‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 98 sur 118 · LUTTE ENTRE LES MAISONS DE FRANCE ET D'ACTRICHE · texte numérisé non relu

LUTTE ENTRE LES MAISONS DE FRANCE ET D'ACTRICHE

ARQlEBt SIERS DES LÉGIONS PROVINCIALES.

Tombeau de François I": Basilique de Saint-Denis. Photographie Hachette. Bas-relief de Pierre Bo.ntemps l -importance Je Vinfanterie et des armes à feu n'a pas cessé de grandir peniant les guerres d'Italie. François I", mal content des lansquenets, voulut avoir une infanterie nationale : il créa les Légions provinciales (i534) ou près dtni tiers des hommes était armé d'arguetuses. Uarquetusier avait en outre lepee, I -armement défensif plus complet que celui des lansquenets comporte le casque

— le morion — les épauliéres et les trassards. Nos régiments d'infanterie sont

- <orli^ 1e^ J é'rions provinciales. — A l'.ïrriùre-plan une citadelle.

IIS lui m-; .\i«)i)h.KNt:.

Pièce de Campac.ne socs Henri II.

Musée de l'Armée. Photographie Hachette.

De nouveaux progrès furent faits dans la construction du matériel d'artillerie fendant la fremière moitié du seizième siècle. A la fin du règne de François I" et sous Henri II l'armée française possédait des fiéces de campagne relativement légères, celle-ci en particulier dite couleuvrine moyenne. Elle mesure 2'°,i5 et pèse i loo kilogrammes avec l'affût, dont les roues, hasses et à moyeux énormes, sont chargées de lourdes ferrures. Son projectile pesait environ un kilogramme et demi. Elle est non pas ronde mais taillée à huit pans. On l'attelait de sept chevaux en file. L'affiit a été reconstitué d'après les indications d'un manuscrit de 15^5 et des has-reliefs de Pierre Bontemps. — On aperçoit, replié le long de la flasque de l'affût, un des deux brancards qui servaient à atteler le premier cheval; voir le tas-relief de Cèrisoles, page 239. — Au-dessous du brancard, et pointant à droite au-dessus de la pièce, les outils de chargement, cuillère j pou.lre. et refouloir pour enfoncer le boulet dans la pièce.

Les opérations de g-uerre pendant la lutte de Fran-

LES LÉGIONS çois I" et de Charles-Quint furent d'intérêt médiocre.

PROVIN'CIALES parce qu'elles furent le plus souvent conduites sans

esprit de suite, sans plan d'ensemble, à peu près au hasard des circonstances. Pourtant il y eut d'importantes nouveautés dans l'org^anisation militaire en France, et les transformations commencées au temps des guerres d'Italie dans la composition des armées et dans l'armement se poursuivirent entre I.520 et i.55q. Partout on vit croître le nombre des fantassins et diminuer les effectifs de cavalerie. En France une intéressante tentative fut faite pour organiser une infanterie nationale, complétant la cavalerie nationale créée par Charles MI. En i534. François I" ordonna la formation de sept Légions provinciales. Elles furent ainsi nommées parce que chacune d'elles devait être recrutée dans une province particulière. Normandie, Champasine. Picardie, riuvenne. etc. La légion, commandée par un

i.iTTE i:ntri-: li:s .maisons dic i-rancr kt DAniucm:. -.-vj

colonel, recrutée par ciifiaiiemcnls volontaires, devait être à l'efiTectif de ôoaj hommes, dont 1700 arquebusiers. hYançois I" pensait avoir ainsi 42000 fantassins qui lui permettraient de ne plus recourir aux Suisses, dont les services coûtaient très cher, et qui, d"autre part, ne comptaient pas dans leurs bataillons un assez yrand nombre d'hommes munis d'armes à feu. Kn effet, l'usage des armes à feu portatives, arquebuses et pistolets. se répandait de plus en plus. Cela avait commencé chez les Espagnols. Dans leurs régiments d'infanterie, les célèbres « tercios ». un tiers des hommes étaient munis d'arquebuses, le reste portant la longue pique des Suisses, ou l'épée et le bouclier rond. Charles-{^)uint prétendait « que le succès de ses liuerres avait été décidé par les mèches de ses arquebusiers ». 1-rançois I'', en 1.S2Û, disposait à peine de quelques centaines d'arquebusiers : vingt ans plus tard il en avait douze mille. Sous Henri II, apparurent les arquebusiers achevai et la cavalerie légère armée du pistolet. Les légions se transformèrent alors en régiments permanents, les premiers régiments d'infanterie de l'armée française.

Ce qui fait le véritable intérêt de cette période de

LES

. guerre, ce sont les négociations et les alliances, ja-

ET LES ^^^^ encore l'on n'avait autant négocié, et rarement

ALLI\^'CES depuis la diplomatie s'est montrée plus active. Les

négociations avaient le plus souvent pour objet non

pas la pai.v, mais la préparation d'une reprise de la guerre par

la conclusion d'alliances et la formation de coalitions. Les rois

i de France négocièrent surtout avec le roi d'Angleterre. Henri VIII.

avec le sultan. Soliman, et les princes protestants d'Allemagne.

Henri \'III fut un allié intermittent et sur la fidélité

^^^^ de qui personne ne put jamais compter. 11 avait

^^ pour devise : « Qui je défends est maître ». Tout le

-ANGLETERRE ^^^^ ^^ ^^^ ^^^.^^ .^ pratiqua ce que l'on a appelé

depuis la « politique de bascule ». Il se porta tantôt du côté de Charles-Quint, tantôt du côté de François I", selon que l'un ou l'autre lui paraissait devenir plus redoutable. Il espérait de la sorte maintenir à son profit l'équilibre entre le roi de France et l'Empereur. Au début de la première guerre, malgré les efforts de François I" pour l'éblouir à l'entrevue du Camp du Drap d'Or, peut-être même en raison de la richesse dont le roi de

25o HISTOIRE MODERNE.

France avait fait parade. Henri \'III donna son alliance à CIiarles-Quint (i.52o). Six ans plus tard, François l" venant d'être vaincu à Pavie, le roi d'Angleterre passait du côté du roi de France. Il revint à l'alliance de Charles-Quint en 1.^4.3. quand il lui parut que les efforts de François I'"' étaient surtout tournés vers le nord. L'intervention de TAng-leterre dans la lutte des maisons de France et d'Autriche eut pour résultat final, après la mort d'Henri ^'III et sous sa tille Marie Tudor. la reprise de Calais (i5.58) et Vexpulsion définitive et complète des Ani^'iTis hors de Fiwice.

L'alliance turque fut, avec ralliance des princes pro-

L'ALLiANCE testants d'Allcmaî;ne. particulièrement utile à la

TURQUE France : elles eurent Tune et l'autre d'importantes

conséquences, les unes immédiates, les autres plus

lointaines et durables.

Aussitôt après s'être emparés de Constantinople (1403) les Turcs avaient voulu se jeter sur l'Europe centrale. .Mais le roi de Hongrie. .Mathias Corvin, les avait arrêtés en les battant devant Beli^rade (1450). Ils restèrent soixante ans sous le coup de leur défaite. Fn i.52i, au moment où commençait la lutte entre Charles-(^)uint et P'rançois 1'', les Turcs avaient repris l'offensive et les armées du sultan Soliman le Matiiiirique avaient emporté Belgrade après douze assauts. Dès lors, rien n'empêcha plus le passage du Danube. Presque au lendemain de la bataille de Pavie, Soliman entrait en Hongrie avec 200000 hommes. L'armée hongroise fut écrasée ixMohacs (2H août i526); le jeune roi de Hongrie, Louis Jagellon, périt dans le combat, et Soliman s'empara de fî»i.7-Pe5/( septembre i526), qui devait rester aux Turcs près d'un siècle et demi. Au moment de la bataille de .Mohacs un envoyé français était déjà venu solliciter le concours du sultan contre Charles-Quint. Le sultan le promit. Trois ans plus tard Soliman avec 200000 hommes et 3oo canons marchait sur \'iennc et l'assiégeait, les coureurs turcs poussaient jusqu'à Ratisbonne au cœur de l'Allemagne; le péril turc contraignit Charles-(^)uint à signer avec François I" la paix de Cambrai (1529).

A la suite de ce premier service, les négociations furent poursuivies par François \". Elles aboutirent en 1.53.5 d'abord à la signature d'une convention commerciale, les Capitulations, puis à la signature d'une alliance offensive et défensive contre

Ll-TTr: I-NTRE LES MAISONS DE FRANTE ET DAITKK HE. 2r>i

Chmics-Quint. Dans la suite, Soliman til quatre campagnes en Hono-rie. La dernière en i552 correspondit à la marche d'Henri II sur .Metz.

L'alliance franco-turque ne se manifesta pas seulement par des opérations simultanées. En iSqS, il y eut véritable coopération : sous le commandement du chef des pirates d'Alger, un renég-at chrétien, Kheïr-ed-din. c'est-à-dire Barberousse, une flotte turque vint à ALirseillc rejoindre une flotte française. Les deux escadres combinées bloquèrent et bombardèrent Nice; même, un moment. Toulon fut donné cdmme port d'attache et de ravitaillement à la flotte turque.

^oTvcrrwTTï-x'r.r-c ^^^^*^ alHauce de François I", roi très chrétien, fils jjj, ame de 1 Lghse. avec les Musulmans ennemis de la

L'ALLL\i\CE Chrétienté, scandalisa l'Europe entière. François I" en TURQUE roug-issait lui-même et essayait de s'en cacher. Cepen-

dant l'alliance contribua à coup sûr au salut de la France. Elle est aussi un des faits les plus sig-nificatifs de l'histoire du seizième siècle. Elle montre que les préoccupations religieuses commençaient à passer à l'arrière-plan. C'est de la France, pays qui avait pris l'initiative des Croisades, que vint le premier exemple de Vindifférence religieuse en matière de politique extérieure. C'est par la France que les Turcs, tenus jusqu'alors à bon droit pour l'ennemi commun de l'Europe, furent mêlés aux affaires de l'Europe ; c'est par elle qu'ils furent, selon l'expression diplomatique, introduits dans le concert européen. Ils y sont encore aujourd'hui, et c'est là l'un des résultats durables de l'alliance de François I" et de Soliman.

Les autres, plus honorables, découlent des (\ipilul.itions. Les Capitulations assuraient aux navire^ français, et à eux seuls, la liberté de commercer sur toutes les côtes de l'empire turc : pendant plus d'un siècle les navires des autres nations ne purent pénétrer dans les ports (ottomans qu'en arborant le pavillon français. Cette disposition fit la richesse de nos ports de la Méditerranée, spécialement de Marseille. Les Capitulations nous donnaient d'autre part le protectorat des Lieux Saints à Jérusalem, et par là le protectorat de tous les Catholiques établis en Turquie, quelle que fiit leur nationalité. Ce privilèg-e. auquel les hommes de la Révolution furent aussi attachés que Louis XI\', et que nos rivaux, spécialement les Allemands, s'efforcent aujourd'hui de nous enlever,' a été et demeure le plus

puissant de nos moyens d'influence dans la Méditerranée orientale, aussi bien dans la Turquie d'Europe, qu'en Ég^^pte et dans la Turquie d'Asie. La prééminence politique et commerciale de la France dans le Levant est un résultat inattendu, mais direct. de la lutte de François V' et de Charles-Quint.

L'alliance de F'rançoisI" avec les princes protestants allemands n'était ni moins surprenante ni moins siii-ni-

PROTESTANTE ,. ^. • r ,,• i i. 'i

ALLEM\NDE ^i^^^tive que 1 alliance avec le sultan, puisque les princes étaient hérétiques, ennemis déclarés de la Papauté et du Catholicisme. Elle fut conclue à peu près dans les mêmes années, en i532. Mais elle ne devint réellement utile à la France que vinyt ans plus tard, en i.5.52. au temps d'Henri II. C'est alors que fut signé entre les princes allemands et Henri II. le traité de Chambord-Friedwald (février i.S52). La clause essentielle en était rédig"ée dans ces termes : « Il a été trouvé équitable que le roi de France, le plus promptement possible, prenne possession des villes qui de tout temps ont appartenu à l'Empire, bien que la laiii^ue allemande n'y soit pas en usaç^e. c'està-dire de Toul en Lorraine, de Metz et de \'erdun ».

Cet article du traité de Friedwald, vieux de plus de trois cent cinquante ans, est aujourd'hui plus que jamais du plus haut intérêt pour la France. Ce sont les Allemands qui ont proclamé en i5.52 que Metz, comme Toul et \'erdun, était non pas ville allemande mais ville française. C'est du libre consentement des Allemands, sans contrainte, que Metz, française par la lang-ue, devint politiquement française. Les Allemands ont ainsi condamné par avance l'odieux abus de la force que leurs descendants ont commis en 1871 en arrachant, malgré sa volonté, Metz, ville française, à la France; ils ont également condamné par avance toutes les tentatives vainement faites depuis bientôt quarante ans pour effacer au cœur des Lorrains le souvenir de la patrie perdue.

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