‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 97 sur 118 · FRANÇAISE · texte numérisé non relu

FRANÇAISE

de ses possessions et la petitesse relative de la France. En fait, entre lui et François I" la disproportion des forces était tout apparente.

Quatre ou cinq fois moins étendue que l'empire de Charles- Quint la France avait la supériorité de l'unité. Toutes ses parties étroitement liées formaient un bloc. Rien ne faisait obstacle à la volonté du Roi à qui les nobles donnaient sans compter leur sang-, les bourg:eois leur arguent. Le sentiment national était très vif. A peine le traité de .Madrid était-il connu, les députés de la Bourgogne accouraient auprès du roi, à Cog-nac, et protestaient solennellement que nul n'avait pouvoir de les céder à un souverain étranger, qu'ils étaient Français et qu'ils avaient la volonté de demeurer Français. Quand en i52.3 le connétable de Bourbon traita avec Charles-Quint, comme un siècle plus tôt, pendant la guerre de Cent Ans, le duc de Bourgog-ne avait traité avec les Anglais (1420). il se flattait que ses vassaux le suivraient dans sa trahison, comme avaient fait les vassaux du duc de Bourg-og-ne.Nul ne bougea et la réprobation fut unanime par tout le royaume. La vivacité du sentiment national apparut encore en i.S.52. quand on forma l'armée qui devait occuper .Metz. Au dire d'un contemporain, la jeunesse désertait les villes pour s'enrôler; les boutiques se fermaient faute d'ouvriers : tout le monde voulait être du « voyage dWustrasie ». Le patriotisme de la nation permit à François I" et à Henri 11 de retrouver des forces nouvelles au lendemain de chaque défaite : ce ne fut pas la moindre cause de l'échec final de Charles-Quint et de Philippe 11.

La puissance de Charles-Quint, formidable si l'on ne

CAUSES considérait que l'étendue des territoires, était dans la

DE L'ÉCHEC DE ^.^^^^^ médiocre. D'abord Charles-Quint possédait

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de liens. Ils étaient isolés les uns des autres, rejetés aux

quatre extrémités de la iM-ancc; les communications n'étaient possibles entre eux que par de longes détours, de lentes et périlleuses traversées sur l'Atlantique pour aller d'Espagne aux Pays-Bas, sur la Méditerranée pour passer d'Italie en Espag^ne. Les habitants n'étaient pas de même race. Seuls les hasards des mariag-es et des successions leur avaient donné même souverain. 11 n'v avait même pas entre eux communauté de lang-ue, et. pour pouvoir s'entretenir sans interprète avec n'importe lequel de ses sujets, Charles-Quint, devait savoir au moins cinq langues : le français, le flamand-, l'espag-nol. l'italien et l'allemand.

Dans aucun de ses États Charles-Quint n'était le maître absolu. Partout son autorité était limitée par des coutumes, des privilèges. des constitutions. Dans ses royaumes espag-nols, en Arag-on, en Castille, il se heurtait, du moins au début de son règ-ne, aux Cortès. C'étaient des assemblées représentatives formées des députés de la noblesse et des villes, gardiennes Jalouses de leurs privilèges — leurs Fiieros — dont Charles, avant même qu'on le reconnût roi, avait dû jurer la fidèle observation. Nul étrang-er ne devait être admis au g-ouvernement des royaumes espag-nols ; nulle levée d'arg-ent ne pouvait être prescrite que du consentement des Cortès. Comme ces privilèg-es ne furent pas respectés, les Espag-nols se soulevèrent (1.519-1.520). Toutefois l'insurrection échoua, et finalement ce fut d'Espag-ne que Charles- Quint tira le meilleur -de ses ressources. Dans les Pays-Bas même système de privilèg-es. même attachement des Flamands aux anciennes « libertés communales i> et mêmes soulèvements, à Gand (i.îSy), lorsque il y eut violation de ces libertés.

Ces résistances furent cependant peu de chose au reg-ard des résistances rencontrées en Allemag-ne. Là, Charles-Quint se heurtait à la Diète, et l'un de ses ministres, le cardinal Cîranvelle. pouvait dire sans exag'-ération que « l'F^mpereur pour soutenir sa dignité ne tirait pas de l'Empire la valeur d'une noisette ». Bien plus il usa dans l'Empire une bonne part de ses forces quand la Réforme de Luther, apportant en Allemagne un nouveau g-erme de division, fut devenue l'occasion de long-ues et redoutables guerres civiles.

Entin l'immensité même des États de Charles-Quint, multipliant les risques de conflits, faisait sa puissance très vulnérable. Il n'eut pas à lutter seulement contre François I"' : il lui fallut maintes fois faire front à l'est, d'où venaient les attaques les plus dangereuses, celles du sultan Soliman le Magnifique.^

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