I. Livre I, la Fille
rait devant la directrice; interrogée sur la cause de ses larmes, elle répondit : Mes filles ne sont pas sages. Si ceù^ K* été un garçon, ajouta l'inspectrice qui nie racontait ea {^ fait, il aurait dit : ^ Mes élèves, » et les aurait probable- f ment gourmandes au lieu de pleurer sur eux.
La tendresse ooDJugale a ses héroïnes, on ne connaît pas ses héros. Quels modèles les hommes peuvent-ils ® opposer à Alceste, à Ëponine, à madame de La Valette? p Cet amour est même si naturel au cœur des femmes, que, Y fût-il éteint par une autre passion, il se réveille souvent ï si le mari court un danger. On voit des femmes infidèles y^ s'établir au chevet de l'époux malade et trompé, lui consacrer lem^s jours, leurs nuits, et DfégUger celai qu'elles aiment et qui ne souffî*e pas, pour celui qu'elles ^ n'aiment plus et qui souffre. Un mari se battra peut-être pour sa femme, quoiqu'elle lui soit indifférante, mais c'est son orgueil qui la défend, ce n'est pas son cœur.
L'amitié fraternelle, depuis que l'égalité des partages a détruit les rivalités jalouses, of&*e des modèles également charmants dans le frère et dans la sqpur. Selon quel'avantage des années donne à l'un ou l'autre le rôle de protecteur, ce rôle change de caractère «ans rien perdre de sa grâce. Le frère protège en chevalier, la sœur protège en mère; leur amitié a un sexe sans rien avoir des sens.
Quant à la charité, nul n'y dispute la supériorité aux femmes; elles en ont le génie. Un homme qui donne ne donne que son or, la femme y joint son cœur. Un louis aux mains d'une femme bonne soulage plus de pauvres que cent francs aux mains d'un honmie : la charité féminine renouvelle chaque jour le miracle de la multiplication des pains.
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PARALLÈLE DE L'HOMME ET DE LA FEMME. ZbZ
les relations des sexes; pour les femmes, c'est l'âme qui est souveraine.
Ainsi, avantage pour l'homme dans le domaine intellectuel, avantage balancé du côté du caractère, suprématie des femmes pour tout ce qui regarde le cœur. C'est le cœur qui fait de ces créatures si frêles d'infatigables gardes-malades : une femme alors prolonge ses veilles pendant plusieurs nuits successives, tandis que l'homme le plus robuste, épuisé par quelques heures sans sommeil , s'endort près de celui qui meurt. C'est le cœur qui leur inspire ces délicatesses sublimes que nous ne connaîtrons jamais. Madame de Chantai, au moment de devenir mère , voit son mari, qu'elle adorait, mortellement frappé à la chasse par l'imprudence d'un de leurs jeunes parents. Désespéré, ce jeune homme veut se tuer. Madame de Chantai l'apprend ; soudain elle lui fait dire , par le prêtre du village, qu'elle Ta choisi pour tenir sur les fonts du baptême l'enfant qu'elle doit mettre au monde.
Une pauvre ouvrière est transportée dans un hôpital à cause d'une paralysie du larynx qui lui ôte l'usage de la parole. Sa douleur, qui passe toute mesure, éclate en sanglots et en torrents de larmes. Le médecin en chef la soumet à un traitement rigoureux et longtemps inutile. Enfin, une nuit qu'elle essayait, selon sa coutume, de faire mouvoir son gosier rebelle, un mot s'en échappe, elle parle, elle est sauvée ! Que va-t-elle faire ? Sans doute appeler ses compagnes d'infortune, et leur dire : Je parle I Le leur dire pour entendre elle-même le son de sa propre voix 1 Non, elle se tait. Six heures, sept heures sonnent; les sœurs gardiennes \u\ ^"^^oxVftwV.^^
remruc une autre femme qu'il n'aime pas, mais dont la beauté ou même le rang flatte sa vanité, il bénira sa chance et eu usera : une femme qui aime véritablement repoussera avec horreur un semblable partage, fût-ce avec un héros ou un souverain. Il en est qui ont préféré la mort à ce supplice. L'histoire en cite même plus d'une qui s'est livrée à l'objet de sa haine pour sauver l'objet de son amour, et l'impartiale statistique constate que sur vingt jeunes filles de dix-huit ans, condamnées pour vol, dix-neuf volent pour enrichir celui qu'elles aiment. Enfin , un dernier témoignage vient nous montrer l'empire tout particulier de la passion chez les femmes. L'amour existe, le croirait-on, dans les cœurs des filles perdues I Leur austère et sombre historien ^ cite, parmi elles, des exemples de passion s'élevant, non pas seulement jusqu'à l'héroïsme, on le conçoit, mais jusqu'à la délicatesse. Elles savent même se créer une sorte de fidélité envers l'objet aimé. Oui, dans cet abandon entier de leur personne, dans ce commerce vénal des témoignages et des expressions de la tendresse, elles en réservent souvent certaines marques pour celui qu'elles aiment, et c'est, qui le croirait? quelque chaste et tendre appellation, un serrement de main, une préférence presque virginale, et cette part de l'amour une fois faite, rien ne pourrait la leurfaire livrer à un autre. Ce dernier trait nous révèle un nouveau mystère de l'organisation féminine, le besoin impérieux de l'idéalité dans l'amour, et la subordination presque constante de la passion physique à la passion morale. Pour l'homme, le corps est presque tout dans
/. Parent-Duchàtelel, V. W.
les relations des sexes; pour les femmes, c estTâme qui est souveraine.
Ainsi, avantage pour Tbomme dans le domaine intellectuel, avantage balancé du côté du caractère, suprématie des femmes pour tout ce qui regarde le cœur. C'est le cœur qui fait de ces créatures si frêles il'infatigables gardes-malades : une femme alors prolonge ses veilles pendant plusieurs nuits successives, tandis que l'homme le plus robuste, épuisé par quelques heures sans sommeil , s'endort près de celui qui meurt. C'est le cœur qui leur inspire ces délicatesses sublimes que nous ne connaîtrons jamais. Madame de Chantai, au moment de devenir mère, voit son mari, qu'elle adorait, mortellement frappé à la chasse par l'imprudence d'un de leurs jeunes parents. Désespéré, ce jeune homme veut se tuer. Madame de Chantai l'apprend; soudain elle lui fait dire, par le prêtre du village, qu'elle Ta choisi pour tenir sur les fonts du baptême l'enfant qu'elle doit mettre au monde.
Une pauvre ouvrière est transportée dans un hôpital à cause d'une paralysie du larynx qui lui ôte l'usage de la parole. Sa douleur, qui passe toute mesure, éclate en sanglots et en torrents de larmes. Le médecin en chef la soumet à un traitement rigoureux et longtemps inutile. Enfin, une nuit qu'elle essayait, selon sa coutume, de faire mouvoir son gosier rebelle, un mot s'en échappe, elle parle, elle est sauvée ! Que va-t-elle faire ? Sans doute appeler ses compagnes d'infortune, et leur dire : Je parle ! Le leur dire pour entendre elle-même le son de sa propre voix 1 Non, elle se tait. Six heures, sept heures sonnent; les sœurs gardiennes \\x\ ^^"^^xV^s^V* *^^
nourriture, elle se tait toujours, et seulement parfois cachant sa tête sous sa couverture, elle s'assure de sa guérison par quelques syllabes prononcées tout bas, Enfin la porte s'ouvre, le médecin entre et s'approche de son lit; alors elle, avec un sourire plein de larmes : « Monsieur, lui dit-elle, je parle, et j'ai voulu garder « ma première parole pour mon sauveur. » Une femme seule pouvait dire un tel mot, car l'empire du cœur est à elles. Or, qui pèse le plus dans la balance divine et dans la balance humaine, qui compte le plus pour le perfectionnement de l'homme et le bonheur de la terre, l'intelligence ou le cœur ? Aimer, c'est penser. Penser, ce n'est pas aimer. Que sont tous les systèmes de philosophie, toutes les utopies sociales, toutes les utopies politiques, toutes les créations de l'esprit, œuvres souvent passagères qui, sublimes aujourd'hui, seront peutêtre stériles ou ridicules demain, que sont-elles auprès de cette adorîvble et immuable vertu qui n'a ni âge, ni date, et qui seule nous rapproche réellement de Dieu, la tendresse I Demahi le génie disparaîtrait du monde, que le monde resterait toujours digne des regards de son créateur; mais si la tendresse, si la charité y étaient abolies, la terre serait l'enfer même. Sainte Thérèse l'a dit dans une parole sublime : « Que je plains les démons î s'écriait-elle, ils n'aiment pas. »
Notre analyse est achevée ; si nous ne nous abusons pas, il en sort, comme de Tétude de l'histoire, cette vérité évidente : h femme est égale à l'homme, égale et différente. Son rôle, comme sa nature, doit donc être égal et diffêrent. Certains offices domestiques et la phipart des offices sociaux réclament les qualités ma»culines ; les vouloir coivfeet «bsl l^^siaiûfô!» ç^^ %«rait les
abaisser en les condamnant forcément à rinfériorité. Mais les qualités féminines réclament à leur tour certains emplois; il faut les leur accorder et pour elles et pour nous. Les femmes manquent aux fonctions, tout autant que les fonctions manquent aux femmes. L'élément qu'elles représentent, n'étant pas suffisamment représenté, fait vide. Nous avons essayé de définir cet élément : cherchons-en l'application dans les trois grands modes d'existence qui embrassait tous les autres, la vie de famille, la vie professionnelle, la vie sociale et politique.