, l'humanité a fait plus de progrès, en quatre cent cinquante ans qu'elle n'en avait fait dans les trois ou quatre mille ans antérieurs. L'imprimerie a été et demeure l'indispensable instrument du progrès et de la liberté.

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