SYSTÈMES MONÉTAIRES
La révolution de 1792 et la constitution votée le 5 février 1794 n’entraiînèrent aucun changement immédiat dans le système monétaire genevois. Mais bientôt ce changement fut mis à l’ordre du jour dans les Conseils et dans les clubs; deux systèmes principaux furent proposés : le premier se rattachait encore aux mesures duodécimales et faisait valoir l'écu 12 f.; le second, qui l’emporta, introduisait le système décimal genevois avec un écu de 10 décimes comme unité.
Investie par les clubs insurgés du pouvoir de régler les objets de l’administration, la Commission révolutionnaire ne pouvant, dans ces circonstances, consulter le corps électoral, s’adressa au Conseil administratif, probablement le 9 août 1794", pour lui demander son préavis sur une modification éventuelle du système monétaire genevois et pour le charger de la fabrication des monnaies’.
Le Conseil nomma une commission qui rapporta le 11 août”. Les conclusions de ce rapport furent approuvées le 12 septembre‘ par la Commission révolution-
‘ R. C. 4794, vol. 304, p. 533.
? Voici le procédé qu'employa la Commission révolutionnaire pour se procurer la matière nécessaire à la fabrication des monnaies. La caisse de l’État étant vide, la Commission fit réquisitionner la vaisselle des particuliers (Archives de Genève, Publications afjichées, t. VIIL, pièce n° 462), puis elle enjoignit au Conseil administratif de recevoir cette vaisselle provenant de dons patriotiques et de la convertir en monnaie (P. H., n° 5419). En consultant au chapitre IV les poids de la matière
mise en œuvre en 4794 et en 4795, pour la fabrication monétaire, on pourra juger de l'importance
de ces « dons patriotiques. »
3 R. C. 17984. vol. 304, p. 538. — * P.H., n° 5419.
naire et renvoyées au Conseil, avec quelques observations", pour être imprimées et distribuées. Le même jour, les clubs, apprenant qu'on se proposait de modifier le système monétaire, s'adressèrent à la Commission révolutionnaire pour que la teneur de ces modifications leur füt immédiatement communiquée et que la fabrication de la monnaie fût ajournée jusqu’à ce qu'ils aient pris une décision à cet égard”. La Commission nantit de cette demande le Conseil administratif, et celui-ci arrêta, le même jour 12 septembre, de faire imprimer et distribuer le rapport, selon le vœu des clubs et avec les modifications demandées par la Commission révolutionnaire *. Les points principaux de ce rapport sont les suivants :
« Le nouvel écu genevois et l'écu de six-livres auquel il sera intrinsèquement égal, vaudront 12 florins de 12 sols chacun.
« Cette division établit des rapports simples et en nombres ronds entre la monnaie de Genève et celle de ses voisins.
« La livre de France vaudra deux florins, celle de Suisse trois florins.
« Cinq sols de France feront exactement six sols de Genève.
« [n'y aura aucune perte à faire sur les pièces de trente-sols et de quinzesols de France, qui vaudront exactement, les premières trois florins, les autres un florin et demi.
« La pièce de dix-batz vaudra trois florins, celle de cinq-batz dix-huit sols, celle de dix-kreuzers neuf sols. Dès lors, la valeur des sols de Genève s’écartera assez de celle des kreuzers pour qu’on ne soit pas tenté de recevoir les batz pour quatre sols et les demi-batz pour deux sols, ce qui les ferait infailhiblement disparaitre du territoire genevois.
« Les pièces de vingt-et-un-sols, les anciennes pièces de vingt-sols, d'un florin et
‘ Le Conseil administratif ayant inscrit au revers des écus projetés : FRUIT DU TRAVAIL, la Commission révolutionnaire demanda qu'on substituât à ces mots : PRIX DU TRAVAIL, se basant sur ce que le fruit du travail d'un champ c’est le blé, tandis que le prix du travail c'est l'écu. Cette distinction peut paraitre subtile; quoi qu'il en soit, le Conseil adininistratif modifia son rapport dans le sens indiqué par la Commission révolutionnaire.
L'essai de l’écu de 12 ff. proposé par le Conseil administratif et portant FRUIT DU TRAVAIL existe encore. Les papiers laissés par le peintre J.-P, de Saiut-Ours nous apprennent que ce fut lui qui en fit les dessins. Quant à l’écu, qui aurait dù être frappé avec l'ensemble des modifications demandées par la Commission révolutionnaire, il ne nous est pas parvenu, et il est bien probable
qu'on n'eut pas le temps d'en graver les coins. 23 KR, C. 1794, vol. 304, p. G4R.
de dix-sols qui restent encore dans la circulation pourront être achetées par le gouvernement, ou taxées proportionnellement à la valeur du nouveau florin.
€ I sera battu des pièces de cuivre valant la huitième partie d’un sol, soit un denier et demi.
« Le billon genevois sera retiré.
« Le nouvel écu, dont le coin est déjà gravé’, porte sur la face une figure représentant la République. Cette figure s’'appuye sur une colonne chargée d’un méridien. Elle tient un faisceau, symbole de l’union. Derrière elle est un soleil levant. La légende porte : REPUBLIQUE GENEVOISE, à lexergue : EGALITE, LIBERTE, INDEPENDANCE. Sur le revers, dans le champ, on ht : XIT Florins; au-dessous : PRIX DU TRAVAIL. La légende porte : MONNOYE REVOLUTION- NAIRE 19 JUILLET 1794, L'AN 3e DE L'EGALITE". »
Le nouveau système présenté par le Conseil admimistratif avait quelques bons côtés, 1l est juste de Île reconnaitre. Il conservait les anciennes dénomimations, chères à la population. de florin et de sol, sans changer les rapports entre les valeurs des monnaies. S'il modifiait le pied de l'écu, c'était pour le faire cadrer avec les pièces ayant cours dans les États voisins. Mais ce projet laissait subsister la principale objection que l’on faisait alors au système ancien, c’est-à-dire Île rapport incommode entre la monnaie de compte et la monnaie réelle, entre la livre courante et le florin.
Le 18 août 1794, quelques semaines avant l'impression de ce projet, la Commission révolutionnaire avait été nantie d’un autre mémoire, dû à la plume du citoyen Téron aîné, maitre d’arithmétique et teneur de hvres’. Ce mémoire, imprimé le 20 septembre, préconisait le système monétaire décimal; 1l prenait comme unité un écu d'argent de 10 ff. ou 10 décimes. D’après ce système, cent florins genevois devaient équivaloir à 60 livres de France ou à 40 livres de Suisse.
‘ Cela ne pouvait être. Voy. ci-dessus, page 8, n. 4.
? Extrait du Rapport de la Commission des monnotes fait au Conseil administratif et communiqué à la Commission révolutionnaire. Br. in-&, s. |. n. d., imprimée par arrêté du Conseil administratif en date du 142 septembre 1794.
3 Mémoire adressé à la Commission révolutionnaire le lundi 18 août 1794, l'an 3 de l'égalité genevoise, sur les monnoyes, par Téron l'ainé, maitre d'arithmétique et teneur de Livres. Br. in-8°, s. 1. n. d., imprimée le samedi 20 septembre, l'an 3 de l'égalité genevoise.