BAYARD
Deux hommes personnifient les deux aspects des
guerres d'Italie : Bayard et Gaston de Foix.
Bavard fut le dernier des chevaliers ; Gaston de Foix
fut le premier des généraux modernes.
Bayard était né près de Grenoble, en 1476. Il est peint tout
entier par son surnom : « le chevalier sans peur et sans reproche »,
et par ces deux phrases de son secrétaire : « Il avait le cœur net
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comme la perle: — il désirait être toujours prés des coups ». Bon, généreux, pitoyable au vaincu, ne prenant rien qu'il ne payât dans un temps où le vainqueur tenait le pillag-e pour le plus certain de ses droits, il était d'une bravoure épique. Il assista à toutes les grandes rencontres des guerres d'Italie, depuis Fornoue jusqu'à Marignan, où rVançois I" voulut être armé chevalier de sa main. A Aynadel ce fut lui qui, à la tête de la cavalerie, par un mouvement de flanc décida la victoire. Pendant les guerres contre Charles-Quint il défendit et sauva Mézières. Il mourut pendant ces mêmes guerres, en 1.524. a Romagnano, les reins brisés par une balle tandis qu'il couvrait la retraite le dernier à l'arrière-garde. 11 était coutimiier de semblables exploits ; pendant la seconde expédition de Naples, un jour, au bord du Garigliano, il avait défendu seul, pendant une demi-heure, l'entrée d'un pont que deux cents Espagnols voulaient forcer.
Bayard, qui commanda à plusieurs reprises des corps d'armée, ne songeait jamais qu'étant chef il devait ménager sa vie pour ses hommes : comme l'eût pu faire un chevalier de Philippe- Auguste, il acceptait des défis de chefs ennemis. Il se battit trois fois en duel avec un officier espagnol. A Naples il prit part au combat des onze, vrai tournoi où onze chevaliers français et onze chevaliers espagnols se rencontrèrent à jour fixe, en champ clos devant dix mille spectateurs. Ces inutiles aventures, par lesquelles il est un homme du .Moyen Age, lui avaient valu une réputation européenne. Le pape Jules II, l'empereur Maximilien, le roi d'Angleterre Henri Mil cherchèrent à se l'attacher et lui firent les offres les plus brillantes. Mais Bayard avait la religion du devoir, et, raconte son biographe « le loyal serviteur » Jacques de Mailles, « toujours disait qu'il mourrait pour soutenir le bien public de son pays ».
Gaston de Foix fut un grand homme de guerre à iASTOx DE FOIX vingt-deux ans. Son oncle. Louis XII, lui avait confié la défense du .Milanais en i.5ii,à l'heure du plus grand péril, au moment où Jules II menaçait le duché avec les Espagnols et les N'énitiens. Sa carrière militaire ne dura pas trois mois; mais dans ce court laps de temps, il se révéla incomparable manœuvrier, en avance de plus d'un siècle sur son temps, le précurseur des plus grands stratégistes, Turenne et Napoléon. A une époque où les armées ne se mouvaient qu'avec
une extrême lenteur, où Charles Mil mettait cinq mois pour se rendre sans combat des Alpes à la frontière de Naples et François I" un mois pour faire les deux cent vingt kilomètres de l'Ârg-entière à Marig^nan, Gaston stupéfia ses adversaires par la rapidité de ses marches et Taudace de son offensive.
Gaston dp: Fûix (14a;- i5i;.)
D'après la statue de Bambaja. — Musée de Milan. Photographie Alinari.
Gaston de Foix, neveu de Louis XII, le f récurseur des grands généraux des Temps modernes, le plus remarquable homme de guerre du seizième siècle, lue à vingt-deux ans, à Ravenne, à la fin de la plus trillanle de ses victoires. Dans la telle statue couchée que le milanais liamtaja sculpta pour son lomtreau, les traits sont fermes, tien dessinés, et dans l'encadrement des longs cheveux, ceints d'une couronne de lauriers, la physionomie juvénile et douce est en même temps très énergique. — Sur la cuirasse, le collier de l'Ordre de Saint- Michel, la Légion d'honneur du seizièîtie siècle, créé par Louis XL
Seul en face de trois adversaires, il fit front partout. Au mois de février i5i2, en quatorze jours, il fit faire à ses troupes plus de deux cents kilomètres par la neige et des chemins défoncés, et g'agna trois victoires : le 5, il débloquait Bolog-ne qu'assiégeait le pape; le 16, il battait les \'énitiens au nord de Mantoue; le 19, il enlevait Brescia d'assaut.
Deux mois plus tard, le 11 avril, jour de Pâques, il remportait devant Ravenne, son plus éclatant triomphe. La bataille avait été furieuse. « Jamais gens, dit un témoin, ne firent plus de
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Jcfcnse que les Espaprnols qui. encore que n'ayant plus ni bras ni jambe entière, mordaient leurs ennem.is. » Seize mille hommes étaient tués. L'action était terminée, quand apercevant un parti de fantassins espagnols qui se retirait fièrement par une étroite chaussée entre un canal et un marais, Gaston presque seul se ieta sur eux à la charge. 11 fut enveloppé: son cheval s'abattit les jarrets coupés. Lui-même, renversé dune arquebusade, fut achevé à coups de piques. Il avait reçu dix-huit blessures. « Depuis le menton jusques au front en avait quatorze ou quinze, dit le chroniqueur, et par là montrait bien le gentil prince qu"il n'avait pas tourné le dos ».
De toutes les batailles des guerres d'Italie. .Marignan MARIGNAN est la plus célèbre. En fait, elle fut la plus longue et la plus vivement disputée. Elle avait été précédée d'une opération militairement plus intéressante et plus importante : le passag-e des .\lpes par une route nouvelle.
Les routes étaient rares alors au travers des Alpes. Il n'en existait g-uère que deux : la route du .Mont-Cenis, la route du ."\lont-Genevre. De ces deux routes les Suisses avaient occupé les débouchés. Il fallait donc chercher un autre passag-e. On trouva plus au sud le col de r.47-gentière — aujourd'hui le Lautaret — à peine praticable pour des chevriers. Douze cents sapeurs y
ouvrirent un chemin où, du 10 au i.3 août i5i6, en trois jours, passèrent trente mille fantassins, neuf mille cavaliers et quatreving-ts bouches à feu. La stupeur fut telle chez les ennemis qu'un de leurs chefs, surpris par Bayard et ses coureurs, demanda « si les Français tombaient du ciel ».
Le i3 septembre, François I", qui commandait en personne, était à quinze kilomètres de Milan sur la route au nord-ouest du bourg de .Marignan — aujourd'hui Melegnano — au milieu d'une plaine coupée de canaux et de fossés et où la chaussée était seule praticable pour la cavalerie. \'ers trois heures aprèsmidi les Suisses apparurent, venant de Milan. Le roi avait placé
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23o HISTOIRE MODERNE.
son artillerie sur la chaussée, toutes ses troupes derrière, en trois corps. Les Suisses attaquèrent avec fureur. Ce fut une mêlée confuse qui se prolongea, au milieu d'une poussière étouffante, tant qu'il fit clair, « jusqu'entre onze et douze heures que la lune nous faillit » écrivait le roi à sa mère. Il y eut, pour arrêter les Suisses, « une trentaine de belles charges » que François I" mena lui-même. Malgré tout « les Suisses se logèrent bien près de nous, si près qu'il n'y avait qu'un fossé entre deux. Toute la nuit, écrivait le roi, demeurâmes le cul sur la selle, la lance au poing, l'armet à la tête et nos lansquenets en ordre pour combattre. Nous avons été vingt-huit heures à cheval sans boire ni manger. »
Le 14 au matin, un peu avant le lever du soleil, l'armée française recula sur JMarignan et se déploya en éventail en avant du bourg, le centre avec le roi sur la chaussée. Les Suisses reprirent l'attaque au jour naissant. Arrêtés au centre par l'artillerie, ils opposèrent canons à canons, et portèrent tous leurs efforts sur les ailes où commandaient le connétable de Bourbon et le duc d'Alençon. beau-frère du roi. Le roi supporta huit heures le feu de l'artillerie suisse. « laquelle je vous assure a fait baisser beaucoup de têtes ». Aux ailes, Bourbon et d'Alençon « ne s'épargnaient non plus que sangliers échauffés ». \'ers onze heures, l'arrivée d'un corps vénitien détermina la retraite des Suisses ; ils laissaient quatorze mille des leurs sur le champ de bataille. Les Français avaient perdu deux mille hommes.
Un des combattants. Trivulce, qui avait assisté à toutes les grandes rencontres des guerres d'Italie, appela Marignan une l\it.iille de i^éants. Il est à remarquer que .Marignan, malgré remploi du canon, ne diffère en rien des batailles livrées trois siècles plus tôt. de Bourines. par exemple, où Philippe Auguste joua le rôle de François L' à Marignan. C'est, en i5i.5 comme en i2i5. le choc de front sans manœuvre aucune, le combat homme à homme sans direction générale. La première grande bataille des Temps Modernes fut une bataille du Moyen Age.
LITTE ENTRE LES MAISONS DE FRANCE ET DAl TRICHE. y.U
LA LUTTE EyTRE LES MAISO.\S DE FRA\CE ET D'AUTRICHE
La paix, péniblement acquise en i5i8, ne dura pas deux ans. En 1020, la France recommençait la g-uerre. Cette fois il ne s'aj^-issait plus de l'Italie, et de la possession deNapleset du .Milanais. La reprise des hostilités eut pour cause la puissance e.xcessive de Charles d'Autriche, empereur sous le nom de Charles-Quint. puissance telle qu'elle mettait en péril l'existence même de la France.
La constitution de la puissance de Charles d'Autriche LESET.\TS j'ijj. jg résultat d'une série de maria^-es et de succes-
DE
sions. Quatre maisons, maison de Boiirsosne, maison a Autriche, maison a Aragon, maison de Castille: quatre héritages, l'héritage de Charles le Téméraire. celui de Maximilien, celui de Ferdinand, celui d'Isabelle, se trouvaient réunis en lui et par lui au début de i5ig. Charles était en effet par son père, Philippe le Beau, le petit-fils de .Marie de Bourgogrne et de Maximilien dWutriche. par sa mère Jeanne la Folle, le petit-fils de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille'.
De ses g-rands-parents paternels il avait hérité : Les Pays-Bas, l'Artois, la Flandre, la Franche-Comté, débris des États de Charles le Téméraire ;
L'archiduché d'Autriche, la Styrie, la Carinthie, la Carniole et le Tyrol, possessions de la maison de Habsbourg-. De ses grands-parents maternels il avait hérité : Le royaume d'Aragon, la Sardaigne. les royaumes de Sicile et de Naples ;
Le royaume de Castille. et TAmérique récemment découverte,