‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 86 sur 118 · LIGUE CONTRE VENISE · texte numérisé non relu

LIGUE CONTRE VENISE

la puissance était trop grande pour qu'il acceptât spontanément l'hég-émonie du pape, et consentît à abdiquer entre ses mains une partie de

son indépendance.

C'était \'enise. Il fallait donc la réduire d'abord. Pour y parvenir Jules II eut recours précisément aux Barbares. Comme tout le monde jalousait les\'énitiens, « lions affamés, ditSeyssel, insatiables de sang-, humain, de seigneuries et de richesses, sans nul épargner », une ligue fut org^anisée contre eux sans

LA POLITIQUE EUROPÉENNE DE 1494 A iS?.;. jat

beaucoup de peine, dès i5o8, à Cambrai. Louis XI 1, l'empereur Maximilien, Ferdinand d'Aragon, Florence se joignirent au pape. L'armée française, prête la première, battit les Vénitiens à Agnadel (mai l5o9). La victoire ne fut pas gagnée aisément : pour entraîner ses troupes, Louis XII qui commandait dut payer de sa personne « comme le plus petit soudoyer ». Près de dix mille fantassins italiens se firent massacrer sur place.

Les Vénitiens se hâtèrent de demander la paix à

LIGUE CONTRE Jules IL Dès lors le pape s'employa à retourner

LOLTS XII contre le roi de France la coalition formée contre

Venise. Il y parvint en i5ii; la ligue de Cambrai devint Is. Sainte-Ligue, à laquelle adhérèrent les Suisses, puis le roi d'Angleterre, Henri VIII, qui voulait reprendre la Guyenne. La guerre fut d'abord favorable à Louis XII. Son neveu, Gaston de Foix, un général de vingt-deux ans, surprit les coalisés par la rapidité de ses manœuvres et battit successivement leurs armées à Bologne, k Brescia et à Ravenne (5 février — 1 1 avril 1 5 1 2 1 . Il fut malheureusement tué à la fin de la dernière bataille. Dès lors tout tourna mal pour Louis XII. Les Suisses écrasèrent son armée à Novare (i5i3); le Milanais était perdu. La France même fut envahie. A l'est, les Suisses entrèrent en Bourgogne et s'avancèrent jusqu'à Dijon. Au nord, les Anglais, débarqués à Calais, envahirent la Picardie, et joints aux troupes de Maximilien furent vainqueurs à Guinegate près de Tournai (août i5l3). Louis XII parvint cependant à prix d'argent à arrêter les envahisseurs ; puis il signa des trêves avec le pape Léon X, qui venait de succéder à Jules II, avec l'Empereur et avec Ferdinand d'Aragon. Presque immédiatement après Louis XII mourut d" janvier i5i5j.

François i", son successeur et qui comme lui descen- FRANçois I" ; j^j^ ^^ Valentine Visconti, entreprit aussitôt de ren.w^T^?x,r conquérir le Milanais. Après s'être assuré l'alliance

CONQUETE ^ . ,,, T -^L-jjr-

DU MILANAIS ^^^ Vénitiens, il passa les Alpes. La victoire de Mangnan gagnée après deux jours de lutte (iS-iq septembre i5i.5) le rendit maître du duché.

Cette victoire détermina en outre les adversaires du roi de France à signer non plus des trêves, mais la paix. Le pape Léon X négocia le premier à Bologne : ce fut le Concordat de i5i6. Puis

les Suisses signèrent à Fribourg- la Paix Perpétuelle (i5i6). Les Suisses s'engageaientà ne jamais fournir de troupes aux ennemis du roi de France. Par contre, moyennant le paiement d'une certaine «omme chaque année, le roi de France avait le droit de recruter dans les Cantons suisses autant d'hommes qu"il lui plaisait. Le traité fut de part et d'autre scrupuleusement respecté jusqu'à la Révolution de 1789. Enfin l'Empereur et le roi d'Espagne reconnurent à François I", par le traité de Noyon, la possession du Milanais. En revanche François I" abandonnait le royaume de Naples au roi d'Espagne. L'Italie était donc partag-ée entre le roi de France et le roi d'Espagne, le premier dominant au nord, le second maitre du sud de la péninsule.

Les g-uerres d'Italie ainsi terminées, en i5io l'Europe occidentale était en paix.

Les guerres d'Italie présentent un g-rand intérêt LES ARMÉES militaire. Elles font en effet la transition entre les méthodes de g-uerre du Moyen Ag-e et les méthodes de g-uerre modernes. On y voit employées simultanément les anciennes armures d'acier enveloppant l'homme de la tête aux pieds, et les armes nouvelles, canons et arquebuses, destinées à rendre inutiles ces armures, parce que les projectiles percent brassards, cuissards, casques et cuirasses. De même si la cavalerie, la force principale des armées du Moyen Ag^e, joue encore un rôle brillant en Italie, on voit à côté d'elle grandir l'importance de l'infanterie, la force principale des armées modernes, « la reine des batailles », dira Napoléon.

Pour les armes à feu, les canons seuls commencent à être redoutables. On les a beaucoup perfectionnés. Le danger d'éclatement a disparu parce qu'on les coule en bronze; ils sont munis de tourillons qui permettent de les faire basculer et facilitent le pointage; ils sont placés sur des affîits à roues, analogues aux affûts modernes. Mais les dimensions sont énormes, plus de trois mètres de long pour la grande couleuvrine, qui pèse 8200 kilogrammes — plus que certains de nos canons de siège — et qu'il faut atteler de dix-sept chevaux en file. Aussi l'artillerie n'a-telle aucune mobilité : elle reste pendant toute la bataille là où on l'a placée au début de l'action: elle est perdue si Ion est vaincu. Quant aux armes à main, les arquebuses, il faut pour les charger trois minutes, deux pour tirer, soit un coup de feu par cinq minutes, et la portée n'est pas de cent cinquante mètres.

LA POLITIQUE EUROPEENNE DE i^.,4 A 15:9.

L'arc et l'arbalète portent plus loin : aussi continue-t-ôn de les employer comme au Moyen Ag-e et, comme au Moyen Age, c'est toujours le corps à corps qui décide de la victoire.

Les cavaliers, les gendarmes, dont les escadrons — on dit les compagnies — sont en France réguliers, permanents et nationaux, ont conservé l'équipement des chevaliers, l'armure complète, pesant 88 kilogrammes, la longue, et lourde lance, Dépée, la hache et la masse d'armes.

Le rapprochement de ce canon qui date du règne de Louis XII, avec les pièces reproduites ci-dessus p. 192 et 193, montre les remarquables progrès accomplis en moins d'un siècle dans la fabrication du matériel d'artillerie. La pièce de Louis XII en bronze vert est une œuvre d'art, avec ses ornements eJk relief, fleurs de lys sur la volée et la plate-bande de la culasse, porc-épic, — « qui s'y frotte s'y pique » — emblème et devise du roi, sur le tonnerre. La pièce est munie de tourillons qui permettent de la faire basculer sans peine. Longue de 4 mètres elle pèse 1927 kilogrammes, son calibre est de 177 millimètres — près de 18 centimètres. C'était naturellement une pièce de siège, impossible à mouvoir en bataille. Une autre pièce du même temps mesure 5°,40 et pèse 3343 kilogrammes, le boulet pèse environ i5 kilogrammes. Celle de nos pièces de siège qui par la longueur se rapproche le plus de celle-ci, le canon de i55 millimètres, mesure 4"', 20 et peut lancer à 9 kilomètres un obus pesant de 40 à 43 kilogrammes.

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Canon français au début du seizième siècle. Musée d'Artillerie. — Photographie Hachette.

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Gendarmerie Française.

Bas-relief de Pierre Bontemps.

Tombeau de François I" : Basilique de Saint-Denis. — Photographie Hachette. Pierre Bontemps sculpta vers i55i pour le tombeau de François I" de très beaux bas-reliefs, relatifs aux guerres d'Italie et qui sont très précieux documents, Bontemps ayant reproduit scrupuleusement tous les détails d'armement. Ces gendarmes des Compagnies d'ordonnance défilant au pas, sont entièrement vêtus d'acier comme les cavaliers du Moyen Age, portant casque à visière — l'armet, — gorgerin, cuirasse, épaulières, brassards, gantelets, cuissards, genouillères, jambières; l'équipement des chevaux a été seul allégé. La lance comme celle de nos dragons repose dans un anneau fixé à l'étrier.

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Lansquenets.

Bas-relief de Pierre Bontemps. — Tombeau de François 1". ■ Basilique de Saint-Denis. — Photographie Hachette. 0/ licier j gjiiclie, puis soLiMs, armés de l'épée suspendue j un ceinturon, et delà iulletarde. Tous portent la cuirasse avec gorgerin et tassettes, couvrant seulement le ventre chez l'officier et le lansquenet du premier plan, descendant sur les cuisses jusqu'aux genoux cite: d'autres. Le téret empanaché, le haut de chausse — la culotte — et le pourpoint tailladés font le costume très pittoresque. — Les lansquenets, 7-ecrutés surtout en Suisse, n'avaient point d'armes à feu. Leur armement était celui des fantassins du .Moyen Age un peu simplitié : ils avaient supprimé le houclier.

A \i\LET — Histiiire moderne. 1;i

HISTOIRE xMODERNE.

Les fantassins, groupés par bandes, sont des mercenaires. On les recrute en partie en France, parmi les Bretons, les Gascons et les Picards. Mais les plus gros contingents sont tirés d'Allemagne et de Suisse. Allemands et Suisses sont confondus sous le nom de lansquenets. Les Suisses ont allégé l'armement du fantassin. Ils ont encore la tunique de mailles ou haubergeon et la cuirasse. Mais ils n'ont plus ni cuissards, ni genouillères, ni bouclier, et le casque est remplacé par une calotte de cuir doublée de fer, sur laquelle on place un large béret. Les armes offensives sont outre l'épée ordinaire, tantôt l'épée à deux mains, tantôt la hallebarde, la pertuisane, ou la pique longue de près de six mètres. En bataille les Suisses se présentenj en bataillon serré, analogue à l'antique phalange macédonienne, les hommes sur dix ou douze rangs de profondeur. Les piques abaissées forment au-devant du premier rang une herse de six ou sept étages de pointes : on dirait un énorme hérisson. En arrière, avec les fifres et les tambours, sont placés hallebardiers et pertuisaniers. Ils interviennent avec leurs armes plus courtes et propres au corps à corps, lorsque les piquiers ont fait brèche dans la masse de l'ennemi et que le bataillon s'y est enfoncé comme un coin, ou quand au contraire la cavalerie adverse a rompu les rangs de la phalange.

Epée

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