‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 89 sur 118 · I. Généalogie de Charles-Quint · texte numérisé non relu

I. Généalogie de Charles-Quint

.Marie

de Bourgogne.

Maximilien Isabelle Ferdinand d'Autriche. de Castille. d'Aragon.

Philippe

le beau Jeanne la Folle.

Charles-Quint.

Les États de la .Maison d'Autriche sols Ciiarles-Quint.

OÙ Fcrnand Cortez et Pizarre allaient lui conquérir des empires.

Ces différents États correspondaient aux royaumes actuels des Pays-Bas et de Beliiique; au Grand-Duché de Luxembourir; à nos départements du Nord et du Pas-de-Calais, de la Haute- Saône, du Doubs et du Jura: au royaume d'Espaj^rne ; à la moitié du royaume d'Italie; à la moitié de l'empire d'Autriche; enfin à la moitié du Nouveau .Monde. Jamais homme n'avait réuni autant de couronnes. Charles d'.\utriche était à lui seul une coalition, et, comme on le disait orgueilleusement dans son entourage, « le soleil ne se couchait jamais sur les terres du roi d'Espagne. »

.\ toutes ces couronnes héréditaires, vint s'ajouter au mois de juin I.TI9 la couronne impériale dWllcmagne. .Maximilicn étant mort (janvier i5iq), les sept Princes IHecteurs eurent à choisir entre deux candidats : François I", roi de France, et Charles d'Autriche, l'un et l'autre décidés à ne rien épargner pour assurer leur élection, et selon le mot de Charles à « y mettre le tout pour le tout. » Les Électeurs en profitèrent : trois d'entre eux

LUTTE ENTRE LES .MAISONS DE FRANCE ET D'AUTRICHE. -jU

se vendirent successivement deux fois à chacun des candidats. En fin de compte la crainte que François I' ne voulût i^ouverner l'Allemag-ne comme il faisait la France, en maître absolu, assura l'élection de Charles d'.Vutriche. On Tappela dès lors Chaiies- Ouint. c'est-à-dire Charles \'. Charles-Quint avait dix-neuf ans.

Charles-Quint était de taille moyenne, bien découplé,

CHARLES-QUINT alerte, souple, rompu à tous les e.xercices du corps.

La physionomie était grave, froide, avec quelque

chose de sec et surtout une expression de ténacité rendue

plus forte par la proéminence de la lèvre inférieure et le menton

très saillant, « en g-aloche ».

L'ambition était chez lui presque sans mesure : l'immensité de ses possessions ne suffisait pas à le satisfaire et sa devise était : « Toujours plus outre ».

Arrière-petit-fils de Charles le Téméraire, il prétendait se faire restituer les parties de l'héritage de son aïeul, rattachées par Louis XI au domaine royal : la Picardie et la Bourgogne. Chef du Saint-Empire romain germanique, il prétendait faire rentrer sous sa suzeraineté tous les pays qui avaient antérieurement relevé de l'Empire : l'Italie, l'ancien royaume d'Arles, c'està-dire la vallée du Rhône, le Dauphiné et la Provence, deux provinces françaises. Empereur il entendait être comme le suzerain de tous les rois. Aussi disait-on qu'il aspirait à la monarchie universelle.

Très prudent, il sut au début dissimuler ses ambitions et son orgueil sous des dehors modestes. Tandis que François V', désireux d'obtenir l'alliance d'Henri Mil, cherchait à l'émerveiller de son luxe au Camp du Drap d'Or, et n'obtenait rien, Charles- Quint passait la Manche et s'en allait en Angleterre, en petit équipage, accompagné d'un seul ministre, comme pour solliciter la bienveillance d'un puissant roi; il gagnait ainsi le roi d'Angleterre. Il était de volonté tenace, réfléchi, profond calculateur, étonnamment maître de lui. Quand il apprit la victoire inespérée de Pavie, à peine laissa-t-il voir un peu d'émotion, et comme on le félicitait de ce triomphe : « Les Chrétiens ne doivent se réjouir que des avantages qu'ils remportent sur les Infidèles. » Il était d'une piété sincère, entendait plusieurs messes par jour et s'enfermait pour méditer et prier longuement dans une chambre tendue de noir.

.Mais sa piété n'influa jamais sur sa politique. Après Pavie, le

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pape Clément VII s'étant tourné du côté de la France, Charles- Quint lança contre lui une armée qui. commandée par le connétable de Bourbon, enleva Rome d'assaut et la saccagea de fond en comble (i52j). Il était sec et dur : François P', prisonnier, s'attendait à être traité en roi par un roi. c'est-à-dire en frère. Charles-Quint, au grand scandale des Espagnols, le traita comme un prisonnier vulgaire: il refusa de le voir et le tint enfermé près de six mois, dans une tour de l'enceinte de Madrid, au fond d'une g-rande et triste chambre qu'éclairait une seule fenêtre, garnie de gros barreaux de fer. Le vainqueur ne se relâcha pas de cette rigueur tant que le vaincu n'eut pas accepté les dures conditions de paix qu'on lui faisait.

Son activité fut prodigieuse. Quand, en i555. à cinquante-six ans. las, ayant besoin d'alléger sa tâche, il abdiqua la souveraineté d'une partie de ses États et transmit à son fils Philippe II les Pays-Bas. il raconta publiquement sa vie: comment, en quarante années, il avait été neuf fois en Allemagne, six en Espagne, sept en Italie, dix en Flandre, deux en Angleterre, deux en Afrique, quatre en France: comment il avait traversé huit fois la Méditerranée et trois fois l'Océan. Sa vie fut un perpétuel voyage, une course ininterrompue de champ de bataille à champ de bataille. Aux prises avec le roi de France que secondèrent plusieurs fois le roi d'Angleterre et les États italiens, aux prises avec les Turcs qui cinq fois assaillirent la maison d'Autriche, il eut en outre à faire face, en Allemagne, aux guerres civiles, nées de la Réforme religieuse'. Cependant il 'trouva le temps de songer à l'organisation d'une croisade, et lui-même il dirigea contre Tunis (lô.^q) et contre Alger (1541). dont les pirates mettaient en coupe réglée les côtes européennes de la Méditerranée, deux expéditions qui aboutirent, la première à la délivrance de vingt mille esclaves chrétiens, la seconde à un désastre où Charles-Quint faillit périr.

Redoutable pour tous, Charles-Quint l'était plus par-

CHARLES-QUINT ticulièrement pour la France. En face de l'empire de

^ Charles Ouint, elle était comme une citadelle investie :

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